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Pire que le démantèlement

Par Marc Ndayishimiye

L'on parle avec de plus en plus d'urgence du démantèlement des forces armées burundaises, un objectif rêvé depuis longtemps par les tenants de l'anti-tutsisme au Palipehutu-Frodebu. Le sujet est plus que jamais d'actualité maintenant que ce parti a enfin son objectif à portée de la main, grâce à la férule impitoyable du couple Buyoya-Mandela.

Il est entendu que M. Mandela serait totalement impuisant dans son aventure burundaise sans l'argent qui lui est si généreusement dispensé par les gouvernements occidentaux. Cet argent a été mis à l'oeuvre pour corrompre des politiciens burundais aux yeux desquels un généreux per diem et la promesse d'une limousine ministérielle valent plus que la vie elle-même. Mais la majeure partie des fonds ira d'une part aux troupes étrangères dont la mission essentielle sera de renforcer la hardiesse de la nomenclatura génocidaire, tandis que le reste de l'argent servira à engraisser le régime de ladite nomenclatura.

A côté de cela, un aspect frappant du démantèlement des forces armées burundaises est qu'il ne s'agit même pas d'un démantèlement. Oui les militaires seront renvoyés, mais ils seront en même temps sommés de remettre leurs armes aux milices du Palipehutu-Frodebu. Et l'on sait bien l'usage auquel ces armes seront destinées par ce parti aux inclinations funestes irrépressibles. La situation serait différente si, au lieu de remettre les clefs de l'arsenal aux chefs des milices, on procédait à la liquidation de cet arsenal. Que l'on vende ou détruise tous les aéronefs, tous les vaisseaux de la marine, les blindés, les fusils, les canons, les munitions et explosifs de tous ordres, que l'on convertisse tous les véhicules et bâtiments à un usage commercial ou résidentiel, et l'on pourra à ce moment-là parler véritablement de démantèlement. Et qu'il soit désormais interdit au régime du Frodebu-Palipehutu ou autres d'importer, de transporter, ou de détenir des engins ou fournitures de guerre, quelque soit le prétexte.

Cette prohibition sur l'introduction d'armes au Burundi aurait un caractère international afin de pouvoir veiller à ce que personne, pas même le Frodebu et ses diverses tentacules, ne la violent.

Au lieu de cela que constate-t-on? Des programmes échaffaudés par l'équipe de Mandela pour l'entraînement des milices du Frodebu-Palipehutu au maniement du matériel de guerre à prendre aux militaires en passe d'être renvoyés. Pour l'instant il est, semble-t-il, question de garder une armée composée à moitié de personnes opposées au génocide, tandis que l'autre moitié serait faite de vétérans de ce crime odieux.

La question devient de savoir s'il s'agit là d'un arrangement qui pourra tenir la route. Au rythme où l'on va, le Palipehutu-Frodebu accaparera bientôt tout le gouvernement, tout le pouvoir législatif et judiciaire.  Comment pourra-t-on après cela faire respecter efficacement ces quotas dans l'armée et la police? Et même à supposer qu'on y arrive, comment donc les militaires et policiers opposés au génocide pourront-ils agir indépendamment de l'autorité politique (Frodebu) alors qu'ils dépendent justement de cette autorité pour tout, y compris la carrière personnelle, le régime disciplinaire, les mutations et la promotion des chefs militaires, les ressources, etc.?

On a déjà vu que le Frodebu ne respecte que les lois qui l'arrangent et n'hésite pas à fouler au pied unilatéralement toutes celles qui le gênent. L'amendement Kinigi, illégalement signé sous la dictée du Frodebu en 1994, le licenciement de la Cour Constitutionnelle par le même Frodebu au même moment, sont une vive illustration de ce réflexe.

Rien n'empêchera donc, le moment venu, au Palipehutu-Frodebu de dépouiller ses victimes de toute défence pour qu'enfin l'extermination de la population tutsie et de l'opposition hutue puisse être achevée sans résistance. A ce moment-là, l'on se rendra compte trop tard que ce qui va être fait maintenant est pire que le démantèlement, que c'est pire que ce qu'évoquait l'Ir Rutamucero voici un an, "kuvuna umuheto", du moins dans son sens quasi-littéral. Car l'arc ne sera pas brisé, ni la flèche épointée; l'un et l'autre seront remis intégralement à l'ennemi tueur de femmes et écraseur d'enfants.

M.ND.

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