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RUGAMBA-NET PRESS

 

 

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LETTRE OUVERTE A MR. PIERRE BUYOYA, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU BURUNDI.

 

 

INTRODUCTION.

 

1. La présente émane de citoyens burundais profondément préoccupés par la politique qui est la vôtre depuis votre retour au pouvoir. Les signataires sont pour la plupart des citoyens (hutu et tutsi) qui évoluent dans les mouvements de lutte contre le génocide, en tant que militants actifs ou tout simplement sympathisants.

 

2. Deux préoccupations majeures constituent l'objet de cette lettre :

- la dérive des droits de l'homme où apparaît clairement votre responsabilité personnelle ;

- une politique de sape menée tambour battant et porteuse d'un danger de génocide, ou plutôt de parachevement du génocide des tutsi, puisque ce dernier est en cours depuis octobre 1993.

 

3. La plupart des signataires de la présente sont ceux qui avaient juré de ne plus adresser de requête, ni à vous, ni au pouvoir que vous pilotez au plus haut sommet;  position dictée par le peu d'empressement à vous faire l'écho de l'idéal anti-génocidaire, pourtant exprimé le plus clairement du monde. Les signataires n'entendent donc pas vous faire changer des positions auxquelles vous tenez mordicus. Ils veulent uniquement circonscrire vos responsabilités actuelles et futures. Car, à un moment ou à un autre, tout dirigeant politique doit rendre des comptes.

 

4. Votre responsabilité personnelle dans la dérive des droits de l'homme au Burundi.

 

Deux  types de responsabilité :

4.1. Responsabilité personnelle indirecte.

Le parti FRODEBU est responsable de la violation suprême des droits de l'homme en tant que concepteur, planificateur et exécutant du génocide qui s'est abattu sur les Batutsi à partir du 21 octobre 1993 jusqu'à l'heure où nous vous écrivons ces lignes. Sur ce plan, la responsabilité directe incombe au parti SAHWANYA-FRODEBU stratégiquement éclaté en multiples bandes de terroristes-tribalo-génocidaires connus sous les noms de CNDD-FDD, FROLINA, PALIPEHUTU etc... C'est à celles-là que le FRODEBU a passé le témoin pour massacrer les Batutsi partout où ils peuvent les rencontrer : dans les camps de déplacés, sur les axes routiers etc.... Mais, à un autre niveau, la responsabilité de ces violations des droits de l'homme par les bandes tribalo-génocidaires vous est imputable de manière indirecte. "Qui peut et n'empêche pèche" dit un adage très connu dans la doctrine pénale. "Je ne ne suis pas de ceux à qui on peut demander de combattre le FRODEBU". Cette phrase devenue célèbre, prononcée dès les premières heures de votre retour au pouvoir, alors même que le rapport S/1996/682 de l'ONU se trouvait déjà sur votre table de travail se passe de commentaire.  Quand on observe le cantonnement de l'armée nationale dans une position défensive  ; quand on regarde la manière dont le pouvoir actuel s'emploie à la démoraliser en la traitant comme une armée vaincue qui doit disparaître au profit de celle des terroristes-tribalo-génocidaires, l'on se rend compte que la logique se tient.

 

4.2. Responsabilité personnelle directe.

 

Elle se résume dans la persécution que vous dirigez personnellement ou par vos services interposés contre les individus, organisations et associations qui osent dénoncer le FRODEBU et le génocide qu'il commet depuis 1993. Cette persécution est un chapitre de votre programme d'occultation du génocide commis contre les Batutsi par le jeu de la négociation avec les organisations qui se nourrissent à l'idéologie de génocide.  L'opposition à cette démarche  a été sommée de se taire ou, à défaut, d'y être contrainte "administrativement, judiciairement et policièrement". Ces mots sont sortis de votre bouche. Ils n'ont jamais quitté nos mémoires. Comment les quitteraient-ils en effet quand la directive est excellemment suivie d'effets ? Les Leaders du mouvement anti-génocide se relaient ou se bousculent à une cadence régulière dans les geôles, sans oublier les discours et interventions répétitifs de tous les plus hauts responsables de votre régime traitant toute action relative à la lutte contre le génocide de "démarche tendant à faire du génocide un FOND DE COMMERCE".En témoignent les récents cas d'emprisonnement de sieurs  Pierre-Claver HAJAYANDI, Président de la COSYBU,   Diomède RUTAMUCERO, Président de l'Association PUISSANCE D'AUTODEFENSE "AMASEKANYA",  de nombreux étudiants de l'Université du Burundi et d'autres personnes également incarcérées arbitrairement dans les différents cachots de la Documentation Nationale, de la Gendarmerie et des zones de la Mairie de Bujumbura. Tous ces emprisonnements ne peuvent que susciter réprobation et condamnation. Tout comme nous protestons contre la prise en ôtage de l'Université du Burundi. C'est un crime parfait contre  l'intellectualité que d'ériger une université, la seule dont dispose le pays, en une vaste prison. Quand une université conteste une politique donnée, la sagesse, pour un véritable homme d'Etat, consiste à lui tendre la main, à prendre en compte ses doléances. Car pour le cas du Burundi, l'Université constitue la concentration inégalée d'intellectuels. Négliger ou ignorer cette réalité signifie tout simplement croiser le chemin avec la modestie en croyant pouvoir réfléchir, et bien réfléchir à la place de tout le monde. C'est un comportement qui tente et qui a toujours tenté les hommes d'Etat confrontés, à défaut d'argument, à l'appui de leur politique. Au manque d'arguments capables d'emporter l'adhésion de leurs sujets, il supplée par le déni du droit d'expression et d'opinion, l'intimidation, la brutalité et la violence. Jamais, ils ne se rendent pas compte que les idées ne peuvent pas être brutalisées ; qu'elles défient la violence ; qu'on ne les atteint jamais parce qu'on en a persécuté les porteurs. Il faut donc convaincre par la force des arguments. Quand ces arguments font défaut, il faut reconnaître que l'on n'a pas les moyens de sa politique. Et lorsque celle-ci est contestée, il faut au moins avoir le courage d'affronter un débat contradictoire pour, en fin de compte, prendre la mesure de son échec.

 

5. Une politique débouchant sur une perpétuation  du génocide des Batutsi.

 

Un certain 25/7/1996, vous avez ramassé un pouvoir qui se trimbalait dans la rue. En réalité, ce n'est pas vous qui avez renversé le pouvoir Ntibantunganya, mais bel et bien le peuple burundais. Ce pouvoir s'était illustré par le massacre des Batutsi dans les diverses localités de ce pays. Ce pouvoir avait dépassé le cap du tolérable en faisant appel à l'invasion du pays par des troupes étrangères. C'est à partir de ce moment que le peuple burundais s'est mis à terrasser ce monstre qui venait de trahir toute la nation.

 

Néanmoins, nous reconnaissons au pouvoir de Ntibantunganya l'unique  mérite d'avoir sollicité et obtenu de l'ONU la mise sur pied d'une commission internationale d'enquête. Dans un rapport référencié sous le S/1996/682, ladite commission a établi dans les formes, la responsabilité du parti SAHWANYA FBU dans le génocide des Batutsi à partir du 21/10/1993 et les jours qui ont suivi. Ce rapport recommandait de manière explicite la création d'un tribunal pénal international et il vous a été remis dans les formes juste le lendemain de votre retour au pouvoir. C'est à partir de cet instant que les contours de votre politique ont commencé à se dessiner.

 

5.1. Blocage du Tribunal Pénal International pour le Burundi.

 

Quelques deux mois après le renversement du pouvoir Ntibantunganya, vous avez initié des négociations avec le mouvement terroriste CNDD-à San Egidio en cachette, dit-on. Comme pour tromper l'opinion, vous avez  fait semblant de formuler une requête auprès de l'ONU pour obtenir un tribunal pénal international. Comme vous avez demandé à  cette dernière de surseoir à la mise sur pied dudit  tribunal sous le prétexte  que vous étiez déjà en négociation directe avec  ceux-là même que ce tribunal devait appréhender, elle n'avait d'autre choix que d'attendre l'issue desdites négociations et celles, ultérieures, d'Arusha. En clair, le blocage du Tribunal Pénal International vous est personnellement imputable au premier chef.

 

5.2. Le partenariat politique avec le parti FRODEBU. 

 

Avec le geste posé en faveur du FRODEBU-CNDD à San Egidio, deux effets étaient logiquement attendus : l'occultation du génocide des Batutsi et la réhabilitation, par voie de conséquence, des organisations accusées de l'avoir perpétré. Mais fallait-il aller plus loin en envisageant la cogestion du pouvoir avec le FRODEBU par la politique dite de partenariat. Cela achevait de redorer l'image d'un parti sur lequel pèse pourtant le crime de génocide. Bien plus, l'accès aux moyens de l'Etat lui était ouvert pour financer la guerre ; ce qui a conforté la rébellion génocidaire qui était en perte de vitesse à votre retour au pouvoir.

 

5.3. Les négociations avec les génocidaires à Arusha.

 

Avant d'entamer les négociations d'Arusha dont celles de San Egidio sont le prélude, vous avez fait une concession essentielle au FRODEBU : bannir le mot "génocide" de vos discours puisque vous vous engagiez à ne pas "vous diaboliser mutuellement". Le mot "génocide" a non seulement disparu de votre bouche, mais également de votre esprit. Vous avez ainsi donné votre parole d'honneur de ne pas vous inscrire en faux contre le courant révisionniste que le FRODEBU appelait de tous ses voeux. Arusha deviendra donc la consécration suprême de ce courant révisionniste. C'est pourquoi la Communauté Internationale ne se sent  plus gênée aux entournures lorsqu'elle  apporte tout son appui au parti FRODEBU qui vous est largement redevable du crédit international dont il bénéficie.

 

Mais l'effet le plus dévastateur des négociations d'Arusha est, sans conteste, le démantelement de l'armée et l'occupation du pays par les troupes étrangères. C'est exactement pour les mêmes raisons que le régime Ntibantunganya est tombé. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, cette armée reste un rempart contre le parachèvement du génocide des Batutsi. Signer son démantelement équivaut à  la signature d'un chèque en blanc pour les auteurs du génocide de ces derniers dont vous serez le seul à endosser la responsabilité.

 

5.4. La crétinisation de la classe politique burundaise.

 

Dans la recherche de compagnons sur le chemin du négationnisme, vous avez pénétré dans les partis politiques que vous avez littéralement saccagés pour sélectionner des oportunistes qui n'hésitent pas à vendre leur âme, pourvu qu'il y ait promesse de satisfaire leurs intérêts égoïstes. Ils forment le lot des privilégiés et savent mettre à profit cette position et le chaos actuel  aux fins de leurs caprices : malversations économiques et autres prévarications.

 

5.5. Tenue de propos dangereux pour la sécurité des Batutsi.

 

Dernièrement, quand vous rencontriez les habitant de la Mairie de Bujumbura, vous avez tenu des propos qui ont semé le trouble dans les esprits des Barundi en général, et des Batutsi en particulier, en déclarant notamment que les Batutsi de la capitale envisageraient de tuer les Bahutu  pour se venger. Dans l'histoire des massacres et génocides des Batutsi par les extrémistes hutu, les stratèges machiavéliques se sont toujours exprimés en ces termes à l'adresse des hutu : "Les Batutsi veulent vous massacrer, vous exterminer ; il faut les devancer et passer à l'attaque les premiers". Pareils propos tenus en ces moments de tension élevée s'apparentent à ceux tenus par Dr Jean Minani du FRODEBU sur la tristement célèbre RTLM à KIGALI en octobre 1993.

 

Il vous souviendra que lors du génocide des Batutsi en octobre 1993, votre intervention tardive à la RTNB n'a nullement fait mention d'une quelconque sympathie pour les pauvres hères Tutsi immolés au feu et par la machette du FRODEBU, alors qu'ils constituaient le gros de ceux qui avaient voté pour vous en Juin de la même année. Par contre, vous n'avez pas omis de dire que NDADAYE avait péché par excès d'imprudence en affichant ouvertement son intention de reformer l'armée, car d'après vous, "ON NE DIT PAS QU'ON VA REFORMER L'ARMEE, ON LE FAIT SANS DEVOIR LE DIRE".

 

CONCLUSION.

 

Les signataires de la présente lettre ouverte ont choisi de vous écrire, car ils ne savent pas s'exprimer autrement. L'accès aux média de l'Etat leur est interdit alors que ceux des privés sont sommés de ne pas relayer leurs doléances sous peine d'être frappés d'interdiction. Ils ne peuvent pas non plus s'exprimer par la voie des manifestations publiques devenues une infraction passible d'emprisonnement sous les cieux burundais.

 

Le contenu de la présente est un reflet pur de la vérité. Les faits y sont exposés tels qu'ils se présentent dans la réalité. Rien n'a été inventé. Seulement, tout acte posé comporte des conséquences et la seule  interprétation que nous faisons des actes que vous posez aujourd'hui, c'est qu'ils véhiculent le seul virus de génocide des Tutsi. Les Barundi le vivent chaque jour et le vivront certainement demain, de la manière la plus dramatique.

 

TRANSMIS COPIE POUR INFORMATION A :

 

- Son Excellence le Président Nelson MANDELA,Médiateur dans le

   conflit burundais.

- Son Excellence Monsieur le Président William Jefferson CLINTON, Président

   des Etats-Unis d'Amérique.

- Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU.

- Monsieur le Secrétaire Général de l'OUA.

- Monsieur le Directeur Général de l'UNESCO.

- Mission diplomatique et consulaire (toutes)

- Confessions religieuses.

- Ligue des Droits de l'Homme (toutes)

 

LES SIGNATAIRES :