RUGAMBA-NET PRESS

http://www.cbinf.com/netpress.bi


7ème anniversaire de l’holocauste de Kibimba : Le Frodebu refuse toujours de faire mea culpa.

Par  Alain-Michel NZIBAVUGA.

Le 7ème anniversaire de l’holocauste de Kibimba a été célébré à Bubu avec une marque particulière, à savoir l’inhumation des restes des victimes du bûcher de Bubu. Ils ont été inhumés à l’intérieur d’un majestueux monument érigé sur le lieu de l’immolation des élèves martyrs. C’était le 28 octobre 2000 à Bubu en présence d’une grande foule de gens venus de plusieurs coins du pays et surtout de Gitega, Bujumbura, Muramvya, Mwaro, Kayanza, etc. Les parents des victimes, les réscapés et les amis des familles des victimes s’étaient donné rendez-vous à Bubu, devenu symbole d’Auschwitz burundais et désormais lieu de pérélinage et de méditation. Le chef de l ’Etat et quelques ministres du gouvernement avaient eux-aussi fait le déplacement pour soutenir les familles des victimes, mais aussi marquer l’événement d’une dignité qu’il mérite.

Parmi les grands absents, on pouvait noter les leaders du Frodebu, ses militants et tous ses partis amis, notamment le PP, le PL de Gaëtan Nikobamye et le RPB. Le Frodebu était quasi-absent et la présence insolite d’une certaine Romaine Ndorimana, Ministre en charge du social et de la promotion de la femme ne pouvait pas convaincre le public présent que le Frodebu était là. Les grands leaders du Frodebu, à savoir : Léonce Ngendakumana, Sylvestre Ntibantunganya, Frédéric Bamvuginyumvira, Domitien Ndayizeye, Augustin Nnzojibwami;...avaient fait l’économie du déplacement à Kibimba. Les uns ayant trouvé un prétexte de n’être pas au pays à la date de l’événement. Même les leaders locaux du Frodebu étaient absents.

Le parti Frodebu est resté imperturbablement égal à lui-même. Ayant été accusé de génocide par la commission internationale d’enquête de l’ONU en 1996, il est resté fidèle à lui-même et à ses convictions. Il n’a pas daigné aller à Bubu faire mea culpa pour le crime odieux du génocide, en l’occurrence, celui d’avoir brûlé vif plus d’une centaine d’élèves et des dizaines de paysans Tutsi. Il a refusé d’aller s’incliner devant les restes des victimes d’enfants tués par ses militants. Cette attitude pose des questions et interpelle une petite réflexion.

Le constat est amer : le parti Frodebu défie tout le monde, persiste et signe et assume ses crimes sans le crier haut. Il refuse en conséquence de se dédire et de se rendre à Bubu et s’incliner sur les cercueils contenant les restes des martyrs de Kibimba. Un signe qui ne trompe pas et qui montre le Frodebu est loin des mirages de la réconciliation dont le régime de Bujumbura ne cesse de clamer à haute voix. Mais les partenaires et victimes au gouvernement ne s’en rendent pas compte et se bousculent derrière ce parti quand celui-ci organise des festivités , notamment celles en mémoire de Ndadaye, président du parti Frodebu et qui traîne derrière lui de lourds soupçons dans la responsabilité du génocide d’octobre 1993. N’avait-il pas dit à ses bourreaux: "pensez au sort de vos enfants", selon les témoignages de son épouse. Ce qui fait qu’il savait les ordres qu’il avait transmis aux leaders locaux de son parti et aux gouverneurs de provinces afin qu’ils agissent en conséquence s’il était tué.

Ces partis, disions-nous, se bousculent dans les salons et antichambres du Frodebu. Ils rivalisent les uns et les autres d’actes d’allégeance envers lui pour solliciter des faveurs indicibles, au moment où il s’en moque. C’est à une véritable bouffonnerie et aux tristes et drôles âneries que le Frodebu a assisté le 21 octobre 2000 quand il commémorait le 7ème anniversaire de la mort de Ndadaye. Les uns se bousculaient chez Nzojibwami à la permanence du Frodebu tandis que d’autres faisaient allégeance maladroitement chez " le nouveau roi Domitien Ndayizeye " au restaurant le plus huppé de de la capitale " Chez André ". C’était ridicule. Cela m’a rappelé cette phrase d’un auteur qui vient d’écrire un livre sur l’histoire du génocide des Tsiganes durant la deuxième guerre mondiale: "Les Tsiganes ne sont pas un peuple de mémoire, mais un peuple d’oubli". Pour mémoire, les Tsiganes étaient évalués à près de 700.000 personnes en Europe et on a exterminé environ 500.000 pendant la 2ème guerre mondiale.

Au même moment, leurs militants rescapés du génocide d’octobre 1993 se rappelaient tristement de la mort des leurs alors que les autres jouissaient aux délices et riaient à tire-larigot, loin des jérémiades de ces pauvres hères victimes de leur ethnie et d’avoir choisi de voter pour le candidat Buyoya lors des élections de juin 1993. Ils se bousculaient dans ces cocktails pour montrer qu’ils sont sincères avec leur option de réconciliation alors qu’ils cherchaient à faire allégeance aux futurs distributeurs des postes en trahison de la mémoire des leurs qui ont été décimés par le même parti qui joue déjà aujourd’hui le jeu de seigneur ou de roi.

La réconciliation et le pardon : l’épreuve de la sincérité.

Tout cela pose une double question : où est la sincérité ? Quelle conscience anime les uns et les autres? Il est difficile d’envisager la réconciliation quand on ne parvient pas à s’entendre sur l’évidence comme celle du bûcher de Bubu. La réconciliation n’étant possible que quand tout le monde partage la même conviction et la même conscience que les faits sont ce qu’ils sont et qu’il faut trouver une voie de sortie sur laquelle tout le monde s ’entend. Or cela est loin d’être fait.

Le parti Frodebu dont les militants sont responsables de l’holocauste de Kibimba ne veut pas reconnaître les faits et réclamer la justice comme tout le monde. La justice elle-même étant aujourd’hui mise sous le boisseau et s’est limitée à la spectaculaire exécution du directeur du lycée de Kibimba, M. Firmat Niyonkenguruka afin de calmer l’opinion publique qui réclamait à haute voix que celui-ci ne continue à vivre dans la société des humains. Elle n’a pas appréhendé tous les présumés coupables de l’holocauste de Kibimba.

Les cérémonies du 7ème anniversaire de l’holocauste de Kibimba ont montré que les négociateurs d’Arusha ont encore une vaste épreuve à passer pour parvenir à la réconciliation et le pardon. Aussi longtemps que le parti Frodebu ne reconnaîtra pas solennellement que ses hommes et femmes ont brûlé vifs des élèves et paysans tutsi à Bubu et qu’il ne demandera pas que justice soit faite, la réconciliation et le pardon ne seront pas possibles et les membres de ce parti continueront à traîner derrière eux la présomption de culpabilité et non d’innocence.

Quant aux autres partenaires du parti Frodebu, ils ont le devoir de faire savoir quel genre de réconciliation ils veulent et celui-ci ne devrait pas être en contradiction avec les aspirations des victimes qui sont aussi leurs militants. La sincérité est mise à l’épreuve des deux côtés.

Entre la justice et la réconciliation, choisir la justice pour la réconciliation.

Face à une telle situation, la réconciliation évoquée à Arusha est impossible si la justice n’est pas mise en avant. Elle risque d’être un slogan creux et vide de signification. Le parti responsable des crimes de génocide comme l’holocauste de Kibimba ne peut pas se réconcilier avec les familles des victimes de Kibimba s’il ne manifeste pas la volonté et le courage d’accepter la justice et d’aider celle-ci à désigner du doigt ceux qui sont responsables de ce crime. On me dira que cela est une façon de se renier. Mais le salut est à ce prix: sinon les membres de ce parti traîneront toujours la présomption de culpabilité. C’est la seule façon d’échapper à cette condamnation globalisante qui est la conséquence de la solidarité négative entretenue par le leadership ultra-hutu du Frodebu.

La commission "Vérité et Réconciliation" prônée dans les accords d’Arusha ne pourra rien faire quand l’évidence est tournée en dérision. L’absence du Frodebu le 28 octobre 2000 à Bubu a montré que ce parti ne croit pas précisément à la réconciliation. Mais ceux qui étaient là en tant que partis sont quant à eux, incapables de demander des comptes à ce parti et à exiger des explications en qualité de partenaires appelés à amorcer ensemble la réconciliation entre les Barundi. Le gouvernement représenté à Bubu par Buyoya n ’a pas non plus les capacités requises pour exiger des explications à son partenaire principal qu’est le Frodebu. En moins qu’il lui manque la volonté.

Il est piégé par ses fondements dont il se réclame, à savoir le partenariat politique. Tout le monde présent à Bubu a constaté l’absence du ministre de l’éducation nationale, M. Prosper Mpawenayo qui est en charge du département dont relevait les élèves tués à Bubu. on s’attendait à ce que ce soit le même ministre qui organise les cérémonies du jour parce que son ministère est responsable des enfants tués en cette nuit du 21 au 22 octobre 1993 à Bubu et a des comptes à rendre aux familles des victimes. Le ministre Mpawenayo a défié tout le monde y compris son président en refusant l’invitation du chef de l’Etat, M.Pierre Buyoya alors qu’il était derrière lui la veille (27 octobre 2000), à une dizaine de kilomètres de Kibimba, c’est-à-dire à Fota en commune Ndava, dans la province de Mwaro. C’est son ministère qui avait désigné Firmat Niyonkenguruka comme premier responsable des mêmes enfants - en qualité de directeur du lycée avec internat - qu’il a fait immoler. Le président Buyoya est-il capable de lui demander des explications? Le peut-il ou ne le veut-il pas?

La responsabilité du gouvernement est fortement et doublement engagée. En refusant de se départir des négationnistes qui le peuplent à l’instar de M. Prosper Mpawenayo, il assume la solidarité négative avec le parti Frodebu et le gouvernement Ndadaye-Kinigi qui sont comptables des victimes de l’holocauste de Kibimba et de tous les autres actes génocidaires commis dès le 21 octobre 2000. Il est aussi responsable devant les familles des victimes en ce sens que c’est lui qui doit payer les réparatiions au titre civil parce qu’il est l’héritier du gouvernement de Ndadaye selon la logique de la pérennité de l’Etat.

Si le gouvernement n’a pas encore compris cette double responsabilité, il ne sert à rien de continuer à se rendre à Bubu se recueillir sur le mémorial de Kibimba. L’équilibrisme dans son discours pour ne pas toucher du doigt les responsables de l’holocauste de Kibimba qui sont les militants du parti de Ndadaye est une autre façon de manifester le négationnisme sous la candeur d’un discours compatissant, mais non engagé derrière " le plus jamais ça " que porte en épitaphe le mémorial de Kibimba. Il pêche en quelque sorte par complicité, consciemment ou inconsciemment.

Il est très difficile pour les rescapés et les familles des victimes de l’holocauste de Kibimba de croire en une amnistie au nom de la réconciliation qui fait fi de la justice. Au contraire la conscience prend son bon homme de chemin pour s’organiser en association afin d’exiger plus du gouvernement. Celui-ci a le devoir d’aider la justice à mettre la main sur tous les responsables de l’holocauste de Kibimba.

C’est pour cela que le choix de la justice est la seule qui soit plus crédible dans la réalisation de la réconciliation: il faut savoir qui on pardonne pour avoir fait le tort qu’il reconnaît lui-même et pour lequel il demande pardon. L’expérience de l’amnistie a été désastreuse pour le pays depuis une décennie. Le gouvernement doit se défaire des négationnistes qui font croire que l’holocauste de Kibimba fait partie d’un petit détail de " l’histoire de la démocratie au Burundi".

Créer un fonds spécial d’indemnisation des victimes de l’holocauste de Kibimba.

Les gestes posés à Bubu en inhumant avec dignité les restes des victimes de Kibimba permettent aux rescapés d’espérer que le gouvernement finira par aller plus loin, même s’il est dominé par des personnalités fortement impliquées dans les responsabilités du Frodebu, notamment de génocide d’octobre 1993. Mais Buyoya doit pousser plus loin et devancer les familles des victimes en créant un fonds spécial d’indemnisation des victimes de l’holocauste de Kibimba avant qu’on ne lui fasse cela par les cours et tribunaux, si du moins un jour, la justice se libérait de la mainmise de l’exécutif. Le mémorial de Kibimba, même s’il est majestueux et consolant pour les familles de victimes, ne suffit pas. Il faut aller au de-là des symboles.

En définitive, les cérémonies de Bubu du 28 octobre 2000 ont montré des gestes réconfortants pour les familles des victimes et ceux qui luttent contre le génocide qui ont vu enfin les restes des victimes de l’autodafé de Kibimba inhumés avec honneur et dignité. C’est la victoire des nombreuses personnes regroupées en associations et la presse qui par ses publications a toujours montré que Kibimba était notre Auschwitz ou l’Auschwitz burundais. Le 28 octobre 2000 a consacré la reconnaissance officielle par le gouvernement burundais du génocide d’octobre 1993 perpétré par le parti de Ndadaye, à savoir le Frodebu. En dépit du refus du Frodebu de faire mea culpa, le gouvernement dont il est majoritaire l’a reconnu et lui-même l’a reconnu discrètement par sa représentation extrêmement minime par le truchement de Mme Romaine Ndorimana(ministre) et un député dont le nom nous a échappé. Ils avaient, l’ironie du sort, amené une couronne de fleurs portant les mots: "Plus jamais ça. La vie de l’homme est sacrée". Cela vaut un mea culpa, mais il manquait des gens pour accompagner ce message et appuyer ce repentir s’il avait été exprimé sincèrement. Si le message était vraiment la conviction du Frodebu, on aurait vu à Bubu, Léonce Ngendakumana, Sylvestre Ntibantunganya, Domitien Ndayizeye, Augustin Nzojibwami, etc...Bref, la véritable crème du Frodebu au Burundi. La pauvre ministre Romaine Ndorimana et le pauvre député ne sont pas les leaders du Frodebu.

Le mémorial de Kibimba ne pourra pas être effacé par celui prôné par les arushiens qui préconisent un monument national à la victime inconnue du génocide anonyme. Il n’enlèvera rien au symbole qu’est le mémorial de Kibimba. Le président Buyoya l’a lui-même reconnu dans son discours de circonstance en indiquant que le monument national prévu dans les accords d’Arusha ne viendra pas effacer celui de Kibimba.

En dépit de la persistance du négationnisme observé chez certains burundais comme ceux du Frodebu, mais aussi dans certains milieux diplomatiques de Bujumbura (aucune ambassade à Bujumbura n’a fait le déplacement en dehors de certaines missions des organisations onusiennes), il faut tourner la page et continuer à faire avancer l’histoire. Il ne faut jamais désespérer, même le pape a eu 50 ans pour reconnaître les torts de l’église catholique dans les atrocités commises contre les juifs par le pouvoir nazi. Il l’a fait timidement sans en assumer totalement; un autre pape qui n’est pas Jean Paul II le fera certainement et totalement un jour. L’Allemagne post-Hitler a pris lui aussi du temps pour accepter et assumer ses torts commis par l’Etat allemand d’Hitler contre le peuple juif. Peut-être qu’un jour, un leader Frodebu assumera et demandera pardon. Wait and see.

A-M. Nz.


Retour