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REPUBLIQUE DU BURUNDI Bujumbura, le 16 juillet 2001.
COLLECTIF DES PARTIS POLITIQUES
POUR LA CANDIDATURE DU COLONEL
Epitace
BAYAGANAKANDI.
A Son Excellence Monsieur le Président
Nelson MANDELA, Médiateur dans le
Conflit burundais.
Monsieur
le Président,
Nous vous adressons cette correspondance pour vous réaffirmer que nous n’acceptons pas la proposition que vous avez faite à Pretoria le 10.07.2001 de reconduire à la tête du pays le Major Pierre BUYOYA. Nous vous l’adressons aussi pour rejeter en bloc les conditionnalités du G7 qui ont accompagné votre proposition antidémocratique.
Cela principalement pour 4 raisons : l’abdication de la médiation
en ce qui concerne le cessez-le-feu, la violation de l’accord et le refus de
la dictature, la souveraineté.
a)
L’abdication de la médiation en ce qui concerne le cessez-le-feu.
Lorsque
l’accord a été signé le 28.08.2000, trois de nos partis ont refusé de le
signer parce que leurs préoccupations en ce qui concerne le cessez-le-feu
n’avaient pas été prises en compte. Ces partis ont signé le 20.09.2000 après
que vous aviez, avec la sous-région, accepté de donner aux groupes génocidaires
un mois de préavis pour qu’ils mettent fin à leurs violences génocidaires.
Près d’une année après, qu’en est-il ? Les génocidaires ont refusé
la paix au peuple burundais. De plus, après votre proposition de maintenir le Major
Pierre BUYOYA ils ont réaffirmé qu’ils continueront à tuer les populations.
Quel est le sens de cet accord pour la communauté Tutsi programmée pour
l’extermination ?
b)
La violation de l’accord.
L’accord interdit aux corps de défense et de sécurité, ainsi qu’à leurs membres de « manifester leur préférence politique » et « d’avantager de quelque manière que ce soit les intérêts d’un parti politique ».
Et
curieusement, vous justifiez la propostion de maintenir le Major BUYOYA au
pouvoir parce qu’un groupe de militaires est venu vous annoncer qu’ils ne
veulent que BUYOYA. Comment le médiateur peut-il violer le premier l’accord
qu’il a lui-même fait signer ? Alors que sur le plan des principes démocratiques,
vous avez affirmé que le colonel Epitace BAYAGANAKANDI devrait être désigné
Président puisqu’il a recueilli la majorité au sein des Partis du G10.
L’accord
comporte des réserves sur des questions intervenues au titre de conditionnalités
et acceptées par le Major BUYOYA pour la mise en place des institutions.
Comment
le Major BUYOYA peut-il lever seul des réserves contenues dans l’accord ?
Quel est alors le sens des réserves ? Pourquoi les autres parties
ont-elles été aux négociations ? Quelle est la place des autres parties
signataires ?
c)
Le refus de la dictature.
Des milliers sont venus vous dire qu’ils ne veulent que BUYOYA. En quoi ce
comportement d’un groupe de militaires diffère-t-il du comportement d’un
groupe de militaires lorsqu’en 1993 le Président de la République fut
assassiné ? Pourquoi ne pas mettre cela en parallèle avec le fait que le
Président BUYOYA a perdu les élections en 1993 et s’est retrouvé en 1996 à
la tête du pays ? Comment peut-on être refusé par presque tous les
partenaires et être imposé par le médiateur à la tête du pays ?
C’est inacceptable. C’est un comportement absolument anti-démocratique au
moment où tout le monde aspire à des gouvernements élus démocratiquement.
Si
vous voulez véritablement connaître ce que pense l’armée, entre le Colonel
BAYAGANAKANDI et le Major BUYOYA, vous pouvez organiser des urnes à ce sujet,
et vous verrez qu’on vous a trompé.
c)
La souveraineté nationale.
Tout au long des négociations, il a été affirmé qu’il appartient aux
Burundais de désigner leurs autorités. Comment se fait-il que vous ayiez
proposé en séance plénière le Major BUYOYA pour le désigner ensuite Président
devant les médias ? D’où le médiateur tire-t-il le droit de désignation ?
Monsieur le
Président,
Entre le 20 mars 2001 et aujourd’hui vous avez reçu et écouté le Major BUYOYA énormément de fois, vous avez reçu ses émissaires et un petit groupe autoproclamé BASHINGANTAHE, vous avez reçu à plusieurs reprises l’UPRONA, le FRODEBU, comme vous avez reçu à plusieurs reprises Monsieur NDAYIZEYE Domitien, le candidat du G7. Pourquoi n’avez-vous jamais voulu recevoir pour les écouter en dehors des rencontres de tout le monde les autres parties signataires ? Pourquoi n’avez-vous jamais reçu le candidat BAYAGANAKANDI ?
Le Président BUYOYA et son UPRONA ne représentent pas la communauté Tutsi.
Qui représente au sommet de l’Etat cette communauté ? Avez-vous décidé
de la sacrifier ? Vous ne parvenez pas à convaincre les FDD et les FNL de
reconnaître à cette communauté le droit à la vie, et, au même moment vous
lui refusez même les positions politiques qui peuvent l’aider à se protéger
contre le génocide.
Compte tenu de ce qui précède, il est normal que vos propositions du
10.07.2001 ne soient pas acceptées.
Veuillez agréer, Monsieur le Président,
les assurances de notre très haute considération.
POUR
LES PARTIS CONCERNES
Dr.
Alphonse RUGAMBARARA
PORTE-PAROLE.
C.C.
- S.E. Monsieur le Président Kaguta MUSEVENI,
Président de l’Initiative régionale pour la Paix au BURUNDI
- S.E. Monsieur le Président de la République Unie de Tanzanie
- S.E. Monsieur le Président de la République Rwandaise à KIGALI
- S.E. Le Général-Major Joseph KABILA, Président de la
République Démocratique du Congo
- S.E. Monsieur le Président de la République du BURUNDI
à BUJUMBURA
- S.E. Monsieur le Président de la Commission de Suivi de l’Applicationde l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au BURUNDI
A NAIROBI.
