RUGAMBA-NET PRESS

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Une réflexion d'un visiteur du site Rugamba

Chers Messieurs,

Je vous saurai gré de bien vouloir publier sur votre site AGORA ces quelques lignes, il s’agit de quelques réflexions personnelles, sur l’une ou l’autre actualité de notre pays, elles n’engagent que son auteur.

1. Pouvoir et médias

Les journalistes se font tirer les oreilles lorsqu’ ils manifestent quelques écarts vis à vis du palais. L’autre jour, le maître des lieux les a convoqués et assommés avec un mot liminaire qui a duré plus d’une heure de temps, ce genre d’exercices passe mal chez les hommes qui détiennent le quatrième pouvoir ! Il est difficile de saisir le message que le Major Buyoya a livré, tenez : selon lui, «l’information n’est pas bien traitée et la communication n’est pas faite comme il faut», notre Président feint oublier que la presse est de plus en plus libre et qu’elle n’est plus à la solde du pouvoir comme au temps du Parti unique. Cette immixtion sonne comme une mise en garde à l’endroit de la presse indépendante, celle qu’il ne contrôle pas justement.

Pourquoi veut-il intimer l’ordre aux hommes de médias ? Est-il mieux indiquer à apprendre comment traiter une information à ceux-là mêmes qui vivent grâce aux articles qu’ils produisent tous les jours? Pourquoi vouloir infantiliser à tout prix ces braves gens, qui vivent grâce à leur plume au lieu de chercher comme tout le monde des postes « juteux ». Le mot juteux ne me plaît pas, il sonne comme sucer et certains responsables s’en accommodent allègrement (Cfr. Dossier ONATEL).

2. Tâtonnement et opportunisme

En politique comme ailleurs, il faut savoir opérer de bons choix au bon moment. Si le G10 est aujourd’hui divisé, c’est à cause d’une vision très limitée de leurs dirigeants. Maintenant que Mr Buyoya leur est imposé, le meilleur choix, à mon avis, n’est pas de descendre dans la rue pour envenimer le climat déjà malsain qui est observé dans les principaux centres du pays, il aurait fallu, à mon avis, resserrer les rangs pour sauver ce qui peut encore l’être : les voies et moyens pour ramener la paix, la lutte contre le génocide, contre la misère, contre les maladies, bref, sauver les paysans (Hutu, Tutsi, Twa) qui sont toujours en danger de mort !

Si Bayaganakandi veut réellement participer à la reconstruction du pays, il ne doit pas nécessairement occuper la première chaise, d’autres postes de décision sont disponibles, il n’a qu’à mettre son savoir faire au service de la nation. Je respecte l’option qu’il a prise mais il me semble que cela mène plutôt à la confrontation, comme si le peuple en avait encore besoin d’une en plus, après huit ans de guerre ethnique, le régionalisme est à nos portes et bonjour les dégâts !

Au lieu de descendre dans la rue, le collectif soutenant Mr Bayaga devrait revoir sa stratégie et entrer au gouvernement de transition pour défendre ceux qu’il est sensé représenter. Il n’a pas fait deux ans à Arusha pour créer le désordre social après. Décidément, quelque chose ne tourne pas rond chez nos politiciens.

Quid des démarches contestables et détestables entreprises constamment par le gouvernement et le Parti Uprona pour isoler les ténors des autres Partis, qu’ils traitent avec mépris, tantôt de petits partis, tantôt de partis radicaux tutsis, tout en soudoyant des hommes de paille de ces mêmes Partis tels que MM. Elysée Ntiranyibagira, Godefroid Hakizimana, Clément Ndereyabandi, Onésime Bugabo et Clément Nkurunziza qui ont déjà affiché plus d’une fois la limite de leur compétence. Buyoya devrait revoir ses attitudes et travailler sans complexe avec des gens parfois plus brillants et mieux posés que lui, qui regorgent au G10 (du moins s’il n’a pas des accointances avec le G7 comme plus d’une personne le soupçonne ), au lieu de faire appel aux seconds couteaux comme les personnes sus citées qui, en toute évidence, voudraient manger à tous les plats. Oh, Ventre quand tu nous tiens !

La fierté de Buyoya serait-elle de se trouver sur la table de décision avec ce genre de personnages face à face avec les ténors du G7? Décidément, l’envol du pouvoir actuel et de son leader se fait toujours attendre. Le pouvoir en place, veut-il réellement la cohésion du G10 ou rêve-il de l’affaiblir pour renforcer le G7. Quand l’opportunisme et l’incompétence s’entremêlent, il y a danger !

La position du Parena reste ambiguë et est gênante à plus d’un titre : un Parti qui a une assise réelle dans les principales villes du pays devrait jouer le rôle qui est le sien, malheureusement, il joue les absents et s’isole de lui-même, difficile à saisir.

Après avoir participé à toutes les réunions à Arusha, ce Parti semble prendre des distances vis à vis des Accords qu’il a lui même signés. Faisons une rétrospective de ses positions : création de l’ANAC, négociations avec le Frodebu à Kampala (aile Minani), position solitaire au sein du G10, rencontre tout récemment avec Uprona et le CNDD de Nyangoma à San Egidio…, difficile de se faire une idée de ce que veut le Parena. Très rapidement, on en déduit que la constance de ses positions est teintée d’opportunisme par moments, ce qui déroute souvent ses militants, c’est fâcheux !

Si le Parena voulait jouer les premiers rôles, il n’avait qu’à s’entendre avec le collectif Bayaga, il ne l’a pas fait et, en jouant la politique de la chaise vide, il a inconsciemment soutenu Buyoya et se retrouve aujourd’hui dans une position inconfortable, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même au lieu de jouer sur la peur d’un peuple meurtri, cela ne l’honore pas du tout. Tout porte à croire que Mr Bagaza, un patriote certes, fait tout à sa tête et déboussole ses sympathisants : donnant des directives à distance et faisant souvent ses démarches en solitaire sans en référer aux organes dirigeants de son Parti à Bujumbura, cet homme risque de perdre le terrain en voulant préserver son ego. S’il veut réellement jouer le rôle qui est le sien, il devrait rentrer et défendre personnellement ses idées au pays avec le risque de passer de temps en temps quelques nuits en prison et au pire, de risquer la vie, c’est cela la différence d’un politicien avec le Mr tout le monde. « En Afrique, lorsqu’on fait de la politique, il faut s’attendre à aller en prison », cette phrase, que je fais mienne, appartient au Professeur Alpha Condé, le célèbre opposant guinéen.

A l’abri comme il l’est aujourd’hui, je crains fort que Mr Bagaza en sorte un jour gagnant. Son Parti, soudé et imperméable aux sollicitations du pouvoir, ne saura pas le rester encore longtemps. Il appartient à son Chef de changer de cap, avant qu’il ne soit tard.

3. Démarches du G10.

En supposant que les patrons du G10 se ressaisissent, y compris le Parena, ils doivent à tout prix décider ensemble, au lieu de laisser Buyoya entreprendre toujours les démarches suicidaires et de nature singulière comme il l’a toujours fait, alors qu’il engage tout un peuple, du moins ceux qui se reconnaissent en G10.

Tout le monde sait que pour le G7, les décisions se prennent de façon consensuelle et les rôles sont partagés pour mieux occuper les chaises qui se trouvent : au gouvernement, à l’assemblée nationale, en Tanzanie, aux camps de réfugiés, en Europe, dans les médias et surtout…. au maquis. Qui dit mieux ?

La première démarche du G10 serait d’approcher les personnes regroupées aux sein des organisations telles que : l’Accord Cadre, l’AC- Génocide et PA Amasekanya car, les ignorer serait une grande erreur, les taxer d’extrémistes comme le font régulièrement le gouvernement et l’UPRONA en est une autre. Ces organisations défendent des idéaux nobles, il serait difficile de les battre à la tribune officielle, à Kigobe ou tout simplement sur un plateau de télévision ! A nos politiciens de s’essayer ! La plus grande erreur de Buyoya et de les avoir considérés comme des ennemis politiques en les marginalisant et en les traitant de tous les maux .

Le G10 a donc intérêt à écouter leurs doléances, la question de génocide est primordiale et nécessite un traitement urgent et adéquat, les instruments pour le faire sont à la portée de chacun : des régions entières ont été vidées de tutsis sous la supervision des ténors du FRODEBU, les rares rescapés croupissent dans la misère et meurent comme des rats dans des camps de déplacés.

Diluer facilement cette question dans le putsch de 1993 est tout simplement criminel. Les signaux qui apparaissent déjà sont très parlants, deux personnalités qui ont été accusées d’incitation au génocide viennent d’être libérées alors que quelques exécutants ont été pendus, il y a un non sens quelque part. Il ne sera pas étonnant de retrouver au gouvernement de transition des personnalités de ce calibre, y a t il des gardes fous, je m’interroge.

Le rapport de l’ONU stigmatisant le rôle du FRODEBU dans le génocide de 1993 n’a jamais été exploité par le Major, celui-ci vient de gommer par contre les réserves du G10 et les a remplacées tout bonnement par 11 conditionnalités annexées elles…… aux Accords d’Arusha , juste pour occuper encore le fauteuil présidentiel 18 mois de plus. Incroyable !

Les rebelles burundais sont tout aussi génocidaires que leurs homologues congolais et Rwandais qui se trouvent dans les parages, prêts à « achever le travail de débroussaillage » comme disait Higaniro, l’industriel génocidaire rwandais lors du procès de Bruxelles, ce cerveau des interahamwe répondait à la question de savoir pourquoi avait-il commandé tant de machettes pour soit disant son usine. Les visites régulières de Ndayizeye au Rwanda du temps de Habyarimana suscitent des interrogations qu’un homme comme Sendegeya pourrait bien éclaircir si du moins on daigne l’écouter. Parions que Ndayizeye connaît bien Higaniro qui purge aujourd’hui une peine de 20 ans de prison en Belgique alors que notre compatriote se voit déjà à la Présidence de la République.

Dans les accords de Lusaka, les FDD sont traités de forces négatives qui doivent être désarmées et jugées. Chez nous, elles lorgnent sur des postes de commandement au sein de l’armée ; difficile de saisir.

4. Rayon de soleil et Flash Back

Lors de son passage à Bruxelles de Mr Mathias Sinamenye, d’aucuns lui ont demandé de déposer le tablier ; avec la sobriété qui lui est reconnue, il a répondu qu’en démissionnant, il n’aura pas résolu les problèmes inextricables que connaît notre pays. En sommant son Ministre des télécommunications de surseoir à la décision prise par ses collabos, il vient de poser un geste hautement symbolique qui rehausse son image. Une logique somme toute évidente s’impose : le Ministre des télécommunications et les organes dirigeants de l’ONATEL devraient acter le désaveu et démissionner en conséquence, ce qu’ ils ne manqueront pas de faire s’ils veulent sauvegarder leur honneur. Leur geste serait symbolique dans une administration aussi corrompue, ce dont je doute fort, parce nos responsables n’ont jamais cette culture. On y est pas encore car, il paraît que les longs bras rôdent tout autour du dossier et Mr Sinamenye risque d’être impuissant , en témoigne l’insolence et l’arrogance de certaines personnes à qui il vient de rappeler à l’ordre et qui sont normalement sous sa responsabilité, il y a probablement anguille sous roche ? Wait and see !

Bien qu’il ait des compétences requises pour occuper le poste, Mr Sinamenye a été plus d’une fois fort discret devant certains dossiers sensibles, notamment ceux en rapport avec les détournements des deniers de l’Etat, l’attribution des marchés et la corruption dans des Ministères dits économiques. Il est difficile de s’expliquer cette discrétion de la part d’un homme réputé intègre.

Epinglons quelques exemples : dans la période d’embargo, un commerçant a détourné près de 5 milliards de Fbu et a quitté le Burundi en catimini, il se la coule douce en Belgique où sa femme l’a rejoint il y a quelques temps après avoir purgé 3 ans de prison. L’Etat est-il entre temps rentré dans ses droits ?

Il y a quelques mois, un autre commerçant a fait le même chemin et a rejoint sa famille en Belgique avec en poche près d’un 1 milliard de Fbu. Et pourtant, il était en liberté provisoire après avoir payé un caution de 100 millions, histoire d'impressionner le citoyen mais, que signifie cette somme à côté d’ 1 milliard qui s’est volatilisé ? juste 10%. L ‘Etat est-il satisfait ?

Tout citoyen comme moi a le droit de se poser des questions, les fuites de fonds et des voleurs se font au grand jour et pourtant, il n’y a jamais eu de démissions ni poursuites à l’endroit des personnes qui gèrent ces dossiers mafieux, comme le Ministère de la Justice (Parquet Général) et le Ministère de l’Intérieur (PAFE). L’Assemblée nationale a-t-elle pleinement jouer le rôle qui est le sien dans ces dossiers ? J’en doute fort.

Sous d’autres cieux, ce genre de fuite entraîne automatiquement des démissions, d’abord aux niveaux les plus élevés (les ministres s’éclipsent automatiquement) en attendant l’établissement des responsabilités individuelles. En Belgique, un pédophile du nom de Dutroux s’est évadé de la prison et a été rattrapé 4 h plus tard. Pendant ce laps de temps, les Ministres de l’Intérieur et de la justice avaient déjà présenté leur démission. Autre pays, autres mœurs me dira-t-on !

Au fait, que sont-elles devenues les personnes accusées de détournement de mineurs. Si elles ont été relâchées, elles doivent attaquer en justice l’Etat et réclamer des dommages et intérêts parce que leur honneur, leur nom et celui de leur famille ont été sérieusement entamés. Si elles se taisent, on est en droit de se poser des questions.

 Rurema Samson.

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