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Tout
le monde retient son souffle à l’approche inexorable du rendez-vous du 1er
novembre 2001, où le premier gouvernement post-Arusha devrait être formé au
Burundi. Date-fétiche, mois-fétiche, coïncidence ou hasard de calendrier ?
L’histoire nous rappelle que le 28 novembre 1966, le capitaine Michel
Micombero renversait la monarchie constitutionnelle par le premier coup d’Etat
militaire de l’histoire politique du Burundi. Dix ans plus tard, le colonel Jean-Baptise Bagaza renversait Michel Micombero, alors devenu général.
On
s’attend à ce que le gouvernement soit dominé – tout au moins en nombre -
comme les précédents depuis 1993 par le FRODEBU, sous motif que ce parti a
gagné les élections démocratiques en 1993, question de pérenniser les acquis
de juin à vie.
Ce
jacobisme quelque peu ébreché par huit ans de guerre politique et militaire où
le combat politique s’est transformé en véritable corrida, contraste singulièrement
avec la réalité têtue et les préoccupations de cette population naguère électrice.
Aujourd’hui, une opinion de plus en plus grandissante, même au sein du FRODEBU et dans l’entourage de Buyoya, ne laisse pas de
s’interroger sur
l’opportunité de la mise en place d’un gouvernement de transition dans les
conditions actuelles.
Elle
nous vient de la République Démocratique du Congo comme une sorte de revanche
politique à la guerre que le Burundi lui a imposée avec le Rwanda et
l’Ouganda. Aujourd’hui, on parle de Kisangani comme ville-martyr. Mais le
Congo en lui-même est un pays-martyr. Il suffit de lire le livre de
l’Irlandais Adam Hochschild publié en 1998 et intitulé ”King Leopold
ghost”. L’auteur y décrit avec une précision quasi-digitale les scènes
horribles du cocktail meurtrier de l’esclavagisme et du colonialisme, qui ont
fait plus de 10 millions de morts. Le premier génocide de l’Afrique du centre
et de l’est.
Comme
le laboureur accroché à son sillon, le malheur s’est accroché au Congo.
Trente années de dictature mobutiste n’ont pas suffi, il a fallu 2,7 millions
de morts en plus à la suite de l’invasion du Rwanda, de l’Ouganda et du
Burundi.
De
ces pages noires qu’on ne tourne jamais, le Burundi en connaît aussi. Mais
les Congolais en ont gardé une fibre. Un cordon ombilical qui plie mais ne
rompt pas et qui continue à lier le sort des 52 millions d’âmes congolaises
entre elles. Il s’appelle nationalisme. Il s’appelle ”citoyen”,
ce lien que les Burundais, sans se l’avouer, rompent de plus en plus au
profit de la citoyenneté hutue ou tutsie, d’un territoire dont les tracés de
frontières se trouvent quelque part dans leur esprit.
Au
rendez-vous du dialogue inter-congolais à Gaborone, les participants ont
compris tout de suite qu’il ne fallait pas passer des années-lumières à
discuter de l’origine du conflit congolais, mais qu’il fallait plutôt se
pencher directement sur les problèmes qui préoccupent le plus la population
congolaise. Ils ont juré de ne pas sortir du conclave sans avoir fait acte
d’humilité envers cette population meurtrie mais silencieuse. Et ces préoccupations
ont pour nom le retrait des forces étrangères du territoire congolais, la libération
des prisonniers politiques, la libre circulation des personnes, des biens et des
services sur tout le territoire congolais.
Au
moment où les manifestations anti-mondialisation se multiplient dans le monde
et où les attentats anti-américains sont, selon certains analystes, révélateurs
du gouffre qui se creuse entre les riches et les pauvres, les signataires
d’Arusha ne peuvent pas se permettre d’agrandir le fossé qui les éloigne
de plus en plus du peuple.
A
tort ou raison, le FRODEBU, plus que les autres partenaires politiques, est placé
devant le choix douloureux de se réconcilier d’abord avec son peuple ou de
l’allier à un pouvoir qui ne se fonde guère sur les aspirations de la
population qui l’avait porté au pouvoir.
A
la place, le FRODEBU devrait faire ce qui suit :
-
surseoir temporairement à l’entrée au gouvernement le 1er novembre 2001
-
user de son influence pour convaincre son principal partenaire et la communauté
internationale de la justesse de ce report
-
convenir d’organiser sur une période de 30 à 90 jours des négociations
ininterrompues entre divers partenaires politiques et non-politiques concernés,
jusqu’à un accord réel et concret sur les questions fondamentales suivantes:
-
l’arrêt impératif de la
guerre et le cessez-le-feu définitif
-
la refonte des forces de défense
de sécurité et la sécurité pour tous
-
la libération des prisonniers
politiques
-
la fermeture définitive des
camps de regroupement
- la question des réfugiés et des déplacés
-
le jugement des assassins du président
Ndadaye
A
défaut de prendre ces questions à bras-le-corps, les partisans du pouvoir
pourront librement se livrer aux mauvaises habitudes dominantes, jouer les
princes de Machiavel burundais ou les ayatollahs mercantiles de Wall Street,
mais le peuple aura un jour son dernier mot.
SOS-BURUNDI
sé Laurent Niyungeko
18.09.2001
