RUGAMBA-NET PRESS

http://www.netpress.bi

 


Membre de ClickFR, Reseau francophone Paie-Par-Click

 

 

Accords de paix ou plan de guerre ?

 

Par  Daniel MUGISHA

daniel_mugisha@yahoo.fr

Ce qui se passe autour des négociations de paix au Burundi est une épreuve pour la raison. Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible d'en saisir la logique. Après des années de discussions pendant lesquelles les négociateurs ne sont entendus pratiquement sur rien, des accords de "paix" ont été quand même signés sans qu’il ne soit nullement question du moindre cessez-le-feu. Cette situation impensable a été rendue possible par une tactique des mouvements rebelles consistant à simuler le rejet du chef par la troupe aussitôt qu’il entame les négociations. Tous les mouvements rebelles ont adopté cette tactique qui leur a permis d’échapper à l’obligation d’avoir à signer le cessez-le-feu. A cours de prétextes pour retarder les négociations et  mis sous pression pour signer le cessez-le-feu, Le chef des CNDD-FDD vient d’adopter la même tactique.

Alors que la guerre redouble d’intensité, il est prévu de mettre en applications ces accords auxquels mêmes les signataires ne croient pas sans parler de la population à qui ils n’apportent aucun répit et surtout la population tutsi à qui les accords n’ont strictement rien apporté : ni justice puisque le génocide de 1993 restera impuni ni paix puisque la guerre continue, ni même la condamnation de l’idéologie du génocide partout à l’œuvre dans la région des grands lacs. Comble de l’humiliation pour la population tutsi trahie, il est même question que des troupes rebelles - les mêmes qui ont été condamnées par les accords de Lusaka comme « forces négatives »- fassent, partie des unités qui seront  chargées de la protection des institutions  tandis que leurs chefs politiques  qu’elle accuse d’avoir commandité le génocide seront protégés par des troupes venues de l’étranger

L’arrivée de ces troupes étrangères se passe dans un flou juridique le plus désespérant,

On peut imaginer de nombreuses situations les unes plus susceptibles de dégénérer que les autres face auxquelles la réaction autorisée de ces troupes n’est pas connue. Sous les ordres de quelle autorité seront-elles mises ? quelle sera leur périmètre d’action, auront-elles le droit de tirer sur des burundais ? Si des ministres refusent la protection par des étrangers tandis que d’autres l’exigent, qui aura priorité pour protéger un conseil des ministres entre ces troupes et l’armée burundaise ? Chaque situation d’apparence anodine comme celle-là peut aboutir à des affrontements entre ces troupes et l’armée burundaise ou la population. Loin de représenter une solution, l’arrivée des troupes étrangères représente un grand danger pour le pays, pour ceux qu’elles seront sensés protéger et surtout pour elles mêmes. A cet égard, il faut se rappeler que même la grande armée américaine  n’a pas tenu longtemps en Somalie parce qu’elle évoluait en milieu hostile.

 

Tout le processus de paix s’inscrit en réalité dans le refus de traiter les vrais problèmes à l’origine de la crise actuelle à savoir l’assassinat de NDADAYE et le génocide anti-tutsi qui a suivi. Les architectes du mensonge qui est présenté aux burundais comme un processus de paix sont les responsables de l’assassinat de NDADAYE alliés aux concepteurs du génocide pour une protection mutuelle. Aujourd’hui ceux qui réclament justice sont traités d’extrémistes par ceux-là, hutu comme tutsi, qui sont à l’origine de la crise. Ils viennent de bâtir un processus qui n’a de paix que le nom et qui ne comporte  pas autre chose que leur partage du pouvoir, leur protection et amnistie personnelles.

Il n'y a pas de collyre possible pour celui qui ne voit pas que cette situation purement kafkaïenne est porteuse des pires dangers. Comme une voiture piégée qui explose au démarrage, Il n’y a pas de doute que la mise en application de ces accords aboutisse rapidement à un dysfonctionnement de l'appareil de l'état  avec tout ce que cela comporte comme conséquences désastreuses.

Buyoya a fait preuve d’un grand courage en faisant accepter les négociations à l’armée burundaise mais il a commis une grave erreur en signant des accords qui ne prévoient pas de cessez-le-feu. La seule exigence sur laquelle il soit resté ferme est d’être désigné comme président de la première période de transition avant de mettre en application les accords. Cela lui a été accordé  par la médiation au prix d’une première violation des accords puisque ce n’est pas lui que les partis tutsi avaient désigné pour diriger la première période de la transition. La médiation a alors compris qu’elle pouvait tout obtenir d’un homme soucieux uniquement de ses intérêts, ce qui explique une deuxième violation des accords que constituera la présence des militaires étrangers sur le sol burundais. En donnant son accord à leur arrivée pour la protection de ceux-là qui font la guerre sans même exiger qu’ils l’arrêtent au préalable, Buyoya vient de poser un acte de trahison qui mettra le Burundi dans la condition où se trouve le Liban occupé par l’armée syrienne. De la même façon que ni le président libanais ni son premier ministre n’ont le pouvoir de renvoyer l’armée syrienne, bientôt il ne sera du pouvoir d’aucune autorité burundaise de demander que l’armée sud-africaine plie bagage.

Faut-il rappeler que Buyoya est revenu au pouvoir notamment pour s’opposer à l’arrivée des troupes étrangères demandées et obtenues par Ntibantunganya et Nduwayo ? Il n’ignore pas l’hostilité de son armée à cette présence même si quelques hauts officiers corrompus affichent le contraire. La confiance ne régnera donc plus entre Buyoya et son armée et il faut donc s’attendre à ce que sa protection personnelle soit progressivement assurée par les troupes étrangères et cela au même rythme que l’armée nationale sera démantelée. Dans ces conditions il est plus juste de parler de plan de guerre que de processus de paix.

Retour