RUGAMBA-NET PRESS

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Lettre ouverte des Associations signataires de la "Déclaration de Bruxelles" à chacun des Chefs de Délégation aux Négociations d'Arusha  des Partis suivants  : MM.  Jean-Baptiste BAGAZA pour le PARENA,  Libère  BARARUNYERETSE pour le Parti «UPRONA»,  Godefroid HAKIZIMANA pour le P.S.D.,  Mathias HITIMANA pour le  P.R.P., Ambroise NIYONSABA pour le Gouvernement, André NKUNDIKIJE pour le Parti AV-INTWARI, Patrice NSABABAGANWA pour le Parti ANADDE, Thérence  NSANZE pour le Parti ABASSA, Joseph NZEYIMANA pour le Parti RADDES, Alphonse RUGAMBARARA pour le Parti INKINZO :



 

Monsieur,

En date du 9 courant, les Associations, Mouvements politiques et Ligues des Droits de l’Homme, signataires de la « Déclaration de Bruxelles », ont interpellé sans détours différents acteurs impliqués dans les Négociations d’Arusha.

Ces organisations ont vigoureusement dénoncé et condamné les écarts délibérés que les Négociateurs et les initiateurs d’Arusha continuent de prendre par rapport à des conventions internationales connues et respectées jusqu’ici, en matière de prévention et de répression du crime de génocide.

Parmi les 15 points qui constituent le corps de la « Déclaration de Bruxelles », nous voudrions rappeler à votre attention le contenu du onzième point, qui vous est spécialement adressé : « Nous gardons un œil vigilant sur les partis politiques, les associations, ainsi que les notabilités Batutsi présents à Arusha et qui, sous prétexte de stratégies pseudo-politiques ou mus par l’appât du gain et des postes politiques, seraient tentées de sacrifier notre peuple à l’autel de leurs ambitions, en signant des Accords suicidaires avec les génocidaires ». C’est à cause des alliances et partenariats, internes et externes, conclus avec les génocidaires, que la tragédie burundaise s’empire de jour en jour.

Depuis que les Batutsi ont compris ce que signifient en pratique les « Accords d’Arusha », à la fois pour eux-mêmes et pour leurs enfants, ils ont progressivement rompu ce lourd silence qui dure depuis octobre 1993, ayant compris que celui-ci semblait signifier une espèce de consentement absurde au projet monstrueux de leur propre mise à mort collective.

A l’heure qu’il est, des signaux de détresse, de plus en plus explicites vous sont envoyés de toutes parts. Parmi ceux-là, l’état d’extrême tension  qui prévaut à Bujumbura depuis le vendredi 17 Août 2000, vous donne la mesure de l’intensité du rejet que les Batutsi vouent aux Pourparlers d’Arusha.

Nous ne pourrons assez répéter à quel point le jour fatidique du 28 Août 2000 est tragiquement ressenti, à Bujumbura et dans le reste du pays, comme le début de l’Apocalypse pour les Batutsi.

Le fait que les diplomates, les Chefs d’Etat et les personnalités les plus décorées du monde soient convoquées pour cette mise en scène, et disent se porter garants de votre « acte de suicide » ne changera rien à la réalité.

En effet, au Rwanda, en 1994, ce n’était pas seulement deux ou trois pays frontaliers, plus des diplomates et des Chefs d’Etat, convoqués à la hâte, qui s’étaient portés garants des peuples du Rwanda. C’était le concert des Nations qui, par l’entremise de la prestigieuse « ONU », avait initié le processus d’Arusha. Après la signature des Accords, l’organisation mondiale s’est installée à Kigali sous la forme d’une force composée de divisions para-commando surentraînées, des généraux issus des meilleures armées du monde, des avions de combat, des chars et des batteries d’artilleries ultra-modernes.

Cet armada n’a pas empêché l’extermination de nos frères et sœurs Batutsi du Rwanda, dans un génocide qui ne connaît de précédent qu’à Auschwitz, à Dachau ou à Treblinka.

Pour les Batutsi du Burundi, la signature des Accords d’Arusha signifie une mort qui vient vers eux, portée par des hordes  sanguinaires armées de machettes, de gourdins, de grenades, et de fusils d’assaut. Vous êtes, pour nous, l’homme par qui la mort sera rendue légitime, par un processus implacable qui entrera en marche le lundi 28 Août 2000. Le soi-disant « partenariat intérieur », qui procède du même esprit  que les Accords d’Arusha, a déjà emporté des dizaines de  milliers de vies innocentes.

Monsieur,

Sur la mémoire sacrée de vos propres parents, frères, sœurs, et enfants, qui ont péri au cours du génocide de 1993, et durant les années noires qui ont suivi cette tragédie, nous vous exhortons à ne pas prendre sur vos mains la responsabilité de la catastrophe qui se prépare contre notre peuple, à l’issue de la signature des Accords d’Arusha. Nous rappelons que ceux qui sont déjà engagés en partenariat intérieur avec les génocidaires portent déjà une lourde responsabilité dans ladite tragédie.

Vous ne pouvez feindre de l’ignorer : les rescapés du génocide sont aujourd’hui assiégés de toutes parts, dans les quartiers et dans les camps de rescapés, par les mêmes hordes génocidaires, qui  pourchassaient, brûlaient et tuaient en 1993. Ces hordes s’apprêtent à recevoir de vos mains, le lundi 28 Août 2000, la bénédiction qu’ils ont attendue depuis des décennies, afin qu’ils puissent sceller, l’âme tranquille, la « solution finale » du problème tutsi au Burundi, comme leurs frères et alliés INTERAHAMWE l’ont fait, il y a six ans, au Rwanda.

Nous pensons avoir un devoir de vérité envers vous, personnellement, en ces moments tragiques, parce que nous croyons que vous êtes encore de notre peuple. Nous vous disons : « Va i Buzimu uje i Buntu ! ». Le temps de la « Convention de Gouvernement », du « Partenariat avec les génocidaires », des « Assemblées élargies aux forces du mal », le temps de la course aux postes et aux  portefeuilles, le temps des petits calculs et des vaines fanfaronnades, ce temps-là est révolu.

Il faut donc que les choses soient claires. Vous n’avez rien à faire à Arusha, tant que les génocidaires siègent en maîtres dans ce forum de sinistre mémoire.

Par respect pour nos morts, par respect pour la souffrance des survivants et le deuil qui n’a jamais été permis dans ce pays, et pour que demain vous puissiez regarder dans la prunelle des yeux de vos enfants qui survivront à l’extermination, nous vous demandons de vous retirer de ces « Négociations de la Mort », que tous les Batutsi condamnent et maudissent.

Demain, quand l’irréparable sera commis, ceux d’entre nous qui survivront vous demanderont des comptes. Car cette lettre désespérée que nous vous adressons officiellement, ce 22 Août 2000, avant votre départ à Arusha, restera gravée dans votre conscience, sur votre front et sur celui de vos descendants, comme la « marque de Caïen », c’est-à-dire, un  signe d’accusation et de malédiction perpétuelle.
 

                           FAIT A BRUXELLES, LE 22 AOUT 2000
 

                           POUR LES ORGANISATIONS :
 

           AFLENET : Dr Matthias NIYONZIMA, Avocat, Président

           ARPAC : M. Chrysologue NZEYIMANA, Vice-Président

           ASP-BURUNDI : Dr Mélence NKUBANYI, Président

           HAVILA : Pr Jean BWEJERI, Président

           INTERNATIONAL COMITTE-FBM : Balthazar BARAMPFUMBASE, Président

           SOLIDARITE DES GRANDS-LACS : Dr Léonidas MBANZAMIHIGO, Président

           UPRONA : M. Stanislas KAZATSA, Membre du Comité Central