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LAISSEZ-PASSER LE TRAIN “TRANSITION”
IIème partie
Par
l'Ambassadeur Frédéric Ndayegamiye, Membre du Parlement Burundais (en exil
au Canada).
Il y a un peu plus de trois mois nous exhortions les partis politiques et les organisations de la société civile qui s’opposaient à la mise en place des institutions de transition de donner une chance à la paix, de laisser le train partir. Nous pouvons affirmer avec satisfaction qu’à ce niveau, notre cri a été entendu, même si un parti politique (le Parena) préfère toujours la prudence. Nous avions cependant formulé une condition sine qua non avant la formation du gouvernement de transition : la cessation des hostilités et la conclusion d’un cessez-le-feu permanent entre l’armée gouvernementale et les armées rebelles. Malheureusement, le nouveau Monarque absolu du Burundi et son Prince Régent, trop pressés de porter la couronne, ont royalement ignoré nos avertissements et ont exécuté à la lettre les ordres d’un certain patriarche à qui ils doivent tout. Les conséquences sont là devant nos yeux horrifiés et remplis de déception: un pays à feu et à sang, l’intensification de la guerre avec sa cohorte de victimes, l’impossibilité d’enclencher tout plan de reconstruction, de développement et de réconciliation. Nous demandons avec insistance au leadership de transition (les Présidents, le gouvernement, les parties signataires) de démontrer leur inébranlable volonté de rechercher la paix, c’est-à-dire : faire du cessez-le-feu une priorité absolue. Nous demandons plus particulièrement aux deux chevaliers blancs de prendre le gouvernail et de diriger effectivement, sans tricher. Si le train n’arrive pas sain et sauf à destination, ils auront échoué et le peuple burundais leur en tiendra rigueur.
1. La paix n’a pas de prix, n’essayez pas de l’évaluer
« La couronne à tout prix, même si le prix à payer s’appelle la paix »! C’est ce que croyaient les princes qui nous gouvernent, et c’est ce que nous ont imposé Arusha et Pretoria. Contrairement à ce courant de pensée, nous sommes persuadé que la paix n’a pas de prix et que rien ni personne ne peut l’acheter. Ni le milliard de dollars américains promis par l’occident (et qui donnent des insomnies au gouvernement), ni les sanctions contre les rebelles que le gouvernement et les parties signataires réclament à cor et à cris, ni les gémissements des désespérés ou les discours inflationnistes des extrémistes de tout bord, rien de tout cela ne va nous apporter la paix. L’équation est plus simple que l’on ne s’imagine mais aussi plus complexe : il suffit d’y croire d’abord, ensuite de le vouloir, et enfin d’agir. J’invite tout un chacun à faire son introspection relativement à cette équation (tant au niveau individuel qu’organisationnel) et de méditer sur cette assertion de Robert C. Johansen : « Si nous voulons la paix, nous devons la préparer… Cela ne peut survenir que par le renforcement des normes et des institutions contre la guerre et qu’en abolissant les conditions qui donnent lieu à la violence ».
Le 1er novembre dernier, l’opinion prônant l’installation d’un gouvernement de transition avant de réunir toutes les conditions requises pour une paix durable a remporté. On savait très bien le risque que l’on faisait courir au peuple burundais : à partir de ce moment, le cessez-le-feu a cessé d’être une source de pression sur tous les acteurs. Maintenant, il appartient à ceux qui ont pris cette décision d’assumer leurs responsabilités. Le tandem présidentiel et le gouvernement de transition doivent cesser de pleurnicher et poser des actes concrets pour prouver leur bonne foi et leur engagement à œuvrer pour la paix et la réconciliation. Nous ne pouvons plus nous contenter des discours creux, de la langue de bois et de la poudre aux yeux. Nous voulons voir un plan d’action sur l’agenda du gouvernement et un échéancier qui mènent indubitablement à la table des négociations pour un cessez-le-feu sous la médiation de Son Excellence El Hadj Omar Bongo, Co-Médiateur nommé spécialement pour ce volet. Nous nous attendions à ce que le Président et le Vice-Président s’investissent dans cette mission avec le même acharnement et le même zèle qu’au temps où ils cherchaient à arracher au Président Nelson Mandela leur acte de nomination à leurs fonctions actuelles. Pourquoi les navettes incessantes d’antan se sont-elles estompées ? Pourquoi le Président Omar Bongo n’est-il pas courtisé ? Il y eut un moment où tous les Arushiens faisaient la queue et se bousculaient devant la porte du grand timonier sud-africain ! Où est passé tant d’élan ? La réponse se trouve sans doute dans cette exclamation du Muganwa Ndarishikije devenue célèbre dans la sagesse populaire burundaise. Alors qu’il finissait de se désaltérer (lui seul en oubliant ses sujets) après un long voyage sous un soleil d’été, confortablement étendu sur les épaules de ses porteurs dans ce qui lui servait de carrosse royal, il s’exclama : « Ashiii, twari bwapfe ! ». Traduction libre : « Quand le prince est rassasié, les sujets le sont ».
Trois
offensives diplomatiques et de presse ont retenu notre attention jusqu’à présent :
le voyage du Chef de l’État en Europe pour le travail de levée de fonds,
le périple du ministre des Relations extérieures et de la coopération dans
les pays de la sous-région pour réclamer des sanctions contre la rébellion,
le point de presse du ministre de la mobilisation pour la paix et la
reconstruction (et Président de l’Uprona négociateur) pour enjoindre aux
autres parties signataires d’emboîter le pas au chef de la diplomatie
burundaise. Après un mois en fonction, voilà tout ce que l’équipe de la
transition a aligné comme plan stratégique pour réussir le pari de ramener
la paix et la réconciliation aux Burundais. Nous savons tous que les
Occidentaux ne débloqueront pas les millions de dollars si la guerre
persiste, et même si quelques
miettes nous étaient jetées par la fenêtre, comment pourraient-elles être
investies dans un pays en guerre ? Ce ne sont pas non plus les seules
sanctions contre les rebelles qui vont nous apporter la paix. Il va donc
falloir chercher ailleurs et arrêter de nous balancer des prétextes
fallacieux. Et selon l’adage, nous sommes coincés entre deux réalités
implacables : il n’y a pas de développement sans paix, et la paix
n’est pas possible sans développement.
Ce
qui est exigé du gouvernement l’est aussi
vis-à-vis de la rébellion. Les chefs rebelles doivent montrer des
signes évidents de bonne volonté de négocier un cessez-le-feu et l’arrêt
des hostilités. L’on s’attend notamment à ce qu’ils renoncent à
subordonner le début des négociations
à des conditions extrêmement difficiles à remplir (si pas impossibles) et
visiblement destinées à constituer un échappatoire ou un blocage.
Par exemple, ils exigent au préalable « le retour des militaires
dans leurs casernes » et se disent uniquement prêts à mener des
« négociations directes avec l’armée, et non le gouvernement ».
On se demande s’il est vraiment réaliste et fondé de demander à « l’ennemi »
de céder son territoire à l’autre partie en conflit sans le conquérir !
Enfin, que sommes-nous sensés retenir du jeu de mots « armée »
versus « gouvernement » ? S’il est entendu que l’on se
rebelle contre un souverain ou un gouvernement, l’armée burundaise n’est
ni l’un ni l’autre. Elle est placée sous les ordres d’un Chef d’État
et Commandant suprême des Forces armées qui n’est autre que le Major
Pierre Buyoya. Voudraient-ils nous faire croire que ce dernier ne commande pas
effectivement son armée (à l’instar d’un certain ancien Président), et
que négocier avec une délégation de son gouvernement équivaudrait à se
tromper d’interlocuteur ? Par ailleurs, la rébellion n’aurait-elle
que des revendications militaires ? Si elle a des revendications
politiques, il va falloir se résoudre à les négocier avec les détenteurs
du pouvoir politique ! Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, il
faut admettre que le Major est le véritable détenteur du pouvoir politique
et militaire au Burundi et que c’est avec lui qu’il faut négocier. Et que
les enfantillages cessent ! Les préalables pourraient tout simplement
figurer sur l’agenda des négociations.
Nous
croyons savoir que les deux belligérants, c’est-à-dire le gouvernement et
la rébellion, ont publiquement déclaré depuis longtemps qu’ils veulent négocier
la paix sous les auspices de Son Excellence le Président Omar Bongo. Ce
dernier a été officiellement confirmé lors du sommet sous-régional des
Chefs d’État du 11 août dans son rôle de Co-Médiateur pour le volet du
cessez-le-feu. En acceptant sans
contrainte et sans réserves cette décision, que certains avaient
d’ailleurs souhaitée, les deux belligérants ont implicitement avoué leur
confiance en sa personne comme conciliateur neutre et impartial. Cependant,
nous ne les voyons pas s’empresser de se mouvoir décisivement vers la table
des négociations, tous les deux multiplient plutôt la diffusion de déclarations
qui les en éloignent.
Le
souhait unanime du peuple burundais est que cette guerre cesse immédiatement,
elle a trop duré et causé d’innommables torts à notre société. Le
conflit inter burundais a depuis longtemps dépassé le stade de maturité préconisé
par William Zartmann : « Pour être résolu, un conflit doit avoir
atteint une impasse mutuellement dommageable (mutually hurting stalemate) ».
Si les belligérants croient vraiment à la paix et se réclament toujours
agir dans « l’intérêt et au nom » du peuple burundais,
qu’attendent-ils pour exécuter la volonté de ce peuple ? Nous ne
voulons plus entendre parler de rendez-vous manqués. Le moment n’est plus
au beaux discours, mais à la praxis. Nous voulons seulement entendre qu’ils
sont à Libreville, qu’ils se sont entendus
sur un agenda, qu’ils cessent les hostilités, et que dans un délai ne dépassant
pas un mois, ils vont signer un accord de paix devant s’inscrire dans
l’accord global de paix d’Arusha (il leur appartient d’en trouver les mécanismes
en consultation avec les autres
signataires). Certains pourraient arguer que un mois c’est trop court. Nous
pensons que l’arrêt des hostilités et la conclusion d’un cessez-le-feu
sont des préalables sans lesquels rien d’autre ne peut être entrepris et
constituent de ce fait la priorité absolue. Tous les moyens doivent être mis
en œuvre pour atteindre cet objectif, et les négociateurs doivent travailler
sans désemparer, toutes affaires cessantes, pour arriver à une entente dans
un délai raisonnable et acceptable par le peuple burundais. Ä Bonn, les
factions afghanes ont conclu un accord de gouvernement intérimaire en huit
jours seulement, après vingt-trois années de guerre. Ä Rambouillet en
France, les Serbes de Yougoslavie et les Albaniens du Kosovo n’ont eu que
trois semaines pour s’entendre sur le futur statut du Kosovo. Le
compromis, qui était plutôt avantageux pour Belgrade, a volé en éclats
à cause de l’entêtement de Milosevic. Pensez-vous toujours que quatre
semaines c’est peu ? Nous sommes persuadés que si les négociateurs
sont mus par de bonnes intentions et n’essaient pas de gagner du temps, un
mois est un temps suffisant pour se mettre d’accord. Sauf si l’un ou
l’autre spécule sur une hypothétique victoire militaire !...
En
attendant, les belligérants doivent savoir que le droit international
astreint la guerre et l’usage de la force à des obligations légales
auxquelles ils sont tenus de se conformer. Le professeur Charles-Philippe
David écrit : « Celles-ci comportent un droit de guerre juste (jus ad
bellum) de même qu’un droit codifiant les règles dans une guerre (jus in
bello). Ces règles incluent entre autres : le respect des
non-combattants, le traitement adéquat des prisonniers, l’interdiction
d’employer des armes inhumaines (ABC) ou de terroriser des populations par
le recours aux bombardements aériens ». Le pourcentage excessivement élevé
de victimes civiles non armées et des traitements inhumains des prisonniers
(s’il en existe) souvent dénoncés par les organismes de défense des
droits de l’homme (Amnesty international, Ligue Iteka, etc.) jettent du
discrédit tant sur l’armée gouvernementale que les groupes rebelles au
regard de ces obligations. Des manquements graves à ces obligations peuvent
donner lieu à des poursuites judiciaires devant un tribunal pénal
international.
2.
La réconciliation n’est pas à l’ordre du jour
L’installation du gouvernement de transition le 1er novembre dernier a fait écho dans le monde entier. Rien de surprenant, vu l’aura international de son initiateur, le patriarche sud africain et Médiateur des pourparlers de paix inter burundais, le Président Nelson Mandela. Les medias nationaux et internationaux ont reporté des messages de satisfaction des grandes capitales occidentales et des institutions internationales qui comptent : un grand pas en avant, un gouvernement de large ouverture nationale, un partage du pouvoir équitable etc. Tous les qualificatifs étaient réunis, à l’exception du plus important : la paix et la réconciliation. Aucune surprise, car en effet, la réconciliation est absente aussi bien dans les faits que dans les intentions des nouveaux princes made in Arusha. Ils sont arrivés comme une armée d’occupation faisant table rase de tout ce qui ne respire pas l’air frais d’outre-Malagarazi. Les invités à la table de large ouverture nationale et de partage équitable du gâteau se recrutent exclusivement parmi le cercle des convives d’Arusha. C’est d’ailleurs ce que confirme le document secret intitulé «Structure et attribution des postes de responsabilité » dont nous avons pris connaissance récemment. Du sommet à la base (jusqu’au Chef de Zone), les postes de responsabilités ont déjà été distribués aux fidèles disciples des parties du G10/G7, comme si les compétences se limitaient au cercle restreint des courtisans. C’est ce que nous craignions et qui risque d’élargir le fossé qui sépare les Arushiens du reste des Barundi. Comme tout pouvoir autoproclamé, ils veulent les gouverner sans leur participation.
De
l’art de créer des conflits !
Les dirigeants de la transition n’ont raté aucune occasion pour torpiller la réconciliation entre les Burundais. Résultat : une cohabitation des rivalités organisées au lieu d’un rapprochement entre protagonistes politiques pouvant galvaniser toutes les forces vives dans une coalition gagnante pour la paix et la cohésion au sommet. Nous n’avons eu droit qu’à une parfaite cacophonie. L’inflation des communiqués de presse et des déclarations, les unes plus incendiaires que les autres, en est une preuve éloquente : les communiqués de l’Uprona négociateur dénonçant le discours du chef du Frodebu, les déclarations anti-Arusha du Frodebu aile Nzojibwami, les lettres à la nation du Parena, le communiqué conjoint du G10-1 sur le discours de Minani, le document du CNDD de Nyangoma dénonçant les fautes des autres, les lamentations de l’Uprona non négociateur et de PA Amasekanya etc.
Les plus déçus de tous sont indubitablement les membres de l’autre aile du Frodebu dirigée par le Parlementaire Augustin Nzojibwami. Selon une dépêche de SOS-Burundi du 26 octobre 2001, celui-ci avait pu négocier et obtenir du Président Buyoya et du Vice-Président Ndayizeye la participation de son aile au gouvernement de transition. En échange, il avait accepté de débloquer le processus d’adoption du projet de Constitution de transition sur la question précise de succession automatique du Vice-Président au terme du mandat de dix-huit mois du Président Buyoya. Cette information a été confirmée par un dirigeant du Frodebu, aile Nzojibwami, contacté à Bujumbura et qui a voulu garder l’anonymat. Il a précisé que l’entente avait été conclue le 20 octobre 2001 en présence de témoins. Ainsi donc, le duo présidentiel a organisé un bricolage constitutionnel destiné à faire du Vice-Président, tel dans une monarchie absolue, le Prince Héritier. Le principe d’un mandat suivi de la sanction populaire est royalement écarté. Voilà une situation qui risque de nuire gravement à l’efficacité du gouvernement et à la productivité de l’administration : entre la loyauté au futur formateur du gouvernement (connu dix-huit mois à l’avance) et la conscience professionnelle, que vont choisir les « vieux singes de la cour » et autres fidèles serviteurs zélés ? Surtout que selon l’expérience, hors Arusha point de salut. Qui vivra verra !
Et
l’art de préparer la paix !
Au-delà
de l’abus de confiance dont a été victime cette aile du Frodebu, il y a
quelque chose de très grave : le non respect de la parole donnée. Pour
nous Burundais, notre confiance en les deux Chefs de l’exécutif est
conditionnée par le sens qu’ils attachent à l’honorabilité, la dignité,
le respect de la parole donnée et des engagements pris. Ils ont pour mandat
de gérer au nom du peuple burundais, unique actionnaire, le contrat de société
le plus important de notre histoire dans un environnement instable et
incertain. La réussite dans cette mission exige de la rectitude politique, de
l’éthique et une moralité exceptionnelles dans la conduite des affaires de
l’Etat. Ils ont intérêt à ne pas décevoir si non le peuple souverain
pourrait bien changer d’avis et nommer d’autres administrateurs.
Les
insinuations maladroites du Dr Minani sur la non existence d’une autre aile
du Frodebu, « le coq n’a qu’une aile » (drôle de coq !),
et le dénigrement du dirigeant de l’autre Frodebu, « Dieu vous a créé,
le Frodebu vous a ennobli », sont non seulement un manque de tact, mais
annoncent aussi la couleur : la réconciliation tant attendue n’est pas
à l’ordre du jour. Si l’auditoire présent dans la salle n’a pas tiqué,
soit il est hystérique, soit il n’a rien compris de l’idéal du père
fondateur dont nous nous réclamons tous, le regretté, héros et martyr de la
démocratie, Melchior Ndadaye. Son langage et son style étaient plutôt
rassurant pour tous, rassembleurs, conciliateurs et pacificateurs. Nous qui
l’avons côtoyé quotidiennement, nous le savons. Ceux qui ne l’ont pas
compris, ceux qui n’ont pas eu le courage ni la virilité de l’affronter
politiquement, ceux-là ont préféré le poignarder dans le dos en se
faufilant à travers les ténèbres. Evitez donc de l’assassiner une seconde
fois en dispersant ses brebis et en dilapidant son héritage.
S’il
est aussi difficile de réconcilier le Frodebu avec lui-même, comment Dr
Minani pourra-t-il réussir une réconciliation
impliquant l’ennemi d’hier, c’est-à-dire, les putschistes et
l’opposition radicale anti-Arusha? L’on se demande alors ce qui a pu
motiver cette hargne contre l’autre aile du même coq qui d’après une dépêche
de l’agence Hirondelle (26 octobre 2001) possède une majorité de blocage
au sein du Parlement actuel. C’est d’autant plus surprenant que des partis
qui n’ont pas plus de membres qu’une équipe de basket-ball sont représentés
de manière très disproportionnelle par rapport à leur assise populaire dans
les institutions de transition. Le grand frère serait-il rancunier à tel
point qu’un sursaut de noblesse (qu’ils ont tous acquise grâce au
Frodebu) soit complètement phagocyté par le désir de vengeance ! Ou
bien s’agit-il d’une volonté délibérée d’humilier et de punir celui
qui a osé contester son leadership au sein du Frodebu, et d’étouffer dans
l’œuf son ambition de se faire élire Président
de la future Assemblée nationale de transition ! Et d’après
les pronostics des observateurs de la scène politique à Bujumbura, le petit
frère de l’aile mal aimée du Frodebu serait favori. Ce qui doit enrager Dr
Minani qui a déjà goûté éphémèrement aux délices du prestigieux
directoire. Nous ne tarderons pas d’apprendre que la mission entourée de
secret qu’il vient d’effectuer en Afrique du Sud et en Tanzanie avait pour
objet principal de solliciter une intervention directe du Président Mandela
dans ce dossier. Comme si les
intimidations de l’Ambassadeur de France à Bujumbura ne suffisaient
pas!
Ce
langage triomphaliste, provocateur et belligène qui a soulevé le tollé général
chez les partenaires du G10 et qui a donné des frissons à plus d’un parmi
les Tutsi n’est pas non plus de nature à favoriser la réconciliation et la
reconstruction morale, conditions préalables pour amorcer la pente difficile
de la consolidation de la paix. Selon C. P. David, la consolidation de la paix
est l’art d’éviter de recréer des situations favorables pour la résurgence
de conflits, et toute sa valeur repose sur sa capacité à orienter un
contexte potentiellement (toujours) conflictuel vers un contexte pacifique
durable. Ce contexte est d’autant plus critique qu’il est associé à une
période de transition délicate où la paix, comme la violence, peut
ultimement prendre le dessus. Nous souhaitons très vivement que cet écart de
langage soit le dernier de la part d’un chef du Frodebu, qui même divisé,
reste un grand parti politique. Point n’est donc besoin d’égaler ou de
rivaliser avec certains allumeurs d’incendies.
Le
Burundi traverse une zone de turbulences d’une très forte intensité. L’aéronef
tient toujours, mais la situation est très critique. Nous espérons tout
simplement que le pilote et le co-pilote s’interdiront de toute manœuvre
dangereuse pour nous éviter de piquer à la verticale. Quant aux politiciens
de toutes les tendances, ils doivent savoir qu’ils marchent sur des œufs et
qu’un simple faux pas peut être fatal. Pour nous qui suivons la situation,
nous ne nous fatiguerons pas d’avertir des quelques embûches prévisibles,
même s’il faut être « le prophète qui crie dans le désert »
- Hors de moi la prétention de me prendre pour St Jean-Baptiste ! Mais
nous espérons que notre cri sera entendu car il est partagé par tout le
peuple.
