RUGAMBA-NET PRESS

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REPUBLIQUE DU BURUNDI

PARTI UPRONA

B.P.1810 - BUJUMBURA

 

  MEMORANDUM DU PARTI SUR LA GESTION DE LA TRANSITION.

 

1. Le processus de paix vient de franchir une étape importante avec la signature de l’Accord d’Arusha, le 28/08/2000.

Il reste d’autres étapes à couvrir pour restaurer la paix. Les réserves d’abord. Les parties doivent convenir d’un cadre approprié pour en discuter et former rapidement des compromis. Le cessez-le-feu ensuite. Des pressions accrues doivent s’exercer sur les groupes armés pour qu’ils viennent à la table des négociations sans faux-fuyants.

2. En ce qui concerne la gestion de la transition, le moment est venu pour l’UPRONA d’exprimer sa position qu’elle souhaite partager avec les Badasigana et avec tous les partenaires. Cette question doit être abordée avec sérénité, lucidité et réalisme.

2.1. Les Finalités de la Transition

Il importe de saisir la phase de la transition dans toutes ses dimensions. En effet, l’approche de cette question implique non seulement le leadership, mais aussi les missions, la durée et les institutions de la transition. Toutes ces dimensions doivent être examinées en fonction des finalités de la Transition. Elles sont au nombre de trois pour l’essentiel.

En premier lieu, la gestion de la Transition doit préserver et garantir l’intérêt général. Ceci veut dire que les populations, ensemble et dans leurs diversités, doivent trouver leur compte dans la gestion de la Transition. L’ensemble de la population doit gagner en termes de paix et de tranquillité, en termes de cohésion et de rapprochement de ceux qui étaient divisés par le conflit. L’intérêt général donc ne se réduit pas à l’intérêt des parties en négociations. Tel est le défi global au-delà des intérêts sectoriels.

En deuxième lieu , la gestion de la Transition doit répondre aux attentes raisonnables et légitimes des parties en conflit. Pour cela, elle doit être rassurante et inclusive pour tous. En effet, à l’issue d’une négociation entre parties en conflit, la période de transition ne peut pas consacrer le statu quo. Elle ne peut pas davantage faire table rase du passé comme si une révolution était passée par là ou consacrer la défaite d’une partie. La Transition n’est pas une période de rupture mais une période de jonction, de synthèse , partagée dans l’intérêt de toutes les parties et de la Nation. C’est pourquoi elle se gère très souvent sous la double dimension de la continuité et du changement.

En troisième lieu, la Transition doit conduire à une situation politique apaisée, normalisée, stabilisée. Pour cela elle doit elle-même être stable. Cette stabilité n’est possible que si toutes les parties et toutes les catégories de citoyens collaborent dans la confiance et la sérénité.

Telles sont les finalités essentielles d’une bonne Transition. Comment les atteindre? Par un programme adéquat et consensuel, un temps suffisant pour le réaliser, un leadership rassurant, engagé et compétent pour l’appliquer.

 

2.1.1. Un programme de la transition rencontrant les attentes fondamentales de tous

Les missions de la transition sont immenses. Citons certaines des plus importantes:

- mettre fin à la guerre, enrayer la criminalité;

- mettre en place les institutions de transition;

- rapatrier les réfugiés et réinstaller les sinistrés intérieurs;

- accomplir les tâches de démobilisation, d’intégration et de réinsertion;

- organiser la lutte contre les idéologies racistes et de génocide;

- consolider le processus de réconciliation;

- reconstruire moralement et économiquement le pays;

- préparer une loi fondamentale, la soumettre au référendum;

- organiser les élections à tous les niveaux (locales, législatives,

sénatoriales, présidentielles...).

Ces missions traduisent les préoccupations majeures de tout le monde et nécessitent du temps pour qu’elles soient accomplies.

 

2.1.2. Une durée raisonnable de la transition

Concernant la durée de transition, deux approches sont généralement envisagées :

· Lorsque le conflit porte sur la question du pouvoir, la transition est courte. Elle sert à convenir des mécanismes destinés à l’accès et à la gestion de ce pouvoir.

· Lorsque le conflit remet en cause les fondements essentiels de la Nation et de l’Etat, il y a nécessité objective de donner le temps au temps pour soigner les blessures, créer la sérénité nécessaire, stabiliser la société avant de se lancer dans des compétitions pour le pouvoir.

Le conflit burundais est un vieux conflit, tragique, tissé de massacres et de génocide. C’est pourquoi les trois ans retenus à titre de compromis constituent un minimum.

Cette période doit être continue. La proposition de la fractionner en deux ne tient pas compte des dangers suivants : risque de déstabiliser l’autorité de l’Etat et donc une société encore fragile; de perturber la réalisation des programmes par le changement du jour au lendemain des équipes dirigeantes qui les ont conçus et entamés; de mal engager les réformes et les étapes de la démocratisation faute de temps et de sérénité.

2.1.3. Des institutions équilibrées et un leadership rassurant pour tous

Les institutions et le leadership de la transition doivent donc se bâtir dans l’esprit de servir l’intérêt général par la participation de tous : les anciens et les nouveaux. C’est la seule voie pour créer la confiance au sein du leadership, pour obtenir l’adhésion de la population, pour stabiliser le pays et déboucher sereinement sur la période post-transition.

2.2. Les institutions et le leadership de la transition

Les institutions doivent être suffisamment représentatives des parties qui ont négocié et surtout de l’ensemble de la société burundaise. La représentativité est donc la première caractéristique de ces institutions .

En deuxième lieu, celles-ci doivent être animées par un leadership inclusif. Au lieu de se focaliser sur la seule personne du Président de la République, il faut promouvoir la vision d’une équipe composée de façon équilibrée et rassurante par des personnalités issues de tous les bords, au sommet des institutions gouvernantes de l’Etat, en l’occurrence :

- la Présidente et la Vice-Présidence de la République

- la Présidence et la Vice-Présidence de l’Assemblée Nationale

- La Présidence et la Vice-Présidence du Sénat

- les Bureaux de l’Assemblée et du Sénat...

Un tel leadership dans lequel tous les Burundais se reconnaissent est de nature à inspirer confiance, à susciter l’adhésion des populations et à exécuter, dans la stabilité, les missions de la transition.

Ce leadership doit être animé, au sommet, par une personnalité dotée des qualités indispensables suivantes:

- personnalité profondément engagée dans le processus de paix ;

- qui adhère fortement à l’Accord de Paix, et capable d’impulser

l’application de ses dispositions, y compris les plus complexes et les plus

délicates ;

- qui rassure dans tous les groupes ethniques, dans les diverses catégories sociales et professionnelles;

- crédible, capable de défendre les intérêts vitaux de la nation toute entière à l’intérieur et face aux partenaires étrangers;

- qui s’est mesurée aux épreuves et aux difficultés de la gestion publique.

Pour l’UPRONA, l’actuel Président de la République est celui qui se rapproche le mieux de ce profil. Il est le plus indiqué pour être à la tête du leadership de transition pour une autre raison objective: ayant négocié, et conclu un accord, c’est lui qui est moralement tenu de respecter ses engagements, qui n’aura pas tendance à renier ou à renégocier l’Accord.

Par ailleurs, c’est la tradition: à l’issue d’une négociation, la Transition se gère sous le double signe de la continuité et du changement. Cela a été le cas dans la plupart des processus de négociation: Mozambique, Angola, Afrique du Sud, Rwanda, Sierra Léone.

Au regard de ce qui précède, le réalisme commande de renoncer à la bousculade et à la dispersion autour de la Présidence de la Transition. L’essentiel, c’est de promouvoir une équipe où toutes les familles politiques se retrouvent en mettant à contribution les compétences partout où elles se trouvent.

 

EN CONCLUSION :

Compte tenu des analyses ci-dessus, l’UPRONA trouve fondée et conforme aux exigences de la paix les positions suivantes: les pressions doivent se poursuivre pour amener les groupes armés à négocier le cessez-le-feu. Ceci arrêtera le flot de sang des innocents et permettra l’application de l’Accord, notamment le commencement de la transition. Le leadership de la Transition doit revêtir la forme d’une équipe inclusive, rassurante et conduite par le Chef de l’Exécutif qui a négocié l’Accord de Paix. La durée de Transition doit être être continue et permettre la réalisation du programme de Transition, la consolidation de la réconciliation, la stabilisation et la préparation sereine des nouvelles étapes de la démocratisation.

 

                                                                Fait à Bujumbura, le 27 /09/ 2000

 

                                                                LE PRESIDENT ET REPRESENTANT

 

                                                                LEGAL DU PARTI UPRONA,

 

                                                                Le Professeur Luc RUKINGAMA.