RUGAMBA-NET PRESS

http://www.cbinf.com/netpress.bi

 

Lettre ouverte à Son Excellence le Major Pierre Buyoya
Président de la République du Burundi
à Bujumbura

 



Monsieur le Président,

Nous avons l'honneur de nous adresser à vous pour vous entretenir de nos vues et considérations sur l'évolution de la situation politique au Burundi et pour vous faire des propositions concrètes sur la voie à suivre pour favoriser la recherche d'une solution durable à la crise qui endeuille le Burundi depuis huit ans.

En guise de présentation, nous voudrions vous informer que nous sommes des Responsables et Sympathisants de AC-Génocide BENELUX- CANADA -SUISSE et des autres Associations et Organisations de lutte contre le génocide et pour la promotion des droits de l'homme au Burundi, basés sur tous les continents. C'est en cette qualité que nous suivons de très près la situation dans notre pays, le Burundi, et ses répercussions dans la région.

Monsieur le Président,

Il y a presque cinq ans, plus précisément le 25 juillet 1996, vous repreniez le pouvoir à la tête de l'Etat par le truchement d'un coup d'Etat. En dépit de notre profonde répulsion pour la pratique obsolète de la prise du pouvoir par la force, nous avions accueilli favorablement ce changement politique que nous considérions comme un acte de sauvetage face au régime  sanguinaire de votre prédécesseur qui avait ruiné le pays et qui le conduisait inexorablement à la dérive génocidaire.

Au moment de votre investiture officielle dans vos hautes fonctions de Président de la République, vous vous êtes solennellement engagé devant le peuple et le monde à ramener la paix dans le pays et à livrer un combat décisif et sans merci contre l'idéologie de génocide et les crimes qui en découlent. Nous vous avons non seulement fait confiance, mais nous nous sommes aussi impliqués, chacun en ce qu'il pouvait, dans des actions de soutien à votre nouveau pouvoir aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du  pays. Nous avons, par la suite, suivi avec le plus grand intérêt les efforts que vous avez déployés, avec le concours de la communauté internationale, en vue de traduire dans les faits les engagements ainsi pris.

Cinq ans après, nous constatons avec la plus grande déception que ces efforts, somme toute  louables, n'ont pas produit les effets escomptés. Au contraire, l'insécurité s'est considérablement accrue dans le pays, la paix s'est davantage éloignée, la situation économique n'a cessé de se dégrader, tandis que l'idéologie de génocide continue à gagner du terrain au sein du peuple, faute de l'encadrement politique et administratif requis.

Des initiatives, souvent prometteuses, tentées par la classe politique, la société civile et certains acteurs dans différents secteurs d'activités se sont hélas heurtées à de déroutantes imprécisions dans la conduite de la politique intérieure et extérieure du pays. Vous aurez sans doute constaté comme nous que, d'incessants atermoiements aux multiples compromis à sens unique, cette politique a très vite sombré dans des compromissions qui plongent actuellement le pays dans une incertitude aux lendemains apocalyptiques.

La dernière et la plus récente expérience est celle de l'Accord d'Arusha que vous avez vous-même initié et auquel se sont associés, non sans quelque hésitation pour certains, tous les partis politiques officiellement agrées. Nonobstant de réelles imperfections que lui reconnaissent nombre d'acteurs nationaux et d'observateurs internationaux, cet Accord avait suscité beaucoup d'espoir au regard de l'arrêt des hostilités, du retour de la paix, de la bonne gouvernance et de la restauration d'un Etat de droit.

La plus grande majorité des signataires de l'Accord a fait montre d'une certaine maturité politique et d'un sens élevé de responsabilité puisque 15 partis signataires sur 17 se sont mis d'accord sur l'application de l'Accord, à commencer par la mise en place du leadership de la transition. La médiation et la communauté internationale en ont timidement pris acte, sans pouvoir cependant faire avancer le processus, en raison des résistances perceptibles au niveau du gouvernement. Elles se sont contentées, comme il sied en matière diplomatique, de susciter en vain l'adhésion de la partie gouvernementale.

Permettez-nous de vous dire que nous trouvons absolument paradoxal que l'obstacle majeur pour la mise en œuvre de l'accord et le retour corrélatif à la paix provienne du Président de la République que vous êtes et de l'aile de l'Uprona qui vous soutient et que nous sommes très sincèrement surpris d'une telle attitude aux conséquences désastreuses sur la situation sécuritaire du pays.

Nous voudrions par conséquent vous lancer un appel pour que, dans ces moments particulièrement douloureux pour le peuple burundais, vous preniez de la hauteur vis-à-vis de la dangereuse tendance des politiciens de votre immédiat entourage à placer les ambitions politiques personnelles avant l'intérêt supérieur de l'Etat. Notre conviction est que, débarrassé ainsi d'inspirations à courte vue de courtisans intéressés, vous ne manquerez pas de réaliser qu'il est de l'intérêt hautement supérieur de l'Etat, de votre propre intérêt et de celui de la postérité, que vous vous retiriez immédiatement du pouvoir, afin de débloquer la situation et de tirer le pays de l'impasse actuelle qui complique et aggrave davantage la tragédie burundaise.

C'est en tenant compte du bilan de ces cinq dernières années et au vu des récents développements et des différentes prises de positions toutes convergentes en faveur de la mise en œuvre de l'Accord d'Arusha que nous vous prions, avec la plus grande insistance, de bien vouloir accepter  de céder, dans l'honneur et la dignité, le témoin au leadership pressenti pour diriger la transition.

Nous voudrions également saisir cette occasion pour vous demander de vous abstenir désormais de tout nouvel acte de manipulation de l'armée nationale en vue d'en faire un outil au service d'un homme et à des fins politiciennes. Il serait au contraire hautement souhaitable que cette armée demeure l'armée républicaine qu'elle avait toujours été. C'est grâce, en effet, à sa neutralité
en matière politique, à sa discipline de fer dans son comportement et à sa force de frappe sur le terrain qu'elle gardera sa réputation élogieuse d'"être parmi les meilleures armées d'Afrique", selon le Président N. Mandela.

Enfin, soyez assuré que si vous maintenez intacte la réputation nationale et républicaine de l'armée, si vous vous retirez en Grand sans commettre d'autres dégâts dans le seul but de vous accrocher indûment au pouvoir et si vous vous soumettez à la succession dans les normes démocratiques, la Patrie vous sera toujours reconnaissante.

Dans l'espoir que vous donnerez une suite satisfaisante à notre appel patriotique, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'assurance de notre haute considération.

Au nom des associations de la diaspora burundaise et de leurs sympathisants,

1. Dr. Ir. Jean-Bosco Kazirukanyo, Président AC-Génocide/BENELUX
2. Dr. Salvator Nsengiyumva, Président de AC-Génocide/CANADA
3. Dr. Juvenal Nduwimfura, Président de AC-Génocide/SUISSE
4. Ambassadeur Tharcisse Ntakibirora, Président de l'AIPG/CANADA 
5. Dr. Mélence Nkubanyi,Président de ASP-Burundi/BELGIQUE


Bruxelles, le 19 mai 2001

 


Retour