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A.S.B.L.
MOUVEMENT
NATIONAL DE RESISTANCE
POUR LA REHABILITATION DU CITOYEN
"M.R.C. RURENZANGEMERO"
DECLARATION
PORTANT SUR LA MISE EN PLACE DES INSTITUTIONS DE TRANSITION
En l’absence de consultations, de consensus ou d’accord entre
signataires, l’Accord d’Arusha sera compromis; la paix et la réconciliation
nationale aussi.
A la suite de la déclaration du 20 octobre 2001, des partis politiques
du G5, par laquelle ces derniers retirent leur participation aux institutions de
Transition dans les conditions actuelles, le M.R.C. RURENZANGEMERO tient à
faire la déclaration ci-après sur l’évaluation de la situation politique.
1.
La situation actuelle est le résultat prévisible des conditions dans
lesquelles l’Accord d’Arusha, déjà peu crédible dans l’opinion
burundaise en général, a été négocié, signé et appliqué jusqu’à présent.
La population burundaise en général, censée être « l’objet principal
et le bénéficiaire » de l’Accord, avait néanmoins toléré ce
texte comme base pour la paix et la réconciliation, pour autant qu’il soit
mis en œuvre par les signataires dans un esprit de confiance, de compromis et
d’équilibre de droits et intérêts de tous.
2.
Au cours de la négociation, le sentiment général était que les
parties signataires se souciaient peu de l’intérêt général, notamment
lorsqu’elles se sont laissées imposées par la Médiation de l’époque la
scission des négociateurs en groupes ethniques, consacrant ainsi la gestion du
pouvoir sur une base ethnique.
3.
Ce sentiment a été renforcé lorsque, dans la suite, la signature de
l’Accord a été faite dans les conditions de contrainte et de précipitation
telles que, fait sans précédent dans l’histoire des négociations de paix
entre belligérants, un accord a été signé sans avoir obtenu un cessez-le-feu
préalable.
4.
Ultérieurement, la période « post-accord » a été caractérisée
par une série de manipulations de l’esprit et de la lettre de l’Accord dont
la première a été constituée par la scission de la période de Transition en
deux périodes, faisant craindre l’instabilité au sommet de l’Etat et de
perpétuels marchandages et spéculations, à tel point que, même à l’heure
actuelle, les signataires ne sont point d’accord sur les modalités de désignation
du tandem du leadership au cours de la seconde période de la Transition.
5.
Le point culminant de l’incohérence – pour ne pas dire plus – dans
la gestion de l’Accord a été atteint lors de la désignation au Sommet Régional
du 23 juillet 2001, pour la première fois dans l’histoire du pays pré-colonial
et indépendant, un Chef d’Etat du Burundi a été désigné et imposé de
l’extérieur et par l’étranger.
6.
Chargée de la responsabilité première de la gestion des mécanismes
complexes de l’Accord, la Commission de suivi de l’Application de l’Accord
a été progressivement ignorée tant pas la Médiation et le Sommet Régional
que par le tandem désigné du Leadership de Transition. La Commission est
pourtant chargée du suivi, du contrôle, de la supervision et de la
coordination de l’Accord, du calendrier de mise en œuvre, de l’interprétation
de l’Accord, de la conciliation et de l’arbitrage entre les signataires.
7.
Dans un esprit de dépassement pour l’intérêt supérieur de la
Nation, les partis du G5 avaient néanmoins accepté de collaborer avec le
tandem désigné du Leadership de Transition. Mais lorsque vint le moment des
consultations entre les signataires pour la formation des institutions de
transition, il est apparu clairement que le Leadership désigné a négocié
avec lui-même, le Président de la République s’étant entendu à Arusha, à
Dar-es-salaam et à Pretoria avec les leaders de la famille politique de son
Vice-Président.
8.
Ce faisant et obéissant sans le dire au principe du modèle sud-africain
du « consensus suffisant », le tandem du Leadership de Transition désigné
méconnaît et abuse la Médiation et l’opinion internationale sur la
situation actuelle de la donne burundaise actuelle : la fragmentation des
formations politiques ; la recomposition du paysage et de forces politiques
depuis 1993. Ces nouvelles données imposent de reconnaître la prise en compte
de toutes les parties signataires jusqu’à la détermination de nouvelles légitimités
par le peuple, directement ou indirectement, et dont personne n’a le droit de
se prévaloir actuellement.
9.
De même, les projets de la Constitution provisoire et d’autres textes
législatifs pour la mise en œuvre de l’Accord sont élaborés, discutés et
envoyés à l’Assemblée Nationale en totale méconnaissance des parties
signataires et de la commission de suivi d’application.
10.
Enfin, dernière méconnaissance de l’Accord d’Arusha, l’appel de
contingents de troupes étrangères avant le cessez-le-feu. L’intervention
d’une force de protection des institutions constitue une composante de la
force internationale de maintien de la paix qui, selon le protocole V de
l’Accord, est déployée uniquement après le cessez-le-feu. La responsabilité
de l’engrenage éventuel de ce délicat mécanisme incombe à ceux qui l’ont
déclenché.
Face
à cette situation, le M.R .C. se doit de tirer la sonnette d’alarme sur
les responsabilités du Leadership de la Transition quant aux conséquences extrêmement
graves qui résultent :
1°)
du manque de climat de confiance, de réels consultations et accords nécessaires
entre signataires pour la mise en œuvre des institutions dans un esprit d’équilibre
dans la co-gestion du pouvoir durant la Transition;
2°)
de l’absence de volonté de susciter la réunion des signataires pour débattre
de la question des réserves soulevées lors de la signature de l’Accord, tel
que l’ont recommandé le Conseil de Sécurité des Nations-Unies et la
Commission de suivi d’application;
3°)
de la présence de troupes étrangères en méconnaissance des conditions déterminées
par l’Accord et dont l’esprit est le déploiement d’une mission
d’observation après le cessez-le-feu;
4°)
du refus d’associer adéquatement les signataires et la Commission de suivi
d’application et tous les signataires à l’examen des questions faisant
l’objet du projet de constitution provisoire et d’autres textes législatifs
de mise en œuvre de l’Accord.
Le MRC fait en outre appel aux partis du G10 pour rejoindre la défense
de l’équilibre des intérêts des communautés.
Bref, faut-il le rappeler, l’Accord d’Arusha a été négocié et
conclu dans l’intérêt du peuple burundais qui doit en être le principal,
sinon l’unique bénéficiaire, et non à l’avantage de qui que ce soit
d’autres ! Il sera soutenu ou combattu par le M.R.C. selon qu’il est à
l’avantage ou au détriment du peuple burundais.
Bujumbura, le 22 octobre 2001
LE PRESIDENT DU M.R.C.
Epitace BAYAGANAKANDI
Colonel.
