RUGAMBA-NET PRESS

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RESCAPES DU GENOCIDE

 

COMMIS PAR LE FRODEBU

 

 

 

                          A Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur de

                                 France au Burundi

                                       à

                                    BUJUMBURA

 

 

 

 

 

Concerne : Etude intitulée : identification des             possibilités de réinsertion socio-professionnelle                   des démobilisés dans le cadre du conflit burundais

 

 

Excellence Monsieur l'Ambassadeur,

Dans la foulée des événements qui entourent la déclaration de P.A-Amasekanya, signée par son Président Ir RUTAMUCERO Diomède ce 10 du mois courant, et assortie d'un commentaire sur l'étude intitulée : «identification des possibilités de réinsertion socio-professionnelle des démobilisés dans le cadre du conflit burundais», un certain nombre de citoyens burundais résidant à Bujumbura se sont contactés rapidement et de manière informelle pour adresser à votre Excellence leurs profondes préoccupations face à la privation de la liberté de sieur RUTAMUCERO Diomède pour ce seul fait.

L'objet de la présente n'est donc pas un nouveau commentaire sur la fameuse étude, puisque les signataires font pleinement leur, celui contenu dans la déclaration précitée. Il est plutôt question de tester la volonté du Gouvernement français que vous représentez, de contribuer réellement à la restauration d'un Etat de droit au Burundi, capable de faire la promotion des libertés individuelles.

Les signataires s'en tiennent en effet aux multiples déclarations du gouvernement français dans le sens d'apporter son concours dans la résolution du conflit burundais pour une pleine réconciliation, elle-même préalable d'une saine démocratisation du pays.

A cet effet, les signataires ne sauraient manquer d'adresser leurs remerciements au gouvernement français pour cette sollicitude à l'égard d'un BURUNDI noyé sous une dictature génocidaire.

A un autre niveau cependant, les signataires déplorent vivement que ces déclarations d'intention se soldent, le plus souvent hélas, par des initiatives allant à contre-courant de l'objectif attendu i.e la restauration d'un Etat de droit tant souhaité.

Pour ne citer que quelques exemples de ce genre d'initiatives malheureuses, puisque ce le cas pour le dire, l'on se souviendra de la fameuse opération «BARITA», aujourd'hui en veilleuse, mais en son temps défendue bec et ongles par le gouvernement français, en peu comme pour dire que le Burundi se démocratiserait mieux sous occupation internationale. Avec un petit exercice de parallélisme, il faut imaginer la France se démocratisant sous Vichy en pleine occupation Allemande !

Le soutien apporté par le gouvernement français aux négociations d'Arusha qui font la part belle aux génocidaires du FRODEBU-CNDD-FDD etc& constitue un autre cas d'initiative malheureuse. « Nous ne pouvons pas négocier avec les terroristes ; nous n'avons pas le même langage ; nous ne pouvons pas nous entendre », disait Jacques Chirac président de la France. Vérité au nord, erreur au sud ! puisque la France fait partie de ce club des nations qui, pressions à l'appui, imposent aux rescapés du génocide des Tutsi, au Rwanda et au Burundi, de négocier, non plus avec de simples terroristes mais avec des génocidaires. Bizarre que dans nos pays, l'on peut avoir le même langage avec les génocidaires et que l'on peut quand même s'entendre avec eux ! ! ! Bizarre aussi que certains de nos leaders puissent adhérer à cette philosophie avec tant d'enthousiasme. Il en est ainsi du Président Buyoya qui, la veille du renversement du régime Ntibantunganya, disait au sujet d'éventuelles négociations avec les génocidaires : « Que peut-on négocier avec ces gens? Pour qu'ils tuent 50% des Tutsi, 30% ou 20% ? Aucune négociation ne peut être envisagée avec eux ! ! » Allez-y comprendre comment en si peu de temps, c'est à dire, quelques jours après son retour au pouvoir, il a pu opérer en si important revirement que tout le monde connaît.

La diplomatie que le gouvernement français mène en Afrique des grands lacs se révèle délibérément destructrice de nos nations. Au Congo, la France finance les accords de Lusaka qui recommandent le désarmement des forces dites négatives (F.D.D, Interahamwe, Ex-FAR etc) pendant qu'au Burundi, les Accords d'Arusha que finance la même France, préconisent le surnombre des mêmes forces négatives dans la future armée nationale. Deux actions d'une rare contradiction, menées simultanément, avec la conscience de ne réussir aucune sauf à embraser la sous-région.

Enfin l'étude sur le démantèlement de l'armée nationale financée et coordonnée par le gouvernement français via son ambassade au Burundi, dans le secret absolu, boucle la série des initiatives connues, conduisant aux catastrophes humanitaires.

D'une part, l'on s'imagine mal comment un pays de référence en matière de démocratie et des droits de l'homme comme la France puisse composer et accepter une offre d'un régime au comble de la dictature à la Milosevic.

D'autre part, par cette étude, le Gouvernement Français a mis la main dans la pâte du démantèlement de l'Armée Nationale pourtant occupée à limiter, en tant soit peu, les dégâts génocidaires qu'occasionnent, jour et nuit, les terroristes tribalo-génocidaires du Frodebu-CNDD-FDD-FNL, etc. La France devrait d'ores et déjà prendre la mesure de la dérive génocidaire Tutsi à échoir du démantèlement de l'Armée Nationale et des responsabilités qui devront être les siennes, le moment venu.

Si le régime Frodebu installé à Bujumbura milite en faveur du démantèlement de l'Armée Nationale pour un objet précis et bien connu de parachever le génocide des Tutsi commencé en octobre 1993, pourquoi la France doit-elle le suivre et l'appuyer dans cet errement diabolique ? Ainsi posée la question est troublante dans la mesure où la France n'est pas une novice dans le soutien des régimes génocidaires en Afrique des Grand-Lacs. L'Appui de la France au régime de Habyarimana pendant la guerre du Rwanda ainsi que la fameuse opération «Turquoise» se dressant comme l'ultime effort de sauvetage de la défunte armée rwandaise qui venait de consommer le génocide des Tutsi Rwandais, demeurent en effet dans la mémoire collective.

Excellence Monsieur l'Ambassadeur, l'étude sur le démantèlement de l'Armée Nationale que les services de l'Ambassade de France viennent de proposer au régime de Bujumbura commence déjà à faire des ravages. La première victime se trouve être l'Ir Diomède RUTAMUCERO qui croupit depuis une semaine dans les geôles du BSR d'abord, et de Mpimba ensuite. Comme votre Excellence a certainement pu le suivre dans la presse, il lui est reproché «d'avoir porté atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat en propageant de fausses rumeurs». Cette infraction qui n'a pas de contours précis dans nos pays à régime dictatorial, est systématiquement mise à contribution pour se débarrasser de toute opposition politique et ainsi bloquer toute velléité d'expression d'opinion contraire. Au Burundi, l'opposition la plus ciblée est celle qui s'exprime contre le génocide des Tutsi en cours et en perspective. Tellement la volonté est grande de renforcer le régime génocidaire dans ce petit pays de l'Afrique des Grand-Lacs. Et tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif : la corruption, le mensonge, la répression etc.

Excellence Monsieur l'Ambassadeur, pour la liberté de Monsieur Diomède RUTAMUCERO auquel il est reproché d'avoir propagé de fausses rumeurs, mais aussi pour votre crédibilité personnelle, vous avez le choix : couvrir le mensonge et cheminer avec le Gouvernement en place à Bujumbura et ainsi bousiller définitivement votre crédibilité; ou alors attester publiquement l'existence de l'étude sur le démantèlement de l'Armée Nationale et ainsi permettre à l'histoire de retenir que vous avez eu, au moins, le courage de reconnaître le tort de votre Gouvernement.

Excellence Monsieur l'Ambassadeur, vous aurez compris que les tracasseries judiciaires dont Monsieur RUTAMUCERO Diomède fait l'objet maintenant sont intimement liées au marché ignoble que votre Ambassade a passé avec l'exécrable régime génocidaire de Bujumbura. Dans le même sens, vous devriez comprendre que la liberté de cet honnête citoyen est tributaire du courage dont vous voudrez faire preuve en acceptant publiquement qu'en complicité avec le Gouvernement du Burundi, vous avez été pris en flagrant délit de démantèlement de l'Armée Nationale.

Espérant vous avoir suffisamment fait comprendre la portée de leurs préoccupations et protestations, les signataires de la présente vous prie, Excellence Monsieur l'Ambassadeur, d'agréer l'expression de leurs sentiments hautement distingués.

 

Fait à Bujumbura, le 30 octobre 2000

 

C.P.I. à :

- Mission Diplomatique et Consulaire (Toutes)

- Monsieur le Représentant Spécial des Nations Unies au         Burundi

- Ligues des Droits de l'Homme (Toutes)

 

 

 

 

Les Signataires (au nombre de 453) :

 


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