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Lettre
ouverte à Monsieur Pierre Buyoya
Excellence
Monsieur le Président,
A
plusieurs reprises, devant divers interlocuteurs ou auditoires, vous avez affirmé,
avec raison, qu'une des causes de l'instabilité de la région des Grands Lacs réside
dans le fait que trois armées se sont évanouies dans la nature: celle d'Idi
Amin Dada, celle de Habyarimana et celle de Mobutu. Votre analyse est pertinente
mais elle est incomplète. Il faut ajouter que toutes ces armées vaincues et
disloquées avaient un trait commun essentiel. Elles étaient toutes au service
de dictateurs infâmes qui avaient muselé leurs peuples, aboli les libertés
publiques, notamment la liberté d'expression et de manifestation des opinions.
Ces dictatures avaient en commun surtout de n'avoir jamais considéré la
Justice comme le socle de la société. L'impunité des crimes était la seule
loi respectée dans la jungle des institutions des Etats de l'Ouganda, du Zaïre
et du Rwanda à l'époque de ces dictateurs.
A
quelques nuances près, mais à vrai dire il n'y en a guère beaucoup, le
Burundi, sous votre gouvernement de partenariat est entré dans le cercle maudit
des dictatures qui ont causé tant de préjudices aux peuples africains. La plus
cruelle et la plus abjecte étant celle qui a conduit le Rwanda dans un génocide
d'une violence effroyable. Une honte et une blessure éternelles pour l'humanité.
Monsieur
le Président,
Pour
le plus grand malheur des Barundi, tous les ingrédients qui composent une
dictature africaine typique sont réunis actuellement dans notre pays. Et
pourtant, vous aviez une triple légitimité morale qui avait fait de vous un
libérateur, un guide et un éclaireur des chemins d'avenir.
La
première légitimité, vous l'aviez acquise quand vous avez relevé une deuxième
république qui sombrait dans une absurde et grotesque guerre de religions et de
clans à la somalienne. La deuxième légitimité morale ainsi qu'un prestige
international légitime, vous les tiriez de la démocratisation du Burundi.
Chaotique et à plusieurs égards maladroite, il est vrai. Mais encourageante et
positive notamment dans le domaine du pluralisme politique et médiatique. La démocratie,
dans notre pays, n'a malheureusement pas donné les fruits que les Barundi en
attendaient. Elle n'a produit ni la stabilité, ni le développement, ni la paix,
le bien le plus précieux entre tous.
L'expérience
démocratique de 1993, comme celle de 1961 après l'assassinat du Prince
Rwagasore, s'est noyée dans un bain de sang où un Président élu et des hauts
dignitaires de la République ont été sauvagement assassinés par un groupe
de militaires criminels. La démocratie burundaise, que vous aviez essayé
de bâtir avec mille difficultés mais avec beaucoup de courage
et de vision a
surtout sombré dans la mer de sang de Tutsi et de Hutu, massacrés sous
l'instigation du parti Frodebu.
C'est
le génocide des Tutsi de 1993, suivi de camps de concentration où les rescapés
qui ont perdu les leurs et leurs biens ont été regroupés, abandonnés à la
misère, à l'angoisse et à la peur du lendemain, parqués comme des Indiens
des Réserves du Far West, comme un peuple en voie de disparition.
C'est
l'exode et l'exil des centaines de
milliers de Hutu, des criminels qui avaient
participé aux massacres mais aussi des innocents, condamnés à l'errance dans les pays voisins et à survivre
grâce à l'aumône internationale.
Monsieur
le Président,
La
troisième légitimité morale, vous l'aviez acquise en relevant une République
déliquescente de la Convention de Gouvernement, le modèle conceptuel de
l'actuel gouvernement de partenariat. Ainsi, à deux reprises,
vous avez accédé aux fonctions suprêmes grâce à un coup d'Etat militaire.
Et
pourtant, les Barundi vous le pardonnaient volontiers. Beaucoup se réjouissaient
parce qu'ils avaient confiance en vous. Vous aviez la réputation d'un homme
juste, dévoué à la cause de la nation, clairvoyant et modeste. La communauté
internationale vous le pardonnait également parce qu'elle reconnaissait en vous
un homme d'Etat qui avait sincèrement le désir de soigner le Burundi de ses
vieilles maladies et blessures qui se sont transformées peu à peu en arthroses
chroniques et aiguës.
Jamais
Président de la République Burundaise n'avait bénéficié d'autant de
confiance générale à l'intérieur et l'extérieur du pays. Et pourtant,
quatre ans après votre retour au pouvoir en 1996, le bilan est aujourd'hui
accablant. Quel immense gâchis ! Que s'est donc passé pour que vous dilapidiez
ce précieux capital en si peu de temps ?
Le
Burundi, sous le gouvernement de partenariat est devenu une dictature hideuse.
Les médias publics sont verrouillés et interdits aux citoyens qui ne partagent
pas vos options politiques et vos choix stratégiques pour ramener la paix au
Burundi. Les cachots de la BSR (Brigade Spéciale de Recherche), immondes
cloaques, sont devenus des antres dans lesquels votre gouvernement enferme des
militants des associations qui luttent contre le génocide et pour la
restauration de l'Etat de droit, des syndicalistes, des étudiants et même des
femmes.
Du
jamais vu dans l'histoire de notre pays. L'Etat a osé porter la main contre des
femmes. Vous connaissez sans doute la terrible malédiction traditionnelle
burundaise qui poursuit celui qui porte atteinte à la femme, à la mère :
"Ibere wonse riguhumire" (le
sein qui t'a nourri te portera malédiction).
Monsieur
le Président,
Votre
gouvernement de partenariat séquestre, humilie des citoyens innocents, écrase
les libertés publiques sous le prétexte de protéger la tranquillité et la sécurité
publiques. Mais vous oubliez que les citoyens ordinaires ont autant le droit que
vous pour débattre des affaires
qui concernent la vie nationale.
Mais à l'évidence, le Burundi est devenu une République bananière à cause,
en partie, de votre police politique qui rivalise avec les Tontons Macoutes du
clan Duvalier à Haïti. Paranoïa sécuritaire quand tu nous tient !
Les
forces de l'ordre qui reçoivent des instructions qu'elles détestent sans
pouvoir les contester publiquement, discipline oblige, vous font endosser
l'habit d'un Pinochet tropical, accroché au
pouvoir et soutenu par la seule force du canon et non par la force de la
morale et du droit. Quelle déchéance pour le Burundi ! Quelle déception et
quelle rage au ventre pour le citoyen ordinaire !
Monsieur
le Président,
La
violence de l'Etat constitue une incitation directe à la violence de milices
privées ou d'individus désespérés qui n'ont plus rien à perdre. Or, la plus
grande violence qui se prépare est celle que vous allez provoquer en signant
les accords d'Arusha. A moins que Nelson Mandela et son équipe de la médiation
aient gardé des clauses secrètes, ces accords, vous l'avez déclaré récemment
vous-même, devraient encore être négociés et améliorés sur de nombreux
points essentiels pour la survie des Tutsi.
Or,
qu'apprend-on ? Que le gouvernement du Burundi serait disposé à signer les
parties qui ne seraient pas litigieuses dans ces accords. Mais le gouvernement
se garde bien de préciser lesquelles évidemment. La bonne affaire ! Alors,
pourquoi vous précipitez-vous pour apposer votre paraphe sur un document qui
devrait être amélioré encore ?
Du
reste, vous verrez que les médias internationaux ne retiendront pas que vous
avez signé une partie du protocole d'accord seulement, même si vous avez émis
des réserves. Quand vous aurez signé, le geste sera interprété comme une
pure capitulation.
D'ailleurs,
pourquoi le G10 enfin, dans un
sursaut de lucidité inespéré, a-t-il annoncé lui-même qu'il ne signera pas
ces accords, s'ils restent en l'état ? Pourquoi le gouvernement n'insiste pas
pour exiger un délai supplémentaire pour continuer les négociations ? Puisque,
de toutes façons, même les rébellions hutu les plus extrémistes et les plus
violentes, ont annoncé, urbi et orbi, qu'elles ne signeront pas des accords qui
sanctionnent des négociations auxquelles elles n'ont été associées que
tardivement.
Et
pourtant, ces rébellions ne subissent ni réprobation ni pression pour les
contraindre à signer les accords d'Arusha. La preuve que la médiation exerce
deux poids deux mesures quand il s'agit de considérer les intérêts des Hutu
et ceux des Tutsi au Burundi.
Monsieur
le Président,
En
signant, même une partie de ces accords, vous vous exposerez à porter la responsabilité
historique d'une catastrophe d'ampleur inimaginable. Celle-ci risque de se déclencher
au Burundi plus vite que vous ne le croyez.
En effet, vous êtes trop averti, dans le domaine de l'histoire militaire,
pour ignorer que les accords signés entre belligérants où une des parties se
sent lésée et s'estime perdante, ces accords deviennent, tôt ou tard, des
chiffons de papier.
L'exemple
du Traité de Versailles après la première guerre mondiale où l'Allemagne
s'est sentie vaincue et humiliée est le plus connu. La deuxième guerre
mondiale a été déclenchée par un pouvoir insensé et totalitaire qui voulait
venger son peuple et redorer le blason de la nation allemande.
Les
premiers accords d'Arusha concernant le Rwanda constituent aussi un exemple
encore plus proche dans le temps et plus frappant pour les Barundi. Ils
illustrent tragiquement le non respect d'un principe fondamental des règlements
de conflits. Les accords doivent être gagnant - gagnant. Sinon, tout le monde
est perdant.
Or,
les accords actuels d'Arusha concernant le Burundi sont objectivement très déséquilibrés
en défaveur des Tutsi. Si vous les
signez en l'état, votre gouvernement
leur aura déclaré une guerre sans merci. Même le dos au mur, même
trahis par les leurs, ils se battront. Car ils n'auront plus rien à perdre.
Déjà,
le gouvernement de partenariat a été incapable de faire la lumière complète
sur l'assassinat du Président Ndadaye pour établir de la façon la plus précise
possible les responsabilités des commanditaires et des exécutants, militaires
et civils, de ce crime abominable. Résultat des courses, tous les Tutsi du
Burundi passent pour des ennemis de la démocratie et des complices d'une poignée
de criminels sortis de leurs rangs et s'appuyant sur l'armée nationale pour
commettre leur forfait.
Dans
les campagnes, à travers tout le pays, dans toutes les provinces, des centaines
de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes Tutsi ont payé de leur vie cette
soi-disant complicité avec une poignée de militaires fous qui a assassiné un
Président Hutu démocratiquement élu.
Et
aujourd'hui, parce que les Tutsi réclament une meilleure protection de leur vie
et de leurs intérêts, l'opinion internationale les considèrent comme des
ennemis de la paix et de la réconciliation nationale. Au nom de la réconciliation,
il faudrait évidemment amnistier les criminels de tous bords et passer l'éponge,
notamment, sur le génocide de 1993, dûment constaté pourtant par les Nations
Unies. Génocide que votre gouvernement, depuis quatre ans, s'ingénie à
occulter et à effacer de la mémoire collective au Burundi.
Quand
on analyse l'attitude et le discours du gouvernement de partenariat à l'égard
des accords d'Arusha, on relève un paradoxe, une contradiction et, somme toute,
comme un brin de mystère. Car, une des raisons que vous invoquez pour expliquer
que ces accords ne devraient pas être
signés, en l'état, porte sur le fait que les Nations Unies n'ont pas encore
donné suite aux conclusions du rapport S/1996/682 attestant de la réalité du
génocide au Burundi.
Or,
pendant quatre ans, votre gouvernement de partenariat n'a jamais adopté la loi
spécifique réprimant le génocide dans notre pays. Il n'a jamais demandé avec
insistance à l'organisation mondiale d'accélérer la mise en œuvre du suivi
de ce rapport. D'où vient donc
cette lucidité tardive ? Pourquoi maintenant ? Le gouvernement est-il encore crédible
quand il demande aux Nations Unies d'être plus royalistes que le roi en
initiant une procédure de jugement des présumés coupables de génocide alors
que lui-même a enterré le projet de loi réprimant le génocide au Burundi,
lequel n'a jamais franchi le tir de barrage du Conseil des Ministres ? En outre
ce même gouvernement négocie avec les ténors du parti politique incriminé.
Monsieur
le Président,
La
démobilisation des militaires Tutsi qui seraient forcés de quitter l'armée
nationale dans la précipitation, comme le prévoit le projet d'accords d'Arusha,
conduit le Burundi dans la situation vous dénoncez régulièrement comme un
facteur d'instabilité régionale. En effet, ces militaires qui vont être mis
à la porte de l'armée, pour faire de la place aux combattants des rébellions
hutu extrémistes, constitueront demain encore une autre armée dissoute et évanouie
dans la nature comme celles évoquées plus haut.
Il
y a donc grand risque que ces militaires dépités soient vite récupérés par
de nouveaux chefs de guerre à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. Ils les
persuaderont sans difficulté de se mettre au service du peuple Tutsi du
Burundi. Les "Sans Echecs" et autres "Sans Défaite" des années
1996 passeront pour de joyeuses bandes d'enfants de chœur. Et le cycle d'une
guerre interminable reprendra son cours. Et la paix d'Arusha s'envolera. Est-il
besoin de vous faire un dessin aux traits appuyés pour vous expliquer que
certains pays voisins du Burundi n'accepteront jamais de traiter avec un
gouvernement burundais issu des forces alliées aux ex-FAR et Interahamwe du
Rwanda et autres Mayi-Mayi de sinistre mémoire ?
Monsieur
le Président,
Vous
ne l'ignorez pas. Il existe un risque réel d'éclatement de la nation
burundaise. De plus en plus de Tutsi, sachant que votre gouvernement ne traite
et ne respecte que les bandes les plus malfaisantes et les plus efficaces par
leur pouvoir de nuisance, envisagent sérieusement d'ouvrir une guerre de sécession.
Ils veulent créer une patrie, un homeland pour les Tutsi, lequel offrirait à
ceux-ci la protection et la certitude de ne plus vivre angoissés par la menace
de l'extermination par le génocide.
Contrairement
aux clichés fabriqués par les médias internationaux pour la consommation de
l'opinion publique mondiale, les Tutsi du Burundi ne sont pas hostiles au
partage du pouvoir dans le gouvernement et dans l'armée avec leurs compatriotes
Hutu. Ils ne sont pas hostiles non plus à la démocratie et encore moins à la
paix et à la réconciliation.
Mais
le drame du Burundi, c'est que votre gouvernement de partenariat, issu d'un coup
d'Etat militaire et donc sans onction ni mandat démocratique, s'est pourtant
arrogé le pouvoir discrétionnaire et absolu de négocier la paix à la place
du peuple et en tenant soigneusement ce peuple à l'écart.
Pour
réussir cette mise au pas du peuple, vous avez transformé l'armée, la
gendarmerie et la police en forces de répression. Au lieu de mettre la
force de l'Etat au service de la Justice et de la protection des victimes.
Vous avez transformé un Parlement qui avait encore moins de légitimité en
Chambre d'enregistrement des oukases gouvernementales. Voyez le députés
potiches qui touchent leurs indemnités sans qu'en retour ils rendent un
quelconque service à la nation ! Une Assemblée Nationale peuplée comme un théâtre
de boulevard par des ombres
chinoises.
La
jeunesse burundaise est dans le désarroi. L'économie est terriblement sinistrée.
La diplomatie - y en a-t-il encore une d'ailleurs ? - est cafouilleuse et
inefficace. Vous vous êtes entouré de conseillers zélés et souvent occultes,
une oligarchie composée d'invertébrés
qui n'osent pas vous dire la vérité en face, même avec respect. Opacité,
manque de transparence, concussion et corruption sont devenus les maîtres mots
du fonctionnement approximatif du gouvernement et des cabinets ministériels.
Bonjour la bonne gouvernance !
Les
puissances étrangères, certaines ONG internationales se sont arrogées le
droit de s'installer au cœur de l'Etat burundais comme en territoire conquis ou
reconquis. Et vous voulez
ajouter le malheur au malheur en signant
les accords d'Arusha qui sont porteurs de tant de risques et de dangers ?
Monsieur
le Président,
Vous
subissez sans doute des pressions énormes de la part de la région et de la
communauté internationale. Mais les personnalités aussi prestigieuses
soient-elles, le Médiateur et les chefs d'Etats de la région, les dirigeants
des puissances du monde, ne feront jamais la paix à la place des Barundi. Ils
ont sans doute leur propre agenda. Mais à la fin des fins, l'agenda qui prévaudra
sera celui que les Barundi auront décidé de débattre et d'appliquer. Sinon,
il n'y aura jamais la paix dans notre pays.
Du
reste, la communauté internationale n'a rien voulu ni pu pour sauver les
centaines de milliers de victimes du génocide rwandais. Longtemps après
l'apocalypse, les représentants de cette dite communauté internationale se
sont relayés pour battre leur coulpe. Certains avec sincérité et d'autres
pour battre leur coulpe oui, mais sur la poitrine du voisin. De nombreux représentants
de la communauté internationale sont, en vérité, la réincarnation vivante
des trois singes, symboles de la sagesse indienne : rien voir, rien dire, rien
entendre.
Si
cette communauté internationale avait été capable de régler les conflits les
plus anciens, Israël et la Palestine, Chypres et le Liban, la Bosnie et le
Kosovo, les deux Corée, seraient là pour la ramener à un peu plus de modestie
et pour témoigner de son incapacité notoire pour faire la paix à la place des
peuples concernés.
Malheureusement
pour le Burundi, cette communauté internationale oublie bien vite ses
contradictions, ses impuissances et ses compromissions. Les Tutsi du Burundi et
ceux de la région des Grands Lacs ont appris cette terrible leçon à leur dépens.
Ils seront toujours seuls devant la machette et le pilon d'enfants qui ont anéanti
les leurs en 1993, notamment.
Monsieur
le Président,
Insistez
donc pour obtenir un délai supplémentaire pour négocier sans avoir le couteau
à la gorge. D'ailleurs, pourquoi précipiter la signature des accords dits de
paix d'Arusha ? Juste pour faire plaisir à la médiation qui s'est substituée
au peuple burundais ? Si vous signez ces accords, sachez que vous aurez ouvert
la boîte de Pandore. Vous aurez rompu tout lien avec les Tutsi et les Hutu du
Burundi qui subissent tous les jours les assauts d'une rébellion sanguinaire et
génocidaire et sont massacrés, accusés de collaborer avec votre gouvernement.
Votre gouvernement sera débordé par des violences inouïes qui risquent d'éclater
partout dans le pays si la situation dérape. Quitte à mourir, les Tutsi
mourront debout et en combattant. "Umugabo
ahangana n'amahanga ahagaze" (l'homme courageux se bat debout contre
l'adversité).
Monsieur
le Président,
Nous
nous permettons respectueusement de vous lancer cette mise en garde et cet appel
insistant car nous sommes des citoyens burundais, des Barundi de la diaspora,
établis dans plusieurs pays d'Afrique, d'Europe et d'Amérique. Nous
croyons qu'il est de notre devoir de crier, de hurler avant qu'il ne soit trop
tard. Comme tous les Barundi, nous sommes consternés par la dégradation de la
situation dans notre pays laquelle semble inexorable.
Néanmoins,
nous sommes des citoyens qui avons la chance de pouvoir vous faire part de notre
opinion sans fard mais sans arrogance ni insolence, sans avoir peur de nous
retrouver demain dans les cachots sordides de la police, de la BSR (Bureau Spécial
de Recherche) en particulier. Nous ne risquons pas non plus de subir la férule
d'un maire de Bujumbura qui insulte le nom de premier magistrat de la capitale
depuis qu'il s'est transformé en
auxiliaire zélé et éhonté de la répression sauvage qu'exerce votre
gouvernement de partenariat sur de citoyens honnêtes et paisibles. Nous sonnons
la sonnette d'alarme car nous sommes au cœur de la communauté internationale.
Nous y sommes immergés tous les jours et nous savons quel poids réel celle-ci
pèse.
Mais
nous connaissons aussi la pusillanimité et la couardise dont elle s'est souvent
rendue coupable. Nous vous adressons cette lettre ouverte parce que nous avons
honte pour notre pays. Nous sommes meurtris par sa tragédie. Nous souffrons
avec les familles qui perdent tous les jours les leurs, les nôtres, sur les
routes, dans les collines, dans les camps de concentration de Tutsi dont la
communauté internationale ne parle jamais.
Nous
nous permettons de vous écrire, encore une fois avec respect, mais aussi avec vérité,
voire sévérité, car le gouvernement actuel doit des comptes à tous les
citoyens. Un jour prochain, si notre cri d'alarme n'était pas entendu, quand le
peuple burundais aura retrouvé la liberté et la dignité, il traduira en
justice les responsables de ce gouvernement de partenariat et ces pseudo
patriotes qui s'apprêtent à brader leurs vies et leur pays.
Vous
n'échapperez pas vous-même à la poursuite judiciaire si par malheur la
signature prématurée et précipitée des accords d'Arusha devait accoucher
d'une paix vouée à se noyer encore une fois dans le sang comme hier la démocratie.
Pinochet a fui la justice de son pays pendant 17 ans.
Mais à la fin, il rendra les comptes.
Les
dictatures appartiennent au passé. Rejoignez le nouveau siècle des droits
humains, de la liberté d'expression du citoyen. Libérez sans condition et sans
retard les personnes qui n'ont commis d'autres crimes que celui de dénoncer la
démission de votre gouvernement de partenariat devant sa mission essentielle à
savoir la protection de la vie et des biens des citoyens.
Monsieur
le Président,
Ne
vous sentez-vous pas interpellé par la décision des Nations Unies de créer un
Tribunal International Pénal pour juger les crimes contre l'humanité commis
par Fodeh Sankoh et ses hordes barbares qui se sont illustrées en coupant les
membres de leurs pauvres victimes en Sierra Leone ?
Et
vous, vous voulez signer la paix avec des clônes de Fodeh Sankoh, des brebis
galeuses de la nation burundaise : Fodeh Sankoh Nyangoma, Fodeh Sankoh Karatasi,
Fodeh Sankoh Minani, Fodeh Sankoh Ndayikengurukiye, Fodeh Sankoh Ndiho, etc...?
Mais...il faut d'abord qu'ils répondent aux crimes dont ils sont
présumés coupables !
Vous
voulez signer la paix avec une organisation politique et avec ses multiples
ramifications, le FRODEBU, dont les responsables sont également présumés
coupables de génocide ? Vous
voulez signer la paix alors que la justice n'a jamais été appliquée à l'égard
des responsables des assassinats politiques, des crimes de guerre dont s'est
rendue coupable un groupe de militaires de l'armée nationale en 1993 en
assassinant le Président de la République ?
Vous
voulez signer la paix et enterrer à jamais tout espoir pour que les Hutu et les
Tutsi obtiennent justice et que les victimes de la folie de nos multiples
guerres civiles, celles de 1972 et de 1998, notamment, soient reconnues
et les torts réparés même symboliquement par l'Etat burundais ?
Monsieur
le Président,
Vous
aviez fait le pari, dans votre livre, que la paix au Burundi était une
"Mission possible". Ne donnez pas au peuple burundais des arguments
pour retourner la balle dans votre camp: " A mission impossible, Pierre
Buyoya n'est pas tenu". Car
alors le peuple serait alors fondé pour vous dire simplement "
Shikiriza ", (Remettez le pouvoir) !
Mais
il est encore possible, peut-être, de mesurer les risques et les dégâts irréversibles
que la signature des accords d'Arusha, en l'état, risquent de causer à la
nation burundaise. Alors, dans le doute, abstenez-vous.
Demandez un sursis. Vous pourrez compter sur le soutien du peuple pour
engager de véritables négociations de paix si elles sont rapatriées au
Burundi et si le débat est organisé à l'intérieur du pays. Avec l'aide de la
communauté internationale s'il le fallait.
Mais
une communauté internationale qui saura se rendre secourable avec discrétion
et respect pour le peuple burundais et ne cherchera pas à se substituer à son
jugement souverain.
Mais
au préalable, il faudra que la Justice soit rendue pour honorer la mémoire des
morts innombrables de notre pays. Pour réparer le préjudice immense subi par
les victimes innocentes et en particulier les rescapés du génocide. Pour protéger
les vivants de la récidive de ces crimes si l'impunité persistait. Pour donner
une perspective d'espoir et de paix véritable aux générations futures.
Veuillez
croire, Excellence Monsieur le Président, en nos sentiments de haute considération.
Signé:
M.
Sylvère KABWA :
Réseau
International des Associations en lutte contre le Génocide au Burundi
M.Tharcisse
Ntakibirora
Association
Internationale pour la Prévention du Génocide au Burundi (AIPG)
M.Juvénal
Nduwimfura
AC
Génocide Suisse
M.
Jean-Bosco Kazirukanyo
AC
Génocide BENELUX
M.
Salvator Nsengiyumva
AC
Génocide Canada