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Que se disent Bagaza et Buyoya quand ils se rencontrent secrètement?

 

Par Noah Turabe

Dans ma précédente analyse publiée par le site Netpress (que je remercie vivement en passant) ce vendredi 24 août 2001 sous le titre "Arrêtons le défaitisme ambiant et changeons le cours des événements", j’ai promis de développer l’un ou l’autre point que je n’ai fait qu’effleurer. Ma constatation sur la léthargie et l’immobilisme de l’intelligentsia reste valable bien entendu. J’avais, en effet, l’espoir de voir ma réflexion en inciter d’autres sur les mêmes thèmes. Mais il est peut-être un peu trop tôt d’émettre un jugement là-dessus; certaines gens se décidant assez lentement (surtout ceux dont l’influence sur les événements est déterminante malheureusement).

J’ai avancé, dans ma précédente sortie, une hypothèse qui me tient particulièrement à coeur: s’appuyer sur les instruments politiques existant pour rassembler le camp tutsi et ainsi lui redonner l’occasion de reprendre l’initiative dans la recherche de la paix. J’ai alors proposé le Parena comme outil politique existant et qui me paraît le plus rapidement perfectible. C’est aux fins d’empêcher que ce parti, au potentiel réellement sans pareil parmi les partis d’obédience tutsi, ne sombre dans l’anarchie (et tous les tutsi avec) et ce sans qu’il ait, au préalable, au moins permis l’émergence d’une alternative vers laquelle les milliers de sympathisants désorientés pourraient se diriger. Parce que si ce parti ne redéfinit pas clairement ses objectifs et ne se donne pas les moyens de ses ambitions, il court droit à la catastrophe, et nous avec. Nous nous devons donc de nous opposer à ce que ce parti dilapide les ressources du camp tutsi, déjà limitées, en poursuivant des objectifs vagues (même si dans la suite je tente d’en faire une lecture plus ou moins acceptable).

Dans un premier point, j’expose la manière dont je vois les objectifs actuels du Parena avant de proposer des objectifs plus réalistes et plus en phase avec les préoccupations de ses membres effectifs et de ceux pour qui il affirme se battre. Dans un deuxième point je propose une structure transparente en m’attaquant à un certain nombre de tabous comme dans le premier point.

1. Redéfinir les objectifs du Paren

L’organisation actuelle du Parena est bâtie autour de l’idée du retour au pouvoir de Bagaza. D’une manière ou d’une autre, tout le monde rend directement ou indirectement compte à ce dernier. C’est que dans l’entendement de beaucoup de membres du Parena, seul un retour de Bagaza au pouvoir peut remettre le pays sur le chemin de la paix. Le premier tabou que ce parti doit regarder bien en face est tout simplement que l’objectif numéro un du Parena est, jusqu’aujourd’hui, le retour de Bagaza au pouvoir. Cela explique le manque de clarté autour des objectifs du Parena. Cela lui vaut tout aussi des opposants farouches, des opposants qui ont néanmoins les mêmes sensibilités...

Tant que cet objectif, non avoué certes, restera néanmoins une réalité, ce parti devra se résigner à verser dans l’anonymat. D’abord parce que c’est un objectif mal formulé, puis parce que cet objectif ne devrait pas du tout en être un et, enfin, parce que cet objectif ne peut que diviser un camp déjà fortement divisé. Le discours de ce parti a beau être séduisant, tout le monde bute sur cet objectif. Le Parena devrait se donner des objectifs clairs, réalisables et évaluables à court, à moyen et à long termes

Serait-ce trop modeste d’assigner au Parena comme objectif numéro un à atteindre dans, disons, une année, le rassemblement de toutes les victimes du génocide qui et de toutes les forces qui luttent contre le génocide? Pour cela, tous les partis d’obédience tutsi, toutes les organisations luttant contre le génocide doivent être approchées et trouver, sous l’impulsion d’une direction du Parena qui n’aurait pour mission que la mise en place d’un front de résistance contre le génocide. Pour y arriver il faudrait imaginer des plans d’action mensuels ou trimestriels et se donner des moyens de contrôle conséquents. Voilà ce que j’appellerais un objectif clair, réalisable et évaluable.

On devrait ainsi oublier de parler de Buyoya pendant une année et se concentrer à se donner les moyens nécessaires pour démanteler son système de manière irréversible et absolue. On devrait aussi oublier les manifestations solitaires qui ne sont que des occasions de casser davantage la détermination des militants les plus coriaces, des occasions offertes à un pouvoir qui n’en demandait pas tant. Ces manifestations sont d’autant plus inopportunes qu’elles ne font que révéler un manque trop criant de réflexion pour un parti qui prétend avoir un leadership expérimenté (dernier numéro du Bulletin d’information du Parena). Elles ne font que rendre encore plus faible ce parti qui envoie ses membres en prison sans y gagner quoi que ce soit au change.

Je le répète, au risque de lasser, le Parena n’a pas actuellement les moyens de prétendre à une telle fonction de rassemblement. La cause n’est autre qu’une inadéquation de ses objectifs aux problèmes actuels de survie de tout un peuple.

Beaucoup de membres du Parena pensent peut-être tout bas ce que moi je dis tout haut. Un minimum d’égoïsme devrait pousser ce parti à penser à sa survie: s’il ne fait pas cette autocritique et oriente ses actions dans le sens du rassemblement (sans doute recherché par ses membres), quelqu’un d’autre le fera, de l’intérieur ou, plus probablement de l’extérieur. Et la direction actuelle du Parena n’aura pas les moyens de retenir ses membres. Elle n’aura alors, au mieux, que ses yeux pour pleurer. Un homme averti en vaut deux: allons-nous assister à un réflexe salutaire de la direction du Parena ou allons-nous assister à une direction qui se renferme sur elle-même et crie à la thèse, ridicule vous vous en doutez, du complot?

2. Une direction transparente

Conçu dans l’optique du retour de Bagaza au pouvoir, le Parena n’avait d’autre choix que se doter d’une direction servant cet objectif. J’ai déjà dit plus haut que tout le monde rend compte, directement ou indirectement, à Bagaza lui-même. Dès lors, c’est beaucoup plus la fidélité à Bagaza, plutôt que la compétence (c’est regrettable mais c’est comme ça), qui est mise en avant pour être membre d’un organe dirigeant. On en arrive même à douter du pouvoir réel de certains organes qui se trouvent toujours court-circuités par des individus dont le seul mérite est d’être des inconditionnels du président du parti. C’est à eux que je fais allusion quand je parle de canaliser les circuits parallèles.

Le plus inacceptable dans la structure actuelle du Parena, c’est le pouvoir discrétionnaire de Bagaza. Il engage le parti, sans daigner consulter ses membres, réduits alors à de simples instruments de propagande. Les membres de ce parti devrait se poser la question de savoir pourquoi ils ne sont pas mis au courant de ses rencontres secrètes avec Buyoya depuis quelques temps. Je ne sais même pas s’ils sont au courant de ces rencontres... Mais, que se sont donc dit les deux hommes quand ils se sont rencontrés à Paris, à Arusha et à Nairobi?

Ils se disent peut-être des choses positives. Mais pourquoi les membres du Parena ne devraient-ils pas être mis au parfum? Je ne sais pas ce qu’ils se disent mais je constate que Buyoya est reconduit pour 18 mois et que le Parena aurait pu empêcher ça, que Bagaza est toujours en exil alors que son parti risque de voler en éclats alors que théoriquement rien ne l’empêche de rentrer, puisqu’il est signataire des accords d’Arusha...

A moins que la raison profonde ne soit toujours l’objectif vague, mais de mieux en mieux compris d’après les derniers développements, du Parena s’accrochant désespérément à une improbable présidence de la République (fauteuil réservé à qui vous savez cela s’entend). Mais je reste intrigué par cet acharnement à vouloir pousser le parti à programmer des manifestations en solo qui ne peuvent que l’affaiblir.

Le Parena a les moyens de se doter d’une direction compétente dont l’objectif serait celui déjà énoncé plus haut (rassembler toutes les victimes du génocide et toutes les forces qui luttent contre ce dernier). Mais, auparavant, il lui faut constater les erreurs de sa direction et les responsables, au premier rang desquels se trouve le président, doivent se résoudre à écouter les avis des autres. Le prix à payer pour eux sera peut-être, soit la diminution de leurs pouvoirs (ce qui n’est pas franchement terrible quand on sait que souvent ce pouvoir est totalement dérisoire et ne conduit bien souvent qu’à la prison ou à l’exil) ou tout simplement d’être mis sur la touche.

 

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