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Lettre ouverte à Monsieur Pierre Buyoya Président de la République du Burundi

 

Excellence Monsieur le Président,

 

A plusieurs reprises, devant divers interlocuteurs ou auditoires, vous avez affirmé, avec raison, qu'une des causes de l'instabilité de la région des Grands Lacs réside dans le fait que trois armées se sont évanouies dans la nature: celle d'Idi Amin Dada, celle de Habyarimana et celle de Mobutu. Votre analyse est pertinente mais elle est incomplète. Il faut ajouter que toutes ces armées vaincues et disloquées avaient un trait commun essentiel. Elles étaient toutes au service de dictateurs infâmes qui avaient muselé leurs peuples, aboli les libertés publiques, notamment la liberté d'expression et de manifestation des opinions. Ces dictatures avaient en commun surtout de n'avoir jamais considéré la Justice comme le socle de la société. L'impunité des crimes était la seule loi respectée dans la jungle des institutions des Etats de l'Ouganda, du Zaïre et du Rwanda à l'époque de ces dictateurs.

 

A quelques nuances près, mais à vrai dire il n'y en a guère beaucoup, le Burundi, sous votre gouvernement de partenariat est entré dans le cercle maudit des dictatures qui ont causé tant de préjudices aux peuples africains. La plus cruelle et la plus abjecte étant celle qui a conduit le Rwanda dans un génocide d'une violence effroyable. Une honte et une blessure éternelles pour l'humanité.

 

Monsieur le Président,

 

Pour le plus grand malheur des Barundi, tous les ingrédients qui composent une dictature africaine typique sont réunis actuellement dans notre pays. Et pourtant, vous aviez une triple légitimité morale qui avait fait de vous un libérateur, un guide et un éclaireur des chemins d'avenir.

 

La première légitimité, vous l'aviez acquise quand vous avez relevé une deuxième république qui sombrait dans une absurde et grotesque guerre de religions et de clans à la somalienne. La deuxième légitimité morale ainsi qu'un prestige international légitime, vous les tiriez de la démocratisation du Burundi. Chaotique et à plusieurs égards maladroite, il est vrai. Mais encourageante et positive notamment dans le domaine du pluralisme politique et médiatique. La démocratie, dans notre pays, n'a malheureusement pas donné les fruits que les Barundi en attendaient. Elle n'a produit ni la stabilité, ni le développement, ni la paix, le bien le plus précieux entre tous.

 

L'expérience démocratique de 1993, comme celle de 1961 après l'assassinat du Prince Rwagasore, s'est noyée dans un bain de sang où un Président élu et des hauts dignitaires de la République ont été sauvagement assassinés par un groupe de militaires criminels. La démocratie burundaise, que vous aviez essayé de bâtir avec mille difficultés mais avec beaucoup de courage et de vision a surtout sombré dans la mer de sang de Tutsi et de Hutu, massacrés sous l'instigation du parti Frodebu.

C'est le génocide des Tutsi de 1993, suivi de camps de concentration où les rescapés qui ont perdu les leurs et leurs biens ont été regroupés, abandonnés à la misère, à l'angoisse et à la peur du lendemain, parqués comme des Indiens des Réserves du Far West, comme un peuple en voie de disparition. 

 

C'est l'exode et  l'exil des centaines de milliers de Hutu, des criminels qui avaient participé aux massacres mais aussi des innocents, condamnés à l'errance dans les pays voisins et à survivre grâce à l'aumône internationale.

 

Monsieur le Président,

 

La troisième légitimité morale, vous l'aviez acquise en relevant une République déliquescente de la Convention de Gouvernement, le modèle conceptuel de l'actuel gouvernement de partenariat. Ainsi, à deux reprises, vous avez accédé aux fonctions suprêmes grâce à un coup d'Etat militaire.

 

Et pourtant, les Barundi vous le pardonnaient volontiers. Beaucoup se réjouissaient parce qu'ils avaient confiance en vous. Vous aviez la réputation d'un homme juste, dévoué à la cause de la nation, clairvoyant et modeste. La communauté internationale vous le pardonnait également parce qu'elle reconnaissait en vous un homme d'Etat qui avait sincèrement le désir de soigner le Burundi de ses vieilles maladies et blessures qui se sont transformées peu à peu en arthroses chroniques et aiguës.

 

Jamais Président de la République Burundaise n'avait bénéficié d'autant de  confiance générale à l'intérieur et l'extérieur du pays. Et pourtant, quatre ans après votre retour au pouvoir en 1996, le bilan est aujourd'hui accablant. Quel immense gâchis ! Que s'est donc passé pour que vous dilapidiez ce précieux capital en si peu de temps ?

 

Le Burundi, sous le gouvernement de partenariat est devenu une dictature hideuse. Les médias publics sont verrouillés et interdits aux citoyens qui ne partagent pas vos options politiques et vos choix stratégiques pour ramener la paix au Burundi. Les cachots de la BSR (Brigade Spéciale de Recherche), immondes cloaques, sont devenus des antres dans lesquels votre gouvernement enferme des militants des associations qui luttent contre le génocide et pour la restauration de l'Etat de droit, des syndicalistes, des étudiants et même des femmes.

 

Du jamais vu dans l'histoire de notre pays. L'Etat a osé porter la main contre des femmes. Vous connaissez sans doute la terrible malédiction traditionnelle burundaise qui poursuit celui qui porte atteinte à la femme, à la mère : "Ibere wonse riguhumire"  (le sein qui t'a nourri te portera malédiction).

Monsieur le Président,

 

Votre gouvernement de partenariat séquestre, humilie des citoyens innocents, écrase les libertés publiques sous le prétexte de protéger la tranquillité et la sécurité publiques. Mais vous oubliez que les citoyens ordinaires ont autant le droit que vous  pour débattre des affaires qui concernent  la vie nationale. Mais à l'évidence, le Burundi est devenu une République bananière à cause, en partie, de votre police politique qui rivalise avec les Tontons Macoutes du clan Duvalier à Haïti. Paranoïa sécuritaire quand tu nous tient !

 

Les forces de l'ordre qui reçoivent des instructions qu'elles détestent sans pouvoir les contester publiquement, discipline oblige, vous font endosser l'habit d'un Pinochet tropical, accroché au  pouvoir et soutenu par la seule force du canon et non par la force de la morale et du droit. Quelle déchéance pour le Burundi ! Quelle déception et quelle rage au ventre pour le citoyen ordinaire !

 

Monsieur le Président,

 

La violence de l'Etat constitue une incitation directe à la violence de milices privées ou d'individus désespérés qui n'ont plus rien à perdre. Or, la plus grande violence qui se prépare est celle que vous allez provoquer en signant les accords d'Arusha. A moins que Nelson Mandela et son équipe de la médiation aient gardé des clauses secrètes, ces accords, vous l'avez déclaré récemment vous-même, devraient encore être négociés et améliorés sur de nombreux points essentiels pour la survie des Tutsi.

 

Or, qu'apprend-on ? Que le gouvernement du Burundi serait disposé à signer les parties qui ne seraient pas litigieuses dans ces accords. Mais le gouvernement se garde bien de préciser lesquelles évidemment. La bonne affaire ! Alors, pourquoi vous précipitez-vous pour apposer votre paraphe sur un document qui devrait être amélioré encore ?

 

Du reste, vous verrez que les médias internationaux ne retiendront pas que vous avez signé une partie du protocole d'accord seulement, même si vous avez émis des réserves. Quand vous aurez signé, le geste sera interprété comme une pure capitulation.

 

D'ailleurs, pourquoi le G10 enfin,  dans un sursaut de lucidité inespéré, a-t-il annoncé lui-même qu'il ne signera pas ces accords, s'ils restent en l'état ? Pourquoi le gouvernement n'insiste pas pour exiger un délai supplémentaire pour continuer les négociations ? Puisque, de toutes façons, même les rébellions hutu les plus extrémistes et les plus violentes, ont annoncé, urbi et orbi, qu'elles ne signeront pas des accords qui sanctionnent des négociations auxquelles elles n'ont été associées que tardivement.

 

Et pourtant, ces rébellions ne subissent ni réprobation ni pression pour les contraindre à signer les accords d'Arusha. La preuve que la médiation exerce deux poids deux mesures quand il s'agit de considérer les intérêts des Hutu et ceux des Tutsi au Burundi.

 

Monsieur le Président,

 

En signant, même une partie de ces accords, vous vous exposerez à porter la  responsabilité historique d'une catastrophe d'ampleur inimaginable. Celle-ci risque de se déclencher au Burundi plus vite que vous ne le croyez.  En effet, vous êtes trop averti, dans le domaine de l'histoire militaire, pour ignorer que les accords signés entre belligérants où une des parties se sent lésée et s'estime perdante, ces accords deviennent, tôt ou tard, des chiffons de papier.

 

L'exemple du Traité de Versailles après la première guerre mondiale où l'Allemagne s'est sentie vaincue et humiliée est le plus connu. La deuxième guerre mondiale a été déclenchée par un pouvoir insensé et totalitaire qui voulait venger son peuple et redorer le blason de la nation allemande.

 

Les premiers accords d'Arusha concernant le Rwanda constituent aussi un exemple encore plus proche dans le temps et plus frappant pour les Barundi. Ils illustrent tragiquement le non respect d'un principe fondamental des règlements de conflits. Les accords doivent être gagnant - gagnant. Sinon, tout le monde est perdant.

 

Or, les accords actuels d'Arusha concernant le Burundi sont objectivement très déséquilibrés en défaveur des  Tutsi. Si vous les signez en l'état, votre  gouvernement  leur aura déclaré une guerre sans merci. Même le dos au mur, même trahis par les leurs, ils se battront. Car ils n'auront plus rien à perdre.

 

Déjà, le gouvernement de partenariat a été incapable de faire la lumière complète sur l'assassinat du Président Ndadaye pour établir de la façon la plus précise possible les responsabilités des commanditaires et des exécutants, militaires et civils, de ce crime abominable. Résultat des courses, tous les Tutsi du Burundi passent pour des ennemis de la démocratie et des complices d'une poignée de criminels sortis de leurs rangs et s'appuyant sur l'armée nationale pour commettre leur forfait.

 

Dans les campagnes, à travers tout le pays, dans toutes les provinces, des centaines de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes Tutsi ont payé de leur vie cette soi-disant complicité avec une poignée de militaires fous qui a assassiné un Président Hutu démocratiquement élu.

 

Et aujourd'hui, parce que les Tutsi réclament une meilleure protection de leur vie et de leurs intérêts, l'opinion internationale les considèrent comme des ennemis de la paix et de la réconciliation nationale. Au nom de la réconciliation, il faudrait évidemment amnistier les criminels de tous bords et passer l'éponge, notamment, sur le génocide de 1993, dûment constaté pourtant par les Nations Unies. Génocide que votre gouvernement, depuis quatre ans, s'ingénie à occulter et à effacer de la mémoire collective au Burundi.

 

Quand on analyse l'attitude et le discours du gouvernement de partenariat à l'égard des accords d'Arusha, on relève un paradoxe, une contradiction et, somme toute, comme un brin de mystère. Car, une des raisons que vous invoquez pour expliquer  que ces accords ne devraient pas être signés, en l'état, porte sur le fait que les Nations Unies n'ont pas encore donné suite aux conclusions du rapport S/1996/682 attestant de la réalité du génocide au Burundi.

Or, pendant quatre ans, votre gouvernement de partenariat n'a jamais adopté la loi spécifique réprimant le génocide dans notre pays. Il n'a jamais demandé avec insistance à l'organisation mondiale d'accélérer la mise en œuvre du suivi de ce rapport.  D'où vient donc cette lucidité tardive ? Pourquoi maintenant ? Le gouvernement est-il encore crédible quand il demande aux Nations Unies d'être plus royalistes que le roi en initiant une procédure de jugement des présumés coupables de génocide alors que lui-même a enterré le projet de loi réprimant le génocide au Burundi, lequel n'a jamais franchi le tir de barrage du Conseil des Ministres ? En outre ce même gouvernement négocie avec les ténors du parti politique incriminé.

 

Monsieur le Président,

 

La démobilisation des militaires Tutsi qui seraient forcés de quitter l'armée nationale dans la précipitation, comme le prévoit le projet d'accords d'Arusha, conduit le Burundi dans la situation vous dénoncez régulièrement comme un facteur d'instabilité régionale. En effet, ces militaires qui vont être mis à la porte de l'armée, pour faire de la place aux combattants des rébellions hutu extrémistes, constitueront demain encore une autre armée dissoute et évanouie dans la nature comme celles évoquées plus haut.

 

Il y a donc grand risque que ces militaires dépités soient vite récupérés par de nouveaux chefs de guerre à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. Ils les persuaderont sans difficulté de se mettre au service du peuple Tutsi du Burundi. Les "Sans Echecs" et autres "Sans Défaite" des années 1996 passeront pour de joyeuses bandes d'enfants de chœur. Et le cycle d'une guerre interminable reprendra son cours. Et la paix d'Arusha s'envolera. Est-il besoin de vous faire un dessin aux traits appuyés pour vous expliquer que certains pays voisins du Burundi n'accepteront jamais de traiter avec un gouvernement burundais issu des forces alliées aux ex-FAR et Interahamwe du Rwanda et autres Mayi-Mayi de sinistre mémoire ?

 

Monsieur le Président,

 

Vous ne l'ignorez pas. Il existe un risque réel d'éclatement de la nation burundaise. De plus en plus de Tutsi, sachant que votre gouvernement ne traite et ne respecte que les bandes les plus malfaisantes et les plus efficaces par leur pouvoir de nuisance, envisagent sérieusement d'ouvrir une guerre de sécession. Ils veulent créer une patrie, un homeland pour les Tutsi, lequel offrirait à ceux-ci la protection et la certitude de ne plus vivre angoissés par la menace de l'extermination par le génocide.

 

Contrairement aux clichés fabriqués par les médias internationaux pour la consommation de l'opinion publique mondiale, les Tutsi du Burundi ne sont pas hostiles au partage du pouvoir dans le gouvernement et dans l'armée avec leurs compatriotes Hutu. Ils ne sont pas hostiles non plus à la démocratie et encore moins à la paix et à la réconciliation.

 

Mais le drame du Burundi, c'est que votre gouvernement de partenariat, issu d'un coup d'Etat militaire et donc sans onction ni mandat démocratique, s'est pourtant arrogé le pouvoir discrétionnaire et absolu de négocier la paix à la place du peuple et en tenant soigneusement ce peuple à l'écart.

Pour réussir cette mise au pas du peuple, vous avez transformé l'armée, la gendarmerie et la police en forces de répression. Au lieu de mettre la  force de l'Etat au service de la Justice et de la protection des victimes. Vous avez transformé un Parlement qui avait encore moins de légitimité en Chambre d'enregistrement des oukases gouvernementales. Voyez le députés potiches qui touchent leurs indemnités sans qu'en retour ils rendent un quelconque service à la nation ! Une Assemblée Nationale peuplée comme un théâtre de boulevard par des  ombres chinoises.  

 

La jeunesse burundaise est dans le désarroi. L'économie est terriblement sinistrée.  La diplomatie - y en a-t-il encore une d'ailleurs ? - est cafouilleuse et inefficace. Vous vous êtes entouré de conseillers zélés et souvent occultes, une oligarchie composée  d'invertébrés qui n'osent pas vous dire la vérité en face, même avec respect. Opacité, manque de transparence, concussion et corruption sont devenus les maîtres mots du fonctionnement approximatif du gouvernement et des cabinets ministériels. Bonjour la bonne gouvernance !

 

Les puissances étrangères, certaines ONG internationales se sont arrogées le droit de s'installer au cœur de l'Etat burundais comme en territoire conquis ou reconquis.   Et vous voulez ajouter le malheur au malheur en  signant les accords d'Arusha qui sont porteurs de tant de risques et de dangers ?

 

Monsieur le Président,

 

Vous subissez sans doute des pressions énormes de la part de la région et de la communauté internationale. Mais les personnalités aussi prestigieuses soient-elles, le Médiateur et les chefs d'Etats de la région, les dirigeants des puissances du monde, ne feront jamais la paix à la place des Barundi. Ils ont sans doute leur propre agenda. Mais à la fin des fins, l'agenda qui prévaudra sera celui que les Barundi auront décidé de débattre et d'appliquer. Sinon, il n'y aura jamais la paix dans notre pays.

 

Du reste, la communauté internationale n'a rien voulu ni pu pour sauver les centaines de milliers de victimes du génocide rwandais. Longtemps après l'apocalypse, les représentants de cette dite communauté internationale se sont relayés pour battre leur coulpe. Certains avec sincérité et d'autres pour battre leur coulpe oui, mais sur la poitrine du voisin. De nombreux représentants de la communauté internationale sont, en vérité, la réincarnation vivante des trois singes, symboles de la sagesse indienne : rien voir, rien dire, rien entendre.

 

Si cette communauté internationale avait été capable de régler les conflits les plus anciens, Israël et la Palestine, Chypres et le Liban, la Bosnie et le Kosovo, les deux Corée, seraient là pour la ramener à un peu plus de modestie et pour témoigner de son incapacité notoire pour faire la paix à la place des peuples concernés.

 

Malheureusement pour le Burundi, cette communauté internationale oublie bien vite ses contradictions, ses impuissances et ses compromissions. Les Tutsi du Burundi et ceux de la région des Grands Lacs ont appris cette terrible leçon à leur dépens. Ils seront toujours seuls devant la machette et le pilon d'enfants qui ont anéanti les leurs en 1993,  notamment.

 

Monsieur le Président,

 

Insistez donc pour obtenir un délai supplémentaire pour négocier sans avoir le couteau à la gorge. D'ailleurs, pourquoi précipiter la signature des accords dits de paix d'Arusha ? Juste pour faire plaisir à la médiation qui s'est substituée au peuple burundais ? Si vous signez ces accords, sachez que vous aurez ouvert la boîte de Pandore. Vous aurez rompu tout lien avec les Tutsi et les Hutu du Burundi qui subissent tous les jours les assauts d'une rébellion sanguinaire et génocidaire et sont massacrés, accusés de collaborer avec votre gouvernement. Votre gouvernement sera débordé par des violences inouïes qui risquent d'éclater partout dans le pays si la situation dérape. Quitte à mourir, les Tutsi mourront debout et en combattant.  "Umugabo ahangana n'amahanga ahagaze" (l'homme courageux se bat debout contre l'adversité).

 

Monsieur le Président,

 

Nous nous permettons respectueusement de vous lancer cette mise en garde et cet appel insistant car nous sommes des citoyens burundais, des Barundi de la diaspora,  établis dans plusieurs pays d'Afrique, d'Europe et d'Amérique. Nous croyons qu'il est de notre devoir de crier, de hurler avant qu'il ne soit trop tard. Comme tous les Barundi, nous sommes consternés par la dégradation de la situation dans notre pays laquelle semble inexorable.

 

Néanmoins, nous sommes des citoyens qui avons la chance de pouvoir vous faire part de notre opinion sans fard mais sans arrogance ni insolence, sans avoir peur de nous retrouver demain dans les cachots sordides de la police, de la BSR (Bureau Spécial de Recherche) en particulier. Nous ne risquons pas non plus de subir la férule d'un maire de Bujumbura qui insulte le nom de premier magistrat de la capitale depuis qu'il s'est  transformé en auxiliaire zélé et éhonté de la répression sauvage qu'exerce votre gouvernement de partenariat sur de citoyens honnêtes et paisibles. Nous sonnons la sonnette d'alarme car nous sommes au cœur de la communauté internationale. Nous y sommes immergés tous les jours et nous savons quel poids réel celle-ci pèse.

 

Mais nous connaissons aussi la pusillanimité et la couardise dont elle s'est souvent rendue coupable. Nous vous adressons cette lettre ouverte parce que nous avons honte pour notre pays. Nous sommes meurtris par sa tragédie. Nous souffrons avec les familles qui perdent tous les jours les leurs, les nôtres, sur les routes, dans les collines, dans les camps de concentration de Tutsi dont la communauté internationale ne parle jamais.

 

Nous nous permettons de vous écrire, encore une fois avec respect, mais aussi avec vérité, voire sévérité, car le gouvernement actuel doit des comptes à tous les citoyens. Un jour prochain, si notre cri d'alarme n'était pas entendu, quand le peuple burundais aura retrouvé la liberté et la dignité, il traduira en justice les responsables de ce gouvernement de partenariat et ces pseudo patriotes qui s'apprêtent à brader leurs vies et leur pays.

 

 

 

Vous n'échapperez pas vous-même à la poursuite judiciaire si par malheur la signature prématurée et précipitée des accords d'Arusha devait accoucher d'une paix vouée à se noyer encore une fois dans le sang comme hier la démocratie.  Pinochet a fui la justice de son pays pendant 17 ans.  Mais à la fin, il rendra les comptes.

 

Les dictatures appartiennent au passé. Rejoignez le nouveau siècle des droits humains, de la liberté d'expression du citoyen. Libérez sans condition et sans retard les personnes qui n'ont commis d'autres crimes que celui de dénoncer la démission de votre gouvernement de partenariat devant sa mission essentielle à savoir la protection de la vie et des biens des citoyens.

 

Monsieur le Président,

 

Ne vous sentez-vous pas interpellé par la décision des Nations Unies de créer un Tribunal International Pénal pour juger les crimes contre l'humanité commis par Fodeh Sankoh et ses hordes barbares qui se sont illustrées en coupant les membres de leurs pauvres victimes en Sierra Leone ?

 

Et vous, vous voulez signer la paix avec des clônes de Fodeh Sankoh, des brebis galeuses de la nation burundaise : Fodeh Sankoh Nyangoma, Fodeh Sankoh Karatasi, Fodeh Sankoh Minani, Fodeh Sankoh Ndayikengurukiye, Fodeh Sankoh Ndiho, etc...?   Mais...il faut d'abord qu'ils répondent aux crimes dont ils sont présumés coupables !

 

Vous voulez signer la paix avec une organisation politique et avec ses multiples ramifications, le FRODEBU, dont les responsables sont également présumés coupables de génocide ?  Vous voulez signer la paix alors que la justice n'a jamais été appliquée à l'égard des responsables des assassinats politiques, des crimes de guerre dont s'est rendue coupable un groupe de militaires de l'armée nationale en 1993 en assassinant le Président de la République ?

 

Vous voulez signer la paix et enterrer à jamais tout espoir pour que les Hutu et les Tutsi obtiennent justice et que les victimes de la folie de nos multiples guerres civiles, celles de 1972 et de 1998, notamment, soient reconnues et les torts réparés même symboliquement par l'Etat burundais ?

 

Monsieur le Président,

 

Vous aviez fait le pari, dans votre livre, que la paix au Burundi était une "Mission possible". Ne donnez pas au peuple burundais des arguments pour retourner la balle dans votre camp: " A mission impossible, Pierre Buyoya n'est pas tenu".  Car alors le peuple serait alors fondé pour vous dire simplement "  Shikiriza ",  (Remettez le pouvoir) !

 

Mais il est encore possible, peut-être, de mesurer les risques et les dégâts irréversibles que la signature des accords d'Arusha, en l'état, risquent de causer à la nation burundaise. Alors, dans le doute, abstenez-vous.  Demandez un sursis. Vous pourrez compter sur le soutien du peuple pour engager de véritables négociations de paix si elles sont rapatriées au Burundi et si le débat est organisé à l'intérieur du pays. Avec l'aide de la communauté internationale s'il le fallait.

Mais une communauté internationale qui saura se rendre secourable avec discrétion et respect pour le peuple burundais et ne cherchera pas à se substituer à son jugement souverain. 

 

Mais au préalable, il faudra que la Justice soit rendue pour honorer la mémoire des morts innombrables de notre pays. Pour réparer le préjudice immense subi par les victimes innocentes et en particulier les rescapés du génocide. Pour protéger les vivants de la récidive de ces crimes si l'impunité persistait. Pour donner une perspective d'espoir et de paix véritable aux générations futures. 

 

 

 

Veuillez croire, Excellence Monsieur le Président, en nos sentiments de haute considération.

 

 

 

 

Signé:

 

M. Sylvère KABWA :

Réseau International des Associations en lutte contre le Génocide au Burundi

 

M.Tharcisse Ntakibirora

Association Internationale pour la Prévention du Génocide au Burundi (AIPG)

 

M.Juvénal Nduwimfura

AC Génocide Suisse

 

M. Jean-Bosco Kazirukanyo

AC Génocide BENELUX

 

M. Salvator Nsengiyumva

AC Génocide Canada