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Lettre
ouverte de la Diaspora adressée à la Jeunesse Burundaise
Chers
compatriotes, nous faisons partie de la diaspora burundaise dispersée en
Occident, mais toujours unis à vous par l'idéal patriotique de lutte
contre le génocide des Batutsi et Bahutu non acquis à l'idéologie du génocide,
en cours au Burundi et dans la région des Grands - Lacs. Nous avons pris la
décision de vous écrire, parce que nous sommes conscients que vous
constituez l'unique espoir de notre Nation. Notre intention est de réveiller
votre conscience, votre droit de comprendre, de juger et cultiver ensemble
le sens du devoir, afin de contrer le mal qui ronge notre Pays.
En
vous souhaitant une année de paix, de justice et de réconciliation
nationale, nous espérons bien que ce message qui vient du fond de nos
coeurs vous parviendra le plus tôt possible dans vos quartiers, vos camps
militaires, sur le champ de bataille, sur vos collines, dans vos internats,
dans vos paroisses, dans les hôpitaux, dans les camps des déplacés, sur
les lieux du travail, dans les pays d'asile et d'accueil. Il constitue un
cri de douleur, de colère et d'alarme auquel il faut répondre activement
avant qu'il ne soit trop tard.
Vous
nous excuserez du langage cru, cela est bien voulu car, nous sommes poussés
par le souci d'appeler les choses par leur nom, invitant ainsi certaines
personnes à faire un examen de conscience, afin de se libérer de leur «Ego ethnique, clanique, régional ou ventripotent!!». Nous n'avons
aucune intention de blesser quiconque, ni d'aiguiser le conflit de génération
déjà latent. Notre objectif est d'aller tout droit à la conscience
individuelle et collective de la jeunesse burundaise, sans pour autant
oublier celle des acteurs politiques, civils et militaires de notre Nation.
Nous sommes le Burundi de
Demain: «Uburundi
bwejo» c'est chacun de nous.
Il
est très délicat de s'adresser à une jeunesse meurtrie; pourtant, nous
avons osé parce que nous savons que votre magnanimité rend toujours vos
coeurs ouverts au dialogue et à l'écoute.
En
vous écrivant, nous sommes conscients des malheurs qui vous accablent, qui
nient votre dignité même de personnes humaines crées à l'image et à la
ressemblance de Dieu.
Plusieurs
parmi nous sont orphelins (de père et de mère), nombreux sont ceux qui étudient
sans aucune perspective d'avenir, d'autres ont abandonné leur formation,
d'autres encore vivent dans une peur excessive de subir une mort atroce à
cause de leur ethnie. Plusieurs jeunes croupissent injustement dans les
prisons, les quelques hôpitaux existants encore sur le territoire burundais
sont pleins d'«invalides de génocide»,
des jeunes gens malades du sida, à ceux-là s'ajoutent les malades mentaux,
victimes de diverses violences, etc…..
Sans
vouloir être alarmistes, aucun signe positif nous montre que nous pouvons
espérer une vie meilleure. La réalité est que nous n'avons plus le droit
de manger à notre faim car, les spéculations politico-économiques de nos
dirigeants ne nous le permettent plus. Le droit de servir notre Nation et d'éduquer
nos enfants nous est prohibé. Nos malades ne peuvent plus bénéficier des
soins ni d'attention recquise. Le droit d'inhumer dignement les nôtres nous
a été enlevé. Nous n'avons plus le droit de défendre les citoyens de
notre Nation. Paradoxalement,
ceux
qui ont la chance de fuir sont contraints de quitter notre mère
Patrie et d'errer dans toutes les Capitales du monde à la recherche du bien
et du mieux - être.
Ces
misères sont souvent voulues et entretenues par certaines personnes qui
nous gouvernent et font tout pour nous y enfoncer: «uwanka agakura abaga
umutavu»: (qui veut bloquer tout épanouissement, étouffe le coq dans
l'Oeuf): Ainsi, chaque fois qu'il y a une tentative d'organiser la jeunesse
pour un idéal de paix ou d'autodéfense légitime comme c'est le cas de
PA-AMASEKANYA, quelques dirigeants y voient un obstacle à leur projet
macabre d'extermination des batutsi et bahutu non acquis à l'idéologie du
génocide. Nous leur rappelons qu'une Nation sans Jeunesse est un Peuple
sans espoir. Ces gens veulent nous imposer l'impunité des crimes et la re -
colonisation de notre pays comme mode de cohabitation pacifique.
D'aucuns se demandent qui sont ces gens qui n'ont pas intérêt à ce
que les Barundi vivent en Paix? Nombreux observateurs avisés avancent des
chiffres qui n'atteignent jamais 89 familles!!! BARI KU RUSHI!!!
Est-il
donc juste de nous acharner uniquement sur ces quelques personnes, égoïstes
soient-elles, les accusant de nous
avoir usurpé tous nos droits les plus élémentaires? N'avons nous pas une
part de responsabilité eu égard à notre comportement quotidien? Combien
de gestes d'injustice, de corruption auxquels nous assistons dans un silence
complice?
Si
notre pays a souvent été gouverné par des gens irresponsables, moralement
médiocres, qui n'ont aucun sens d'Ubushingantahe et qui sont les premiers
responsables des tragédies que nous vivons, nous ne devons pas voir en cela
une fatalité.
Malheureusement,
la tendance générale des barundi devant cette immoralité sans nom est le découragement,
l'inaction, le désespoir, la solidarité négative, la superstition…tout
cela caractérisé par des expressions comme: «Abarundi
ni ba Ntirumveko, uwaburoze ntiyakaravye, ubu biragoye, n'akamaramaza,
n'akajagari, ivy'Uburundi ntawobishobora, Imana yaratwibagiye, mwebwe ko
muri hanze murigumira hiyo, ino uvuze baragupfunga ntagisivya, wewe shahu
urahiriwe ko wahungishije abana n'umugore ubu bari hanze…», ce sont
des attitudes que les survivants du génocide ne nous pardonneront jamais!
Face à cette situation
scandaleuse de notre Nation, quelle attitude devons - nous adopter, nous, en
tant que Jeunesse Burundaise?
Une Jeunesse engagée, pour un Burundi meilleur.
Pour contrer toutes ces
difficultés, le Burundi a besoin des jeunes épris de paix: aux âmes bien
nées dit-on la valeur n'attend point le nombre des années: «TURI BATO NTI
TURI BITO». La jeunesse burundaise doit rester prudente, vigilante, mais
aussi audacieuse car, il y a des moments où rester en silence ou passif est
une erreur fatale; en ce cas, parler et agir deviennent impérativement
un devoir civique. Ce devoir chers frères et soeurs, n'est pas le
privilège des Ministres, des Honorables Sénateurs, des Présidents, des Généraux,
des Prix Nobels, il n'est pas une hauteur où les géants seuls puissent
atteindre; il est à la portée de tous les burundais, jeunes gens et moins
jeunes, militaires et civils, politiciens et simples citoyens, étudiants et
enseignants, paysans et citadins, avocats, magistrats, juges …
Au
Burundi, nous vivons quotidiennement, une réalité amère et révoltante,
nous devons prendre nos responsabilités et nous engager en tant que
personne humaine. «Vouloir la justice» doit être désormais notre «métier
d'homme». Nous devons et nous pouvons le faire, malgré toutes les
difficultés qui nous sont imposées. Nous
avons le droit de vivre - nous avons le droit de vivre en paix - nous avons
le droit de vivre dans la prospérité. Ces droits ne sont pas à
négocier en aucune manière, mais à défendre avec résolution.
N'attendons
pas la paix de l'extérieur, les artisans de paix c'est chacun de nous.
L'incitation à la haine, à la vengeance, à la division, au génocide ne
constituent que d'infâmes instruments de destruction qu'il faut bannir à
jamais.
Ne
renvoyons pas à demain ce que nous pouvons faire aujourd'hui. Il est arrivé
le moment de sortir du silence complice, c'est notre devoir de citoyen.
Notre conviction est que «la majesté du devoir n'a rien à faire avec la
jouissance de la vie», ici nous nous adressons à ceux qui seraient tentés
par les biens matériels mais éphémères que le pouvoir peut leur offrir.
Quant à ceux qui pensent encore qu'il faut renier son ethnie pour devenir
un bon citoyen, nous leur disons qu'ils se trompent gravement car, il n' y a
pas de contradiction aucune entre l'amour de son ethnie, de sa région, de
son clan et l'AMOUR DE SA PATRIE.
Chers
frères, nous ne devons pas nous bercer d'illusions, nous devons rester
convaincus que notre tâche est grande mais très difficile, c'est un chemin
très long et plein d'épines, nous serons persécutés, certaines personnes
nous taxerons d'«extrêmistes», nous considèrent comme leurs adversaires. Parmi ces
gens qui nous gouvernent, plusieurs nous ont compris, ils ont remarqué que
l'épanouissement est possible, c'est pourquoi, paradoxalement et
injustement, ils nous combattent et nous combattront toujours, ils
chercheront à nous réduire au silence, à bloquer la machine de notre
formation morale et intellectuelles de différentes façons. Ils nous écraseront
dans la pauvreté matérielle et psychologique, les plus résistants seront
extérminés physiquement. Pour cela, ils ont des «armes» et des stratégies,
entendez par là, la puissance de division, la culture de la peur. Ils
veulent créer chez les Batutsi, un sentiment de frustration et une
conviction de se sentir tolérés et acceptés malgré tout, dans la prise
des décisions qui engagent notre pays. L'autre stratégie est la rébellion,
la pauvreté, les décourageantes conditions du corps des enseignants, des
étudiants et des travailleurs de la Fonction Publique, le favoritisme dans
certains secteurs de la vie nationale. A cela s'ajoute le fait que ces gens
sont satisfaits de voir la jeunesse fuir sa Patrie.
La
fuite de tous les cerveaux les rendra heureux car, ils pourront régner sur
un peuple amorphe, facile à manipuler. Pourtant, toutes ces injustices
qu'ils favorisent au sein des fils et filles de la même Patrie, loin de
leur procurer le bonheur, elles constituent un terrain de culture de la
violence.
Devant
cette culture de brutalité inhumaine, nous devons nous comporter d'une façon
sage, cette sagesse n'est pas celle des moutons, ni celle des enfants aux
bancs de l'école, mais celle de nos ancêtres burundais (ABASHINGANTAHE),
nous devons rester sages comme plusieurs parmi nous qui, n'ayant pas encore
l'âge de Galilé, se comportent comme lui à la prison de Mpimba, dans
plusieurs cachots de la capitale et de l'intérieur du pays. Lui, (Galilé),
affrontant la mort à cause de sa conviction disait: «pourtant,
la terre tourne autour du soleil»; eux, (les jeunes patriotiques
burundais), affrontent les cachots en disant: «pourtant,
le génocide des batutsi est en cours au Burundi.». L'histoire
donne toujours raison aux gens de valeur.
Ensemble,
cultivons les valeurs de vérité, de non-violence, exerçons la force de
l'amour, d'amitié, de cohabitation pacifique et surtout la capacité
d'auto-défense légitime. Dans nos rencontres, nous devons privilégier
l'esprit de discernement et d'interprétation positive des événements. Les
saines réflexions nous élèveront et nous rendront plus hommes.
Conjuguons
nos efforts pour une cause juste car, pris individuellement nous ne
constituons aucun obstacle à leur ignoble mission, l'idée de nous voir
tous épanouis et unis autour d'un idéal de paix et de justice, leur fait
peur. Certains parmi eux se comportent déjà en vrais «animaux à visage
humain», en pourchassant directement ou indirectement
les jeunes manifestants qui revendiquent le droit à la vie. Nous ne
devons donc pas avoir peur de leur action ignoble car dit - on, à
vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
La
lutte contre le génocide, contre les rebellions de tout genre, est une
lutte contre l'anéantissement du Burundi de demain, elle est une guerre
juste contre la terreur. Cette lutte est un devoir qui nous incombe, mais
qui nous a été prohibé depuis plusieurs années, nous devons l'accomplir
avec détermination.
La
guerre contre le pogrom des batutsi n'est pas une guerre contre les bahutu,
c'est une guerre qui nous a été imposée, sous la fausse étiquette de «combat
pour la Démocratie». La lutte contre le génocide, contre l'impunité,
contre l'exclusion, n'est pas un combat politique, ni un combat des seuls
rescapés du génocide des batutsi, mais un noble devoir de tout citoyen du
monde des humains. Tout le monde est donc protagoniste dans cette guerre
contre le terrorisme. Les excuses pour l'«apparent non - engagement»
constituent les masques préférés des traîtres infâmes.
Rompons
avec la médiocrité, la barbarie, l'égoïsme, l'attitude instinctive,
engageons-nous par contre dans la recherche d'une vraie culture de paix et
des valeurs d'UBUSHINGANTAHE pour reconstruire notre Nation.
En
attente d'une suite favorable à notre appel de prise de conscience et
d'engagement, veuillez agréer, chers compatriotes, l'expression de nos
meilleurs voeux et salutations fraternelles.
Fait
à Rome, le 6 janvier 2002
Dr.
Nimpagaritse Isaie, Président et Représentant
Légal de «Vita e Pace», Rome A
SUIVRE
Mr. Kirombo Gaspard, Rescapé du génocide des Tutsi du Burundi (Belgique)
Mr. Kazirukanyo Jean-Bosco, AC Génocide (Benelux)
Mr. Gashikanyi Pascal, Représentant de S.A.J.E (section Canada)
Madame Girukwishaka Jeanne, Section No-Global ( Italie ) 