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RECONSTRUIRE LA NATION N°44 Présentée par le Secrétariat National à la Communication 09 octobre 2001 |
5ème SESSION DE LA CSA : LE G7 S’INSCRIT EN FAUX CONTRE LA MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD.
Du 03 au O7 octobre 2001, la Commission de Suivi de l’Application
de l’Accord d’Arusha pour la Paix et Réconciliation vient de tenir sa cinquième session. Il
était entendu depuis la session précédente que cette session serait la dernière à se tenir à Arusha. Mais
cela ne semble pas être le cas à voir les conditionnalités du G7. Ce groupe pose en effet les
préalables suivants à la mise en place des institutions : cessation des hostilités militaires
entre les belligérants signataires de l’Accord; un calendrier d’intégration des groupes armés et de
constitution/formation de 10.000 hommes (sic) de l’unité spéciale de protection; déploiement d’un
contingent de 4.000 hommes (sic) en provenance de l’Afrique du Sud, du Nigeria, du
Ghana et du Sénégal; promulgation d’une loi sur l’immunité provisoire; soumission à la CSA de la composition du Gouvernement
et du Parlement de transition; logistique et sécurité pour le rapatriement et l’installation des politiciens
et cadres politiques rentrant d’exil; adoption du Statut des membres de la CSA.
Il apparaît clairement, à travers ces exigences que le G7 est à la fois apposé à la mise en place des institutions de transition et au rapatriement de la CSA. Il est en effet impossible de mettre en application ces conditions avant le 1er novembre. Il est par exemple impossible de lever, en moins de trois semaines, une armée spéciale de 10.000 hommes et de déployer en même temps 4.000 militaires étrangers.
Deuxièmement, le G7 s’emploie activement à contourner l’Accord au lieu de le mettre en application. Comme hier à la veille du 15ème Sommet Régional, ce groupe invente de nouvelles conditions dans l’espoir de les faire avaliser par le 17ème sommet attendu le 11 octobre 2001 à Johannesburg.
Troisièmement, le G7 feint d’ignorer que les groupes armés continuent à perpétrer les violences contre le peuple burundais. N’est-il pas matériellement impossible d’intégrer des forces qui se livrent aux pires exactions contre la population au sein d’une armée qui fait tout pour protéger cette dernière ? On a donc la nette impression que le G7 encourage les groupes armés à ne pas rejoindre la table de négociation puisqu’il fait fi de la contrainte majeure que représente l’absence de cessez-le-feu. Plus grave, c’est presque une évidence qu’il voudrait réunir les conditions propices à la victoire militaire de la rébellion.
Quatrièmement, la plupart des conditions du G7 sont inacceptables pour les raisons suivantes:
(1) un accord de cessez-le-feu avec le CNDD, le PALIPEHUTU et le FROLINA en l’absence des groupes FDD et FNL qui se livrent encore aux violences contre la population serait de nul effet d’autant plus que dans les faits, il est difficile de différencier les différents groupes armés les uns des autres;
(2) intégrer les groupes armés dans l’armée nationale avant le cessez-le-feu équivaudrait à infiltrer les forces de l’ennemi dans cette dernière;
(3) constituer une unité spéciale de 10.000 hommes ou déployer un contingent extérieur de 4.000 homme cache le récurrent objectif de démanteler l’armée nationale, d’autant plus que la pratique de l’ONU exige un cessez-le-feu avant l’envoi d’une force de maintien de la paix.
Que faut-il faire ? D’abord, maintenir la date limite du 1er novembre comme repère définitif de la mise en place des institutions de transition. En conséquence, au vu des conditions de sécurité exigées par les leaders du G7 :
(1) se rendre à l’évidence que techniquement, l’unité de protection ne pourra pas
matériellement être constituée d’ici le 1er novembre;
(2) mettre à contribution l’armée nationale et pour ceux qui ne se sentiraient pas suffisamment protégés,
demander aux pays pressentis de lever un petit contingent à cet effet (une compagnie au maximum);
(3) poursuivre les préparatifs de mise en place de l’unité de protection des institutions.
RETROSPECTIVE SUR LE 16ème SOMMET DE L’INITIATIVE
REGIONALE DE PAIX SUR LE BURUNDI.
Lundi 1er octobre 2001 un sommet de l’Initiative Régionale de Paix sur le Burundi, le 16ème en huit ans, s’est tenu à Arusha. Le sommet avait été annoncé par le Président Museveni de l’Ouganda lors du 15ème sommet tenu le 23 juillet 2001. A l’époque, l’objet du sommet avait été annoncé : la question de la cessation des violences au Burundi. L’on est donc surpris que le sommet se soit tenu sans même aborder cette question vitale pour le peuple burundais. A la place, les participants au sommet, à savoir, les Président Pierre Buyoya du Burundi, Kagame du Rwanda, Mkapa de la Tanzanie, Moi du Kenya, Museveni de l’Ouganda, le Vice-Président sud-africain Jacob Zuma ainsi que Mandela, le Président du FRODEBU Jean Minani, le futur Vice-Président Domitien Ndayizeye et d’autres représentants de la Communauté internationale ont jugé plus utile de se pencher sur les questions suivantes : l’état d’avancement de la mise en place des institutions de transition et de l’Unité de Protection des Institutions. Il n’y a que le Président Buyoya qui aurait fait remarquer que le processus reste aléatoire tant qu’il n’y a pas encore eu la signature d’un cessez-le-feu en bonne et due forme. Les milieux proches du sommet ont souligné une divergence entre les partenaires burundais sur les deux questions.
Alors que le Président Buyoya se serait montré confiant dans l’évolution des discussions, M. Jean Minani, présenté comme opposant, aurait estimé que rien n’était encore fait, en rejetant la faute sur le Gouvernement. Sur la question de l’unité de protection des institutions, le Président du FRODEBU aurait requis une force de cinq mille hommes en provenance de la région à défaut d’une force composée de 50% de Tutsi en provenance des forces gouvernementales et de 50% de Hutu provenant des groupes armés. Le Ministre de la Défense ghanéen qui était sur place a indiqué que les troupes en provenance de l’Afrique du Sud, du Ghana, du Nigeria et du Sénégal ne pourraient être déployées qu’après l’analyse du rapport de l’équipe technique envoyée sur place. Rendez-vous a été pris pour le 11 octobre à Johannesburg pour poursuivre l’analyse de la question.
Espérons que cette fois-là, la question du cessez-le-feu sera aussi à l’ordre du jour.
LA FUITE DES CERVEAUX : UNE VERITABLE SAIGNEE
NATIONALE.
La crise que vit le Burundi depuis octobre 1993 a entraîné une fuite massive de cerveaux ainsi que l’expatriation de plusieurs cadres supérieurs du pays et ce, dans tous les domaines de la vie nationale. L’impact de cette véritable saignée intellectuelle est particulièrement sensible à l’Université du Burundi.
En effet, il y a 106 assistants partis en formation de 3ème cycle qui ont terminé leur formation et qui ne
sont pas rentrés pour diverses raisons. Il faut ajouter à ceux-là les médecins spécialistes qui sont
allés prester ailleurs et qui dépassent la quinzaine. Cette situation est fort préjudiciable dans la mesure
où :
(1) l’Université du Burundi est obligée de recourir à des enseignants extérieurs qui ne sont pas toujours disponibles à temps et qui, de surcroît coûtent cher;
(2) c’est un investissement qui a coûté très cher à la Nation et qui ne lui profite pas, c’est comme si le pays avait investi à perte, ou presque;
(3) le Burundi ne pourra pas lutter contre la pauvreté, atteindre un développement humain durable,
consolider la paix, s’il ne dispose pas de cadres hautement formés dans les divers secteurs de la vie
nationale;
(4) par effet d’entraînement, ceux qui sont restés au pays cherchent à le quitter pour des salaires plus motivants.
Que faire alors ?
En tout cas ne pas gémir, se résigner ou vilipender ceux qui ne sont pas rentrés.
Plutôt les identifier, savoir où ils sont, ce qu’ils font, leur état d’esprit et pourquoi ils ne sont pas
rentrés; renouer avec eux et leur présenter la situation qui prévaut dans le pays et tenter de les
convaincre de venir dispenser les cours comme vacataires ou rentrer définitivement. Nous saluons à
ce propos le projet TOKTEN (Transfert of Knowledge Through Expatriate Nationals) initié par le
PNUD, l’Université du Burundi et l’UNESCO. Il s’agit de la création d’un réseau de professeurs burundais
expatriés qui viendraient en mission d’enseignement, de recherche et de direction des mémoires à
l’Université du Burundi et dans les autres institutions d’enseignement supérieur ou
universitaire. Leurs collègues restés au Burundi dont certains seraient réticents par jalousie devraient
soutenir ce projet et être disposés psychologiquement à les accueillir dans leur alma mater commun. Ici
comme ailleurs, la jalousie, les jérémiades, ne construisent pas et ne résolvent jamais les problèmes.
Il faut savoir s’adapter à temps, être imaginatif, créatif, surtout quand on évolue dans le milieu
universitaire. Dans pareille situation, il faut savoir garder le pessimisme de la raison et
l’optimisme de la volonté. Enfin, le Gouvernement doit repenser les
conditions de travail des enseignants et les motiver davantage.
