http://www.cbinf.com/netpress.bi

|
MEMORANDUM DU PARTI UPRONA SUR LE ROLE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE DANS LA RESOLUTION DU CONFLIT BURUNDAIS. |
A. CONSTATS.
1. Le 28 août 2000, un accord de paix porteur d'espoir a été signé par la plupart des protagonistes de la scène politique nationale. Malheureusement, les principaux groupes armés ont refusé de rejoindre le processus d'Arusha malgré l'insistance du Facilitateur Nelson Mandela. L'on se souviendra que la médiation tanzanienne les avait exclus des négociations malgré la demande persistante de nombre de négociateurs, en particulier l'UPRONA.
2. La non-inclusion des deux principaux groupes armés à savoir les Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD) et le Front national de Libération(FNL) dans la signature de l'Accord de Paix constitue la principale lacune de ce dernier. En effet, l'immense majorité du peuple burundais attendait de cet accord qu'il lui apporte la paix. Conscients de cette grave lacune, les signataires de l'accord ainsi que les représentants de la communauté internationale et les Chefs d'Etat de la région qui ont tenu à apporter leur caution à l'accord par leur signature ou leur présence ont lancé un appel aux terroristes génocidaires pour qu'ils suspendent les hostilités et les actes de violence. En même temps ils s'engageaient à agir ensemble pour amener ces mêmes groupes à s'impliquer dans la négociation en vue de parvenir à un cessez-le-feu. En cas de refus, les terroristes génocidaires s'exposaient aux sanctions suivantes : l'interdiction, la démobilisation, le désarmement, l'arrestation, la détention et le rapatriement ainsi que l'indique l'alinéa b) de l'article 2 du préambule de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi.
3. Dans le souci de répondre à cette préoccupation, les Chefs d'Etat de l'Initiative Régionale de Paix sur le Burundi, réunis à Nairobi le 20 septembre 2000, ont réitéré l'appel à la cessation des violences. Un ultimatum a été lancé aux terroristes génocidaires : ils devaient cesser les hostilités un mois après, sous peine d'encourir des sanctions. Huit mois après, force nous est de constater que les terroristes génocidaires, loin de répondre aux incessants appels de la communauté nationale et internationale, ont intensifié leurs actes de violence dans le pays et renforcé leur machine de guerre. Si l'une ou l'autre foi ils ont fait semblant de vouloir négocier, ce fut pour gagner du temps en énonçant de faux prétextes ou pour jeter la poudre aux yeux de la communauté internationale.
4. Il est en outre avéré que l'intensification de la guerre civile au Burundi est la résultante d'un certain nombre de facteurs régionaux qui requièrent un engagement plus accru de la communauté internationale au même titre que cela est fait en ce qui concerne le conflit en RDC. En effet :
a) Une coalition régionale de milices terroristes et génocidaires en particulier les "interahamwe " et les ex-FAR ont pris le Burundi comme une cible privilégiée, avec en perspective une victoire militaire qui leur permettrait de parachever le génocide aussi bien au Burundi qu'au Rwanda. Le risque est donc grand que la région ne s'embrase encore avec les catastrophes humanitaires qui peuvent s'ensuivre.
b) A la faveur de leur engagement dans la deuxième guerre du Congo les groupes terroristes FDD et FNL se sont renforcés grâce aux équipements et à la formation fournis par le Congo et le Zimbabwe. En outre, la guerre en RDC leur a permis de nouer des alliances qui en font des acteurs et des instruments de la géopolitique régionale.
c) La Tanzanie, pourtant hôte des pourparlers de paix et signataire de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, est devenue, particulièrement depuis la première guerre du Congo, la base arrière d'où s'infiltrent et s'exfiltrent les groupes terroristes qui attaquent le Burundi. Cela n'a plus rien d'étonnant pour un pays qui a implanté les camps de réfugiés tout au long de la frontière, qui favorise des entraînements militaires dans et en dehors des camps, qui fournit de la logistique pour le transport des troupes ou les soins médicaux des terroristes blessés, et ce en violation des conventions internationales en la matière. Pourtant, le Gouvernement du Burundi a tout fait au niveau de la diplomatie bilatérale, régionale et internationale pour amener la Tanzanie à changer d'attitude sans que cela produise un quelconque résultat. d) Les évolutions récentes en RDC ont créé des conditions favorables à l'application des accords de Lusaka avec comme conséquence que les milices alliées aux Forces Armées Congolaises sont en train de se déplacer massivement avec leurs armements vers le Burundi via la TANZANIE ou directement par le Kivu. Tout indique que la guerre va s'intensifier. Et cela a déjà commencé.
5. Aussi, face à des groupes terroristes qui ont pris l'option de la guerre généralisée à la place de la voie des négociations, le processus de paix risque d'aller à l'impasse.
B. RECOMMANDATIONS.
6. L'UPRONA exprime encore une fois sa vive préoccupation au regard d'une telle évolution de la situation et lance un appel à la communauté internationale, en particulier le Conseil de Sécurité des Nations Unies, pour qu'elle s'implique de manière visible dans la résolution du conflit burundais avant qu'il ne soit trop tard. Dans ce sens, le parti recommande ce qui suit.
a) Contraindre les groupes terroristes à s'engager dans la négociation d'un cessez-le-feu, à défaut, leur appliquer les sanctions prévues à l'alinéa b) de l'article 2 du préambule de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi à savoir prendre "les mesures nécessaires pour interdire, démobiliser, désarmer et, le cas échéant, arrêter, détenir et rapatrier les membres des groupes armés ". Le Conseil de Sécurité pourrait prendre d'autres mesures telles le gel des avoirs des bandes terroristes, l'interdiction de voyage ou l'embargo sur les armes. En outre une pression appropriée serait faite sur les institutions ou les organismes qui leurs apportent le soutien politique, diplomatique, logistique ou financier.
b) Contribuer à un nouvel élan du processus burundais de paix en exerçant les pressions nécessaires sur les protagonistes burundais, en particulier les partis et mouvements du groupe G7 pour qu'ils se désolidarisent avec ces bandes de tueurs et se joignent à leurs compatriotes pour condamner leurs actes de vandalisme. Ici aussi l'Accord de Paix prévoit de "prendre toutes les mesures appropriées contre toute partie qui encourage ou soutient de telles activités ".
c) Mettre fin à l'impunité de la coalition des milices génocidaires burundo-rwandais et, pour le cas du Burundi, réserver une suite appropriée au rapport n°S/1996/682 de la Commission d'Enquête Internationale sur le génocide de 1993.
d) Tout mettre en œuvre pour contraindre le Gouvernement tanzanien à cesser sans délais son appui aux groupes armés et le tenir pour responsable de toute nouvelle escalade de la guerre au Burundi ainsi que des catastrophes humanitaires qui ne manqueraient pas d'en résulter dans l'ensemble de la région. Dans ce sens, le Conseil de Sécurité enjoindrait au Gouvernement tanzanien de collaborer avec le Gouvernement du Burundi dans la mise en place de structures communes de surveillance de la frontière en collaboration avec les Nations Unies.
e) Mettre en application les dispositions pertinentes des Accords de Lusaka en ce qui concerne le conflit burundais, en particulier le désarmement, la démobilisation, la réinsertion, le rapatriement ou la réinstallation des forces négatives dont font partie les FDD et les FNL aux côtés des sinistrement célèbres "interahamwe " et autres ex-FAR. A ce propos, le Conseil de Sécurité doit prendre des mesures concrètes pour empêcher le déferlement de ces bandes de terroristes sur le territoire burundais à travers les lignes des forces de la MONUC.
f) Enjoindre aux autorités de la RDC et du Zimbabwe de cesser tout appui aux groupes armés, d'user de leur influence sur les FDD et les FNL et d'exercer sur eux les pressions requises en vue de les amener à cesser les hostilités et à s'engager dans le processus d'Arusha.
g) Soutenir les efforts louables du Facilitateur Nelson Mandela en vue du retour de la paix au Burundi. A cet égard, il est impératif d'éloigner les membres partiaux de l'équipe de Juge Bomani du Bureau de la Facilitation et de désigner à leur place des personnalités impartiales, neutres et jouissant d'une solide expérience professionnelle.
h) Encourager les forces de paix du Burundi en débloquant effectivement la coopération. En effet, les conditionnalités au déblocage des aides promises à la Conférence de Paris confortent les positions des groupes opposés aux négociations et à la paix au moment où s'aggravent la paupérisation et la misère de la population.
Bujumbura, 21 mai 2001.
