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Les figures des institutions d'après Arusha et le crime de génocide :

  L'impossible paix burundaise


            Les accords d'Arusha sont imminents. Les négociateurs d'Arusha vont signer un "accord de paix entre eux". Les tenants du génocide vont finalement gagner : le génocide commis par le FRODEBU en octobre 1993 et perpétué jusqu'aujourd'hui par ses satellites (CNDD, Palipehutu et Frolina) va être légalement occulté. Mais les résistants au génocide vont trouver une raison de plus de relancer le combat.

            Les figures qui vont dominer les institutions vont valser entre l'oubli du génocide et son parachèvement. Elles sont hétéroclites ici et homogènes la-bas. Le caractère solide des uns renforce les arguments des autres qui vont évoluer en dehors de ces institutions.

Le camp Tutsi, fort hétéroclite, sans conviction idéologique et talonné par l'idolâtrie au bout d'une longue période de pouvoir mal assumé, va étaler ses incongruités et incohérences face à un camp hutu dominé par les ultra-hutu fort de leur victoire et encouragés par l'absorption du crime de génocide.

            A côté de ces deux existera un groupe de victimes désignées du génocide décidé à résister et à empêcher de faire oublier le génocide. Il va troubler le repos des uns et des autres au point de déstabiliser les institutions pour la simple raison qu'elles seront dominées par les génocidaires. Du côté hutu, rien ne présage non plus qu'il ne restera pas de groupes terroristes génocidaires en dehors des institutions. Tout mettra encore en péril pour longtemps la paix des citoyens. Analysons tous ces camps à travers leur comportement dans les institutions de demain, après Arusha.

 

                                                A. Le camp Tutsi

 

            Dans ce camp, on trouvera des Tutsi hétéroclites allant des fidèles inconditionnels du système aux farouches opposants d'hier et d'aujourd'hui. Les représentants de ce camp dans les institutions vont jouer un jeu qui mettra en scène les pires comédies politiques allant du ridicule à la honte. Dans ce camp on va trouver :

a) - Des personnalités qui ont accepté Arusha pour mieux dominer-le

            pays, ayant assis leur puissance grâce à ce qu'il faut appeler

            "les hutu du chef" et "aux valets" dits "abakevyi du chef".

b) - Les personnalités "ou garçons de course" incapables d'évoluer

            en dehors du giron du chef. Ce sont les éternels "valets du

            chef".

c) - Les personnalités opposées à ces deux groupes et qui n'ont

            d'autre raison d'être que l'existence des mêmes groupes. Ils

            sont sans cause qui les placerait dans le camp Tutsi.

d) - Les personnalités attardées. Elles prétendent avoir une "mission

            historique" à remplir et tous ces 3 groupes précédents sont

            potentiellement leurs ennemis et elles sont mues par la haine

            et la vengeance. Elles sont énergiques et ont le mérite d'avoir

            la volonté à défaut d'avoir les moyens de leur politique.

e) - Les opportunistes sans foi ni morale : Ils valsent entre les

            détenteurs d'un pouvoir qui leur échappe et les dirigeants

            potentiels. Ils n'ont aucune référence morale ou politique.

           Ces groupes n'ont entre eux de commun que l'appartenance ethnique, l'opportunisme, la haine commune les uns envers les autres et la volonté de s'éliminer mutuellement. Pis encore, ce sont tous des gens qui évaluent difficilement le danger qui pèse sur eux et sur leur groupe et que constitue le camp des groupes terroristes génocidaires responsables des grands pogroms comme ceux de Kibimba, Butezi, Teza, Bugendana, Buta, etc...

 

a) Les personnalités qui ont accepté Arusha pour mieux dominer le pays

 

            Ces personnalités dominent le pays depuis beaucoup d'années. Ce sont des gens qui placent prioritairement leurs intérêts à l'avant-plan : les autres peuvent disparaître pourvu qu'ils survivent. Ils ne savent même pas faire le discernement dans "autr

 

            Pour y parvenir, ils emploient  les leurs et prennent des "hutu de service et de folklore" pour pont afin de parvenir à leurs buts. Ils travailleront directement ou indirectement, leurs réseaux qui se trouvent aussi bien dans le camp hutu que dans le camp Tutsi. Ils se feront passer pour les chantres d'une certaine ouverture qui aura porté aux affaires les ultra-hutu, en sacrifiant au passage ceux qui étaient considérés comme modérés après avoir pressé ceux-ci pour les intérêts de la cause.

 

            Ce genre de personnalités sera auréolé d'une certaine candeur d'esprit et d'une magnanimité que le monde extérieur remarque le plus et que l'intérieur ignore. La mémoire des victimes d'hier ne feront pas grand cas de leurs soucis au meme moment où les victimes désignées ne seront pas non plus leur préoccupation. Pourvu que l'occident chrétien, comme celui dominé par l'Internationale Démocrate Chrétienne (IDC), ait remarqué leur habileté et leur zèle dans l'accomplissement de sa mission, mettre au pas l'indocile Tutsi.

 

            Avec de telles personnalités, la paix est encore impossible. L'accord de paix ne sera jamais de repos et les victimes désignés du génocide ont encore à endurer.

 

 

 

b) Les garçons de course évoluant dans le giron du chef

 

            Ils bourdonneront au dehors et au-dedans des institutions. Ils rendront "l'accord de paix" invivable surtout si le premier groupe ne trouve pas satisfaction. Ils sont insatiables. Ils seront davantage fidèles au premier groupe dont ils se confondent d'ailleurs. Ils peuvent peaufine une opposition radicale si leur leader n'est pas plébiscite ou impose à Arusha. L'append du gain peut les faire soulever des montagnes. Néanmoins, par opportunisme, ils trouveront des alliances de façade à l'instar de celles liées à travers le CNPR. La cause de la paix ne sera pas leur préoccupation et l'extermination totale des éléments de leur groupe pourra passer inaperçu du moment que les futures institutions leur fournissent le pain. Comme sous les accords de Kajaga, la Convention ou le Partenariat, ils paraîtront comme si les accords étaient un gagne-pain et non des instruments pour sauver la paix des victimes désignées et tout le pays.

 

c) Les personnalités opposées aux deux premiers groupes

 

            Ce sont des groupes qui entreront par la petite porte dans les institutions d'Arusha après avoir flirte avec "l'ultra-hutisme" et tourne le dos à la lutte contre le génocide. Ils sont viscéralement opposés aux deux premiers groupes pour la simple raison que ceux-ci ne leur ont pas laissé de miettes des plébendes d'un certain pouvoir qu'ils maîtrisent depuis plusieurs années et qu'ils n'accordent qu'à leurs "hutu" ou à leurs "garçons de course". Ils seront des gens convaincus de la menace du génocide qui pèse sur leurs militants et leur camp. Mais cela ne vaudra pas la raison de s'engager, étant donné l'acharnement à se hisser au devant de la scène institutionnelle en occupant les bonnes places pour mieux assouvir leurs propres intérêts. Ils n'ont aucune conviction politique ou idéologique et à sa place se trouve un opportunisme qui n'a d'égal que leur arrogance que dénoncent souvent leurs adversaires des deux premiers groupes . Ils seront marqués par le complexe d'infériorité liée à leurs origines politiques ; ils acceptent avec affliction d'être taxés de "petits partis" naguère qualifiés d'extrémistes tutsi. Ils sont en conflit avec eux tout comme avec les personnalités attardées. Ils seront dangereux pour la paix si les deux premiers groupes pilotent la transition. Ils le seront davantage si le camp hutu auquel il s'attache gagne le pilotage a Arusha et qu'il lui fasse très peu de postes.

 

d) Les personnalités attardées à la "mission historique"

 

            Ce sont des futures grandes personnalités de l'après-Arusha. Elles sont auréolées dans leur camp d'un passé parfois idyllique qu'elles prennent pour un gage suffisant à conduire les affaires après les accords d'Arusha. Pour ces personnalités, l'engagement politique tient d'une mission historique qu'elles entendent poursuivre. "Heureux qui sait quitter l'état qui le quitte et rester homme en dépit du sort", disait un grand écrivain français. Nos gens sont précisément le contraire de ce que professe le sage conseil de ce français. Ils n'auront d'autre catéchèse qu'un certain passé mitigé et peu convaincant au 21ème siècle. Ils ont le mérite d'être engagés mais leur engagement se mue dans l'opportunisme qui sublime le présent pour d'autres combats, croit-on, plus stratégiques. Mirages ou réalité? Une certaine opinion publique leur accorde l'avantage du doute.

                                               

            Leurs partisans sont aujourd'hui partagés entre l'engagement et le reniement de soi suite aux positions qui risquent de dérouter les prochaines institutions. Ils resteront cependant derrière ces personnalités tout comme un certain nombre de Tutsi qui voient en elles les moins mauvais des disciples d'Arusha. Ils les suivront parce qu'ils attendent au tournant une stratégie qui pourra les tirer de l'état permanent de victime désignée du génocide. Mais les chances de ces personnalités de réussir la mission qu'attendent les victimes désignées du génocide sont pesées; ce sont des gens  dépassés et qui n'ont pas de génération à leur succéder. Le combat contre le génocide à travers les institutions qu'elles vont représenter est compromis, surtout qu'elles ont un mauvais précédent suite à leurs extravagances politiques en flirtant avec le "diable" à travers des accords qui ont frisé le scandale. La méfiance entre ce groupe et le camp hutu sera toujours grande et pourra facilement se rompre du fait que les alliances d'aujourd'hui ne reposent sur aucune base objective. Ce groupe, comme le premier, est tombé dans le guêpier du camp hutu en croyant qu'ils pouvaient manœuvrer a leur guise comme si les hutu étaient des Hutu de service bon à tromper.

 

e) Les opportunistes

 

            Ceux-là sont déjà dans les institutions actuelles où ils se complaisent dans l'incapacité totale de se définir une ligne politique ou idéologique. Ils entreront dans les nouvelles institutions comme ils ont été dans les institutions d'hier et celles d'aujourd'hui. Ils ne gêneront personne et faciliteront la tâche aux leaders terroristes génocidaires qui domineront les institutions nationales. Ils acclameront les fossoyeurs des leurs comme ils caressent aujourd'hui le FRODEBU. Ils n'auront aucune cause et le combat pour la survie face à leur extermination par les groupes terroristes génocidaires n'est pas leur préoccupation.

 

            Bref du côté tutsi, face au génocide, le comportement de ses représentants dans les futures institutions sera celui affiché aujourd'hui à Arusha. Ils sont à Arusha sans cause et sans projet au moment où les autres tiennent mordicus à leur projet génocidaire en passant par :

            - Le démantèlement de l'armée nationale.

            - Le démantèlement de la justice.

            - L'abandon de la souveraineté nationale.

 

            A ce sujet, lisez l'accord de San Egidio pour se rendre compte qu'à Arusha, c'est l'agenda proposé par le CNDD qui est jusqu'à présent suivi, à quelques nuances près. Aucun apport des Tutsi sur l'agenda des negociations n'est remarquable tout comme les propositions du draft de la médiation montrent bien que le camp tutsi était pratiquement absent d'Arusha durant les deux ans de negociations. ils ont fait du tourisme à petit frais pendant deux ans au moment où les autres bossaient.

 

            Le camp dit Tutsi sera marqué par des querelles intestines comme le montre l'image des 5 groupes. Ces querelles ne feront que renforcer davantage les organisations génocidaires issus des accords d'Arusha. Ils peuvent à la limite compromettre les futures institutions car leur acharnement contre ceux qui s'opposeront à ces institutions qui occultent le génocide dont ils sont victimes risque de provoquer l'implosion des mêmes institutions. Le camp des ultra-hutu en sortira renforcé ou très affaibli car la guerre engendrée par ces querelles et le combat entre ceux qui prêchent l'occultation du génocide et ceux qui s'y opposent peut tourner dans un sens comme dans un autre.

 

                                       B. Le camp Hutu

 

            Le camp hutu sera le plus homogène et présentera moins de contradictions que le camp tutsi. Les futures institutions seront néanmoins dominées par les ultra-hutu au détriment de la nation et de la paix sociale des hutu et des tutsi. Les différents comportements des personnalités de ce camp ne seront divergents que pour mieux se compléter; une question de positionnement stratégique. Néanmoins, les institutions en souffriront pour la simple raison que leur unanimisme classique risque de précipiter en guerre le camp des tutsi engagés dans la lutte contre le génocide. Le camp hutu, un groupe compact, donnera du fil à retordre aux résistants au génocide et à son occultation et c'est probablement là que risque de provenir la rupture des institutions issues des "accords d'Arusha". Le renforcement des uns appelant au durcissement du ton des autres. La paix n'est donc pas pour demain. Voyons les responsables de tout cela dans le camp hutu. Il s'agit de trois groupes importants:

 

- Les ultra-hutu ou les vainqueurs d'arusha

- Le groupes des caméléons

- Le groupe d'honnêtes hutu

a) Les ultra-hutu ou les vainqueurs d'Arusha

 

            Ils sont plus nombreux, plus arrogants, plus déterminés, plus triomphalistes que les autres et ce sont eux les véritables génocidaires. Ce sont eux qui vont le plus faire obstacle au fonctionnement des institutions d'Arusha par leur comportement qui risque d'être provocateur de tout le camp tutsi représenté dans les futures institutions. Pour eux, les futures institutions n'auront d'autres missions que de les aider à en finir avec l'imaginaire "péril tutsi". La paix en souffrira beaucoup, les institutions instrumentalisées par eux pour la cause génocidaire provoqueront la dérive dont personne n'est sûr d'en sortir.

 

b) Le groupe des caméléons

 

            Ils ont l'âme hutu mais ils ont une capacité extraordinaire d'adaptation. Ainsi, "au service du chef", ils travailleront pour les ultra-hutu comme ils l'ont montré hier en portant au pouvoir le FRODEBU. Ce seront eux les "sages" (par leur capacité de manier le vocabulaire unitariste) des institutions tout en étant les plus manipulateurs des hommes qui les pilotent. Ils auront l'influence politique et économique sur ces ultra-hutu issus des maquis tout en étant les conseillers écoutés du premier groupe du camp Tutsi au cas ou celui-ci serait plébicité ou imposé à Arusha  . Ils mettront en danger les futures institutions par leur ruse et leur cupidité. Ils se comporteront comme étant les véritables meneurs des combats qui ont abouti à la victoire tout en étant aussi bien à l'ombre ou au devant de la scène. Ils seront les grands ennemis de la résistance contre le génocide et son occultation. Ils joueront aux deux côtés au profit de l"ultra-hutisme en se cachant derrière le discours unitariste de leur patron de toujours.

 

c) Le groupe "d'honnêtes hutu"

 

            Ils sont comparables aux opportunistes du camp Tutsi . Mais ceux-ci ont l'avantage d'être restés en dehors des mesquineries politiques. Ils joueront occasionnellement de l'opportunisme dans les futures institutions par simple cooptation obtenue du simple fait de leur origine ethnique et de leur compétence. Ils sont les seuls à ne pas constituer un danger pour la paix tout en pouvant basculer dans le camps des activistes à la suite de l'opportunisme de dernière heure. Ils sont peu influents de par leur nombre.

 

                                                           

C.L'impossible paix face à la persistance de la dualité des camps

 

            La description ci-haut met en jeu une certaine dualité qui prévaudra au sein des institutions issues d'Arusha. Cela est bien perceptible. Arusha n'est pas loin d'amener  la paix. Le jeu de dichotomisation de la société va se poursuivre et c'est le camp génocidaire qui en tirera profit. Mais là non plus, ce sera pour une courte durée.

 

            Le camp Tutsi dans sa diversité est la victime principale eu égard à l'inconscience du danger qui pèse sur ce groupe.  Ils sont aaussi dangéreux car l'accord sera  en permanence dénoncé par ceux qui se disent victimes désignées du génocide et qui ont pris l'option de résister. Ils pourront même passer du stade de résistance à l'offensive armée suite au durcissement et au triomphalisme des ultra-hutu membres des organisations terroristes génocidaires actuelles. La paix n'y trouvera pas de répit. Ils ont la volonté et la détermination.

 

            Le camp hutu tout en savourant la victoire va marquer un point et évaluer le parcours fait pour relancer d'autres combats. La résistance des tutsi opposés au génocide et à son occultation trouvera l'argument pour accélérer la lutte. Les institutions étant dominées par leurs fossoyeurs et les tutsi complaisants devant le danger de génocide.

 

            Les institutions de demain seront en conséquence déstabilisées en permanence. La paix sera compromise aux regards des acteurs en présence. Cela pourrait être corrigé si les négociateurs d'Arusha avait le courage de prendre le destin du pays en main et extirper des futures institutions tous ceux qui, de près ou de loin, ont trempé dans le génocide actuel ou qui ont une responsabilité quelconque dans la provocation de la crise actuelle. Il faudrait donc que le président Buyoya et toute son équipe aient le courage de quitter le pouvoir et d'entrer doucement et définitivement en retraite. Que ceux qui ont des responsabilités autour de lui dans la crise actuelle en répondent devant la justice. Il faudrait également que les responsables du génocide d'octobre 1993 et sa continuation jusqu'aujourd'hui aient le même courage et laissent l'accord d'Arusha être signé par ceux qui n'ont pas de sang sur les mains. La justice n'aurait d'autre travail à faire que de les juger pour leurs actes afin de sauver tout leur camp qui n'aurait plus à endurer le mauvais préjugé de "génocidaire".

 

            Tout cela paraît comme un rêve, me dira-t-on. Oui, un rêve qui vaut la peine mais surtout le courage. Sans ce courage, Arusha va nous donner des institutions qui vont continuer à animer, voire accélérer la guerre au détriment de tout le monde. Il faut donc dépasser le stade du rêve pour entrer en action et barrer la route à de telles institutions. Il en va de la survie du Burundi.

 

 

                                                                                                                 J.F. SEBATORE

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