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TRIBUNE

Dossier sur l’assassinat du Représentant de l’OMS au Burundi, le Dr. Kassi MALAN : la raison d’Etat serait-elle entrain de se jouer dans cette affaire Judiciaire ? 

Telle est la question que tout observateur attentif serait en droit de se poser au regard de la saga politico diplomatique qui se joue en ce moment. 

    Le Procureur Général de la République, Monsieur Gérard NGENDABANKA vient de rentrer de Genève où il s’est rendu, accompagné d’un haut fonctionnaire du Ministère des Relations Extérieures et de la Coopération, Monsieur Serge KARONKANO  pour expliquer aux plus hautes autorités de l’Organisation Mondiale de la Santé la gravité des charges qui peseraient sur l’un de ses fonctionnaires et convaincre celles-ci de la justesse des mesures prises par le pouvoir judiciaire de Bujumbura. 

            Cette démarche, outre qu’elle sème davantage le trouble, paraît d’une extrême maladresse. Permettons nous une interprétation de celle-ci. 

            Sous prétexte de la rigueur de la loi burundaise pour ne pas dire l’interdit légal, le Gouvernement a refusé aux mandataires de cette organisation de prendre connaissance du contenu de ce dossier. 

            Rappelons que ces mandataires, juristes de l’organisation, étaient arrivés à Bujumbura à la suite de la mise en résidence surveillée du Dr Lamine DIARRA. Cette décision prise délibérement par le Gouvernement de manière unilatérale s’est faite alors que des tractations étaient encore en cours avec les missions permanentes de Genève et de New York avec le siège de l’OMS. Celle-ci n’avait donc pas encore donné son accord à la levée de l’immunité demandée par les autorités de Bujumbura. Pendant que la mission gouvernementale cité plus haut se rendait à Genève, l’Organisation Mondiale de la Santé dépêchait de son côté auprès des plus hautes autorités burundaises un envoyé spécial en la personne de M. .Maryan BAQUEROT, comme cela avait été prévu et connu des autorités burundaises. Ce dernier est arrivé le 24 mars et a quitté Bujumbura le 27 mars. Résultats des contacts : désaccord complet semble-t-il avec ses interlocuteurs sur ce dossier. 

            En effet, les autorités burundaises semblent extrêmement embarassées  et auraient proposé une solution politique dans un dossier d’assassinat ! Côté Genève, qui attend depuis la mort du Dr Kassi MALANH que la justice burundaise rende son verdict en serait ulcérée et menacerait de fermer le cas échéant son siège à Bujumbura. 

            Ce dossier est donc à ce jour placé au plus haut niveau politique. Le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur KOFFI Annan en personne se serait adressé au Président de la République pour demander des clarifications. 

            Des questions se posent, en particulier à la famille NYAMOYA qui suit de près les développements en cours. 

1°) Pour être grave, cette affaire l’est car il y a mort d’homme et pas n’importe lequel : le Représentant d’une organisation internationale. Elle l’est également, car des présumés coupables sont aujourd’hui incarcérés ou privés de leur liberté avec cette grave infraction d’assassinat. Grave enfin car il y a des risques réels que les preuves disparaissent avec le temps. Nous l’avons vu avec les tentatives de disparitions des devises confisquées à Gertrude lors de son arrestation , devises par ailleurs non encore restistuées contre toute logique élémentaire. Que dire de celles liées à l’assassinat ? 

Constat : on note un parallélisme dans le comportement politico-judiciaire de la démarche suivie à l’endroit du système des Nations Unies et le dossier de Gertrude NYAMOYA.

Dans les deux cas des informations soi-disant « concordantes » auraient prouvé que les suspects (Gertrude et Dr Lamine) étaient sur le point de s’évader ! Subterfuges habituels qui couvrent les abus de pouvoir ! Ca ! c’est normal quand il s’agit de burundais mais ça demande d’être prouvé quand il s’agit de ceux qui vivent dans un système politique reposant sur le Droit. 

 A l’endroit de l’OMS, le refus de l’accès au dossier se justifierait par la rigueur de la loi ! Or l’OMS n’attendait semble-t-il que l’application de celle-ci. L’argument légal ne tient pas. Il est normal que l’OMS, avant de lever l’immunité  puisse exiger des preuves de culpabilité. Pourquoi le Procureur Général se refuse à les fournir pour débloquer ce dossier ? La balle est donc du côté du gouvernement. Et de constater que l’argument selon lequel les Nations-Unies auraient peur d’un nouveau scandale relevant d’un de ses représentants ne tiendrait pas. 

Pour Gertrude,  le Procureur Général lui refuse encore jusqu’à ce jour l’accès au dossier. Ses avocats ne peuvent qu’attendre le bon vouloir de ce dernier et ne peuvent rien faire sans dossier. Elle n’est pas couvert par l’immunité et on peut continuer à la garder au frais tant qu’on voudra. A d’autres le Doit ! Un homme de loi burundais ne disait-il pas lors de son arrestation : « Elle en aura au moins pour un an ! »

Dans les deux cas, il y a refus à l’accès du dossier au grand mépris de ce même code de procédure pénales  burundais ! 

D’où ces questions :

- la rigueur de la loi burundaise brandie aux autorités onusiennes serait-elle à sens unique ? 

- les arguments présentés à celles-ci constituent un mépris et une insulte à l’intelligence . Est-ce à dire que leurs juristes des Nations Unies sont incapables de lire et de comprendre le code de procédure pénal burundais ? 

- Que dire de la violation flagrante des procédures diplomatiques en matière de privilèges et immunités ? 

- Cet acte  a-t-il est suffisament pesé et croit-on vraiment que les « informations concordentes » d’une évasion suffisent à etayer un tel comportement ? 

- Cet acte posé ne crée-t-il pas un précédant qui risque à juste titre d’amener les personnalités sur place à Bujumbura de ne plus se sentir suffisamment protégés par l’Etat Burundais (convention de vienne) ? 

- Ce voyage à genève, n’est-il pas à la fois une maladresse et un désavoeu implicite des actions menées par les  représentants du Burundi à Genève et à New York sur ce dossier ? où est-ce une affaire de frais de mission ? 

- Comment la même mission peut-elle encore envisager d’aller au devant de KOFFI Annan pour plaider ce dossier après l’échec de Genève ? 

L’embarras des autorités politiques et judiciaires fait craindre en effet l’existence d’une vérité déjà connue de celles-ci ; une vérité tellement grave qu’il faut  absolument et par tous les moyens étouffer au risque, comme disait quelqu’un de « trouver un bouc émissaire ».  

Les éléments d’enquête autonome conduisent vers cette piste. La famille NYAMOYA sait aujourd’hui que Gertrude n’a pas été désignée au hasard. Elle tiens à préciser qu’elle encaisse en tout honneur l’inculpation d’assassinat imputée à Gertrude. Elle tiens enfin  et avant tout à ce que son dossier soit transmis le plus rapidement possible devant le tribunal compétent pour que seul le droit soit à son seul juge. 

            Nous ne sommes pas encore sur le fond de cette affaire mais sur la forme des procédures pénales jusqu’ici bafouées par le Procureur Général de la République. Le moment venu elle répondra à cette information savamment distillée dans l’opinion selon laquelle « Gertrude serait parfaitement au courant de l’assassinat du Représentant de l’OMS mais qu’elle se refuserait à le devoiler ». 

2°) Les arguments présentés aux mandataires de l’OMS d’abord et les échos qui nous sont parvenus sur les résultats des contacts qu’a eus  l’envoyé spécial de l’OMS soulève enfin ces questions cruciales :

- Que cherche-t-on à cacher et qui cherche-t-on  à protéger ? 

- Les Nations Unies finiront-elles par sacrifier deux  de ces éléments pour répondre à une préoccupation politique afin de sauvegarder des intérêts encore obscurs ? 

- Dans ce même ordre d’idée ; le gouvernement burundais fait-il corps avec cette démarche tendant à étouffer la vérité ? 

            Saurons-nous jamais les auteurs, complices et coauteurs de l’assassinat du Représentant de l’OMS au Burundi ? 

            A suivre.

Bujumbura, le 29/03/02

Pour la famille NYAMOYA  

Prime NYAMOYA   


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