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Un accord de paix morcelé: un danger se profile à l'horizon.
par E.-A. NAHAYO.
Acculés à signer “quelque chose” en dépit de la qualité de l’accord, les négociateurs d’Arusha, ceux du G7 veulent faire croire qu’ils s’en tirent à bon compte. Ils vont satisfaire Mandela et ses financiers occidentaux mais la paix est de ce fait compromise. Un accord non global présente des dangers évidents mais les chantres d’Arusha estiment que c’est mieux que l’absence d’une signature. Le grand danger sera cette manière d’esquiver l’essentiel de ce qui hante aujourd’hui les Barundi, en l’occurrence, les violences de nature génocidaire. Ceux qui font la guerre ne vont pas à Arusha et les leaders de ce pays disent que l’essentiel est qu’on signe quelque chose. Voici un danger parmi tant d’autres et le plus important.
LA NATURE DU CONFLIT BURUNDAIS : GENOCIDE ET EXCLUSION.
Ce protocole ouvre la clé à la solution problème burundais, si du moins les négociateurs d’Arusha se convenaient que le problème burundais est avant tout un contentieux de sang, à savoir le génocide impuni. Le G10 se dit que la reconnaissance du rapport de la Commission internationale d’enquête de l’ONU en 1996 (rapport S/1996/682 du 23 juillet 1996) est un préalable. Reporter cela sous prétexte qu’on y reviendra après avoir signé "quelque chose" ou quelques compromis de ce protocole n°1 est un danger pour la suite même du processus. En effet, comment va-t-on sanctionner les futurs dirigeants des institutions issues d’Arusha et qui sont impliqués dans ce rapport. Ce point est la charpente centrale de tous les autres protocoles. Il influe automatiquement sur les autres protocoles, notamment :
- Le protocole II : Démocratie et
bonne gouvernance. En tenant compte du rapport S/1996/682 du 23 juillet
1996, on nettoie les institutions des tâches de sang car les leaders
consacrés à Arusha sont souillés leur implication
ou leur complicité dans le génocide.
- Protocole III : Paix et Sécurité.
Le rapport de l’ONU permettrait d’exclure tous les responsables des crimes
contre l’humanité et autres violences massives contre la population.
Il ouvrirait la voie sur les responsabilités actuelles dans les
violences dont la population est aujourd’hui victime.
Bref, en ajournant la reconnaissance de ce rapport et en signant l’accord de paix morcelé, c’est la paix elle-même qui est compromise. La paix est impossible si les acteurs politiques ne veulent pas que soient punis les coupables. Certes, les pro-FRODEBU rétorqueront que ce rapport est un rapport parmi tant d’autres. Mais on oublie que les autres rapports étaient des rapports issus des initiatives intéressées et sans mandat de l’organisation capable de qualifier et réprimer le génocide, à savoir l’ONU. Ce qui manque pour le rapport de 1996, c’est de suivre toute la procédure ordinaire afin d’être entièrement entériné par le Conseil de Sécurité et être suivi d’un tribunal pénal international pour le Burundi.
En outre, la reconnaissance du rapport S/1996/682 n’est pas une fin en soi, mais un début d’un travail de fourmis qui doit se terminer par l’identification de tous les responsables des génocides perpétrés au Burundi, en 1988 (à Ntega et Marangara), en 1972 et en 1965. A chaque génocide établi, on devrait accompagner cela par des poursuites judiciaires contre les responsables de ces génocides par un tribunal pénal international.
L’ABSENCE DE CESSEZ-LE-FEU COMME PREALABLE A LA SIGNATURE D’ACCORD, UN PREJUDICE IRREPARABLE.
C’est un autre problème principal que causera la signature d’un accord de paix morcelé. En refusant de signer un cessez-le-feu comme préalable à tout accord de paix, on autorise la poursuite du génocide au point que les victimes désignées de ce génocide vont se demander quel genre de paix va-t-on signer à Arusha. C’est à vrai dire l’irresponsabilité de la médiation et du gouvernement burundais en premier lieu et des autres parties en négociations ensuite.
Pour le groupe du G10 qui compte
en réalité dans ses rangs le gros des victimes désignées
du génocide perpétré par les ultra-hutu du FRODEBU,
CNDD, FROLINA et PALIPEHUTU, ne pas exiger la signature préalable
est intolérable pour ces victimes. C’est accepter que leurs partisans
continuent à être la cible des violences perpétrées
par ces organisations qui acquièrent par l’accord d’Arusha une amnistie
de fait et des moyens légaux pour poursuivre leur sale besogne.
Pour Mandela, le médiateur,
c’est entrer en complicité avec ces groupes terroristes génocidaires
dont il considère les actes de génocide comme un moyen politique
pour contraindre les victimes désignées à accepter
sereinement la loi d' airain qu’imposent ces organisations génocidaires.
Il leur reconnaît le droit de violences gratuites sur des populations
sans défense ni protection. Déjà, le Parti Libéral
(PL) vient de dénoncer Mandela de complicité dans le massacre
collectif commis ces derniers temps dans le pays. Dans sa déclaration
n°24 du 23 août 2000, le PL écrit:
"En imposant le démantèlement des sites de protection au même moment où il encourageait la rébellion hutu à poursuivre les massacres M. Nelson Mandela est directement responsable de l'assassinat des 32 jeunes militaires le 6 août dernier à Nyabiraba. Pour cette raison, le Parti Libéral demande à la communauté internationale de condamner Nelson Mandela pour crime d'incitation au meurtre collectif et à la violence génocidaire"
Tout le monde au Burundi commence à l’accuser de tous les maux et la presse nationale et internationale le pointe déjà du doigt pour le désigner responsable des tragédies qui peuvent suivre la signature d’accord d’Arusha. C’est dommage, dira-t-on après coup, pour quelqu’un qui a eu le Prix Nobel de la Paix et qui a tiré l’Afrique du Sud de l'abîme de l’apartheid. Il bénéficiait d'une aura unique au monde d’aujourd’hui et c’est cette aura qu’il vient de gâcher dans les ténèbres de la galère burundaise.
Pour le G7, la signature d’un accord morcelé est une bonne affaire. En effet, en reculant au calendes grecques la signature d’un cessez-le-feu, l’accord morcelé d’Arusha lui ouvre la voie à des négociations inter-groupes génocidaires. C’est le gouvernement dominé par le G7 qui va négocier avec ses rejetons en armes. Le gouvernement actuel ayant en son sein un nombre important d’éléments du G7, ceux-ci vont être en surnombre à l’issue des accords d’Arusha. Ils pourront alors imposer le sens des accords, et surtout la logique de la composition de la fameuse future “armée nationale”.
C’est cela qui est un danger capital
pour les groupes des victimes désignées des terroristes-génocidaires.
Le G7 qui est en réalité la coalition des groupes terroristes
génocidaires responsables du génocide d’octobre 1993 et qui
se poursuit aujourd’hui aura les coudées franches de parachever
le génocide avec une armée et des moyens élaborés
à leur taille. Les négociations vont se poursuivre entre
un gouvernement G7 et des groupés armés G7 au grand malheur
du Burundi et des victimes désignées du génocide.
A moins qu’on ne signe que des papiers-chiffons qui n’engagent personne.
Ce qui discrédite tous les signataires et Mandela, le chef d’orchestre.
Sinon, le danger est là, il faut le conjurer.
E.-A. NAHAYO.