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BULLETIN
D’INFORMATION DU PARTI PARENA
N° 24 DU 15/03/2002
4 mars 2002 : le pouvoir lance le troisième cycle de la cacophonie d’Arusha
C’est
sous une fausse apparence de sérénité, que le Président Buyoya a ouvert
solennellement le 4 mars 2002, devant ses ministres, ses propres représentants
à l’Assemblée Nationale et au Sénat (ce beau monde ne représente en
effet que le seul pouvoir qui l’a désigné) ; devant les gouverneurs
de provinces tétanisés à l’idée de voir bientôt leurs mandats
subitement écourtés par un pouvoir pour lequel ils s’étaient pourtant débauchés
corps et âme ; devant un parterre de diplomates dont certains souffrent
déjà de torticolis à force de scruter la trajectoire politique sinueuse du
pouvoir en place, le troisième cycle de la cacophonie d’Arusha !
Annoncée
sur fond d’un macabre bilan dressé par l’auteur des institutions
moribondes d’Arusha, la campagne triennale d’explication des accords
d’Arusha se délite avant même d’avoir quitté les fonts baptismaux.
La
tour de Babel s’anime, et le maquillage savamment dosé qu’on avait utilisé
pour camoufler les dissensions profondes persistant quant au contenu et à la
portée des accords d’Arusha, fond comme neige au soleil, pour laisser
apparaître l’inanité et l’inapplicabilité de ces derniers.
La
coalition UPRONA-FRODEBU au pouvoir avec leurs partis satellites respectifs,
sont pris en flagrant délit de mensonge. La cacophonie observée au sein des
plus hautes instances de la République, outre qu’elle fait désordre et dévoile
aux yeux du monde le visage peu reluisant de la classe politique burundaise, démontre
à ceux qui doutaient encore, ou qui étaient abusés par la propagande du
pouvoir, qu’un accord dont l’interprétation est à géométrie variable,
ne saurait être porteur de paix !
Ce
dernier n’est hélas, au vu des empoignades enregistrées lors du lancement
raté de son marketing ce 4 mars à l’hôtel méridien, qu’une tragédie où
des acteurs peu scrupuleux, jouent la scène du «Je te trompe moi non plus » !
L’acte
d’engagement que les partis dits Tutsi ont signé sans en soupeser ni le
sens ni la portée, croyant seulement s’en servir comme visa d’entrer dans
le label gouvernemental, se retourne aujourd’hui contre eux.
Ils
ont appliqué le maxime «j’agis puis je réfléchis ». Ils n’ont
donc jamais réalisé à quoi ils s’engageaient réellement. D’où les
hurlements et les vociférations tardifs semblables à ceux d’un fauve piégé
dans une cage.
En ne signant pas l’acte
d’engagement, le parti PARENA refusait de s’engager sur du vent, sur un
accord qui n’en était pas encore un.
Le
spectacle lamentable des journées du 4,5 et 6 mars à l’hôtel Méridien, où
les membres de la nomenclatura de transition s’entre-déchiraient parce que
ne s’entendant sur rien, conforte le PARENA dans son analyse.
Celui-ci
rappelle à toutes fins utiles aux partis résiduels du G10 au pouvoir, qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du
beurre.
Beaucoup
s’interrogent aujourd’hui, puisque certains de ces partis ont déjà réalisé
le piège dans lequel ils sont tombés ; puisqu’ils affirment qu’au
gouvernement ils ne servent que d’alibi ou de figurants, tous les domaines
sensibles se traitant dans un club restreint Buyoya-Minani ; puisque les
réserves à l’accord d’Arusha qui justifiaient une adhésion
conditionnelle ont été jetées au panier sans qu’elles aient même été
discutées, ce qui permet à Buyoya et ses alliés du Frodebu de triturer le
dit accord, d’appliquer comme nous le disions précédemment, les
dispositions qui les arrangent, suivant une cadence qu’ils rythment à leur
gré et avec des partenaires qu’ils ont eux-mêmes choisis ; les gens
se demandent, disions-nous, ce que les partis qui se disent Tutsi font encore
dans l’actuel gouvernement !
Les
gens n’osent pas penser que les leaders de ces partis soient au stade du désespoir
financier, pour s’accrocher aux indemnités accompagnant la fonction ministérielle.
La
communauté Tusti pour laquelle ils affirment se battre leur serait infiniment
reconnaissante, de ne pas l’utiliser à des fins de slogans publicitaires
faisant d’eux les garants et les porte-parole des intérêts de la dite
communauté, alors que celle-ci ne tire pas le moindre avantage de leur présence
au gouvernement.
Leur honneur leur commande
de démissionner d’un gouvernement dans lequel ils ne se reconnaissent plus,
parce que militant pour l’élimination politique et physique de leur
communauté.
Rester
dans ce gouvernement reviendrait à cautionner les dérapages actuels, précurseurs
des catastrophes qu’ils ne cessent de nous prédire eux mêmes.
Le combat de l’«intérieur »
qu’ils avaient envisagé ou qu’ils avaient brandi comme prétexte pour
entrer au gouvernement, n’étant plus possible, il ne reste comme
alternative que de rendre le tablier.
Les Batutsi ne peuvent pas
se nourrir indéfiniment de leurs jérémiades.
Ils exigent des actes
concrets, faute de quoi ils les combattront au même titre que leurs alliés génocidaires
au gouvernement.
Cela
étant dit, le satellite de la campagne d’explication des accords d’Arusha
ayant connu des ratées déjà au niveau du premier étage de sa fusée
(gouvernement, assemblée nationale, sénat), on se demande comment le Dr
Rukingama pourra mettre sur orbite les étages restants.
La
sagesse lui commandera d’ordonner la destruction en vol de la fusée, pour
éviter qu’elle ne s’abîme sur une région habitée. Ahandi ho kuzoba ari
ugutekera amazi mu rukangaga !
Certes,
celui qu’on surnommait jadis le « Souslov » (du nom d’un des
idéologues du parti communiste soviétique) de l’UPRONA, vient d’emboîter
le pas à l’arrogant ministre de la fonction publique, au nom de qui le CNDD
massacre et pille la population, pour affirmer, que l’accord de paix
d’Arusha est parfait, que seuls les marginaux le contestent, que le pouvoir
putschiste qu’il conseille prendra le temps qu’il faut pour négocier le
cessez-le feu, sous-entendant par là que les hécatombes journalières
d’innocents, ne sont qu’un détail insignifiant.
Nous
admirons au passage la capacité du CNDD à récupérer les anciens ténors de
l’UPRONA et la rapidité de réinsertion de ces derniers dans le
gouvernement Palipehutu qu’ils serviront avec la même foi et le même zèle,
comme ils le firent naguère sous les 2ème et 3ème républiques, et récemment
encore sous le partenariat.
Cet
enthousiasme fougueux à intérioriser et à défendre les thèses du CNDD ne
vise qu’à faire oublier leur rôle dans un certain putsch de 1993. Mais ils
devraient se méfier du baiser (de la mort) du Frodebu. Qu’ils se
souviennent d’un certain Bwanakweri du Rwanda, qui, après avoir aidé le
Parmehutu à massacrer ses frères Tutsi, fut, en guise de remerciement,
enterré vivant jusqu’aux épaules, par ceux-là mêmes qu’il croyait être
ses nouveaux alliés.
Ils
lui ont momentanément laissé la tête hors de la tombe, le temps de lui
permettre de méditer sur sa trahison, avant de l’abandonner aux charognards !
Nonobstant
les assertions de «Souslov » et l’arrogance de NTANYUNGU, le
lancement de la campagne d’explication aura démontré la décomposition
avancée du processus d’Arusha et du gouvernement qui en est issu.
Ceci
n’empêchera pas ce dernier de s’embarquer dans la nouvelle aventure stérile,
parce qu’il a toujours interprété les résistances et l’opposition de la
population, comme des signes d’encouragement.
Les
ministres, les députés, les sénateurs et leurs courtisans camperont dans
les mêmes sites exotiques, comme lors du débat dévoyé du processus de paix
dit interne, pour monologuer entre eux, sur les mérites d’un prétendu
accord de paix dont ils sont les seuls bénéficiaires. Pendant que le vin
coulera dans leurs motels, du sang se répandra sur les collines pour
justifier leur cinéma.
Une
fois rassasiés, ils publieront des communiqués triomphants, balanceront les
bras, pour annoncer l’adhésion massive des citoyens à un accord de paix à
l’égard duquel ils ont été constamment tenus à l’écart.
Le
pain leur étant désormais garanti, il ne leur restera plus, pour combler
leur bonheur à la romaine, que des jeux (du pain et des jeux) et Ngabo Léonce
sera là pour animer leurs soirées !
La
nouvelle campagne de Rukingama s’inscrit donc dans la longue lignée des
hold-up, des détournements et de l’escroquerie politiques ayant accompagné
le processus d’Arusha !
Elle
n’apportera pas la paix, mais tentera de calmer le ras-le-bol d’une
population excédée par un pouvoir ventouse qui ne fait que les sucer, au nom
de la démocratie génocidaire et d’une paix dont on ne voit même pas
l’ombre.
Entre-temps,
le pouvoir multiplie les causeries morales dans les casernes pour informer les
militaires que l’heure de leur démobilisation a sonné.
La
guerre continue de plus belle, Ntanyungu, Nyangoma, Nkurunziza Peter et les
autres enlèvent les jeunes jusqu’aux écoliers pour renforcer leurs
bataillons en vue de l’assaut final ; BUYOYA LUI,
DEMOBILISE !
Les
services concernés de l’armée affinent en cachette les listes de ceux qui
doivent être renvoyés sur des collines sur lesquelles ils n’ont plus accès.
Les critères de renvoi sont aussi obscurs, parce qu’un homme traite l’armée comme on gère sa boutique privée. L’important est de vider l’armée de toute substance matérielle et humaine qui lui permettait de faire face aux hordes génocidaires.
Après
les avoir manipulés et utilisés pour ses prises de pouvoir successives, après
leur avoir escroqué leur soutien pour conduire la transition, l’homme fort
de ce pays les jette sans état d’âme et sans ménagement dans la rue comme
un fruit qu’on a longtemps sucé et qui n’a plus de jus !
Les
misérables paquets-départ qu’on leur fait miroiter, ne pourront guère
faire face aux problèmes financiers qui les attendent :
-
-
problème de logement ;
-
- coûts des médicaments devenus inaccessibles car tomber malade
sous ce septennat est un luxe que seuls les riches sont autorisés à
s’offrir (les autres trépassent ou se font emprisonner dans les hôpitaux) ;
-
- frais scolaires des enfants, etc.
Quant
aux possibilités de réinsertion, le pouvoir qui les aura chassés prendra
soin de les en priver, car la priorité sera accordée à ses complices qui
rentrent d’exil. On le voit déjà, le problème des exilés occupe seul le
devant des préoccupations des autorités actuelles, comme si les rescapés
croupissant dans des camps mouroir et les malheurs du reste de la population
n’étaient que de menus dossiers que le pouvoir traitera lorsqu’il en aura
le temps !
Les militaires seront donc les premiers sacrifiés sur
l’autel d’Arusha parce que leur hiérarchie en a décidé ainsi pour préserver
son impunité.
Et
pourtant, le major Buyoya disait à qui voulait l’entendre depuis 1995
qu’il n’y aura jamais de négociations avec les rebelles parce qu’on ne
pouvait concevoir ni accepter un génocide à 40 ou à 50% !
Quelques
mois après cette déclaration, il dépêchait en secret Barandereka et le
colonel Alfred Nkurunziza, signer avec le CNDD de Nyangoma, les accords de San
Egidio qui constituent la colonne vertébrale de ceux d’Arusha. Le pouvoir
tira des massacres des séminaristes de Buta du 30 avril 1997, une fierté indécente
pour justifier les tractations secrètes de San Egidio que ses partenaires
venaient d’ébruiter.
Depuis
1998 à ce jour, la même hiérarchie militaire jurait devant la troupe,
qu’il n’y aura ni intégration, ni démobilisation. Les rebelles qui
veulent entrer dans l’armée, assurait-elle, devraient passer par les créneaux
habituels de recrutement. L’intégration, poursuivait-elle, était
impensable parce qu’on ne pouvait pas fusionner une armée de métier avec
des va-nu-pieds ayant appris sur le tas, l’art de massacrer la population.
Petit
à petit, ce discours se ramollit, pour faire face à de nouveaux slogans du
genre : « il faut choisir entre l’intégration ou la désintégration »
Un
autre mensonge criant : le pouvoir claironnait hier, qu’aussi longtemps
qu’il sera aux affaires, il n’acceptera jamais des troupes étrangères
sur le sol burundais. Tout au plus était-il prêt à consentir l’arrivée
d’une équipe d’observation du genre MIOB.
Parallèlement,
il signait un accord d’invasion du pays par les troupes sud-africaines. Ces
dernières occupent aujourd’hui le cimetière du 1er novembre, les enceintes
de l’aéroport et plusieurs quartiers de Bujumbura !
Elles
sont devenues, depuis les tentatives de putsch d’avril et de juillet 2001,
le nouveau rempart du pouvoir en place. C’est pourquoi celui-ci a décidé,
non pas sous le coup de boutoir d’une rébellion qu’il n’a jamais réellement
voulu combattre («parce qu’il n’est pas de ceux à qui on demande de
disqualifier le Frodebu »), de démanteler lui-même son armée et de
lui substituer celle de la rébellion, en échange de son maintien aux
affaires.
Quelle hideuse transaction !
Le
parti PARENA n’a jamais cessé, au prix d’une répression sans nom,
d’attirer l’attention des Barundi et de l’armée, sur les scénarios
catastrophes que le pouvoir préparait en cachette. Il s’est souvent
malheureusement, heurté à indifférence polie, voire moqueuse !
Aujourd’hui,
le peuple burundais paie la rançon de la myopie politique d’une classe
politique sans vision et de l’aveuglement d’une poignée d’officiers
qui, comme Judas, ont vendu le pays entier contre des bicoques et des miettes
de dollars.
Les officiers de l’armée
burundaise ont bénéficié en général d’une bonne formation, mais on ne
leur a jamais appris, contrairement à leurs homologues malgaches, le principe
des «baillonnettes intelligentes »
C’est
un oubli qu’on peut rapidement corriger avant que la campagne baptisée «intégrer
ou partir » ne soit lancée.
En
attendant, nous souhaitons aux nouveaux catéchistes du non-accord d’Arusha
beaucoup d’amusements dans leurs villégiatures.
Qu’ils
se rappellent pourtant que Nyiragongo et Nyamuragira font de nouveau preuve
d’énervement et que cela n’a jamais été un bon présage pour une
campagne qui s’annonce si longue !
« Ils
ont dit »
A propos de l’accord
Buyoya-Minani
Un
citoyen : « Dans tout processus de négociation, il y’a des
concessions de part et d’autre des négociateurs. Les concessions de Buyoya
sont connues (entre autre, les génocidaires doivent entrer dans les
institutions de la République et à l’armée en toute impunité).
Qui
connaît les concessions de Minani pour me les communiquer ? »
A propos de Ntega-Marangara :
Pourquoi les génocidaires ont été amnistiés et non les cas de meurtre ou
de vol.
Un
citoyen : « Pour le pouvoir en place, les hommes et les
marchandises s’équivalent. C’est pourquoi, pour certaines mesures, il
s’inspire des pratiques du commerce: les bénéficiaires des rabais sont en
général les grossistes (Uwishe umwe ntakamaro ko kumugirira ikigongwe ;
nayo uwishe benshi we ni umugabo).
A propos des négociateurs de
l’Uprona
Un
militant de l’Uprona : « Les négociateurs Uprona sont allés à
Arusha pour vendre les Tutsi et montrer à la coalition hutu qu’il s’agit
là d’un bon risque ».
A propos du gouvernement actuel
Festus
Ntanyungu (ministre de la Fonction Publique au nom du CNDD)
« Si
le CNDD n’avait pas pris les armes, le gouvernement actuel n’aurait pas vu
le jour. Je ne vois donc pas pourquoi il doit nous exiger de nous faire agréer
comme parti politique ».
A propos de l’amnistie et
de la réconciliation
Thomas Barge : « Le pardon, l’amnistie, au nom de la réconciliation, c’est la forme la plus perverse du racisme ».
UNE PRODUCTION DU COMMISSARIAT A L'INFORMATION DU PARTI PARENA
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