DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE MINISTSRE DE LA DEFENSE NATIONALE A L’OCCASION DE L’ENTRETIEN DU PRESIDENT MANDELA AVEC LE HAUT COMMANDEMENT DES FORCES ARMEES A L’HOTEL SOURCE DU NIL.


Excellence Monsieur le Président de la République ;

Excellence Monsieur le Président MANDELA ;

Excellence Monsieur le Premier Vice-Président de la République

Excellence Monsieur le Premier Ministre de la République Ougandaise ;

Messieurs les membres du Gouvernement ;

Messieurs les Chefs d’Etats-Majors Généraux de l’Armée et de  la Gendarmerie ;

Messieurs les membres du Bureau de la Facilitation ;

Messieurs les Chefs de service au Ministère de la Défense Nationale et aux Etats-Majors Généraux ;

Messieurs les Commandants des Régions Militaires ;

Messieurs les Commandants d’Unités et Districts ;

Messieurs les Officiers ;
 
 

L’honneur m’échoit d’accueillir encore une fois, au nom du Haut Commandement des Forces Armées, Son Excellence Monsieur  le Président MANDELA.
 
 

Excellence Monsieur le Président MANDELA, votre seconde visite dans notre pays est un signe éloquent de votre volonté tenace de ramener la paix au Burundi. Elle constitue aussi un tournant dans  le processus de paix dans la mesure où elle offre au peuple burundais une précieuse occasion de dialoguer directement avec le médiateur.
 
 

Qu’il me soit permis d’espérer qu’un jour tous les autres négociateurs pourront participer à ce processus étant à l’intérieur du pays.
 
 

Excellence Monsieur le Président MANDELA , il vous souviendra que lors de la dernière rencontre avec le Haut Commandement de l’Armée, un bon nombre de préoccupations vous ont été exprimées. Malheureusement, nos institutions de sécurité restent toujours confrontées, dans leur gestion quotidienne, aux mêmes défis.
 
 

Permettez-moi, Excellence, de vous rappeler les plus importantes de ces préoccupations :
 
 

Primo : La cessation des hostilités.
 
 

Secundo : Les effets pervers de l’évolution du processus de paix que sont le regain de la violence, la déstabilisation politique, l’irresponsabilité de certains politiciens mettant en avant leurs propres intérêts aux dépens de l’intérêt général et le réchauffement des esprits prédisposant à des aventures suicidaires et fort préjudiciables à la paix.
 
 

Tertio : Le caractère sous-régional du conflit
 
 

Quarto et enfin : L’idéologie du génocide.
 
 

Excellence Monsieur le Président de la République ;

Excellence Monsieur le Président MANDELA ;

Excellence Monsieur le Premier Vice-Président de la République

Excellence Monsieur le Premier Ministre de la République Ougandaise ;

Messieurs les  Ministres ;

Messieurs les Chefs d’Etats-Majors Généraux de l’Armée et de  la Gendarmerie ;

Messieurs les membres du Bureau de la Facilitation ;

Messieurs les Officiers ;
 
 
 
 

Lors de la rencontre de leurs Excellences le Président BUYOYA et le Président MANDELA , les questions de l’intégration, du Démantèlement des sites de protection et de la Libération des prisonniers politiques ont été abordées. C’est ainsi qu’une nouvelle orientation sur ces questions particulières vient de se dégager.
 
 

S’agissant de la question de l’intégration, les propositions de 50% HUTU et 50% TUTSI viennent d’être portées à la connaissance de l’opinion nationale et internationale.
 
 

Nous louons l’engagement de Son Excellence le Président MANDELA à construire rapidement un compromis sur cette question. Néanmoins , permettez-moi , Excellence , de vous faire part des premières impressions sur la réceptivité de cette option .
 
 

Dans les milieux militaires , nous observons une grande compréhension du principe d’intégration. Toutefois, ce sujet suscite les interrogations suivantes :
 
 

- Comment en est-on arrivé aux quotas ?

- Quelle est la place de la rébellion qui est essentiellement HUTU  dans ces proportions ?

- Va-t-on instaurer des cartes ethniques pour les recrutements ?

- Ne risque-t-il pas d’y avoir une extension des revendications des quotas dans les autres secteurs par d’autres groupes ?

- Pourquoi la question des Forces Armées serait-elle dissociée de celle des autres institutions ?
 
 

En résumé, Excellence, si le principe d’intégration est largement accepté, les mécanismes de sa mise en pratique demeurent problématiques. En tout état de cause, la solution judicieuse devrait être celle qui n’ethnise pas le corps des Forces Armées tout en rassurant les différentes composantes de la nation.
 
 

Autrement dit, il nous faut une solution de garantie particulièrement contre le génocide, et qui encourage l’accès libre et volontaire à ce corps. Ces mécanismes devraient faire l’objet d’un profond débat politique et technique.
 
 

Si les réactions dans les différents milieux à l’intérieur et à l’extérieur du pays sont largement contradictoires, c’est que la question requiert beaucoup de délicatesse. Dans tous les cas, toute solution viable ne peut que s’inscrire dans le temps.
 
 

Au sujet du retour des regroupés, le processus de démantèlement des sites atteint un niveau satisfait. Seulement, notre appréhension qui ne manque certainement pas de fondement porte sur le territoire aveugle qui risque de se réinstaller dans les collines. Cette appréhension est d’autant plus justifiée que la question de la cessation des hostilités ne trouve toujours pas de solution. La rébellion et les groupes terroristes continuent à semer la mort et la désolation dans les familles.
 
 

A titre d’illustration :
 
 

- Dans la semaine du 01 au 07 mai 2000, razzia dans la province MAKAMBA sur la frontière avec la Tanzanie ayant entraîné plusieurs dizaines de morts et centaines des maisons incendiées,

- En date du 25 Mai 2000, une cinquantaine de vaches tuées à la grenade dans une ferme de BUBANZA,

- Deux embuscades successivement tendues le 08 et le 09 juin 2000 sur l’axe GITEGA-RUYIGI  ayant fait une vingtaine de morts.
 
 

Nous signalons aussi le cas des populations regroupés depuis 93 où celles obligées de se regrouper régulièrement suite aux actions de la rébellion et dont les solutions ne peuvent être trouvés qu’avec celles du génocide et du cesser le feu.
 
 

Excellence Monsieur le Président MANDELA,
 
 

Nous sommes encore une fois inquiétés par le refus de la rébellion de négocier la cessation des hostilités.
 
 

Il s’agit purement et simplement d’une manœuvre retardatrice inacceptable. On devrait garder à l’esprit que leur attitude comporte un danger de dérapage.
 
 

En effet, Excellence, le refus de cesser les hostilités pourrai entraîner la naissance d’ autres groupes de violence. La rébellion Burundaise devrait savoir qu’elle n’a pas le monopole de la violence. Un éventuel foisonnement de mouvements violents est un autre danger qui menace la survie de la nation Burundaise.
 
 

Nous demandons donc la cessation immédiate du terrorisme et de la violence. A cet effet, nous proposons que le Général MASONDO y aille directement puisque Jean Bosco NDAYIKENGERUKIYE et les autres sont désormais trouvables. J’en veux pour preuve la récente visite d’information qu’ils viennent d’effectuer en Afrique du sud.
 
 

En outre, les débats doivent se poursuivre pour dégager les relations entre certains de nos leaders politiques et groupes armées.
 
 

Nous dénonçons d’ores et déjà des politiciens qui sont à la fois  au sein de nos institutions et de mèche avec la rébellion qui tue des innocents.
 
 

Excellence Monsieur le Président de la République ;

Excellence Monsieur le Président MANDELA ;

Excellence Monsieur le Premier Vice-Président de la République ;

Excellence Monsieur le Premier Ministre de la République

 Ougandaise ;

Messieurs les Ministres ;

Messieurs les Chefs d’Etats - Majors Généraux de l’Armée et

de la Gendarmerie ;

Messieurs les Membres du Bureau de la Facilitation ;
 
 

J’invite les officiers ici présents à profiter de cette précieuse occasion pour demander un éclairage au Facilitateur sur tous les points d’ombre  du processus.

Le Médiateur voudra bien faire montre d’indulgence et comprendre leurs interrogations car l’officier est un homme pragmatique et réaliste qui doit comprendre avant d’agir.
 
 

Nous réiterons le soutient des Forces Armées au processus de paix en général, et au principe d’intégration en particulier tout en demandant qu’une discussion au sujet d’une formule judicieuse soit engagée.
 
 

Je termine ce mot en souhaitant au Président MANDELA et à toute la délégation un bon séjour dans notre pays.
 
 




JE VOUS REMERCIE