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Conférence de Paris sur le Burundi |
DISCOURS D'OUVERTURE, PRONONCE PAR LE MINISTRE DE L'ECONOMIE, DES FINANCES
ET DE L'INDUSTRIE, M.LAURENT FABIUS, AU NOM DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M.JAQUES CHIRAC.
PARIS, 11 DECEMBRE 2000.
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs,
Au moment d'ouvrir notre réunion, je tiens tout d'abord à féliciter mon
ami, le Président Nelson Mandela, d'avoir pris, en qualité de médiateur
international, l'initiative de convoquer la Conférence des donateurs
consacrée au Burundi. La France se réjouit d'acceillir, à Paris, cette
réunion. Je voudrais aussi saluer le Président Buyoya qui, en homme de
dialogue, aspire à offrir à son pays les conditions d'un nouvel élan. Je
tiens à remercier la Banque Mondiale et le PNUD d'avoir accepté d'assurer
la coprésidence de vos travaux, ainsi que tous les pays donateurs qui
s'investissent dans ce grand projet de la reconstruction au Burundi.
J'adresse enfin mes sentiments de cordiale bienvenue à tous ceux qui sont
réunis ici ce matin.
Lorsqu'en mai dernier, le Président Mandela m'a appelé pour proposer que se
tienne à Paris, le moment venu, une conférence des bailleurs de fonds sur
le Burundi, j'ai immédiatement marqué l'entière disponibilité de mon pays.
La France s'est en effet efforcée d'accompagner, de longue date, les
progrès du processus de paix. Depuis plus de deux années, dans un
environnement régional très instable, une difficile politique de
réconciliation nationale a été engagée entre des hommes et des femmes qui
forment ensemble, une seule et même nation. En un siècle qui aura connu
tant de haines et de divisions à travers la planète, comment ne pas adhérer
à une approche qui veut offir à tous les Burundais un avenir commun?
Le premier, mon pays a repris progressivement sa coopération, dite
structurellle, avec le Burundi. Il n'a d'ailleurs pas ménagé ses efforts
pour convaincre ses partenaires de l'Union Européenne et les autres pays
donateurs, de s'engager sur la même voie. Au-delà de l'aide d'urgence, il
fallait mobiliser les véritables moyens d'alléger les souffrances de la
population. Il convenait également de préserver les structures économiques
et administratives burundaises d'un complet effondrement, qui aurait
compliqué davantage la sortie de crise.
Cet effort de conviction a progressivement porté ses fruits. A sont tour,
la communauté des bailleurs de fonds a élargi son champ d'action au
Burundi. Les réunions d'Ottawa en août 1998, New York en janvier 1999,
Vienne en septembre 1999 et Bruxelles le 15 septembre dernier, ont jalonné
la prise de conscience de cette nécessaire inflexion. Le nouveau contexte,
créé par l'accord d'Arusha du 28 août 2000, a rendu caduc le "consensus de
New York" qui proposait de cantonner l'aide internationale au Burundi à une
assistance aux communautés de base. C'est donc ici, à Paris, qu'il sera
révisé car c'est bien d'une reprise de l'aide structurelle dont le Burundi
a besoin d'une manière criante aujourd'hui.
Vous avez vous-même, Monsieur le Président Mandela, appelé les donateurs à
panser les plaies du Burundi et à utiliser, pour se faire, toute la
panoplie des iinstruments de coopération à leur disposition. Vous y voyez
un levier d'action qui permettra de consolider l'Accord d'Arusha et
d'emporter la conviction de ceux qui sont encore réservés. J'adhère
pleinement à votre approche.
Soyons bien clairs: les donateurs ne peuvent évidemment pas se substituer
aux Burundais pour faire vivre l'accord, mais ils peuvent évidement et
doivent aider à la mise en place des structures institutionnelles et
économiques élaborées par l'accord d'Arusha. Ils doivent apporter l'espoir
à des populations victimes de luttes intestines alors qu'elles n'aspirent
qu'à la paix. Les besoins sont immenses, à la mesure des attentes des
Burundais qui souhaitent maintenant travailler au développement de leur
pays sans peur du lendemain, dans des domaines aussi variés que
l'éducation, la santé, le logement ou les transports.
Des orientations économiques ont été arrêtées par consensus, par les
Burundais eux-mêmes, au sein de la Commision IV d'Arusha. Ces
dispositions, complétées par le plan de reconstruction présenté par le
gouvernement burundais, délimitent un cadre de référence qui ouvre la voie
au réengagement des donateurs.
D'importantes avancées ont également été enregistrées au plan politique le
mois passé. Les dernières réunions d'Arusha ont permis d'améliorer
notablement le texte de l'accord. Celui-ci vient d'être dûment ratifié par
l'Assemblée nationale de transition. La Commission de suivi de
l'application de l'accord, présidée par le représentant du Secrétaire
Général, l'Ambassadeur Dinka, a également pu être constituée. Ainsi, peu à
peu, l'accord fondateur de la paix commence-t-il à prendre effet.
D'ailleurs, la présence dans cette enceinte d'une seule délégation
burundaise, que je salue, porte témoignage de la volonté des responsables
politiques burundais, toutes tendances confondues, de contribuer à la
reconstruction de leur pays sur la base d'une réconciliation nationale
sincère et durable.
Cette manisfestation d'unité ne doit pas être celle d'un jour, elle doit
s'imposer désormais à chaque instant. J'exhorte donc les dirigeants
burundais, ici présents, à dépasser méfiances et rivalités. Ils doivent
maintenant parachever le travail d'Arusha en s'accordant sans plus tarder
sur la composition de l'équipe chargée de conduire le pays durant la phase
de transition et mener celle-ci sans esprit de revanche ni arrière-pensées.
La crédibilité de cette équipe de transition dépendra de la capacité de
tous les Burundais à constituer, dans l'intérêt de leur pays, un
gouvernement de rassemblement et non de combat. L'ennemi n'est pas le
voisin, une autre ethnie, une autre région ou une autre religion; l'ennemi
à terrasser, c'est la violence et l'intolérence sur fond de repli
communautaire. Les peurs que certains s'ingénient à attiser pour justifier
des actions politiques ou militaires préjudiciables à l'ensemble de la
Nation, sont inacceptables.
Certes, la paix n'est pas là et l'insécurité demeure. Des groupes armés
persistent jusqu'à présent à ignorer le changement majeur intervenu en août
dernier. Leur intransigeance les isole et leurs exactions les déshonorent.
Les pays de la région ont manifesté à Kampala leur impatience. Il est
grand temps que ces groupes usent d'un autre langage que celui des armes.
Aussi, je voudrais ici lancer un appel pressant et solennel à toutes les
parties qui hésitent encore à entrer dans le processus de paix, pour les
appeler à la raison et qu'elles acceptent de conclure, dans les meilleurs
délais, cet accord de cessez-le-feu que le peuple burundais, soutenu par
toute la communauté internationale, appelle de ses voeux.
Les donateurs ne se laisseront pas intimider par la violence. Ils ne
tolèrent pas que six millions de Burundais soient pris en otage par ceux
qui sont incapables de dépasser leurs intérêts partisans. Tous les
contributeurs au redressement du Burundi, ici rassemblés, apportent un
témoignage de solidarité à ceux qui aspirent à la paix.
La communauté internationale est décidée à faire la preuve de son
engagement en faveur du redressement du Burundi, en ouvrant un ballon
d'oxygène économique et financier à un pays trop longtemps asphyxié. Déjà,
des financements ont été prévus par l'Union Européenne à travers les
mécanismes du Fond européen de développement (FED) et ceux du STABEX. De
son côté, la Banque Mondiale a prévu des décaissements sur divers projets
et crédits d'urgence. La France, au cours de la conférence, annoncera
également une participation significative en faveur du Burundi. D'autre
moyens doivent suivre pour soutenir la reconstruction de ce pays au coeur
de l'Afrique.
Même si les conditions de sécurité et les capacités d'absorption de l'aide
doivent être prise en compte, la conférence s'attachera à fixer un
calendrier précis pour les versements de l'aide internationale et la remise
en bon ordre de l'économie burundaise. A terme, le Burundi doit, comme
certains de ses voisins, pouvoir bénéficier des remises de dette prévues
par l'initiative dite PPTE.
Cette conférence constitue donc une nouvelle étape vers la sortie de crise
pour le Burundi. Cependant, le succès de cette réunion demeure
fondamentalement entre les mains des Burundais. Seul le bon déroulement de
la phase de transition permettra d'accélérer les déboursement et de
favoriser la montée en puissance de l'aide internationale.
J'invite donc tous les participants, Burundais, et donateurs, à faire
ensemble preuve qu'il est possible de conjuguer le réalisme dans la mise en
oeuvre des projets de développement et le volontarisme dans nos
contributions à la paix et à la prospérité du Burundi.
Qu'il me soit permis, au moment où vont s'ouvrir vos travaux, de formuler
un voeu: que le Burundi renoue avec la paix, la stabilité et le
développement pour offrir à tous ses enfants l'avenir auquel ils aspirent
depuis si longtemps. Je vous remercie et déclare ourverte la Conférence
des Donateurs sur le Burundi. Je passe la parole et la présidence à mon ami
Nelson Madela.
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