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  VIIème semaine d’information et de réflexion sur le génocide

 

LES ACTES D’ENDORMISSEMENT ET DE CONTINUATION DU GENOCIDE

 

par Charles MUKASI

Depuis le 21 octobre 1993, le pouvoir Frodebu commet le génocide sans interruption. Si nous insistons particulièrement sur la responsabilité de l’organisation raciste, terroriste et génocidaire Frodebu, c’est parce que cette organisation est au pouvoir, qu’elle a investi les institutions, et qu’il est inimaginable d’envisager le retour du Burundi vers la voie du droit et de la morale sans renverser par tous les moyens ce pouvoir et le remplacer au bénéfice du droit et de la morale.  

Sinon, le Frodebu a simplement pris le relais du Palipehutu, lequel avait lui-même pris le relais des organisations antérieures pour décimer les Tutsi de la région des Grands Lacs depuis 1959 au Rwanda (Parmehutu). 

Si ce génocide continue, c’est que les forces génocidaires ont entrepris d’endormir les forces de paix pour les empêcher de voir clair, de penser juste et d’agir contre le racisme, le terrorisme et le génocide. 

Nous nous proposons d’analyser ensemble certains facteurs qui font que le génocide continue et de montrer certaines des étapes qui sous-tendent cette opération qui, quelle qu’en soient les acteurs, est un acte de continuation du génocide. 

Nous analyserons en premier lieu les actes d’endormissement par un discours de propagande négationniste. Dans un deuxième temps, nous parlerons des manœuvres d’endormissement tout au long de ce qu’on appelle processus de paix, un acte de négationnisme et d’endormissement par excellence.  Nous montrerons par ailleurs comment les forces qui devraient combattre le génocide sont sollicitées pour être les continuateurs du génocide, pour terminer par un recentrage du débat autour de l’enjeu prioritaire du moment : se rappeler toujours qu’il faut d’abord et avant tout chasser Buyoya et le Frodebu du pouvoir.

I. ENDORMISSEMENT PAR LE DISCOURS. 

Pourquoi est-ce que le génocide continue ? Le génocide continue parce que le Frodebu est toujours au pouvoir. 

Parce que les propos que nous tenons chaque jour renseignent le monde qui nous entoure sur nos convictions et sur l’orientation des actes que nous sommes disposés à poser, en matière de lutte contre le génocide, il existe une terminologie propre aux génocidaires, des  mots qui ont été popularisés par Buyoya et le Frodebu pour nous empêcher de voir clair, pour nous empêcher de penser juste, pour nous empêcher d’être conscients du danger et neutraliser ainsi toute réaction utile de notre part contre le génocide, ces mots nous ne devrions jamais les utiliser nous-mêmes. 

Voici certains de ces mots tirés de ce lexique qui neutralise la lutte contre le génocide : 

Processus de paix, négociation, massacres interethniques, déplacés, double génocide, rébellion, rebelles, mouvements politiques armés, bandes armées, prisonniers politiques, gouvernement de transition, forces de protection, umugambi w’amahoro, kwinjiza abahutu mu gisoda, ibiganiro vy’amahoro, abitwaje ibirwanisho… 

Ces mots, nous les utilisons tous les jours. Il s’agit d’une auto-intoxication coupable qui a pour effet de neutraliser quiconque veut lutter contre le génocide au Burundi. A chaque fois que nous les utilisons, nous consolidons le système du pouvoir génocidaire Buyoya-Frodebu parce que nous lui donnons raisons. 

En effet, personne ne combat un processus de paix sans se mettre dans une position de coupable. On ne combat pas non plus la négociation, c’est une opération noble. Quant au mot massacre, il n’est pas condamné par le droit pénal…  

Le génocide continue parce que ces mots traduisent le refus de désigner le criminel et le coupable. Ntitwicanye nous a rappelé l’homme d’Eglise qui a officié la messe de dimanche midi à Ngagara ; hariho abishe, hariho abishwe. Hishe frodebu, hicwa Abatutsi n’abandi Frodebu iterekwa… 

Le génocide continue, parce que les rebelles ce ne sont pas des criminels contre l’humanité, les bandes armées non plus. Lorsque nous désignons les milices génocidaires du Frodebu par l’expression rebelles, nous acceptons inconsciemment que nous pouvons continuer de leur confier sans scrupules notre sort pour qu’elles nous gouvernent.

De même une force de protection n’a rien de véritablement coupable ; mais si l’on faisait l’effort de dire que les soldats sud-africains viennent protéger les terroristes et les génocidaires, personne n’oserait envoyer pareille force ! Enfin, umugambi w’amahoro, ce mot n’incite pas à la révolte, de même que kwinjiza abahutu mu gisoda ainsi que kwitwaza ibirwanisho, cela n’a rien d’anormal. 

Lorsque nous utilisons ces mots, les militants contre le génocide, que nous sommes, nous privons de l’objet même de notre raison d’être. Nous procédons nous-mêmes à l’endormissement de notre conscience de combattants.  

La situation serait certainement différente si nous acceptions de nommer les choses par leurs noms. En effet, le jour où nous dirons ensembles que le Burundi est gouverné par des terroristes et des génocidaires, cela impliquera automatiquement un comportement différent, cela signifiera obligatoirement que ce pouvoir doit changer, kuko igihugu ntikiramutswa abatemu; cela impliquera automatiquement qu’il faut appliquer le droit en traduisant les génocidaires contre l’humanité devant les tribunaux… Sans cela, l’on pourrait créer un Tribunal Pénal, même international, il n’y aurait jamais personne à juger… ; car il n’y aura en face que d’innocents combattants de la liberté. 

Dans son livre « Dictionnaire pratique du Droit humanitaire » Madame Saulnier de l’ONG Médecins Sans Frontières déclare que : mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde. Quand on ne veut pas agir, on qualifie mal les choses. Au Rwanda, le génocide est resté longtemps qualifié de crise humanitaire grave. Cela avait pour objectif de paralyser toute initiative de la communauté internationale notamment. Quand la même crise a été appelée plus judicieusement génocide, le monde a bougé contre les génocidaires, on a mis sur place le TPIR… Le mot massacre n’est pas un mot qualifié dans le droit pénal. Le massacre désigne soit un assassinat ou un génocide.  

Pourquoi dès lors ne pas utiliser le mot qui conviennent? Simplement pour éviter de désigner les assassins et les génocidaires. 

II. NEUTRALISATION DE LA LUTTE CONTRE LE GENOCIDE PAR LE PROCESSUS D’ARUSHA. 

Tout a été dit pour justifier Arusha ; mais également, tout a tété fait pour occuper l’opinion par des actes de diversion. Cette manœuvre devait neutraliser les acteurs qui luttent contre le génocide en les occupant à des œuvres sans lendemain.

Ainsi l’embargo occupa l’opinion pendant très longtemps, et pour rien, puisqu’on a appauvri le peuple burundais pour rien. Mais pendant deux ans, l’embargo fut un alibi à tout. Aujourd’hui, Aldo Ajello, dans son livre « Aldo Ajello, cavalier de la Paix », vient de révéler que l’embargo, c’était pour aider Buyoya à se défaire de l’opinion Tutsi… ».  

Pendant le même temps, de nombreux séminaires et journées de réflexion ont été organisées  officiellement pour définir la voie du processus de paix, alors que la voie était déjà toute tracée et que les représentants de Pierre Buyoya étaient entrain de signer les accords de San Egidio avec les organisations génocidaires. 

Le pouvoir Buyoya occupa également l’opinion nationale dans les actes d’auto-destruction où les membres des différentes organisations furent sollicités pour détruire leurs propres partis politiques, les syndicats, les organisations féminines, les églises… Aujourd’hui encore, des Tutsi du Parti Anadde se battent pour entrer dans un gouvernement et dans un Parlement où ils ne seront que des figurants, face à la toute puissance des organisations génocidaires, et cela malgré la volonté officielle du parti de ne pas figurer dans ces institutions. 

Parallèlement, une propagande inutile a été faite sur le cessez-le feu, l’amnistie, le leadership de la transition, de faux coups d’Etat, le mode électoral, les troupes étrangères, la théorie vérifiée ou non de la chaise vide… Ainsi pendant des années, les Barundi ont eu l’impression d’être occupés, de faire des propositions alors qu’ils étaient simplement et volontairement distraits de leur obligation première : chasser Buyoya et le Frodebu du pouvoir.

III. LA CONTINUATION DU GENOCIDE PAR LES FORCES SUPPOSEES LE COMBATTRE 

Toutes ces manœuvres d’endormissement, par le discours ou autres actes de manipulation de l’opinion, n’ont d’autre résultat que la prolongation du génocide et de leur pouvoir incarné par Buyoya et le Frodebu. 

Car ce qui est en jeu, ce ne sont ni les ethnies ni quoi que ce soit d’autre, c’est le départ d’un pouvoir qui a vieilli et dont le bilan est catastrophique. Négocier avec ce pouvoir signifie accepter de le prolonger. 

Déclarer, après le Frodebu, que le conflit est ethnique n’est rien d’autre qu’un alignement sur les thèses du Frodebu… Lorsque le Frodebu déclare que le conflit burundais est ethnique, et que le Frodebu représente les Hutu, cette organisation raciste, terroriste et génocidaire proclame que les Batutsi doivent être isolés dans des groupuscules ou organisations dont le seul crime est d’être minoritaire et où on peut les contrôler et même les exterminer plus facilement après leur avoir inculqué le complexe d’infériorité, la culpabilité d’être arrogants, anti-démocrates et putschistes.  

Voilà pourquoi il n’y a jamais de crises gouvernementales ni parlementaires. Les partenaires des institutions actuelles mettent en application une seule et même politique : faire perdurer le pouvoir Buyoya-Frodebu; et les victimes du génocide se contentent des jérémiades (imyidogo). 

Ces actes constituent ce qu’on appelle le négationnisme, une autre manière de poursuivre le génocide ; car par sa banalisation et son occultation, on arrive facilement à la négation du génocide.  

L’écrivain Jean-François Dupaquier, dans un article intitulé « Rwanda : le révisionnisme, poursuite du génocide par d’autres moyens » décrit le phénomène de cette manière : « Le mensonge apparaît intrinsèque au génocide. Il s’agit de reconstruire l’Histoire pour fonder idéologiquement l’extermination, y préparer l’opinion publique. Le négationnisme n’est que la continuation du génocide par d’autres moyens. Il tue une seconde fois, en voulant abolir la mémoire des victimes » (in Rwanda, un génocide du XX ième siècle, l’harmattan, 1995, page 129). 

Ainsi donc, nous participons à la continuation du génocide, chaque fois que nous utilisons ces vocables que nous avons relevés plus haut, ou d’autres qui légitiment le pouvoir Buyoya Frodebu. Participe à la poursuite du génocide toute personne ou toute organisation qui pose un acte qui entretient ce régime génocidaire. 

IV. C’EST LE REGIME BUYOYA-FRODEBU QUI DOIT TOMBER !

Que cache-t-on en réalité derrière toutes ces manoeuvres, dont le processus d'Arusha lui-même? Il s'agit d'une réalité fort simple: en l'absence des négociations et des diverses manipulations que nous observons, le monde entier découvrirait ce qui est réellement la source des malheurs du Burundi, à savoir continuer d'être gouverné par un pouvoir qui a vieilli et dont le bilan est le plus catastrophique de l'histoire humaine... La solution à pareil problème est universellement très claire et simple: le départ inconditionnel du pouvoir de Pierre Buyoya et du Frodebu...

En mettant en avant les négociations, le pouvoir se trouve un alibi pour rester... Au lieu d'apparaître comme génocidaire, menteur, corrompu et immoral, le pouvoir en place se décrit comme étant celui du dialogue, de l'ouverture, un pouvoir qui s'investit entièrement dans la recherche de la paix...

Ainsi, depuis 1993, date à laquelle le Frodebu devait avoir quitté le pouvoir, pour avoir commis le génocide, cela fait une prolongation de bientôt 10 ans pour cette organisation génocidaire... Depuis 1998, date à laquelle a pris formellement fin le mandat électoral du Frodebu, cela fait une prolongation du mandat de quatre ans... Depuis 1999, date à laquelle devait prendre fin le mandat putschiste de Pierre Buyoya, cela fait une prolongation de trois ans...

Pendant toutes ces années, l'on a fait plusieurs fois le tour du monde, pour négocier, signer divers accords, conventions et partenariats tantôt intérieurs, tantôt extérieurs... Le monde a été mobilisé autour de ces diversions. Aujourd'hui encore, on en est à attendre que le même pouvoir Buyoya-Frodebu se transforme en nouvelles et fraîches institutions dites de transition, le 1er novembre prochain!...

Quant à la bataille pour les troupes étrangères, les enjeux sont également d'une limpidité extrême: depuis 1993, le Frodebu en a besoin pour se protéger, en espérant également que personne n'oserait le chasser du pouvoir au moment où des troupes militaires étrangères seraient sur place avec l'armada des observateurs, diplomates accompagnant ce genre d'opération...

Pierre Buyoya fait de même. La preuve à cet enjeu est que la grande peur unanimement partagée par Buyoya et le Frodebu est celle des coups d'Etat. Pourtant, la meilleure façon de dissuader le peuple burundais pour qu'ils renoncent à se débarrasser de Buyoya et du Frodebu serait, puisqu'ils sont avérés incapables de gouverner à la satisfaction de Barundi au point que sur 6 millions de Burundais il n'y aurait plus personne pour les protéger avec leurs familles, au moins de démissionner ou indiquer une voie plus douce de les faire quitter le pouvoir. Au lieu de cela, on joue les prolongations par diverses manipulations...

Qui croira qu'il faut trois mois pour former un gouvernement au nom d'un accord dont les signataires sont connus? Il suffirait que chaque signataire désigne ses délégués au gouvernement, à l'Assemblée et au Sénat! Cela ne prendrait même pas une journée. Mais trois mois c'est déjà cela de pris; trois mois en plus des 12 mois depuis la signature de l'accord en août 2000.

Si l'on n'avait pas procédé de cette manière, en faisant semblant de refuser de signer, en présentant des candidatures qu'on ne soutiendrait pas jusqu'au bout, en créant la diversion du cessez-le-feu, en poussant les diverses opinions dans les querelles des divisions internes, etc... etc... dans quatre mois, le mandat Tutsi de Pierre Buyoya serait terminé. Eh bien, il n'a pas encore débuté, le chronomètre est toujours à zéro...

Voilà donc ce qui fait courir nos dirigeants: ils ont démérité en commettant le génocide, en le couvrant avec les autres barbaries..., le peuple burundais ne veut plus d'eux...

Alors on oriente le peuple vers de faux débats afin qu'il ne s'occupe pas d'un pouvoir déjà condamné par l'histoire. Hier ils ont joué les prolongations en parlant de l'embargo, puis du processus de négociation, du médiateur... du mode électoral, de la loi sur les génocides, de l'amnistie, de l'immunité provisoire, de la corruption, des malversations... bref, des maux dont le Burundi ne saurait guérir tant que le pouvoir en place n'est pas remplacé, au nom du droit, de la morale et de la légitime défense...

 Nous ne chasserons jamais du pouvoir Buyoya et Frodebu en nous auto-intoxiquant pour dire qu’en dehors d’eux, il n’y a pas d’alternative ; que leurs turpitudes à Arusha et ailleurs sont incontournables. Jamais nous ne les chasserons du pouvoir où ils ont démérité en répétant après eux que les coups d’état sont impossibles…  

Puissiez-vous vous sortir de cette manipulation et prendre sans complexe la voie du droit et de la morale pour la faire triompher, contre le pouvoir Buyoya-Frodebu.

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