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République du Burundi Bujumbura, le 21/03 /02
Parti
pour le Redressement National (Parena)
B.P. 5421 Bujumbura
Tel.
21.3465
A Bujumbura
Ref :
Objet :
Concerne les détenus politiques du Parena
Monsieur le Ministre,
Nous avons l’honneur de nous adresser à votre haute autorité pour
protester contre la séquestration des prisonniers politiques du Parena.
En effet Monsieur le Ministre, depuis une année, des militants du Parti
Parena croupissent dans les différentes prisons du pays, accusés
arbitrairement d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, sur base
d’un rapport établi par une commission spéciale dont les membres ont été
choisis en fonction de leur dévotion sans borne au pouvoir en place.
Depuis cette période, votre prédécesseur et vous-même, rivalisez de zèle
pour geler jusqu’à la fin des temps les dossiers judiciaires de nos
militants afin de plaire au pouvoir qui vous a mandatés.
Après les avoir maintenus des mois durant dans les cachots de la place, au mépris des règles de procédure pénale que vous avez promulguées avec fanfare, pour la consommation externe, mais que vous ne cessez de violer pour mieux asseoir la répression interne, nos militants ont été transférés à la prison de MPIMBA pour y être oubliés, à l’image de ces forçats qu’on débarquait dans les bagnes, loin de la métropole.
La consigne à laquelle vous obéissez, est de laisser pourrir en prison pour
assouvir la revanche du pouvoir sur les membres du Parena, afin que le
traitement misérable dont ils font l’objet, serve surtout de dissuasion aux
milliers de Barundi qui, excédés par le pouvoir que vous représentez,
seraient tentés de se rebeller contre ce dernier.
Les prisons burundaises sont devenues des poudrières, parce que leur
administration s’inspire de la gestion politique chaotique de l’ensemble
du pays. C’est pourquoi, à chaque soubresaut observé dans les institutions
pénitentiaires, vous trouvez chez les militants du Parena emprisonnés, des
boucs émissaires rêvés, à qui endosser la responsabilité de la grève des
prisonniers générée par une situation de non-droit que « la
commission indépendante chargée d’étudier les questions relatives aux
prisonniers » a décrite dans son rapport du 14 février 2002.
Vous prenez prétexte du ras-le-bol généralisé des prisonniers pour expédier
nos militants dans les prisons les plus éloignées de leurs domiciles, pour
mieux les affamer, parce que devenus inaccessibles aux familles qui prenaient
journellement en charge leur nourriture.
Après les avoir affamés, vous les laissez mourir à petit feu en les
maintenant en isolement total dans les cachots des prisons les plus insalubres
du pays.
Vous rééditez sur nos militants, l’assassinat du colonel NTAKO, qui de son vivant résidait à Bujumbura, mais fut exilé au bagne de Muyinga pour y succomber, privé délibérément de soins quotidiens que réclamait son état de santé, et ce malgré les mises en garde répétées de sa famille et les protestations des organisations de défense des droits de l’homme.
Vos propres accusations lors des négociations
d’Arusha sur l’iniquité du système judiciaire burundais que vous
chapeautez aujourd’hui s’évanouissent dès que la répression s’abat
sur les militants du Parena.
Nous vous rappellerions que le transfert indû de nos militants dans les
prisons les plus éloignées de leurs domiciles, leur maintien injustifié en
total isolement ont été effectués sur votre ordre.
Le Parti Parena vous tient donc pour responsable de tout ce qui adviendra à
ses militants emprisonnés.
Vous leur avez renié le droit à la liberté, vous leur refusez aujourd’hui
le droit à la vie. Le traitement inhumain et dégradant que vous leur faites
subir, consciemment et injustement, le déni de droit dont ils sont victimes,
relèvent du crime contre l’humanité dont vous devez assumer, si les choses
restent en l’état, l’entière responsabilité.
Aussi le Parti Parena vous demande-t-il instamment de mettre immédiatement
fin aux mesures de répression inhumaines dont ses militants font l’objet à
savoir leur transfert et leur isolement dans des cachots insalubres.
Les derniers soulèvements des prisonniers de Mpimba, qui vous ont servi de prétexte
pour déporter nos militants, prennent leur source, non pas dans une
subversion orchestrée par ces derniers, comme vos services l’ont
insidieusement fait courir, mais dans la gestion anarchique du système pénitentiaire
burundais.
La commission indépendante chargée d’étudier les questions relatives aux
prisonniers vous l’a signifié.
Maintenir nos militants dans l’isolement au mépris du droit vous expose non
seulement aux conséquences mentionnées plus haut, mais démontre aussi, que
la justice sous l’empire du Frodebu que vous représentez est aussi
inexistante que sous les administrations BUYOYA qui se sont succédées.
Nous vous demandons enfin de les libérer puisque le pouvoir, conscient de la
fragilité des accusations portées contre eux, rechigne à les confronter en
audience publique. Faut-il encore rappeler que parmi les détenus il y a des négociateurs
de l’accord d’Arusha.
Espérant que vous n’allez pas cautionner les méthodes et les pratiques
contraires aux droits de la personne humaine que vous ne cessiez de dénoncer
dans les enceintes d’Arusha, nous vous prions de croire, Monsieur le
Ministre, à l’expression de notre haute considération.
Léonidas NTAKAYE
Secrétaire Général Adjoint Chargé de l’Administration
C.I.P
à :
- Monsieur le Ministre des droits de l’homme
- Missions diplomatiques (toutes)
- Monsieur le Procureur Général de la République
- Mission des Nations Unies Pour les Droits de l’Homme
- Ligue Iteka
- FIDH
-
UIDH
- Human Rights Watch
-
Amnesty
International