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Ces dollars arriveront-t-ils à la population ?

Par Apollinaire Ninyibuka

Le sommet de Génève sur le BURUNDI a abouti à deux points essentiels : 
1° La promesse d’une aide de 900 millions de dollars par les bailleurs de fond pour le Burundi. 
2° La condamnation de la poursuite de la guerre par « les rebelles ».

Commençons par analyser l’appréhension de la communauté internationale sur le deuxième point qui semble préoccuper toute la population burundaise. Aujourd’hui l’O.N.U, l’Union Européenne, l’OUA, bref tout le monde condamne ce qu’ils appellent « des rebelles » qui continuent à tuer la population innocente et à détruire les infrastructures sociales. Pour un observateur averti, la communauté internationale se lance dans la danse « d’UGUTERA IVYATSI » auquelle nous avait habitué le porte-parole du gouvernement passé, sans oser pointer du doigt les vrais initiateurs et instigateurs de cette guerre.

Aujourd’hui, il est illogique de condamner « la rébellion » sans condamner le gouvernement issu d’Arusha. Car tout le monde le sait, le CNDD-FDD qui tue la population d’une façon sélective à MAKAMBA, à RUYIGI, à CANKUZO et partout ailleurs a été créé comme le dit bien Monsieur SENDEGEYA Christian (ancien Vice-Président de l’Assemblée et membre du bureau politique du FRODEBU) par le FRODEBU en 1994. Grâce au système arushien, maintenant le FRODEBU et le CNDD sont en majorité au gouvernement. 

Le FNL qui tue la population sur des routes, en province de Bujumbura Rural et dans les quartiers périphériques de Bujumbura n’est qu’une émanation du PALIPEHUTU, qui, grâce au bricolage d’ARUSHA, se trouve bien au gouvernement.

Celui qui condamne ceux qui tuent aujourd’hui, sans condamner leurs parents et parrains, revient à condamner un enfant qui est allé cultiver la propriété d’autrui (en Kirundi, on dit Kurengera) sans condamner son père qui lui a recommandé de le faire. Partout ailleurs, par exemple comme au Tribunal International d’Arusha, on condamne le cerveau du génocide et non les exécutants. La forme de la condamnation par la communauté internationale contre les rebelles est donc non-fondée, elle l’est encore moins car elle ne demande même pas aux pays de la sous-région de prendre des sanctions contre « ces rebelles ». 

En réalité, ce que les « Arushiens » et la communauté internationale appellent « des rebelles », ce ne sont que des terroristes-génocidaires au même titre que les Interahamwe du Rwanda voisin, qui ont juré de massacrer tout ce qui s’appelle Tutsi (ou ceux qui ont eu le malheur de leur ressembler physiquement) et des Hutus qui ne pensent pas comme eux. Si la communauté internationale ne veut pas ouvrir les yeux et les traiter comme tel, elle n’aura aidé en rien le peuple burundais.

Le Vice-Premier Ministre Belge et Ministre des Affaires étrangères a eu le courage de les condamner, du mois verbalement, en les traitant comme « des anti-démocrates qui ne font que tuer la population innocente ». Mais voilà ce que vient de lui répondre Pierre Buyoya dans une interview accordée à Radio France Internationale ce 11/12/2001 : « Je pense qu’ils veulent négocier; le CNDD-FDD est miné par des querelles internes sinon les négociations avaient bien commencé à Libreville. Concernant le FNL, nous avons fait plusieurs contacts à Pretoria, il lui reste une certaine coordination sinon il veut lui aussi bien négocier ». Minani Jean ne dit pas plus ! Le Président imposé par Mandela comme leader du « G10 » dit « Tutsi » n’a pas condamné les exactions de la rébellion, encore moins demandé à la communauté internationale et à la sous-région de prendre des sanctions contre elle. Apparemment, le candidat de l’UPRONA négociateur a bien compris les conseils de son actuel Ministre du Commerce et de l’Industrie qui disait i l y a un mois que « Prendre des sanctions contre les rebelles reviendrait à couper les mamelles d’une vache laitière dont attend tout. » 

Revenons sur le premier point du sommet du sommet de Génève où la même communauté internationale a encore « promis » et non donné une aide pour le Burundi. Tout en ne doutant pas que cette aide sera accordée, du mois en totalité, il semble sûr qu’elle n’arrivera jamais à la population burundaise à laquelle elle est destinée pour deux raisons évidentes :

La première raison qui est très visible est que cette aide est promise alors qu’une partie de la population est entrain d’être méthodiquement décimée par ces terroristes-génocidaires. Donc, même si elle venait à être accordée, elle ne trouvera pas encore vivante une partie de la population burundaise, appelée par les tenants de la thèse ethnique «ethnie minoritaire ». 

La deuxième raison est que cette aide sera gérée par un gouvernement qui ne pense qu’à son propre intérêt et qu’à sa propre sécurité. En effet, l’intérêt et la sécurité de la population burundaise sont loin d’intéresser le Gouvernement Arushien. 

Tout le monde a par ailleurs entendu de la bouche du Président que la moitié de cette aide sera affectée à la lutte contre le SIDA. On comprend aisément pourquoi le Ministère chargé de la lutte contre le SIDA a été mis dans le cercle de la présidence. Mais tout en ne négligeant pas la gravité de la maladie du SIDA, on peut se demander si on peut lutter contre cette maladie sans commencer à lutter contre ses principaux catalyseurs qui sont la pauvreté, l’ignorance et la guerre. On ne peut donc affecter de l’argent pour lutter contre le SIDA sans l’affecter dans l’éducation, l’agriculture, la réinsertion des déplacés et des réfugiés et la bonne gouvernance qui passe par la condamnation des idées génocidaires.

De plus, quand on sait que les grands dossiers de la malversation économique comme le dossier « café - carburant », dossier « sucre », dossier « AFFIMET », dossier « groupe électrogène de la REGIDESO », le dossier «Avions neufs qui n’ont jamais pu décoller », pour ne citer que ceux-là, ont été mis dans le tiroir, on peut parier que même si cet argent était accordé aujourd’hui, il ne viendrait que pour gonfler les poches de quelques dirigeants et construire des châteaux pour eux, sans arriver aux véritables nécessiteux qui sont les démunis, les déplacés, les réfugiés et les malades.

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