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BULLETIN
D’INFORMATION DU PARTI PARENA
Le
premier Congrès National du PARENA :
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La politique menée depuis le
putsch de 1987 a produit la malheureuse cuvée de 1993 : une classe
politique pétrie dans le moule de la haine et de l’exclusion ethniques.
C’est elle qui déclencha, supervisa et coordonna le génocide de 1993.
Retranchée aux premières heures
de la crise dans les bunkers de certaines chancelleries, elle criait au persécuté,
lançait aux officiers des appels incessants à la désertion et inondait
l’opinion de contrevérités pour justifier aux yeux du monde que les
massacres qu’elle avait planifiés et dont elle téléguidait l’exécution,
n’étaient qu’une colère spontanée en réaction à l’assassinat du Président
Ndadaye !
Le prédécesseur de ce dernier,
dont on vantait l’ascendant sur la nouvelle équipe au pouvoir (il était un
conseiller écouté en matière de réforme de l’armée), s’emmura dans un
silence dont nous ignorons s’il traduisait un choc, un embarras ou une
approbation des événements qui se déroulaient à ses yeux.
Le peuple se faisait massacrer
par les autorités du parti à qui il venait de confier le pouvoir.
Ceux qui l’avaient engagé dans
ce processus périlleux détournaient leurs regards, dans une indifférence
coupable que les rescapés de son électorat ne parviennent toujours pas à
s’expliquer.
La démission de la classe
politique engluée dans ses turpitudes et ses contradictions, conduisait le pays
vers son implosion.
Le Président BAGAZA, à peine
rentré de son premier exil, choqué par la mise à mort d’un pays qui l’a
vu naître et qu’il dirigea une décennie durant dans la paix et la concorde
nationale, pressa les dirigeants d’alors de faire arrêter les massacres et la
descente du pays aux enfers.
Son patriotisme ne l’autorisait
pas à assister les bras croisés à la débâcle d’un pays à l’édification
duquel il avait tant contribué.
Aussi, jugea-t-il approprié
d’aménager pour tous ceux qui partageaient ses idéaux et ses valeurs
politiques, un espace d’expression politique à travers lequel il invitait les
barundi à se ressaisir et à réfléchir sur les voies et moyens leur
permettant de sortir de l’abîme dans lequel le pays était plongé.
Il leur soumettait un projet de
société qui, tenant compte des nouveaux paramètres socio-politiques générés
par la catastrophe de 1993, permettrait aux différentes composantes de la
nation, de cohabiter dans la paix et le respect mutuels.
C’est
sur ces prémisses que le parti PARENA vit le jour.
Le Président BAGAZA vient
d’exposer lors du premier Congrès National du PARENA tenu les 6 et 7 juillet
2002, la philosophie politique de ce parti, son cheminement au cours de la période
écoulée ainsi que ses prises de positions face aux enjeux majeurs du pays.
Les partis politiques n’ont de
raisons d’être qu’aussi longtemps qu’ils contribuent à l’édification
d’une société harmonieuse, paisible et prospère.
Pour son grand malheur le Burundi
a hérité du multipartisme ordonné à partir de la Baule, un foisonnement de
partis politiques dont la plupart limitent leur projet de société à la
cupidité, à la mégalomanie, à l’opportunisme ou à l’affairisme de leurs
leaders ; pendant que d’autres ont calqué leur programme politique sur
le modèle de la République du « Hutu power » en vogue sous
Kayibanda et Havyarimana.
La démocratie pour laquelle ces
derniers prétendaient se battre s’est dévoyée comme le disait Jean-Pierre
Chrétien, «en slogan raciste, celui du principe de la majorité héréditaire
d’un groupe défini racialement » (J.P Chrétien, in Le défi de l’éthnisme).
C’est au vu de ces errements
que le PARENA proposa un nouveau contrat social pour arrêter la saignée de son
peuple, reconstruire et développer le pays afin de permettre aux Barundi de
vivre dans la dignité et dans la paix, et d’occuper la place qui leur revient
dans le concert des nations.
Le nouveau contrat part d’un
constat : les composantes de la société burundaise vivaient en parfaite
harmonie jusqu’à l’inoculation par le pouvoir colonial du virus de la
division ethnique. Les premières pépinières furent d’abord implantées avec
succès au Rwanda. Leurs plants furent ensuite importés au Burundi à partir
des années 1965 par des extrémistes hutu burundais fascinés par l’anti-modèle
rwandais. Ces derniers tentèrent au Burundi en 1965, 1972, 1988 et 1993 le génocide
et la purification ethnique que leurs idoles avaient si bien réussis au Rwanda.
Le déchirement du tissu social
burundais est donc une donnée indéniable que les seuls hymnes à l’unité
nationale n’ont réussi ni à cacher, ni à colmater. Il faut donc faire
preuve d’imagination créative pour arrêter ces cycles infinis de violence.
La réalité des faits nous impose une approche pragmatique et réaliste, tenant
en considération les intérêts vitaux de chaque composante nationale.
L’unité des barundi ne saurait
se nourrir des hymnes à l’utopie ni des saupoudrages ethniques actuels qui,
non seulement ne résolvent aucun problème fondamental de société, mais
accroissent au contraire, par la tribalisation éhontée de la vie politique, le
fossé entre les composantes nationales.
Elle se bâtira désormais sur un
pacte de cohabitation pacifique loyalement négocié et conclu entre les représentants
authentiques des deux composantes nationales et non des aventuriers autoproclamés,
agissant sans mandat et dans lesquels ni l’une, ni l’autre composante ne se
reconnaît.
C’est fort de ces convictions
que le PARENA a mis sur la table des négociations d’Arusha, le postulat de
« Deux Peuples, Une Nation ».
Ce dernier s’articule autour
des idées maîtresses que nous dégageons de l’exposé du Président BAGAZA
à la deuxième commission des négociations d’Arusha.
Un conflit oppose les Bahutu aux
Batutsi. Il se traduit en refus du système traditionnel de la représentativité
politique et réclame une réorganisation des pouvoirs et des mandats.
L’organisation de l’Etat post-colonial est remise en cause.
A l’Etat structuré autour du
principe de l’identité commune entre des citoyens se reconnaissant un passé
commun et des souffrances communes, doit se substituer un Etat rationnel résultant
d’un contrat.
L’enjeu est d’équilibrer ces
deux exigences en affirmant une identité nationale et territoriale indivise et
en régulant la représentativité politique de manière à satisfaire les
revendications d’autonomie et de légitimité intra-communautaire.
Pour ce faire, la constitution définitive
du Burundi devrait consacrer les principes suivants :
« Deux peuples, Une nation »
Le Burundi est un Etat unitaire,
une propriété indivise du peuple hutu et du peuple tutsi. Le principe de la présence
historique des deux peuples avec une logique d’établissement non
discriminatoire doit être réaffirmé, encouragé et protégé par la
constitution.
La théorie consistant
à attribuer un territoire séparé à un des deux peuples à
l’exclusion de l’autre, doit être refusée, en dehors des exceptions liées
à des micro-contextes de guerre civile.
La notion de « Deux
peuples, Une nation » s’accompagne de celle de la double autonomie en
vertu de laquelle les Bahutu et le Batutsi ne s’appelleraient plus des ethnies
mais des peuples, chacun à part entière.
Les Batusti constituent un peuple
à part entière, doté d’une autonomie politique telle que la légitimité et
la négociation des formes de majorité devant se constituer en son sein.
Il en est de même du peuple des
Bahutu.
La reconnaissance des Bahutu et
des Batutsi comme deux peuples à part entière, met fin aux spéculations
statistiques sur la majorité hutu par opposition à la minorité tutsi.
Chaque peuple constitue pour lui-même sa propre référence et ne peut être
comparé à un autre en termes de majorité ou de minorité.
Dans la pratique
institutionnelle, les majorités gouvernementales ou parlementaires se
constituent au sein des Bahutu et des Batutsi pris séparément.
Certains domaines relèveront de
la compétence communautaire par distinction à d’autres qui relèveront de la
compétence nationale.
La vie politique sera organisée
selon les principes pluralistes. Les partis s’organiseront au sein de chaque
communauté, les Bahutu entre eux, et les Batutsi de même.
Il sera loisible aux Batutsi qui
le désirent d’adhérer aux formations politiques des Bahutu et vice-versa.
La constitution des majorités
politiques se fera sur le modèle électoral comme dans toutes les démocraties
reconnues.
Le jeu de la représentativité
élective s’organisera au suffrage universel au sein de chaque communauté.
Les élections désigneront les
dirigeants et les représentants de chaque communauté au niveau local,
communautaire, territorial et national sur le mode démocratique de type
pluraliste.
Au niveau de la direction
territoriale, l’occupation du sol étant ce qu’elle est d’une part, et en
vertu du principe de la propriété commune d’autre part, les entités
territoriales seront gérées conjointement par des représentants Bahutu et
Batutsi selon des modalités de désignation et d’alternance à préciser.
3° Le Burundi devra en s’organisant, tenir compte des phénomènes
de regroupements qui se dessinent en Afrique et ailleurs. Aussi, devra-t-il
s’ouvrir à la citoyenneté
transnationale qui s’appellera sous-région, région, en vertu des accords
qui pourront intervenir.
Telle est la substance du débat
proposé.
L’objectif est de trouver des solutions viables à long terme à la problématique des Bahutu et des Batutsi que le pouvoir actuel contourne et escamote en faisant l’apologie d’une unité nationale que les événements d’aujourd’hui démentissent chaque jour.
Il convient, pour réussir cette
entreprise, de poser d’abord correctement et objectivement les enjeux du problème.
Le pouvoir actuel n’y
parviendra jamais aussi longtemps qu’il jouera à l’autruche en se
cramponnant à des euphémismes dépassés selon lesquels le conflit burundais
est essentiellement politique avec des relents ethniques.
Le PARENA propose aux Barundi
d’approfondir le débat dans une conférence nationale souveraine où les deux
composantes nationales légitimement représentées, définiraient en toute sérénité,
au vu de leur expérience et de leurs espérances, un pacte national de
cohabitation.
Ce débat est d’autant plus
urgent que les négociations d’Arusha ont accouché d’un mort-né que le
pouvoir actuel s’active à réanimer en vain.
L’intensification de la guerre
et du génocide témoigne à elle seule de l’absurdité des accords du même
nom. Elle remet en question l’objet même des négociations, la qualité des négociateurs
et la sagesse des médiateurs.
Les Accords d’Arusha ont vite
fait de montrer leurs limites parce que les négociateurs étaient des faux, les
différents médiateurs ayant écarté à dessein les groupes armées et ignoré
l’opposition non armée.
Ils ont réduit tout le processus
de négociations d’Arusha à la consolidation des arrangements intervenus plutôt
entre les actionnaires du partenariat.
A leurs yeux, les négociations
entre l’Uprona et le Frodebu suffisaient, les jeunes partis n’avaient qu’à
adhérer.
Les pourparlers d’Arusha se
sont engagés sur une terrible méprise. Au lieu d’un accord de paix, les
Barundi n’ont eu droit qu’à un remaniement ministériel du gouvernement du
partenariat.
L’accord d’Arusha a donc été
un non accord de paix !
L’Uprona et le Frodebu,
coauteurs de la crise actuelle, tournent perpétuellement en rond, s’entendent
pour racler les fonds de tiroirs avant que le bateau ne sombre.
Les partis politiques qui s’étaient
fait remorquer pour ramasser les restes du festin, s’indignent désormais à
haute voix de leur marginalisation continue.
Le combat qu’ils prétendaient
mener de l’intérieur se sera réduit à une chaîne d’humiliations et de
frustrations.
En ne s’associant pas au
gouvernement de la convention ni à ceux des différents partenariats, le PARENA
refusait de servir de caution morale et d’alibi à des institutions dont
l’unique programme consistait, après le partage des postes, à se paralyser
mutuellement.
La mise en quarantaine du pays
par les bailleurs de fonds et la coopération internationale est le fruit de
cette drôle de philosophie politique.
Le Burundi a la triste singularité
de disposer d’institutions dont les membres réclament à cor et à cri des
sanctions frappant un gouvernement dont ils sont pourtant membres !
Les institutions financières
internationales inondent de crédits un Kabila dont le pays est en partition,
effacent les dettes de nos voisins pourtant en guerre, mais évitent Bujumbura
comme si nous étions des pestiférés !
Nous sommes devenus un pays paria
parce qu’au moment où d’autres déploient une diplomatie moderne, dynamique
et efficace, la nôtre est particulièrement archaïque et ininspirée.
Le patrimoine humain dans lequel
le pays avait tant investi, rouille dans les bureaux des ministères des
Relations extérieurs et ailleurs, au profit des amateurs activistes dont la
priorité est d’asphyxier le peuple qu’ils prétendent libérer.
Le pays se meurt de la myopie, de la division, et des contradictions chroniques de ses dirigeants. Les Barundi devraient se ressaisir et considérer la dernière décennie comme une parenthèse malheureuse de leur histoire dont les accords d’Arusha constituent un douloureux chapitre.
Le PARENA s’était joint aux négociations
d’Arusha parce qu’elles constituaient un espace d’expression que la répression
du pouvoir lui déniait au pays.
Il voulait par le même biais,
couper court aux campagnes malveillantes d’intoxication déchaînées à son
encontre, faisant accréditer l’idée que le PARENA était un parti d’extrémistes
tutsi ne voulant pas la paix.
Ce forum lui donnait enfin
l’occasion d’exposer son projet de société que nous avons survolé plus
haut.
Le PARENA a signé les accords
d’Arusha avec les réserves et la pression que l’on sait, pour prouver aux
yeux du monde son attachement à la paix.
Il s’est cependant gardé de
signer l’acte d’engagement aux dits accords parce qu’à ses yeux, Arusha
n’était que le premier jalon de véritables négociations devant se dérouler
entre les vrais négociateurs, c’est à dire le pouvoir en place, la rébellion
et l’opposition non armée, et ce, autour de la véritable raison du conflit
à savoir la problématique des Bahutu et des Batutsi.
La mise au rancart de façon
unilatérale de réserves à l’accord d’Arusha qui font pourtant partie intégrante
de ce dernier, la banalisation du génocide, l’imposition avant le cessez-le
feu du leadership de la transition et ce à partir de Prétoria, l’absence
d’un programme convenu de gouvernement sur les réformes en matières des
forces de sécurité, de l’administration et de la magistrature, vident de
toute substance les accords précités. Il convient dès lors de les revisiter.
Les gesticulations actuelles du
pouvoir visant à monopoliser les négociations avec la rébellion, en en
excluant l’opposition non armée, pour ne produire que des accords qui
l’arrangent, mettant de nouveau les Barundi devant un fait accompli,
aboutiront à la même impasse que celle dans laquelle les accords d ‘Arusha
ont conduit le pays .
Il serait regrettable que le
pouvoir, ses alliés et ses maîtres à penser, ne tirent pas la moindre leçon
de l’histoire récente du fiasco d’Arusha.
Le PARENA est ouvert aux négociations
et aux compromis qui ne précipitent pas le peuple au suicide collectif et à
l’anéantissement de la nation.
Les Barundi quant à eux,
devraient cesser de gémir et de pleurer pour prendre en mains leur destin et
dire non à ce pouvoir qui les conduit au désastre.
La peur, la cupidité mère de
toutes les traîtrises, le reniement de soi et des valeurs intrinsèques de la
nation burundaise ont plongé le pays dans l’abîme de l’indignité.
Le PARENA lance aux peuples
burundais l’unique bouée de sauvetage encore disponible.
