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Editorial octobre-novembre 2001 Des héros et des condamnés .... de l'Histoire
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Par Laurent Niyungeko
Il existe dans la vie des pays et des peuples des périodes où, de manière plutôt fortuite, s'écrivent les grandes pages de l'histoire. L'enchaînement des événements en octobre et en novembre ont été tels que notre rédaction a décidé de consacrer à ces deux mois un éditorial unique. Une flamme vivace Plus de quarante ans déjà. Le 13 octobre 2001, Louis Rwagasore, héros de l'indépendance du Burundi, était abattu par ses adversaires politiques avec un fusil de chasse dans un restaurant, comme le dernier de la vendetta camoriste. "Vous nous jugerez par nos actes et votre satisfaction sera notre fierté", avait-il dit d'une voix vibrante de fierté. Trente-deux ans plus tard, de nouveau un octobre noir pour le peuple burundais. Le 21 octobre 1993, le président Ndadaye, héros de la démocratie, et seul président élu du Burundi depuis son existence, était mutilé et assassiné par l'armée tutsie censée assurer sa protection. "Le Burundi nouveau", avait-il prononcé d'une voix ferme et résolue. Une génération sépare les deux figures les plus emblématiques de l'histoire récente du Burundi. Les deux héros partagent le fol espoir qu'ils avaient soulevé dans les coeurs de tout un peuple, qui pouvait dire après tant d'années de souffrances et de servitude: "voici venu le temps des grandes espérances". Ils partagent aussi malheureusement l'oubli et l'indiffférence de ceux qui pourtant se réclament d'eux. Certains d'entre eux se répètent à eux-mêmes l'adage français qui dit qu'"un chat vivant vaut mieux qu'un empereur mort.". C'est vite oublier que la flamme qu'ils ont allumée restera vivace et ne peut être soufflée ni par le temps, la force ou la mémoire.
Condamnés .... par l'Histoire Mais se souvient-on à peine du 28 novembre 1996, où le capitaine Michel Micombero s'autoproclamait libérateur en renversant la monarchie, alors qu'il amenait le génocide des Hutus, le régionalisme, le népotisme, le clanisme, etc...? L'homme et sa date sont aujourd'hui jugés et condamnés... par l'Histoire. Dix ans plus tard, le 1er novembre 2001, le colonel Jean-Baptiste Bagaza renversait son voisin par un coup d'Etat et se gonflait également des airs de libérateur. Mais il finit par compléter le génocide physique des Hutus par le génocide intellectuel des mêmes Hutus. Qu'en reste-t'il aujourdh'hui? Et maintenant, le 1er novembre 2001. Un 1er novembre bis. Faux présage ou mauvais oracle. Conjurer le risque du gouvernement en blanc et de la condamnation de l'Histoire Au lendemain de la mise en place du gouvernement, les liaisons dangereuses de Buyoya et du Frodebu viennent encore d'accoucher d'un nouveau-né, qui peut aussi devenir un monstre en puissance. Et là, il y aurait récidive, car au commencement il y avait la Convention de Gouvernement (date non reconnue), puis le Partenariat (date non reconnue), aujourd'hui jugés et condamnés .... par l'Histoire. Force est de constater malgré tout que ce couple vient de nouveau de s'arroger le droit d'arbitrer une page de l'histoire du Burundi. Il y a donc grand risque de gouvernement en blanc comme les deux précédents. Mais le gouvernement peut encore éviter la condamnation de l'Histoire et profiter du bénéfice du doute. L'Histoire est une cour dont le peuple est le juge, et dans le cas du Burundi, le gouvernement sera acquitté s'il se montre le mieux à venir en aide aux victimes diverses de cette guerre qui ravage le pays depuis plus de 8 ans. Sentiment d'inutilité Jamais, pourrait-on dire, un gouvernement n'a à première vue autant manqué de raison d'être que celui qui vient d'être installé le 1er novembre 2001. Un accord amputé de l'essentiel de sa substance et contenant une myriade de réserves, un cessez-le-feu inexistant, un vide effarant au niveau de l'encrage populaire, la non-prise en considération des questions vitales qui concernent la population, autant d'éléments qui, dans d'autres cieux, créent chez les dignitaires ce sentiment de vide et d'unitilité qui les poussent à déposer le tablier et vivre en bonne conscience avec eux-mêmes. Et on est nombreux à faire ce constat. Après le ministre sortant des droits de l'homme Eugène Nindorera, c'est à l'universitaire Jan Van Eck, pourtant réputé pour ses accointances avec l'entourage de Buyoya, de le constater. Dans son "rapport sur le Burundi" du mois d'octobre 2001, parlant des conséquences de la guerre, il écrit qu'"il n'ya donc pas de quoi s'étonner que les burundais se posent la question de l'utilité d'avoir négocié à Arusha et d'installer maintenant un gouvernment de transition". Cela implique de tirer le meilleur parti du seul véritable élément positif d'Arusha: pour la première fois de l'histoire du Burundi, l'armée burundaise a admis et signé par le biais de son commandant en chef, le major Pierre Buyoya, qu'elle constitue une partie du problème et qu'elle doit désormais être une partie de la solution, en se prêtant avec humilité à sa réforme profonde. La politique de la photo et du film Ceci implique la reconnaissance quasi-explicite que l'armée est à l'origine des problèmes de sécurité qui, comme une avalanche, ont déclenché une série de problèmes collatéraux . Le signe évident de cette reconnaissance est sans conteste le fait que l'armée burundaise, après des pressions mulitples du médiateur Mandela et de toute la communauté internationale, a accepté pour la première fois de l'histoire, le déploiement de troupes étrangères sur le sol burundais. Les premiéres unités sud-africaines sont déjà arrivées, un coup dur pour la mécréance et l'arrogance d'une grande partie de l'élite tutsie, mais c'était aussi le prix à payer pour qu'un tutsi continue à assurer momentanément la magistrature suprême du pays. Marché sans dupes en définitive. Cette reconnaissance de l'armée implique aussi que son principal partenaire, le FRODEBU, se doit de renoncer à sa politique de la photo en considérant que 1er juin 1993 comme l'alpha et l'omega. Il doit désormais embrasser la politique du film et reconnaître que sans les actions successives et continues de lutte par d'autres forces politiques et militaires, le 1er juin et ses acquis n'auraient pas existé et n'auraient pas été perpétués. Le présent gouvernement a donc la mission de résoudre en priorité la question des forces de défense et de sécurité avec les acteurs politico-militaires aujourd'hui absents du processus, préalable à tout retour d'une paix durable au Burundi. La réussite de ce gouvernement est à ce prix, car les objetifs assignés au gouvernement de transition post-Arusha pourront être atteints.
Alors les prisonniers seront libérés, les réfugiés et les rapatriés retrouveront leurs propriétés ou seront réhabilités, la reconstruction sera mise en oeuvre, la relance économique sera possible, bref la paix et la sécurité seront rétablies au Burundi. A défaut, le gouvernement aura poursuivi la politique du duel et de l'escrime, où le malheur tombera sur celui qui dégaine le premier et rate sa cible. Et là, la condamnation de l'Histoire sera sans appel.
Le 5 novembre 2001 SOS-BURUNDI Laurent Niyungeko Lire aussi sur : www.sos-burundi.org
