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Allocution de Son Excellence l’Ambassadeur Marc Nteturuye, Représentant Permanent du Burundi auprès des Nations Unies, devant la 56ème Session Ordinaire de l’Assemblée Générale, au sujet du point 166 de l’ordre du jour : mesures visant à éliminer le terrorisme international. 

New York, 04 Octobre 2001.

 

 

Monsieur le Président, 

            Les images du World Trade Center et du Pentagone, lors de la matinée du 11 septembre 2001, ont choqué toute la communauté des humains. La barbarie et l’infâmie ont trouvé dans les attaques terroristes de ce jour-là leur meilleure expression, à tel point que de tous les coins du monde, les téléspectateurs se demandaient si ce qu’ils voyaient sur les écrans était de la réalité ou de la fiction. Hélas, les forces diaboliques venaient effectivement de frapper New York, Capitale Mondiale, Capitale de la civilisation plurielle, notre ville bien aimée. 

            Le débat de cette Auguste Assemblée Générale sur le terrorisme international me donne l’occasion de joindre ma voix personnelle à celle du Président de la République du Burundi parlant au nom du Gouvernement et du peuple burundais, à celle du Maire de la Ville de Bujumbura exprimant sa sympathie à Rudolph Guiliani et au Maire de la Ville de Washington, pour présenter mes sincères condoléances au peuple américain et aux familles des victimes de la tragédie du 11 septembre. Tout le peuple burundais s’est associé au peuple américain et ç tous les peuples du monde pour pleurer les victimes de la tragédie et pour essayer de comprendre pourquoi une telle folie humaine. 

Monsieur le Président, 

            Les attaques terroristes du 11 septembre sont contre la paix et la sécurité internationales. Le Maire de la Ville de New York l’a souligné, le Secrétaire Général des Nations Unies aussi. D’où la pertinence de cette réflexion commune au sein de notre Organisation mondiale dont la mission première consiste, selon la charte à « préserver les générations futures du fléau de la guerre » (Préambule) et à « maintenir la paix et la sécurité internationale » en prenant des « mesures collectives efficaces en vue de prévenir et écarter les menaces à la paix, de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix… » (Article 1er). 

            Prévenir et réprimer, voilà ce que la communauté internationale doit faire, non plus dans la rhétorique ou l’amalgame, mais dans le concret, le quotidien, sans faux fuyants ni ambiguités. Les Nations Unies offrent le cadre privilégié d’action et de coordination. 

            Le monde doit se convaincre qu’il est unique, que les peuples qui le composent sont liés par le même destin, partagent les mêmes aspirations, et doivent être confortés par les mêmes espoirs. 

            C’est pourquoi le Burundi salue la rapidité et l’enthousiasme avec lesquels les pays du monde ont constitué un front uni contre le terrorisme, un nouveau fléau qui vient s’ajouter aux fléaux de la misère et de la maladie. 

            Les auteurs du forfait du 11 septembre doivent répondre de leurs actes devant la justice et leurs réseaux doivent être démantelés. Le gouvernement américain est en droit de châtier les coupables et il a le soutien du Burundi ; pourvu que l’ennemi soit bien ciblé et que l’opération n’entraîne pas la mort des innocents. 

            Le Conseil de Sécurité de l’Assemblée Générale des Nations Unies ont condamné le même jour les attentats terroristes. La résolution 1373 du Conseil de Sécurité est une véritable feuille de route pour le combat immédiat contre le terrorisme. La coopération internationale est appelée à fonctionner à plein et tout de suite.

Mais cela ne suffira pas si tous les pays ne comprennent pas le terrorisme de la même façon et si une réflexion en profondeur n’est pas initiée pour essayer de percer les contours de ce nouveau mal des Temps Modernes, en vue de mieux l’éradiquer. 

Monsieur le Président, 

Quelle est la nature de cet ennemi commun ? 

L’une ou l’autre délégation a souhaité que le présent débat ne s’éternise par sur la définition du terrorisme et qu’on laisse cette tâche aux spécialistes du droit humanitaire international. Tout en comprenant cette position liée à l’urgence et au choc criminel du 11 septembre, ma délégation est d’avis que la coalition mondiale contre le terrorisme ne sera vraiment efficace que si tous les acteurs identifient les causes du mal, et s’attaquent à sa racine au lieu de commencer par en soigner les symptômes. 

En effet, le terrorisme n’est pas né le 11 septembre, il existait bien avant et tue chaque jour des milliers d’innocents à travers le monde. Seulement il est apparu souvent que ce qui est considéré comme un acte terroriste ici est toléré ou même vu comme une « violence libératrice » là-bas, et vice-versa. Cette situation est très dangereuse pour la suite du combat à mener ensemble. 

La résolution A/RES/551/158 du 30 janvier 2001 adoptée par la 55ème Session Ordinaire de l’Assemblée Générale « réaffirme que les actes criminels qui, à des fins politiques, sont conçus ou calculés pour provoquer la terreur dans la population, dans un groupe de personnes ou chez des individus, sont injustifiables en toutes circonstances et quels que soient les motifs de nature politique, philosophique, idéologique, raciale, ethnique, religieuse ou autres invoqués pour les justifier ». 

En Afrique, la Convention de l’Organisation de l’Unité Africaine et la lutte contre le terrorisme adoptée à ALGER le 14 juillet 1999 en son article premier définit un « acte terroriste » comme suit : « Tout acte ou menace d’acte susceptible de mettre en danger la vie, l’intégrité physique, les libertés d’une personne ou d’un groupe de personnes, et commis dans l’intention : 

- d’intimider, provoquer une situation de terreur, forcer, exercer les pressions ou amener tout gouvernement, organisme, institution, population ou groupe de celle-ci, d’engager toute initiative ou de s’en abstenir, d’adopter, de renoncer à une position particulière ou d’agir selon certains principes;

- de perturber le fonctionnement normal des services publics, les prestations des services essentiels aux populations et de créer une situation de crise au sein des populations;

- de créer une insurrection générale dans un Etat Partie. » 

En son article 3, la même Convention précise que « la lutte menée par les peuples en conformité avec les principes du droit international pour la libération ou leur auto-détermination, y compris la lutte armée contre le colonialisme, l’occupation , l’agression et la domination des forces étrangères ne sont pas considérées comme de ces actes terroristes ». Fin de citation. 

Cette approche est partagée par le Comité Spécialisé créé par la résolution 51/210 de l’Assemblée Générale et le Groupe de travail de la 6ème Commission, si on lit attentivement le rapport du Comité Spécial A/56/37. 

Dans sa déclaration introductive à débats, le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Kofi Annan, a souligné le fait que, non seulement la précision juridique sur la définition du terrorisme s’impose, mais aussi la clarté morale. « On ne saurait tolérer ceux qui chercheraient à justifier le meurtre de civils innocents, quels que soient leur cause ou leurs griefs », a dit le Secrétaire Général. « Même dans des situations de conflit armé, il est illégal et moralement inacceptable de prendre pour cible des civils innocents. » En d’autres termes, même la guerre a des règles à suivre. 

Voilà pourquoi l’attaque odieuse contre les populations innocentes à New York, Washington et Pennsylvanie est un acte terroriste qui doit être condamné sans réserve par toute la communauté internationale. 

            Le peuple burundais est d’autant plus solidaire de la douleur du peuple américain qu’il est lui-même victime depuis 8 ans déjà, du terrorisme couplé d’actes de génocide commis par les groupes armés soutenus de l’extérieur. La mobilisation et l’enthousiasme consécutifs à l’attentat du 11 septembre poussent les Burundais à espérer que la communauté internationale va enfin comprendre que la violence aveugle causée par des groupes armés soit disant pour des fins politiques, doit être considérée comme du terrorisme et combattue comme tel dans le cadre de cette coalition mondiale. 

-        Car, comment peut-on justifier une attaque meurtrière contre des élèves dans des dortoirs par des assaillants qui se disent défendre la démocratie ?

-        Comment  qualifier la charcuterie humaine contre des centaines de femmes, enfants et vieillards rescapés de la tragédie d’octobre 1993 , parqués dans les camps de déplacés où la maladie, la faim et le désespoir déciment un à un ces malheureux laissés pour compte ?

-        Comment qualifier des gens fanatisés qui dépècent des bébés et  éventrent des femmes enceintes en chantant Alleluia et en récitant des versets de la Bible ?

-        Comment peut-on tolérer les embuscades fatales et aveugles contre des autobus bondés de passagers, transportant aussi bien des nationaux que des étrangers ? Que dire des attentats contre des avions de compagnies aériennes internationales, qui desservent la capitale nationale ?

-        Pourquoi la communauté internationale tergiverse-t-elle lorsque des milliers d’assaillants coalisés avec des génocidaires rwandais comme l’atteste le rapport S/1998/777, s’infiltrent au Burundi, commettent leurs forfaits criminels et génocidaires et s’en vantent gaillardement à partir des médias des pays qui ont vu naître des civilisations du monde actuel et où les criminels ont reçu droit d’asile ? 

Monsieur le Président, 

            Ne nous faisons pas d’illusion, la guerre et la violence ne cesseront malheureusement pas dans notre monde, malgré cette prise de conscience collective sur le danger du terrorisme. Et l’une des faiblesses de l’action internationale est l’hypocrisie, l’attitude de « deux poids deux mesures » dictée par la contradiction d’intérêts. 

            Au Burundi, toutes les violences décrites ci-haut n’ont pas empêché que lezs Burundais se rencontrent autour d’une table de négociations pour essayer de définir le mal qui ronge leur société et se convenir des mesures à prendre pour le conjurer. Un prétexte bien connu de sociologie nous enseigne que l’homme naît bon mais que c’est la société qui le rend mauvais. Le dialogue continue malgré l’opposition d’une certaine opinion qui considère que les auteurs de ces crimes quotidiens commettent depuis octobre 1993 un génocide. 

L’Accord politique que les négociateurs ont signé il y a déjà une année a conclu que le conflit burundais est essentiellement politique, avec une très forte coloration tribale. Il faut donc une solution politique mais en même temps se défendre contre les criminels qui s’attaquent aux populations civiles innocentes et qui ont refus » de rejoindre le camp de ceux qui veulent la paix, dévoilant ainsi leur vrai face. Après tout, les Burundais ont vécu ensemble en toute harmonie avant l’inoculation du germe divisionniste de la période coloniale qui s’est développé de l’holocauste au Burundi et au Rwanda. Une cohabitation pacifique est encore possible. Les menaces qui pèsent sur les valeurs universelles dans cette région d’Afrique constituent des menaces à la paix et la sécurité internationale. C’est pourquoi il est un devoir universel de combattre sans merci les génocidaires et les terroristes de quelque bord qu’ils proviennent. 

Monsieur le Président, 

Tout doit être clair pour la « coalition mondiale », au niveau des instruments juridiques de lutte contre le terrorisme et la criminalité internationale, au niveau du trafic de la drogue et des stupéfiants ainsi que de la circulation illicite des armes. Le même engagement doit être ferme pour lutter contre la pauvreté et la misère, la maladie, l’ingorance, autres fléaux qui peuvent expliquer le fanatisme et le désespoir surtout de la jeunesse, sans pour autant justifier la violence aveugle qui en résulte. 

            Le Burundi s’engage à signer, ratifier ou adhérer à toutes les conventions internationales de lutte contre le terrorisme aussitôt que possible, et soutient l’idée de convocation commune d’une Conférence de haut niveau chargée de définir une riposte commune face au terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. Le Burundi appliquera également les dispositions pertinentes des résolutions du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée Générale ainsi que la Convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme dont il fait partie. Le Burundi adaptera bientôt les lois nationales aux Conventions mondiales sur la lutte contre le terrorisme, car il est convaincu que l’heure a sonné où le monde doit prendre la mesure du danger pour le présent et le futur des générations. 

            Ma délégation souhaite que les travaux en cours sur la préparation d’une Convention Générale sur la lutte contre le terrorisme se clôturent rapidement pour compléter l’arsenal  juridique disponible. Le monde doit être ferme, solidaire et organisé pour mener une lutte efficace contre le terrorisme international, notre ennemi commun à tous. 

Je vous remercie.

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