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BULLETIN D’INFORMATION DU PARTI PARENA 

15 DU 19/10/2001 

LE CHEVAL DE TROIE EST DANS NOS MURS DEPUIS 1987 

Miracle à la Saint Paul des derniers apôtres de Buyoya ? Sursaut d’une conscience longtemps engourdie par les privilèges et autres avantages tirés d’un régime qu’ils ont soutenu à bout de bras ? Cri de raison tardive face à l’imminence d’une tragédie qu’ils viennent eux-mêmes de dépeindre ? Opération politicienne visant à donner à Buyoya une marge de manoeuvre lui permettant de renégocier les conditionnalités controversées auxquelles il a pourtant sciemment souscrit ? Démarquage subtil vis à vis d’une politique qui a montré ses limites et dont ils ne veulent plus apparaître comme les piliers ou les porte-paroles ? 

Voilà quelques unes des interrogations que le mémorandum des « Bashingantahe » de Buyoya et sa nébuleuse société civile ont soulevé au sein de l’opinion. 

Le timing de la sortie de ce mémorandum, la qualité des signataires de celui-ci, leurs relations politiques complices avec un régime qu’ils ont parraîné déjà en 1987, conseillé une décennie durant, ramené de force en 1996 et dont ils nous imposent la reconduction forcée en 2001, hypothèquent lourdement la sincérité de leur appel mouillé du devoir de résistance qu’ils viennent de lancer.

Tout au plus y verrait-on un clin d’oeil sans conséquences, adressé  respectueusement à Buyoya sur commande expresse de celui-ci.

D’une pierre deux coups, ceci leur permettrait de retrouver un semblant de virginité politique au cas où les échaffaudages maladroits en cours viendraient à s’effondrer. 

Les signataires précités semblent sortir d’un coma politique profond et réalisent tout d’un coup les conséquences catastrophiques pour leur communauté d’un accord de paix que le PARENA n’a cessé de dénoncer au prix d’une répression féroce qu’ils ont aveuglement soutenue et encouragée en sous-mains. Leur héros, ayant pris soin de leur cacher la nature, le contour et la portée  des arrangements scélérats connexes à l’accord de paix, ils se rendent aujourd’hui compte que les multiples réseaux politiques, économiques et financiers qu’ils avaient mis en branle pour le maintenir au pouvoir n’ont servi en dernière analyse qu’à armer les bras qui décimeront leur propre communauté.

Ils ont avalisé il n’y a pas encore longtemps les manoeuvres politiciennes du régime visant à détourner le débat public sur la transition en le circonscrivant au seul cercle des intimes, en canalisant les discussions uniquement sur un  homme tout en ignorant volontairement la politique que celui-ci entendait mettre en oeuvre ! 

C’est à ce moment là qu’ils firent le lit au programme de démantèlement de l’armée, à l’intégration des rebelles, à l’impunité du crime et au parachèvement du génocide des Tutsi qu’ils prétendent décrier aujourd’hui.

Certains signataires du mémorandum dont nous connaissons le rôle primordial dans le retour forcé du major Buyoya en 1996 et son imposition en 2001, devraient faire preuve de plus d’humilité et d’honnêteté en ne pleurant pas une mort qu’ils ont sciemment causée. 

Leurs analyses pèchent par leur naîveté ou traduisent la cécité politique des hommes qui étaient encore récemment aux affaires. Ils découvrent subitement ce que l’homme de la rue et même les services qu’ils dirigeaient ne cessaient de leur répéter : les leaders du G7 sont en même temps les chefs de guerre de la rébellion. Pour ces derniers, la négociation d’Arusha n’était qu’un combat retardataire préparant la victoire militaire totale.

Ne disions-nous pas dans notre précédant numéro qu’ils n’étaient intéressés ni par la prise, ni par le partage du pouvoir, mais plutôt par le parachèvement du génocide entamé en 1993.

Dans le mémorandum sous examen, les signataires affirment avoir exprimé au major Buyoya leurs inquiétudes au sujet de la tournure que prenait le processus de paix d’Arusha (mise en place des institutions avant le cessez le feu – risque de destabilisation des structures de défenses et de sécurité – intégration des rebelles dans l’unité spéciale de protection des institutions – les réserves à l’Accord que le pouvoir a fait passer au compte « perte et profits » etc). 

Manifestement, Buyoya a fait peu de cas des inquiétudes reprises ci-dessus.

Il a continué sa chevauchée solitaire jusqu’à la conclusion d’un accord qui condamne à mort la communauté Tutsi, mais l’intronise comme nouveau roi.

Cela n’a pas empêché certains signataires du mémorandum de réactiver leurs réseaux de soutien et de pression pour imposer de nouveau la candidature du major Buyoya. 

La communauté Tutsi est parfaitement consciente de ce jeu de cache-cache politique dont elle est à la fois l’enjeu et la victime. Elle a toutes les raisons de croire, maintenant que les masques sont tombés, que les auteurs du dit mémorandum défendent le contraire de ce qu’ils proclament et qu’il existe une certaine complicité manifeste entre ces derniers et le pouvoir en place.

C’est en cette qualité qu’ils répondront devant l’histoire de la dérive d’une politique qu’ils ont contribué à mettre en place. 

Nous nous attendions, après le sommet de dépeçage du BURUNDI à Pretoria le 11 Octobre dernier, à ce que les signataires du mémorandum traduisent dans les faits « le devoir de résistance » qu’ils souhaitaient imprimer à leur nouvelle lutte politique, puisqu’une fois de plus le major Buyoya venait d’ignorer superbement leurs recommandations. Ils n’ont pourtant élevé la moindre protestation. 

Comme l’autre mouvement de résistance (MRC) qui les avait précédés, leur résistance s’est vite métamorphosée en une course folle au partage des quelques miettes gouvernementales que le G7 et son partenaire ont bien voulu leur laisser. 

Comme le mémorandum qui nous occupe le fait clairement apparaître, les signataires de ce dernier sont en retard d’une guerre. Le cheval de Troie auquel ils font allusion s’est introduit dans nos murs en 1987 grâce au soutien déterminant et à la cupidité complice de certains d’entre eux.

A l’allure où vont les choses, la communauté Tutsi risque de se faire littéralement décimer par la rébellion hutu sur fond de trahison de ses propres fils.

A elle d’en tirer une leçon conséquente avant qu’il ne soit trop tard ! 

« Ils ont dit » 

A propos de l’armée nationale et de la mission des troupes Sud-africaines au BURUNDI 

Un citoyen :

« En principe, l’armée nationale est là pour la sécurité du pays et de ses institutions. Maintenant que la sécurité des Institutions est confiée aux troupes étrangères avec pour mission la préparation de la venue d’autres troupes pour s’interposer entre l’armée nationale et le peuple pour permettre les élections que présidera le Frodebu, hostile à l’armée nationale, qu’attend alors cette dernière pour se désintégrer ou faire un autre choix plus salutaire pour elle-même et son peuple ? » 

A propos de l’opportunité pour le PARENA de participer dans les institutions de transition 

Un militant du PARENA : 

« Si le PARENA devait participer dans les institutions de transition, le choix le plus judicieux serait d’entrer dans la rébellion, car cette dernière apparaît comme la nouvelle institution la plus écoutée et la plus courtisée par le pouvoir actuel. Elle reçoit le président de la République et ses émissaires quand et où elle veut, et impose la marche des affaires de l’Etat au rythme qui lui plaît. » 

A propos de l’opportunité de « Deux peuples, une Nation »

Un citoyen :

« Les hutu sont majoritaires au pays. Dans le système politique d’un homme une voix, à défaut de tuer tous les Tutsi, ils leur imposeront les institutions qu’ils voudront, y compris celles qui se donnent la latitude d’interpréter le génocide des Tutsi comme le fait d’une petite colère (Agashavu).

Au nom de cette même majorité, ils nous imposent l’invasion du pays par les troupes étrangères et la suspension du code pénal pour qu’ils soient au-dessus de la loi. Avec autant de possibilités au nom de la majorité, il est temps de penser sérieusement à l’idée de Deux peuples, Une Nation »

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