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RECONSTRUIRE LA NATION N°19.
Lettre du Comité Central du Parti UPRONA
Présentée par le Secrétariat National à la Communication Janvier 2001
Le Comité Central du Parti UPRONA a le plaisir de souhaiter aux badasigana et à tout le peuple burundais
ses meilleurs vœux de paix, de bonne santé, de bonheur
et de prospérité au cours de l'année et du siècle que nous commençons.
Il profite de l'occasion pour leur présenter le n°19 de Reconstruire la Nation.
Dans ce numéro :
1. Notre éditorial.
2. Le point sur l'état d'avancement du Processus de Paix.
3. Des actions fermes doivent être menées contre les fauteurs de guerre et leurs suppôts.
U N I T E - J U S T I C E - D E V E L O P P E M E N T
Pour l'année qui commence, pour le siècle qui commence, place à la Nation et non à l'ethnocentrisme.
A la fin du XIXème siècle, le Burundi est un Etat-Nation au sens plein du terme. Toutes les
composantes de la nation burundaise vivent en harmonie.
Le XXème siècle fut un désastre pour la Nation burundaise : des étrangers nous ont trouvés unis ; ils
nous ont divisés. Sciemment ou par erreur.
Sciemment ou par erreur, nous sommes entrés dans leur logique. Aujourd'hui, cela est une évidence pour tout
un chacun. Les longs débats d'Arusha au sein de la première Commission ont convaincu ceux qui doutaient
encore de cela.
Pour le XXIème siècle qui commence, nous n'aurons ucune excuse. Plus de droit à l'erreur, sous peine de
renouer avec la voie tracée par les vieux démons. Et cela, l'histoire ne nous le permettra pas, ne nous le
pardonnera pas.
Pour l'année qui commence, pour le siècle qui commence, nous devons renverser la vapeur, retourner
la situation à l'avantage du peuple burundais. Comme à la fin du XIXème siècle, nous devons renouer avec le
sens de la patrie, avec le sens de la Nation. Il s'agit ni plus ni moins d'opérer une véritable
révolution des mentalités et de renouer avec les valeurs nationalistes fondatrices de l'Etat et de la
Nation burundaise.
Nous avons donc à guérir de nos infirmités du moment. Par la force de l'histoire récente, nous sommes
devenus plus hutu, plus tutsi, plus twa que burundais.
Aujourd'hui, il apparaît que toute la praxis politique est de tendance ethnocentrique. Ce n'est peut-être pas
de notre faute. Du moins pour la plupart d'entre nous.
Gageons que le siècle qui commence sera celui de la transfiguration. L'ethnocentrisme va faire place au
nationalisme. Mais à l'heure de la mondialisation, ce nationalisme sera tourné vers l'intégration
économique, puis politique à l'échelle régionale, voire continentale. Il faudra aussi que l'égocentrisme
ambiant disparaisse pour laisser la place au patriotisme, au sens démocratique, à la bonne
gouvernance.
Chers militants de l'UPRONA,
Chers compatriotes,
Avec cette note d'espoir, nous voudrions vous souhaiter une bonne et heureuse année 2001. Qu'elle
soit pour vous et les vôtres une année de paix, de bonheur et de pleins succès.
LE POINT SUR L'ETAT D'AVANCEMENT DU PROCESSUS DE PAIX.
Au regard de l'avancement du processus de paix, l'année 2000 a été riche en événements.
Particulièrement au cours du dernier trimestre, nous avons fait des bonds en avant.
Après la signature de l'Accord de paix, le 28.8.2000, les parties signataires se sont réunies, à deux
reprises, respectivement les 23-28 septembre et les
25-29 novembre 2000. Plus significativement encore, il s'est tenu les 11 et 12 décembre de la même année, à
Paris, une Conférence des Bailleurs de fonds du
Burundi.
C'est à la lumière de ces trois rencontres que le Comité Central du parti UPRONA voudrait évaluer, à
l'intention des Badasigana et de tous les hommes et
femmes épris de paix, l'état d'avancement du processus de paix.
1. Réunion des parties signataires du 23-28 septembre 2000.
1.1. Une réunion fort controversée.
La signature de l'Accord de paix, on s'en souvient, a suscité beaucoup d'espoir et de satisfaction au sein
de la population burundaise en général et les militants du parti UPRONA en particulier. Par
cet acte historique, en effet, nous avons déjoué des pièges qui nous étaient tendus et inscrit le processus
de paix dans une dynamique contre laquelle personne n'avait plus rien à redire.
C'était sans compter avec certains lobbies bien connus qui, dès le début des négociations d'Arusha, ont
cherché à imposer au Burundi leur paix et non la
nôtre. C'est dans ce contexte que la réunion des parties signataires du 23-28 septembre 2000 a été
convoquée, avec un ordre du jour particulièrement
chargé. Au total, il y avait 24 points, le plus important étant naturellement la mise en place des institutions
de transition. Manifestement, les organisateurs de la
réunion voulaient récupérer la situation du 28.8.2000 qui leur avait échappé. A cette date en effet, les
négociateurs étaient rentrés avec un Accord sans un
Président de la République " made in Arusha ". Cela n'avait pas été du goût de tout le monde ; il fallait
récupérer l'occasion manquée.
A l'UPRONA, nous nous sommes vigoureusement opposés à la tenue de cette réunion. Parce que, premièrement,
après la signature de l'Accord, nous n'avions plus rien à faire à Arusha. Parce que, deuxièmement, il
relevait d'un certain masochisme de se remettre à nouveau sous l'autorité d'une équipe de médiation qui,
manquant d'un minimum de neutralité, n'aura fait qu'appuyer les positions de nos adversaires contre les
nôtres, tout au long de ce processus.
Troisièmement, enfin, nous ne voyions pas de quelle
autorité l'équipe de la Facilitation pouvait se
prévaloir pour convoquer une telle réunion. Après la
signature de l'Accord, son mandat était venu à
expiration même si certains de ses membres
continuaient et continuent d'ailleurs à s'y accrocher,
désespérément.
Mais, dit-on, réalisme oblige. Contre mauvaise
fortune, bon cœur, la délégation de l'UPRONA s'est
rendue à Arusha, pour dire ce qu'elle avait à dire.
Heureusement d'ailleurs. Les petits pièges à nouveau
tendus ont été déjoués et la réunion s'est clôturée,
sans dégâts majeurs.
1.2. Un résultat qu'il sied d'examiner de près.
De tous les 24 points inscrits à l'ordre du jour, la
réunion n'a en réalité traité que d'un seul relatif à
la composition de la Commission de suivi de
l'Application de l'Accord de paix.
Initialement, cette Commission devait comprendre, côté
burundais, deux représentants des parties signataires,
un représentant du Gouvernement et six Burundais
désignés pour leur intégrité morale.
A la réunion du 23-28 septembre 2000, cette
composition a été fortement revue en hausse pour y
faire figurer un représentant de chaque partie
signataire, soit 17 nouveaux membres en plus. C'est
beaucoup, c'est trop.
A la Conférence de Paris, le Médiateur s'est inquiété
de cette inflation. Pour lui, c'est la preuve que les
parties signataires ne se font pas encore confiance.
Il y a plus grave.
La parti UPRONA comprend parfaitement ceux de ses
collègues qui ont le désir légitime de participer
pleinement à la mise en application de l'Accord de
paix. Mais il comprend peu ceux qui, derrière cette
volonté affichée, veulent semer la confusion et
asseoir la gestion de l'Etat sur des bases mouvantes.
Pour ces derniers en effet, le Gouvernement du pays
doit être façonné sur un postulat fallacieux, selon
lequel tous les partis politiques sont égaux et ont
donc droit à une égale représentation au sein des
institutions. Que s'il y a 19 ministères, chaque
partie signataire aura droit à un ministère, même si
vraisemblablement certaines ne comptent aucune
personnalité d'envergure ministérielle dans leurs
rangs.
Cette question est à suivre de très près. Tout en
restant largement ouvert à la participation de toutes
les parties signataires aux institutions de
transition, l'UPRONA est d'avis que cela ne peut pas
s'établir sur une base aussi arithmétique. Ce serait
semer le chaos et rendre le pays ingouvernable, à
l'instar de la défunte convention de Gouvernement.
Car, enfin, il ne faut pas se le cacher : tous les
partis politiques ne sont pas égaux. Ils sont égaux en
droits et en devoirs, vis-à-vis de la loi, mais ils ne
peuvent pas prétendre avoir le même poids sur
l'échiquier politique.
Si demain, à l'issue des élections, les petits
deviennent grands et les grands deviennent petits, il
faudra en prendre acte. En attendant, les ordres de
grandeur, qui sont là, doivent d'une façon ou d'une
autre influer sur le modelage des institutions de
transition.
2. Réunion des parties signataires du 25-29 novembre 2000.
Elle fut fort crispée. Il semble que certains partis
avaient formellement promis cette fois-là de ne pas
rentrer d'Arusha, sans un nouveau Président de la
République. Comme l'objectif s'éloignait à chaque jour
qui passait, des gens se sont beaucoup énervés ; il y
en a même qui ont failli craquer
Mais avant d'arriver à l'énigmatique question des
institutions de transition qui obnubile aujourd'hui
plus d'un, revenons aux questions qui ont été
examinées à cette réunion, dans l'ordre.
2.1.Désignation des 6 Burundais choisis en dehors des partis politiques à la Commission de suivi de
l'Application de l'Accord.
Après plusieurs discussions, le parti URONA a
finalement concédé que les personnalités proposées par
les différents groupes soient retenues.
Quelles en étaient les critiques ? Principalement deux :
1° Une répartition quasi-ethnique
Il est apparu dès le départ que le G7 et le G10
avaient une vision par trop mécanique de l'équipe de
ces six Bashingantahe qui seront essentiellement
chargés de concilier les parties signataires de
l'Accord de paix.
Pour ces groupes en effet, il allait de soi que le G7
en prenne trois et laisse l'autre moitié à l'autre
groupe.
Le parti UPRONA reste convaincu que s'il persiste, ce
procédé va totalement ruiner l'Accord de paix.
2° Une absence des secteurs importants comme l'armée,
l'Eglise et la jeunesse.
Le G7 a proposé deux hommes d'Eglise ; le G10 n'en a
présenté aucun. C'est une lacune grave. Le parti
UPRONA a plaidé pour qu'il y ait une représentation de
l'Armée ; personne n'a voulu en entendre parler. Il en
fut de même avec la jeunesse.
L'on en est finalement à se demander ce qui a pu
mouvoir les partis du G10 dans des choix aussi
critiquables.
N'y aurait-il pas eu par hasard le souci d'y faire
figurer les " siens ", dans le secret espoir d'avoir
quelqu'un de plus là-dedans, si jamais la Commission
était appelée à intervenir dans l'une ou l'autre
nomination ? En tout cas, le parti UPRONA comprend
toujours peu comment un groupe comme le G10 ait pu se
passer aussi légèrement du concours des militaires,
des hommes d'Eglise et des jeunes aux travaux que la
Commission de Suivi est appelé à faire.
2.2. Fixation du lieu provisoire de la tenue des réunions de la Commission de Suivi de l'Application de
l'Accord.
A la surprise générale de tous ceux qui suivent depuis
un temps les négociations inter-burundaises de paix,
il s'est dégagé une écrasante majorité pour choisir la
petite et austère ville d'Arusha comme devant abriter
provisoirement les travaux de la Commission de Suivi
de l'application l'Accord de paix. Ceci avant que les
leaders politiques vivant en exil puissent rentrer au
pays.
Ce choix aura été rendu possible par la conjonction de
deux principaux éléments :
1° Les calculs biens pesés du G7
A Arusha comme à Dar-Es-Salaam, le G7 se sent comme
chez lui. Il y nage comme un poisson dans l'eau. Une
partie de l'équipe de la Facilitation est complètement
gagnée à sa cause ; il fait les choses à sa place. Se
priver les services d'un tuteur aussi bienveillant
relèverait de l'absurdité. Or le G7 n'est pas absurde,
il calcule bien ses intérêts. C'est comme ça qu'il a
été prompt à proposer que la Commission de Suivi reste
provisoirement à Arusha.
2° Une alliance à peine croyable entre le G7 et G6.
Le Président du CNDD, relayé par le Docteur Jean
MINANI du Frodebu, avait à peine proposé la ville
d'Arusha que les présidents de l'Inkinzo, de
l'Av-Intwari, de l'Inkinzo, du PIT et du RADDES se
sont précipités à prendre la parole. Pour dire qu'ils
soutenaient inconditionnellement ce choix.
Il faut dire que ce fait nouveau aura caractérisé
cette réunion. Sur toutes les questions, ce qui est
devenu le G6 à partir du G10 a systématiquement rallié
les positions, nous dirions même les rangs du G7.
Qui l'eût cru ? Qui eût cru qu'un président comme
celui du RADDES qui a boudé Arusha pratiquement
jusqu'en l'an 2000 se soit si plu de cette ville
jusqu'à ne plus vouloir en sortir ? Décidément, qui
vivra verra.
Qu'avons-nous proposé ?
1° Il fallait quitter Arusha, définitivement, ne
fût-ce que symboliquement. Pour montrer que l'étape du
processus qui a conduit les Barundi à discuter à
l'extérieur des affaires de la nation burundaise qui,
elle, se trouve bel et bien à l'intérieur est enfin
terminée. Il faut rapatrier le processus, comme le dit
si bien, le Président Nelson Mandala, le plus
rapidement possible. En quoi, il a parfaitement
raison, mille fois raison.
2° S'il fallait encore aller à l'extérieur,
Addis-Abeba qui joue le rôle de la capitale africaine
était la mieux indiquée. Elle est neutre et dispose
d'un personnel et des équipements adéquats.
Malheureusement, à part l'UPRONA, le PSD, le
Gouvernement et l'Assemblée Nationale, les autres
délégations n'ont manifesté aucune sensibilité
vis-à-vis de ces arguments. C'est comme cela que nous
allons encore une fois retourner bientôt à Arusha.
2.3. Les questions relatives à la Transition
Oui ! Elles sont nombreuses, très nombreuses même. En
dépit des raccourcis simples et fort simplistes par
lesquels certains acteurs politiques semblent
l'aborder, la question de la transition en soulève une
série d'autres.
A la dernière réunion des parties signataires nous en
avons inventorié six :
- la composition
- les missions, les attributions et le fonctionnement
- les mécanismes de mise en place
- les relations entre les institutions
- la durée
- les textes législatifs et réglementaires devant
régir les institutions.
A cela s'ajoute l'épineuse question de savoir le lien
entre le cessez-le-feu et la mise en place des
institutions de transition. Celle-ci est à la fois
simple et compliquée, en tout cas pertinente. Va-t-on
oui ou non mettre en place les nouvelles institutions
pendant que la guerre continue ou après la cessation
des hostilités ? C'est un choix à faire. Si on se
décide à les mettre en place sans attendre la fin de
la guerre comme certains en manifestent l'appétit, il
faudra être conséquent. Il faudra les remodeler en
conséquence et modifier leur mandat qui consistera
pour l'essentiel à se battre et non à réconcilier.
Ces interrogations sont valables aussi bien pour le
pouvoir exécutif que pour les institutions
législatives et judiciaires.
Ø Par quoi commencer ?
Tout à fait logiquement, le parti UPRONA a proposé que
l'on commence par la base la plus large, c'est à dire
au niveau des institutions de représentation
(Assemblée Nationale, Sénat). C'est en effet là que
les équilibres globaux (ethnique, régional, politique,
genre et au niveau socio-professionnel) peuvent être
le mieux assurés.
La question est d'une importance capitale. Si l'on
devait laisser les choses en l'état, sans apporter de
solution aux réserves dont nous avons entouré ce
point, nous perdrions totalement le bénéfice des
négociations. Il suffirait que le G7, garanti du
quorum nécessaire, initie des lois conformes à sa
vision de la démocratie du grand nombre, ethniquement
entendu. Toute l'ossature de l'Accord dont l'un des
mérites majeurs est d'essayer d'introduire les
équilibres divers s'effondrerait comme un château de
cartes.
Le G6, lui, en communion avec le G7, voyait les choses
autrement. Pour lui, il fallait procéder directement à
la désignation du Président de la République, sans que
l'on n'ait même indiqué comment.
Ø Où en est-on alors ?
La situation est des plus controversées. D'un côté, on
n'en est nulle part. Face à l'empressement de ceux qui
voulaient sortir un Président de la République
manifestement longtemps compressé dans les poches, la
réunion a décidé de discuter en temps égal du
législatif et de l'exécutif. Au total, nous avons donc
consacré une heure et demie à chaque type
d'institution, ce qui est bien peu. La réunion prévue
à la mi-janvier 2001 devra élucider tous ces points,
pratiquement à partir de zéro.
De l'autre côté, nous assistons à une campagne
fiévreusement menée par un certain nombre de partis
politiques, en faveur de tel ou tel candidat. La
pléthore de ces candidatures n'a d'égale que
l'absurdité qui les couvre.
En effet, avant qu'on n'ait élaboré une constitution
de transition et les lois spécifiques qui
détermineront les modalités de mise en place de ces
institutions, ces candidatures tombent dans un vide
juridique qui les rend nulles et non avenues. C'est ce
qu'on pourrait appeler simplement de la gesticulation.
Ø Le point de vue de l'UPRONA.
Pour le parti UPRONA, la question est toute simple. En
entrant en négociation, les différentes parties ont
manifesté la volonté de rechercher les moyens de
mettre leurs énergies ensemble, au bénéfice de la
paix. Dans la logique des négociations, il n'y a ni
vainqueur , ni vaincu : tout le monde gagne, ensemble.
Personne n'est donc autorisé à s'improviser en donneur
de leçons et encore moins prétendre venir à la fin
s'emparer d'un Accord qu'il n'a pas négocié et dont il
ne sait et n'accepte probablement ni les termes, ni le
contenu. Que signifie par ailleurs cette levée de
soutiens venant des milieux " anti-négociations " pour
que ce soit un tel ou un tel qui prenne en charge au
plus haut niveau la mise en application de l'Accord de
paix ?
Nous ne le dirons donc jamais assez. Comme cela s'est
passé partout ailleurs (Rwanda, Angola, Mozambique,
Sierra Léone, etc…), le Chef de l'Exécutif qui a
conduit les négociations doit conduire la transition.
Il doit lui-même ouvrir largement les arcanes du
pouvoir aux autres parties signataires. En la matière,
nous n'inventerons pas l'eau chaude.
Comme manifestement, beaucoup de Burundais se sentent
la vocation et éprouvent l'ambition légitime de
présider aux destinées de la Nation, le parti UPRONA
voudrait donner un conseil. Que dès maintenant, ils se
préparent à briguer la magistrature suprême, à l'issue
de la période de transition. C'est le seul moyen de
s'en sortir.
Car, nulle part au monde, on n'a vu les partis
politiques renverser un pouvoir et en installer un
autre, par le biais des négociations. Outre que ce
genre d'exercice obéit à sa propre logique, les partis
politiques n'en ont ni le pouvoir, ni la légitimité.
A ce propos, il est plaisant, voire amusant d'entendre
certains responsables de partis s'octroyer des
pouvoirs qu'ils n'ont pas. Pour certains d'entre eux,
ils se voient déjà en toges de grands électeurs, pour
dire qu'il leur suffira de rassembler une dizaine de
voix sur les dix-neuf délégations pour investir un
Président de la République. De quel droit et au nom de
quoi et de qui ?
En tant qu'associations, les partis politiques ne sont
pas des personnes citoyennes, les seules auxquelles
échoit le droit de vote. Ces organisations n'influent
sur de tels choix que dans la mesure où elles peuvent
mobiliser un nombre plus ou moins significatif
d'électeurs. Est-on sûr que tous ces partis pourront
survivre au scrutin, lorsqu'on sait que certains
d'entre eux n'ont de délégué que le Président du parti
et son épouse ?
En attendant cette étape qui fera éclater la vérité au
grand jour, gardons la tête sur les épaules et
avançons.
3. La conférence de Paris.
3.1. Un éclatant succès.
Nous l'avons déjà dit. La Conférence des bailleurs de
fond du Burundi qui s'est tenue à Paris, les 11 et 12
décembre 2000 a été un succès éclatant, au moins sur
trois plans :
Ø Désormais, le Burundi est réhabilité dans le concert
des nations.
Depuis l'éclatement de la crise, le Burundi a été mis
au ban des nations. A tort et surtout injustement,
nous avons été perçus dans le monde comme des
assassins et des bêtes sauvages. Cette condamnation
globale a mis dans le même sac les bourreaux et les
victimes. Souvent, la victime a même été présentée
comme le bourreau, comme d'habitude.
Non contente de nous condamner, la communauté
internationale a entrepris de nous étrangler, de nous
asphyxier. Ce fut la mesure scélérate de l'embargo. Ce
fut aussi la suspension de la coopération
internationale avec notre pays.
Avec la Conférence de Paris, la communauté
internationale s'est ravisée. Désormais, le Burundi
peut reprendre sa place dans le concert des nations.
Ø Une générosité remarquable.
Les bailleurs de fonds n'ont pas tergiversé. De façon
tout à fait remarquable, ils ont spontanément annoncé
des contributions généreuses pour venir en aide au
Burundi. Nous reconnaîtrons particulièrement les
gestes de l'Union Européenne (150 millions $US), des
Etats-Unis d'Amérique (70 millions $US), de la Banque
Mondiale (50 millions $US), de la Belgique (27
millions $US), de la France, pour ne citer que
ceux-là. Au total, les bailleurs de fonds ont annoncé
des contributions de l'ordre de 440 millions de
dollars américains. C'est une première.
Ø Une condamnation sans équivoque de la rébellion.
Pour la première fois, la communauté internationale a
compris la véritable nature de la rébellion et l'a
condamnée sans équivoque.
Elle a compris que le Burundi a affaire à des bandes
de tueurs, qui fauchent enfants, femmes et populations
sans défense, avions civils, bus de transport
international.
Le message était clair. Après la signature de l'Accord
de paix, la rébellion ne peut plus évoquer aucun
prétexte pour continuer à verser le sang des
innocents. La communauté internationale a dès lors
décidé de venir en aide à notre pays pour empêcher que
le peuple burundais ne soit plus longtemps pris en
otage par des bandes sanguinaires.
3.2. Une victoire certaine.
Ce succès-là, nous le devons aux Barundi et aux amis
du Burundi.
Ø L'œuvre du Président Mandela.
La victoire obtenue à la Conférence de Paris est avant
tout l'œuvre personnelle du Médiateur, le Président
Nelson Mandela. Il s'est personnellement investi dans
la tenue de la conférence, en prenant sur lui le soin
d'en faire un grand succès. Il a personnellement
convaincu les sceptiques, avec cette force de
conviction dont il a seul le secret. Le parti UPRONA
lui est profondément reconnaissant.
Ø L'œuvre du Gouvernement burundais.
Le succès de Paris est aussi l'œuvre du Gouvernement
qui, malgré les difficultés de toutes sortes, a su
remonter la pente et convaincre la communauté
internationale de la justesse de ses choix en faveur
de la paix.
En cela, la conférence de Paris a été une
reconnaissance envers le Président BUYOYA et à son
Gouvernement pour avoir bien conduit le processus de
paix et initié courageusement et efficacement des
politiques en faveur de la réconciliation nationale.
Mais comme le soulignait le Président Buyoya lui-même,
c'est d'abord à la population qu'est destinée cette
assistance, peu importe les changements de
gouvernement.
Ø L'œuvre de tout le peuple burundais.
Enfin, ce fut l'œuvre de tout le peuple burundais dans
son ensemble, lui qui a enduré des souffrances et
accepté des privations, dans l'honneur et la dignité,
lui qui n'a rien épargné pour forger son destin.
3.3. Une zone d'ombre au tableau, tout de même.
Malgré ce succès et cette victoire incontestables, il
a subsisté une zone d'ombre au tableau de la
conférence de Paris. Pour des motifs les plus divers,
certains Burundais ont tenté de torpiller la
Conférence.
Certains membres du G7, tout d'abord. Pour eux, il ne
fallait pas octroyer des fonds, avant leur main-mise
sur le pouvoir, avant l'accomplissement de certaines
réformes qui leur sont particulièrement chères.
Entendez l'intégration des bandes armées à l'armée
nationale, la présence d'une force internationale de
maintien de la paix, … des choses comme ça. Comme si
soigner, éduquer et fournir de l'eau potable aux
Burundais était contraire à la paix.
Le G6, ensuite. Les gesticulations déplacées de ce
groupe tendaient à faire croire que la priorité
résidait dans la mise en place des institutions de
transition, alors que la question n'était pas à
l'ordre du jour. Il a fallu que, à la veille de la
Conférence, le Président Nelson MANDELA réunisse tous
les délégués burundais pour faire taire d'autorité
toute cette cacophonie.
Pour convaincre la communauté internationale d'aider
le Burundi comme elle l'a fait, les bailleurs de
fonds, avaient besoin que la classe politique
burundaise présente le visage d'un corps uni autour de
l'Accord de paix. Très péniblement, nous y sommes plus
ou moins parvenus. Mais il a fallu pratiquement que le
Médiateur force la main à certains, ce qui est tout de
même regrettable.
Des actions fermes doivent être menées contre les fauteurs de guerre et leurs suppôts.
Les groupes armés ont enclenché la lutte armée, les
uns pour " défendre l'ethnie hutu souffrant de
l'exclusion ", les autres pour défendre " la
démocratie ". Au nom de ces nobles principes le
génocide a été consommé.
L'Accord d'Arusha est on ne peut plus clair sur la
question de l'exclusion. L'engagement contre ce fléau
est des plus fermes.
Le, génocide quant à lui, est une tentation régionale
conçue visiblement comme la solution finale qui prend
pour prétexte l'exclusion. Le génocide c'est la
démesure, la folie, l'ignominie, le crime contre
l'humanité, la négation de l'être humain à l'échelle
collective. Impardonnable. Imprescriptible. Non
amnistiable.
Maintenant, les prétextes à l'absurdité sont levés à
travers l'Accord de paix. Les solutions à l'exclusion
qui ne peut être qu'une nuisance permanente à
l'harmonie sociale sont au centre de l'édifice de
l'accord. La démocratie, quant à elle, est, pour ainsi
dire, la solution des solutions à l'exclusion. Elle
est aussi au centre de la charpente de l'accord.
On peut dès lors se demander quels sont les véritables
mobiles qui continuent à faire courir les groupes
terroristes. Des allégations sont énoncées ici et là.
La volonté de la reconnaissance, voire de la
prééminence politique : une voix importante au
chapitre qui serait occultée à travers le processus de
paix par les parties signataires de l'Accord d'Arusha.
L'appât du gain, la volonté de garder les acquis
matériels engrangés par l'alliance et l'action menée
avec les forces de Kabila sur le territoire de
l'immense et richissime Congo. La victoire militaire.
La solution finale. Que sait-on encore ?
Ce que nous savons, c'est que ces terroristes avérés
ont choisi de prendre le peuple burundais en otage.
Comme si il s'agissait de le cuire à petit feu. Pour
une lente, mais sûre extermination.
Actuellement, le peuple pris en otage est au bord de
la révolte. Il n'y a qu'une frange de politiciens
embourbés dans un ventriotisme des plus abjects qui
refusent de se rendre à l'évidence. Qui gardent leur
tête enfoncée dans le sable de leur égoïsme. Qui sont
obnubilés par la course aux strapontins.
La communauté internationale semble avoir commencé de
se réveiller de sa longue torpeur. Grâce essentiellement à la tenace action du Facilitateur
Mandela. Celui-ci est un vaillant combattant de la
liberté qui est vite sorti de la vision monolithique
ambiante. Il a vu ce que l'on nomme pompeusement "
rebelles " tuer femmes, vieillards et enfants ;
éventrer moult bétail, se livrer au délire sauvage de
la destruction. Depuis lors, il leur donne le nom
qu'ils méritent : des tueurs, des terroristes, des
génocidaires alliés au pires sbires de la régions (interahamwe, impuzamigambi). Cela, il l'a fait
comprendre au sieur Cossan Kabura le 20 septembre 2000
à Nairobi. Il l'a clairement signifié aux participants à la Conférence des Bailleurs de fonds de Paris les 11
et 12 décembre 2000.
Que faire ?
Les politiciens burundais doivent sortir la tête du
sable, cesser de se regarder soi-même, mettre les
lunettes de la clairvoyance et lire ce qu'ils ont
eux-mêmes écrit. Appeler les groupes terroristes à
déposer les armes. En appeler aux instances
internationales habilitées pour une prise de sanctions
immédiate en cas de refus. Ils ont même défini la
nature des sanctions : " interdire, démobiliser,
désarmer et le cas échéant, arrêter, détenir, et
rapatrier les membres de ces groupes armés et, en
outre, de prendre toutes mesures appropriées contre
toute partie qui encourage ou soutient de telles
activités ". Il faut donc que cesse la complaisance de
certains, les accointances coupables avec ceux que la
région et la communauté internationale ont qualifiés
de " forces négatives ". Car il y en a qui pensent que
ce sont leurs alliés objectifs. Qui applaudissent en
aparté les actes de violence gratuite, les massacres
sur les axes routiers et dans les villages paisibles.
L'UPRONA en appelle au peuple burundais et à ses
militants. Il faut continuer à souder le socle
multiethnique de défense contre l'ennemi génocidaire.
Le Gouvernement doit tout faire pour protéger la
population et en particulier identifier dans les
meilleurs délais des stratégies pour jeter dans la
balance toutes les forces vives de la Nation. Dans la
protection des axes routiers, dans la protection des
citoyens partout où ceux-ci sont menacés par les
forces du mal.
La communauté internationale est actuellement unanime
pour condamner les actes de violence ignobles de ces
groupes terroristes génocidaires. Mais cela n'est plus
assez. Nous savons que les membres de cette communauté
sont au courant que sans le Congo de Kabila ou le
Zimbabwe de Mugabe, mais surtout sans la Tanzanie de
Mkapa ces groupes ne seraient rien.
L'on est en droit de se demander si la puissante
Amérique, la puissante Afrique du Sud, les Nations
Unies, l'Union Européenne, la France, la Belgique, la
Grande Bretagne, l'Initiative Régionale de Paix sur le
Burundi et bien d'autres présents lors du compromis
politique historique du 28 août 2000, ne sont pas
vraiment capables de mettre hors d'état de nuire les
hordes de tueurs à travers une action musclée sur
leurs tuteurs, leurs bailleurs, leurs protecteurs.
A l'UPRONA, nous sommes d'avis que les premières
pressions doivent être menées sur les voisins. La
Tanzanie par exemple a toujours argué de son
incapacité à contrôler les camps d'entraînement et la
frontière ; à surveiller les enrôlements au sein de
ces hordes de tueurs. Maintenant, c'est le moment ou
jamais de tester la bonne foi de nos voisins de l'Est.
La communauté internationale doit leur demander
d'exprimer leurs besoins, ce qu'il leur manque pour
collaborer efficacement avec le Gouvernement burundais
pour mettre fin aux incursions meurtrières qui ne
cessent d'opérer des entailles profondes au sein de
nombreuses familles innocentes.
La même communauté internationale a tout aussi les
moyens d'exercer des pressions sur les gouvernements
congolais et zimbabwéens. Nous voudrions la voir
engager des actions concrètes dans ce sens.
En définitive, il faut que les actes suivent la bonne
parole, les déclarations d'intention. Quant au
gouvernement du Burundi, il doit mobiliser toutes les
forces vives de la Nation pour assurer la sécurité sur
l'ensemble du territoire nationale. C'est la priorité
des priorités.
Unité - Justice -Développement.