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RECONSTRUIRE LA NATION N°21

 Lettre du Comité Central du Parti UPRONA Présentée par le Secrétariat National à la Communication Février 2001

ARUSHA OU L'INFLATION INSTITUTIONNELLE.

Alerte ! Des propositions avancées par un certain nombre de parties signataires qui ont fait du ventriotisme le moteur de leur action, il apparaît ce qui suit :

Une Assemblée Nationale dont la taille est disproportionnée par rapport aux richesses du pays ; La volonté de chasser l'Assemblée Nationale actuelle et surtout la société civile ; Un Exécutif à cinq têtes !

Une réunion des parties signataires vient de se tenir à Arusha (22-28 janvier 2001). Quels en sont les résultats ? A l'ordre du jour étaient inscrits les corrections techniques à l'Accord et l'élimination des contradictions, le calendrier d'application ainsi que les questions liées à la transition.

Les deux premiers points n'ont pratiquement pas été abordés. Il est apparu que nombre de contradictions et d'erreurs recoupent les réserves exprimées et qui doivent être renégociées et faire l'objet de compromis. Voilà trois sessions écoulées sans progrès notables !

Sur les questions liées à la transition, la session a d'une part approuvé l'approche méthodologique pour aborder les diverses institutions, législatives, exécutives et judiciaires. Chaque institution importante doit être abordée par 8 fenêtres : sa composition, ses missions et compétences, les mécanismes de mise en place et de fonctionnement, ses relations avec les autres institutions, la durée, les textes législatifs et réglementaires devant régir les institutions, le lien entre le cessez-le-feu et la mise en place, enfin la répartition.

Au cours de cette session, l'on n'a pu aborder que la composition de l'Assemblée Nationale et de l'Exécutif au sommet.

Qu'en est-il des nouvelles propositions pour la composition de l'Assemblée Nationale ?

Concernant la composition de l'Assemblée Nationale, il y a beaucoup de délégations qui acceptent la clé de répartition de 60%-40% respectivement en faveur des 2 groupes politico-ethniques G7 et G10. D'autres délégations prônent l'équilibre de 50%-50% comme pour les forces de défense et de sécurité. Cependant, ce semblant de consensus vole en éclats dès que les parties révèlent les modalités pour atteindre cette proportion : cinq positions différentes apparaissent. Il serait fastidieux de les énumérer ici.

Pour l'UPRONA, il faut éviter la prépondérance absolue du G7 et favoriser l'équité.

L'UPRONA appuie la représentation de 60%-40% qui doit s'établir sur la base de l'Assemblée nationale actuelle, y compris les 28 parlementaires de la Société Civile. De plus, pour remédier à la prépondérance absolue du G7 dans le vote des lois accordée par l'Accord, l'UPRONA accepte deux choses. D'une part, porter la majorité de vote de 2/3 à ¾. D'autre part relever le niveau de représentation des jeunes partis du G7 et G10, mais sans oublier l'UPRONA qui demande 4 à 8 députés en plus des 16 élus en 1993. Pourquoi l'Accord octroierait-il au FRODEBU 25 députés en plus des 65 élus ? De plus, le même Accord triple la représentation des jeunes partis qui aujourd'hui en réclament 6 chacun. Comment peut-on demander à l'UPRONA seul de rester stationnaire ? L'équité s'impose.

Par ailleurs, l'UPRONA n'est pas favorable à la solution de la "table rase " concoctée entre le FRODEBU et le G6 sous l'inspiration de l'ex-Président NTIBANTUNGANYA : une Assemblée nouvelle sur les ruines de l'actuelle.

Le " G13 " : un esprit de revanche et étroitement partisan !

Dans " l'Assemblée Nouvelle ", le FRODEBU se contenterait de 65 sièges. Chaque jeune parti disposerait de 6, le G7 et le G10 se partageraient les 28 sièges de la Société Civile avec de nouveaux visages (60% proches du G7 et 40% proches du G10). Derrière cette formule, il y aurait des calculs et des projets de règlement de comptes. Comment ? Le FRODEBU désignerait librement les 65 en excluant les parlementaires élus de l'aile NZOJIBWAMI, les députés tutsi du FRODEBU et les élus qui restent loyaux à NYANGOMA. Le G10, sans l'UPRONA, prétextant que les 28 députés de la Société Civile sont des upronistes, voudrait désigner, à leur place, d'autres qui leurs soient proches. Nous croyons que toutes ces manipulations ne répondent, ni à l'intérêt des communautés ethniques que certains chantent, ni à l'intérêt de la nation. Elles sont le fruit d'un esprit de revanche et étroitement partisan. Au nom de l'amour pour soi, on propose une Assemblée Nationale plus que budgétivore. Et la qualité risque d'en souffrir.

En effet, l'intérêt partisan semble prévaloir sur tout. A preuves : certains scénari de la composition de l'Assemblée Nationale la portent à 176, 195, 199 voire 228 députés. Toutes choses restant égales par ailleurs, comme le disait la délégation du Gouvernement, nous rivalisons avec le Congrès Américains ! A l'argument des limites budgétaires, l'on vous répond : " la paix n'a pas de prix ! ! !

En outre, prévisiblement, la qualité de la représentation nationale risque de baisser fort. Connaissant le member-ship ou la pépinière des partis, l'on pressent le niveau de ceux qui vont peupler l'Assemblée demain : papa, maman, cousin, cousine, frangin, sœur etc.… Ceci est à craindre, d'autant plus que certains partis entendent avoir toute la liberté de la désigner… et de gérer "leurs " députés et "leurs " ministres.

Des propositions inflationnistes sur la composition de la tête de l'Exécutif

En toute modestie, les signataires sont arrivés à 4 propositions en compétition. Primo : un Président et son Vice-Président, deuxio : un Président et ses deux Vice-Présidents ; tertio : un Président, un Premier Ministre et deux Vice-Premiers Ministres ; quarto : Un Président, un Vice-Président, un Premier Ministre et deux Vice-Premiers Ministres ! Pas moins ! Avec ça, toi aussi cher lecteur, tu peux rêver d'être, demain, porté en tête d'affiche !

Face à cet Exécutif à 4-5 têtes, des délégations ont dit, très sûres d'elles : " la paix n'a pas de prix ". D'autres se sont tout de même interrogées sur la fonctionnalité d'un tel Exécutif, le risque de dilution des pouvoirs et de la cacophonie au moment de l'Etat. Espérons que les nuits qui séparent les signataires de la prochaine session leur porteront conseil, des conseils visant à plus de modestie, de rationalité et d'efficacité dans la gestion du pays.

Une question controversée : le lien entre la transition et le cessez-le-feu.

Ici aussi, plusieurs positions. Pour les uns, l'absence du cessez-le-feu ne saurait bloquer la mise en place des institutions de transition. Pour les autres, sans sécurité, pas d'institutions viables et fonctionnelles (PARENA et CNDD notamment). Pour d'autres encore, sans cessez-le-feu, les institutions de transition auraient d'autres missions et une autre physionomie, différentes de celles définies dans l'accord (Gouvernement, UPRONA…).

En outre, deux positions de l'UPRONA ont été présentées. D'une part, une correspondance au Facilitateur demandant la convocation d'un Sommet régional pour matérialiser les sanctions envisagées à Nairobi contre le CNDD-FDD et le FNL. D'autre part, un appel collectif à la Région, à toutes les organisations compétentes pour neutraliser les membres des FDD et des FNL partout où ils se trouvent.

L'UPRONA a été suivi par le G10, mais point par le G7 qui préconise un cessez-le-feu partiel avec les groupes armés signataires : le CNDD, le FROLINA, et le PALIPEHUTU. D'aucuns pourraient se demander l'utilité de cette démarche. Ces trois groupes disent eux-mêmes que leurs forces sont "endormies ". Signer avec eux n'empêchera pas les CNDD-FDD et les FNL de continuer à tuer les innocents.

DIVERS : ABONDANCE DE CANDIDATURES, COALITIONS EN DEHORS DU VERITABLE OBJET.

1. Candidature énième.

Fin de la cession : une énième candidature, celle du PALIPEHUTU fâché avec le FRODEBU. Il retire sa confiance au candidat NDAYIZEYE et annonce le sien, un pasteur "théologien " Au moins lui, il est original : un homme de Dieu ! Alléluia !

2. Les 13 contre.

Primo, c'est un non-événement.

En effet, les 13 signataires ont en leur sein trois candidats : NDAYIZEYE pour le G7, BAYAGANAKANDI pour le G6 et NSANZE pour lui-même. S'ils ont leurs candidats, c'est qu'ils ne sont pas pour l'actuel Président. Ceci n'est donc pas nouveau. Ce qui aurait été nouveau et aurait constitué un mini-

événement, c'est 13 signatures pour l'une de leurs 3 candidatures.

Secundo, c'est un simple coup médiatique. La déclaration des 13 est venue précocement. Avant même que les signataires de l'Accord n'aient abordé la question du leadership de transition et encore moins les procédures de mise en place des institutions. Ce n'est donc rien qu'un coup médiatique.

Tertio, ils sont bien loin du consensus de toutes les parties.

Même si les 13 signataires étaient réunis pour une candidature, ce ne serait pas encore le consensus de toutes les parties qui est la règle pour prendre des décisions. Il y aurait encore 6 parties à convaincre : PARENA, UPRONA, CNDD, PSD, Assemblée Nationale et GOUVERNEMENT.

Quarto, dans une transition les nouveaux ne chassent pas les anciens. La philosophie de la transition, partout au monde, n'est pas la philosophe de la révolution où les nouveaux chassent les anciens. Ce n'est pas non plus celle de l'élection - encore que tout le monde semble l'avoir abandonnée- où le vainqueur prend tout. Au contraire, les anciens accueillent les nouveaux. Cette logique est la seule qui soit logique et qui, en définitive prévaudra. Les plus malins devraient se positionner pour d'autres postes car au sommet de l'Etat, il n'y a pas de place, il n'y a pas vacance.

Quinto : le respect de l'opinion exige des parties aux négociations de jouer cartes sur table au lieu de jouer à cache-cache. En effet, certaines parties au sein du G10 disent publiquement qu'elles briguent la présidence. En réalité, dans les contacts secrets avec G7, elles auraient déjà revu à la baisse leurs ambitions et se contenteraient bien de la Vice-Présidence : un Vice-Président qui aurait la défense dans ses attributions. On a déjà vu ça ailleurs. Mais NDAYIZEYE n'est pas BIZIMUNGU. Et l'on peinera beaucoup à trouver, dans ces candidatures un homme de la trempe du Général KAGAME ! (Ingeso y'urugo ntiyubaka urundi).

Sexto : telle qu'elle s'annonce et au vu du passé récent, la coalition G7-G6 peut comporter des dangers pour le pays. Les Badasigana et tous les Barundi lucides devraient rester vigilants. Les 13 signatures, même si elles sont des signatures "contre " plutôt que "pour ", ça n'est pas sans signification. Cette coalition G7-G6 peut comporter des dangers pour le pays. Récemment, la même coalition s'est agitée pour une adoption immédiate de l'Accord sans aucune balise. Le but, c'était le vide du pouvoir et ce qui suit le vide, partout, c'est-à-dire les désordres ! Qui y aurait gagné ? Le G6 ? le G7 ? En tous cas, pas le peuple burundais. Aujourd'hui, aussi, et certains ne s'en cachent pas, l'on veut créer les conditions de troubles généralisés : le scénario " Guèye" ! comme l'on dit. Qui y gagnerait ?

Un conseil : une coalition pour faire venir les FDD-FNL à la table de négociation d'un cessez-le-feu.

Il ne faut pas lâcher la proie pour l'ombre. La seule chose qui vaille aujourd'hui, c'est le cessez-le-feu, c'est la sécurité. C'est ça la proie. L'ombre, le mirage, c'est les strapontins derrière lesquels l'on court et qui vont vaciller, emporter dans leur chute ceux qui les occuperaient si les violences ne sont pas arrêtées, si les désordres internes programmés par certains spécialistes de ce genre de choses bien connus et bien présents dans la coalition éclatent.

Donc au G6 et au G7, nous donnerions le conseil suivant : une coalition pour faire venir les FDD-FNL à la table de négociation d'un cessez-le-feu. S'il le faut- et il le faut, par une demande collective de sanctions contre ces groupes terroristes ! Cette coalition-là, les Barundi la salueront des deux mains. Le reste, ce sont des pièges ! Seuls les suicidaires vous y suivront. Et à la porte de la mort, les Barundi ne se bousculeront pas ! !


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