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BULLETIN D’INFORMATION DU PARTI PARENA

  32 DU 21/07/2002

 

Le premier Congrès National du PARENA : Une lumière après une éclipse décennale totale

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  Lorsque les historiens feront un jour l’autopsie politique des hommes ayant dirigé le pays depuis 1987, il découvriront une espèce politique rare, sans vision, sans talent ni amour propre, des institutions pour blanchiment du crime, où le criminel côtoie le félon, le pilleur et le pervers, où les putschistes de 1993, les génocidaires et leurs satellites respectifs conviennent de s’amnistier et d’alterner au pouvoir.

La politique menée depuis le putsch de 1987 a produit la malheureuse cuvée de 1993 : une classe politique pétrie dans le moule de la haine et de l’exclusion ethniques. C’est elle qui déclencha, supervisa et coordonna le génocide de 1993.

Retranchée aux premières heures de la crise dans les bunkers de certaines chancelleries, elle criait au persécuté, lançait aux officiers des appels incessants à la désertion et inondait l’opinion de contrevérités pour justifier aux yeux du monde que les massacres qu’elle avait planifiés et dont elle téléguidait l’exécution, n’étaient qu’une colère spontanée en réaction à l’assassinat du Président Ndadaye !

Le prédécesseur de ce dernier, dont on vantait l’ascendant sur la nouvelle équipe au pouvoir (il était un conseiller écouté en matière de réforme de l’armée), s’emmura dans un silence dont nous ignorons s’il traduisait un choc, un embarras ou une approbation des événements qui se déroulaient à ses yeux.

Le peuple se faisait massacrer par les autorités du parti à qui il venait de confier le pouvoir.

Ceux qui l’avaient engagé dans ce processus périlleux détournaient leurs regards, dans une indifférence coupable que les rescapés de son électorat ne parviennent toujours pas à s’expliquer.

La démission de la classe politique engluée dans ses turpitudes et ses contradictions, conduisait le pays vers son implosion.

Le Président BAGAZA, à peine rentré de son premier exil, choqué par la mise à mort d’un pays qui l’a vu naître et qu’il dirigea une décennie durant dans la paix et la concorde nationale, pressa les dirigeants d’alors de faire arrêter les massacres et la descente du pays aux enfers.

Son patriotisme ne l’autorisait pas à assister les bras croisés à la débâcle d’un pays à l’édification duquel il avait tant contribué.

Aussi, jugea-t-il approprié d’aménager pour tous ceux qui partageaient ses idéaux et ses valeurs politiques, un espace d’expression politique à travers lequel il invitait les barundi à se ressaisir et à réfléchir sur les voies et moyens leur permettant de sortir de l’abîme dans lequel le pays était plongé.

Il leur soumettait un projet de société qui, tenant compte des nouveaux paramètres socio-politiques générés par la catastrophe de 1993, permettrait aux différentes composantes de la nation, de cohabiter dans la paix et le respect mutuels.

C’est sur ces prémisses que le parti PARENA vit le jour.

Le Président BAGAZA vient d’exposer lors du premier Congrès National du PARENA tenu les 6 et 7 juillet 2002, la philosophie politique de ce parti, son cheminement au cours de la période écoulée ainsi que ses prises de positions face aux enjeux majeurs du pays.

Les partis politiques n’ont de raisons d’être qu’aussi longtemps qu’ils contribuent à l’édification d’une société harmonieuse, paisible et prospère.

Pour son grand malheur le Burundi a hérité du multipartisme ordonné à partir de la Baule, un foisonnement de partis politiques dont la plupart limitent leur projet de société à la cupidité, à la mégalomanie, à l’opportunisme ou à l’affairisme de leurs leaders ; pendant que d’autres ont calqué leur programme politique sur le modèle de la République du « Hutu power » en vogue sous Kayibanda et Havyarimana.

La démocratie pour laquelle ces derniers prétendaient se battre s’est dévoyée comme le disait Jean-Pierre Chrétien, «en slogan raciste, celui du principe de la majorité héréditaire d’un groupe défini racialement » (J.P Chrétien, in Le défi de l’éthnisme).

C’est au vu de ces errements que le PARENA proposa un nouveau contrat social pour arrêter la saignée de son peuple, reconstruire et développer le pays afin de permettre aux Barundi de vivre dans la dignité et dans la paix, et d’occuper la place qui leur revient dans le concert des nations.

Le nouveau contrat part d’un constat : les composantes de la société burundaise vivaient en parfaite harmonie jusqu’à l’inoculation par le pouvoir colonial du virus de la division ethnique. Les premières pépinières furent d’abord implantées avec succès au Rwanda. Leurs plants furent ensuite importés au Burundi à partir des années 1965 par des extrémistes hutu burundais fascinés par l’anti-modèle rwandais. Ces derniers tentèrent au Burundi en 1965, 1972, 1988 et 1993 le génocide et la purification ethnique que leurs idoles avaient si bien réussis au Rwanda.

Le déchirement du tissu social burundais est donc une donnée indéniable que les seuls hymnes à l’unité nationale n’ont réussi ni à cacher, ni à colmater. Il faut donc faire preuve d’imagination créative pour arrêter ces cycles infinis de violence. La réalité des faits nous impose une approche pragmatique et réaliste, tenant en considération les intérêts vitaux de chaque composante nationale.

L’unité des barundi ne saurait se nourrir des hymnes à l’utopie ni des saupoudrages ethniques actuels qui, non seulement ne résolvent aucun problème fondamental de société, mais accroissent au contraire, par la tribalisation éhontée de la vie politique, le fossé entre les composantes nationales.

Elle se bâtira désormais sur un pacte de cohabitation pacifique loyalement négocié et conclu entre les représentants authentiques des deux composantes nationales et non des aventuriers autoproclamés, agissant sans mandat et dans lesquels ni l’une, ni l’autre composante ne se reconnaît.

C’est fort de ces convictions que le PARENA a mis sur la table des négociations d’Arusha, le postulat de « Deux Peuples, Une Nation ».

Ce dernier s’articule autour des idées maîtresses que nous dégageons de l’exposé du Président BAGAZA à la deuxième commission des négociations d’Arusha.

Un conflit oppose les Bahutu aux Batutsi. Il se traduit en refus du système traditionnel de la représentativité politique et réclame une réorganisation des pouvoirs et des mandats. L’organisation de l’Etat post-colonial est remise en cause.

A l’Etat structuré autour du principe de l’identité commune entre des citoyens se reconnaissant un passé commun et des souffrances communes, doit se substituer un Etat rationnel résultant d’un contrat.

L’enjeu est d’équilibrer ces deux exigences en affirmant une identité nationale et territoriale indivise et en régulant la représentativité politique de manière à satisfaire les revendications d’autonomie et de légitimité intra-communautaire.

Pour ce faire, la constitution définitive du Burundi devrait consacrer les principes suivants :

  1° Le principe d’identité nationale : 

« Deux peuples, Une nation »

Le Burundi est un Etat unitaire, une propriété indivise du peuple hutu et du peuple tutsi. Le principe de la présence historique des deux peuples avec une logique d’établissement non discriminatoire doit être réaffirmé, encouragé et protégé par la constitution.

La théorie consistant  à attribuer un territoire séparé à un des deux peuples à l’exclusion de l’autre, doit être refusée, en dehors des exceptions liées à des micro-contextes de guerre civile.

  2° Le principe de double autonomie.

La notion de « Deux peuples, Une nation » s’accompagne de celle de la double autonomie en vertu de laquelle les Bahutu et le Batutsi ne s’appelleraient plus des ethnies mais des peuples, chacun à part entière.

Les Batusti constituent un peuple à part entière, doté d’une autonomie politique telle que la légitimité et la négociation des formes de majorité devant se constituer en son sein.

Il en est de même du peuple des  Bahutu.

La reconnaissance des Bahutu et des Batutsi comme deux peuples à part entière, met fin aux spéculations statistiques sur la majorité hutu par opposition à la minorité tutsi.

Chaque peuple constitue pour lui-même sa propre référence et ne peut être comparé à un autre en termes de majorité ou de minorité.

Dans la pratique institutionnelle, les majorités gouvernementales ou parlementaires se constituent au sein des Bahutu et des Batutsi pris séparément.

Certains domaines relèveront de la compétence communautaire par distinction à d’autres qui relèveront de la compétence nationale.

La vie politique sera organisée selon les principes pluralistes. Les partis s’organiseront au sein de chaque communauté, les Bahutu entre eux, et les Batutsi de même.

Il sera loisible aux Batutsi qui le désirent d’adhérer aux formations politiques des Bahutu et vice-versa.

La constitution des majorités politiques se fera sur le modèle électoral comme dans toutes les démocraties reconnues.

Le jeu de la représentativité élective s’organisera au suffrage universel au sein de chaque communauté.

Les élections désigneront les dirigeants et les représentants de chaque communauté au niveau local, communautaire, territorial et national sur le mode démocratique de type pluraliste.

 

Au niveau de la direction territoriale, l’occupation du sol étant ce qu’elle est d’une part, et en vertu du principe de la propriété commune d’autre part, les entités territoriales seront gérées conjointement par des représentants Bahutu et Batutsi selon des modalités de désignation et d’alternance à préciser.

 

Le Burundi devra en s’organisant, tenir compte des phénomènes de regroupements qui se dessinent en Afrique et ailleurs. Aussi, devra-t-il s’ouvrir à la citoyenneté transnationale qui s’appellera sous-région, région, en vertu des accords qui pourront intervenir.

Telle est la substance du débat proposé.

L’objectif est de trouver des solutions viables à long terme à la problématique des Bahutu et des Batutsi que le pouvoir actuel contourne et escamote en faisant l’apologie d’une unité nationale que les événements d’aujourd’hui démentissent chaque jour.

Il convient, pour réussir cette entreprise, de poser d’abord correctement et objectivement les enjeux du problème.

Le pouvoir actuel n’y parviendra jamais aussi longtemps qu’il jouera à l’autruche en se cramponnant à des euphémismes dépassés selon lesquels le conflit burundais est essentiellement politique avec des relents ethniques.

Le PARENA propose aux Barundi d’approfondir le débat dans une conférence nationale souveraine où les deux composantes nationales légitimement représentées, définiraient en toute sérénité, au vu de leur expérience et de leurs espérances, un pacte national de cohabitation.

Ce débat est d’autant plus urgent que les négociations d’Arusha ont accouché d’un mort-né que le pouvoir actuel s’active à réanimer en vain.

L’intensification de la guerre et du génocide témoigne à elle seule de l’absurdité des accords du même nom. Elle remet en question l’objet même des négociations, la qualité des négociateurs et la sagesse des médiateurs.

Les Accords d’Arusha ont vite fait de montrer leurs limites parce que les négociateurs étaient des faux, les différents médiateurs ayant écarté à dessein les groupes armées et ignoré l’opposition non armée.

Ils ont réduit tout le processus de négociations d’Arusha à la consolidation des arrangements intervenus plutôt entre les actionnaires du partenariat.

A leurs yeux, les négociations entre l’Uprona et le Frodebu suffisaient, les jeunes partis n’avaient qu’à adhérer.

Les pourparlers d’Arusha se sont engagés sur une terrible méprise. Au lieu d’un accord de paix, les Barundi n’ont eu droit qu’à un remaniement ministériel du gouvernement du partenariat.

L’accord d’Arusha a donc été un non accord de paix !

L’Uprona et le Frodebu, coauteurs de la crise actuelle, tournent perpétuellement en rond, s’entendent pour racler les fonds de tiroirs avant que le bateau ne sombre.

Les partis politiques qui s’étaient fait remorquer pour ramasser les restes du festin, s’indignent désormais à haute voix de leur marginalisation continue.

Le combat qu’ils prétendaient mener de l’intérieur se sera réduit à une chaîne d’humiliations et de frustrations.

En ne s’associant pas au gouvernement de la convention ni à ceux des différents partenariats, le PARENA refusait de servir de caution morale et d’alibi à des institutions dont l’unique programme consistait, après le partage des postes, à se paralyser mutuellement.

La mise en quarantaine du pays par les bailleurs de fonds et la coopération internationale est le fruit de cette drôle de philosophie politique.

Le Burundi a la triste singularité de disposer d’institutions dont les membres réclament à cor et à cri des sanctions frappant un gouvernement dont ils sont pourtant membres !

Les institutions financières internationales inondent de crédits un Kabila dont le pays est en partition, effacent les dettes de nos voisins pourtant en guerre, mais évitent Bujumbura comme si nous étions des pestiférés !

Nous sommes devenus un pays paria parce qu’au moment où d’autres déploient une diplomatie moderne, dynamique et efficace, la nôtre est particulièrement archaïque et ininspirée.

Le patrimoine humain dans lequel le pays avait tant investi, rouille dans les bureaux des ministères des Relations extérieurs et ailleurs, au profit des amateurs activistes dont la priorité est d’asphyxier le peuple qu’ils prétendent libérer.

Le pays se meurt de la myopie, de la division, et des contradictions chroniques de ses dirigeants. Les Barundi devraient se ressaisir et considérer la dernière décennie comme une parenthèse malheureuse de leur histoire dont les accords d’Arusha constituent un douloureux chapitre.

  Le Burundi, respecté il y’a quelques années, est devenu un Etat cobaye sur lequel on expérimente des doses de thérapie mortelle. Les accords d’Arusha font partie de ce lot.

Le PARENA s’était joint aux négociations d’Arusha parce qu’elles constituaient un espace d’expression que la répression du pouvoir lui déniait au pays.

Il voulait par le même biais, couper court aux campagnes malveillantes d’intoxication déchaînées à son encontre, faisant accréditer l’idée que le PARENA était un parti d’extrémistes tutsi ne voulant pas la paix.

Ce forum lui donnait enfin l’occasion d’exposer son projet de société que nous avons survolé plus haut.

Le PARENA a signé les accords d’Arusha avec les réserves et la pression que l’on sait, pour prouver aux yeux du monde son attachement à la paix.

Il s’est cependant gardé de signer l’acte d’engagement aux dits accords parce qu’à ses yeux, Arusha n’était que le premier jalon de véritables négociations devant se dérouler entre les vrais négociateurs, c’est à dire le pouvoir en place, la rébellion et l’opposition non armée, et ce, autour de la véritable raison du conflit à savoir la problématique des Bahutu et des Batutsi.

 

La mise au rancart de façon unilatérale de réserves à l’accord d’Arusha qui font pourtant partie intégrante de ce dernier, la banalisation du génocide, l’imposition avant le cessez-le feu du leadership de la transition et ce à partir de Prétoria, l’absence d’un programme convenu de gouvernement sur les réformes en matières des forces de sécurité, de l’administration et de la magistrature, vident de toute substance les accords précités. Il convient dès lors de les revisiter.

Les gesticulations actuelles du pouvoir visant à monopoliser les négociations avec la rébellion, en en excluant l’opposition non armée, pour ne produire que des accords qui l’arrangent, mettant de nouveau les Barundi devant un fait accompli, aboutiront à la même impasse que celle dans laquelle les accords d ‘Arusha ont conduit le pays .

Il serait regrettable que le pouvoir, ses alliés et ses maîtres à penser, ne tirent pas la moindre leçon de l’histoire récente du fiasco d’Arusha.

Le PARENA est ouvert aux négociations et aux compromis qui ne précipitent pas le peuple au suicide collectif et à l’anéantissement de la nation.

Les Barundi quant à eux, devraient cesser de gémir et de pleurer pour prendre en mains leur destin et dire non à ce pouvoir qui les conduit au désastre.

La peur, la cupidité mère de toutes les traîtrises, le reniement de soi et des valeurs intrinsèques de la nation burundaise ont plongé le pays dans l’abîme de l’indignité.

Le PARENA lance aux peuples burundais l’unique bouée de sauvetage encore disponible.

  N’hésitez pas, la vingt cinquième heure approche.

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