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BULLETIN
D’INFORMATION DU PARTI PARENA
Il
y a bientôt quatorze ans, vous entamiez votre longue marche pour le sauvetage
d’un peuple que rien ne menaçait alors !
Les
propagandistes de ce qui est devenu notre « AKAZU » nationale vous
faisaient passer pour le nouveau Moïse mandaté par YAHVE(Dieu) pour conduire
le peuple burundais vers la terre promise.
De
celle-ci, nous ne vîmes qu’une succession de tragédies que vous n’avez pu
ni prévenir, ni circonscrire, ni maîtriser.
L’oracle
du Parena l’avait pourtant prédit : c’est par vous que la colère des
dieux s’abattra sur son peuple.
Aussi
semble-t-il légitime, que les Barundi victimes de votre myopie politique,
s’interrogent sur la viabilité de vos objectifs, la pertinence de votre démarche
et l’ambivalence de votre politique.
Ils
revendiquent le droit de s’exprimer en se basant sur un cadre légal que vous
leur avez fait voter en 1992, que vous avez abrogé en 1996 puis repris en l’émasculant,
dans ce que vous avez rebaptisé l’acte constitutif de la transition.
Les
Barundi souhaitent que cesse cette duplicité consistant à vous forger à
l’intention de la communauté internationale, une image attrayant d’un grand
bâtisseur de la démocratie pendant qu’à l’intérieur, la répression
judiciaire, politique, administrative et policière vous fait apparaître comme
le fossoyeur de cette même démocratie.
Contraints
et forcés, nous sommes descendus au stade FFB pour applaudir votre putsch du 3
septembre 1987. Onze mois plus tard, nous n’avons même pas eu le droit de
pleurer publiquement les nôtres, jetés dans les fosses communes, les latrines
et les marais de NTEGA et MARANGARA.
Vous
avez adoubé leurs bourreaux en faisant d’eux , vos partenaires politiques
privilégiés.
Vous
leur avez laissé, après les avoir amnistiés, les moyens de l’Etat, pour préparer
en toute quiétude, l’hécatombe de 1993.
Cette
attitude crée la confusion et rend tout le monde coupable faute de n’avoir
pas laissé la justice séparer le
bon grain de l’ivraie.
Délégitimés
par un génocide qu’ils traînaient derrière eux comme les
bagnards traînaient leurs boulets, vous avez mis en marche tous vos réseaux
pour briser ces chaînes et pour éviter la disqualification politique définitive
du Frodebu.
La
convention de gouvernement de 1994 fut donc le fruit de vos entrailles.
C’est
curieusement sous ce dernier, que les Barundi purent crier haut et fort leur colère
et leur indignation.
La
révolte du peuple remonta jusqu’à vous parce qu’il apparut à celui-ci,
que vous étiez l’architecte de l’aventure politique qui venait de faire
basculer le pays entier dans l’horrible chaos.
Vous
sentant interpellé, vous fîtes appel une fois de plus à vos réseaux civils
et militaires pour casser et réprimer le soulèvement populaire qui venait de
contraindre NTIBANTUNGANYA à la fuite peu glorieuse vers l’Ambassade des
Etats-Unis.
Votre
opération de « sauvetage » du 25 juillet 1996 ne visait qu’à
vous sauver, vous et votre système. Vous eûtes droit à la tranquillité et
aux privilèges d’une fonction dont vous veniez de vous accaparer une fois de
plus par la force.
Quant
à nous, nous eûmes droit à la misère de l’embargo décrété en principe
contre vous.
Vous
vous êtes même servi de ce dernier pour casser les reins de ceux qui avaient
encore l’énergie de s’opposer à votre politique. Il ne restait plus, après
les avoir réduits au silence, qu’à remettre en scelle votre alliance avec le
Frodebu : le Partenariat était né.
Bâti
sur les turpitudes de ses composantes, celui-ci allait subir, n’eût été
votre répression, le sort de la convention de gouvernement.
Prévoyant
sa fin prochaine, vous avez décidé de le réanimer par les accords traîtres
d’Arusha par lesquels, une poignée d’étrangers viennent de vous imposer
contre le gré du peuple burundais.
Vous
avez affirmé à chaque prestation de serment que vous exercerez vos fonctions
au nom et pour le compte du peuple , l’unique source de légitimité du
pouvoir !
L’ironie
du destin fait que ledit peuple s’est détourné de vous, chaque fois que
l’occasion lui en a été offerte.(Rappelez-vous des élections de 1993)
Votre
imposition par Mandela est aussi illégitime que vos putschs de 1987 et de 1996.
Permettez aux Barundi, à qui vous avez tout pris, même l’honneur, de vous le
prouver en leur autorisant une seule manifestation pacifique !
Ne
vous réfugiez point derrière l’argutie de la sécurité ambiante, le peuple
burundais n’est pas un ramassis de skin heads, ni de casseurs déboussolés.
Empêcher
cette manifestation reviendra à refuser de vous regarder en face et à rejeter
le reflet de l’image peu flatteuse que vous renvoie la population de ce pays.
Ce serait aussi condamner toute expression ou toute revendication à la
clandestinité porteuse de tous les dangers.
Nous
demandons aux Ministres en charge de la répression multiforme (Intérieur, Défense,
Justice, Travail) de faire le bon choix entre la protection d’un individu dont
le système en perdition finira par les emporter et la sauvegarde de l’intérêt
supérieur de la Nation.
Aux commandes de la répression, ils devront un jour rendre des comptes à la population qu’ils oppriment aujourd’hui.
A
eux d’appliquer le principe de la baïonnette intelligente ou d’affronter le
moment venu, le jugement du peuple et de l’histoire. NTIBAGIRE NGO
NTITWABABARIYE.
A
la jeunesse de ce pays, nous lui demandons de ne point souiller sa générosité,
ni de gaspiller ses énergies dans des combines politiciennes sans lendemain,
qui ne font que boucher l’horizon de son avenir.
A
vous Hutu et Tutsi, cet appel vous concerne. Venez ensemble exprimer le rejet
que vous ressentez pour un dirigeant qu’on vous impose du perron d’un palais
de Pretoria.
Les
troupes d’invasion et d’occupation ne feront pas le tri entre vous. Confrontées
à un milieu qui leur garantit l’hostilité, elles tireront au moindre
incident dans le tas.
Venez
enfin démontrer à BUYOYA qu’à la
somalisation qu’il propose, il existe une politique alternative de
cohabitation pacifique dans le respect du droit de chacun.
A bientôt !
ILS
ONT DIT
A
PROPOS DE LA RESISTENCE DES TUTSI
Pierre
BUYOYA (Président de la République du Burundi)
« Pierre
BUYOYA a fait savoir que l’appui des puissances occidentales lui est
indispensable pour mettre au pas les extrêmistes tutsi »
(Jeune Afrique n°1856 du 31 Juillet au 6 Août 1996)
