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REPUBLIQUE
DU BURUNDI
Bujumbura, le 03 Juillet 2001
PARTIS
POLITIQUES DU G10 POUR
LA
CANDIDATURE DU COLONEL
Epitace
BAYAGANAKANDI
A Son Excellence Monsieur le Président Nelson MANDELA.
Médiateur dans le conflit burundais.
à
JOHANNESBOURG
Objet: Mise en application de
l’Accord
d’Arusha.
Excellence
Monsieur le Président,
Nous nous permettons de Vous écrire à nouveau pour Vous faire part de
notre appréciation au sujet de la mise en application de l’Accord d’Arusha
pour la Paix et la Réconciliation au Burundi.
Pour commencer, nous tenons à Vous remercier pour la programmation de la
rencontre du 10 juillet prochain à Pretoria ainsi que pour la programmation du
Sommet des Chefs d’Etat qu’on nous annonce pour le 23 juillet 2001.
Nos commentaires se rapportent à la question du cessez-le-feu, à la
question du leadership de la transition ainsi qu’à la question du
redressement socio-économique.
Du
cessez-le-feu
Lorsque nous avons été en négociation à Arusha il y a 3 ans, une des
premières préoccupations avait été l’obtention d’un cessez-le-feu
permanent, pour donner la paix et la tranquillité aux Burundais et même aux étrangers
qui souffrent des violences génocidaires, et pour permettre le redressement de
la situation socio-économique. Nous étions conscients que l’autre groupe
devenu plus tard le G7 n’allait pas manquer d’exiger des changements
profonds dans l’organisation de l’Etat pour pouvoir soutenir nos thèses.
Nous étions aussi conscients que l’UPRONA crédité comme le tenant du
pouvoir depuis une quarantaine d’années allait opposer les plus importantes
énergies à tout changement.
Lorsque le 28 août 2000
Vous nous avez demandé de signer l’accord à Arusha nous avons résisté
longtemps parce que notre groupe n’était pas satisfait du projet à signer.
Certains parmi nous ont fini par signer dès lors que les réserves suggérées
pour débloquer la situation étaient intégrées dans l’Accord. Certains
autres de notre groupe n’ont pas signé parce que les préoccupations sur le
cessez-le-feu leur paraissaient avoir été négligées par l’ensemble des
acteurs.
C’est grâce à vos promesses que les 3 partis de notre groupe à
savoir l’ANADDE, le PIT et le RADDES, ont accepté de signer l’Accord le 20
septembre 2000 à Naïrobi.
Bientôt 10 mois après la signature par ces 3 parties et près 11 mois
après le 28.08.2000, le cessez-le-feu n’est toujours pas obtenu. Et beaucoup
de nos compatriotes savent que cette situation conforte le Président BUYOYA
puisqu’il veut rester au pouvoir et qu’il soumet l’application de
l’Accord au cessez-le-feu tout en sachant que les groupes FDD et Fnl disent
depuis des temps qu’ils n’arrêteront pas les violences sous son régime.
Les Burundais sont ainsi les otages du Président BUYOYA et des groupes FDD et
FNL associés aux interahamwe et aux ex-Far (Rwanda).
De notre point de vue, la médiation devrait faire rapport de cette
situation à l’Initiative régionale et aux Chefs d’Etat et autres
responsables de la Communauté Internationale. Cela permettrait de penser à
d’autres actions que celles qui sont menées aujourd’hui pour amener à ce
cessez-le-feu.
Du
leadership de la transition
Dans la logique de l’application de l’Accord d’Arusha, le 26.02.2001,
les Chefs d’Etat de la région et la médiation ont invité le G10 à désigner
le Président de la 1ère tranche de la transition et le G7 à désigner le
Vice-Président.
Les 19 et 20 mars 2001, la majorité du G10 a désigné le Colonel
Epitace BAYAGANAKANDI et le G7 a désigné Domitien NDAYIZEYE, respectivement Président
et Vice-Président de la transition. Le rapport des travaux de ces 2 journées
vous a été envoyé. Depuis lors, nous attendons votre réaction.
Par ailleurs, depuis le jour où le Président BUYOYA a réalisé que nos
partis ne le soutiendront pas, il a entrepris de nous déstabiliser en nous
emprisonnant, en nous limogeant des emplois publics, en nous refusant tout accès
aux médias publics, en nous refusant l’exercice des libertés politiques, en
créant des divisions à l’intérieur de nos formations politiques, etc... Les
dernières manoeuvres dans ce sens c’est l’emprisonnement de Monsieur
NZEYIMANA Joseph. Président du RADDES, accompagné d’une tentative avortée
de division de son parti ainsi que le refus d’une conférence de presse du Président
du parti INKINZO pour informer le public des travaux de la Commission de Suivi
d’Application de l’Accord d’Arusha (voir lettre en annexe).
Pendant ce temps, toutes les fois que le Président BUYOYA vous rencontre
et toutes les fois que les partis du G7 vous rencontrent, la rumeur est lancée
que vous avez confié le pilotage de la transition au Président BUYOYA.
Pour notre part, nous restons confiants que le Président de la
transition est désigné par consensus, par le G10 : et le consensus ne
signifie pas l’unanimité. Toute décision qui s’écartera de cette
logique des désignations intervenues les 19 et 20 mars 2001 se sera écartée
de l’Accord et sera rejetée.
A ce sujet, les partis du G10 qui soutiennent la candidature du Colonel
BAYAGANAKANDI ne comprennent pas pourquoi il ne leur est pas donné l’occasion
de vous rencontrer, comme il est donné au FRODEBU, au Gouvernement et à
l’UPRONA de vous rencontrer . S’il est possible que les partis du G10 se
sentent représentés par le FRODEBU et par le Gouvernement, il faut noter
clairement que les partis du G10 ne sont nullement représentés par le
Gouvernement et par l’UPRONA en ce qui concerne la transition et le
cessez-le-feu.
Notre point de vue est qu’il faut reconnaître sans tarder le choix de
la majorité du G10 pour la présidence de la transition. Procéder autrement
reviendrait à consacrer un putsch contre l’Accord d’Arusha.
Du
redressement économique et social
Le Burundi est épuisé par la guerre et les effets de l’embargo.
Grâce à l’action vigoureuse de votre excellence à Paris lors de la
conférence des bailleurs de fonds, ces derniers ont promis des concours considérables
dont le déblocage est conditionné par la mise en application de l’Accord
d’Arusha. Pourquoi un Président de la République au pouvoir depuis plus de
10 ans déjà, refuserait-il à un peuple les moyens de son redressement économique
et social simplement parce que ce n’est pas lui que les partenaires ont choisi
pour conduire la transition ?
Excellence
Monsieur le Président,
L’entêtement du Président BUYOYA pour
rester au pouvoir contre la volonté de tout le monde n’arrêtera pas le cours
de l’histoire. Le peuple burundais se battra pour le cessez-le-feu, il se
battra pour des institutions démocratiques de consensus : il aura le
redressement de son économie et récupérera un minimum de bien-être social.
Plus vite le Président BUYOYA partira, plus vite le peuple réalisera ces
objectifs politiques de sécurité et d’économie.
En tout état de cause, les partis politiques du G10 pour la candidature
du Colonel Epitace BAYAGANAKANDI tiennent déjà à vous remercier de vos
efforts inlassables pour l’obtention du cessez-le-feu, l’obtention des
promesses des bailleurs de fonds et pour le respect des décisions des 19 et 20
mars 2001 relatives aux autorités de transition.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’expression de
notre plus haute considération.
POUR LES PARTIS DU G10 CONCERNES,
Dr. Alphonse RUGAMBARARA,
PORTE-PAROLE
