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Le Frodebu est rattrapé par l’histoire.

 

Par  Samson Rurema 

Le journal "International Afrique Media" dans son n° 36 daté d’Août – septembre 2001,nous informe que le gouvernement rwandais a porté plainte contre certains dirigeants du Frodebu devant le Tribunal Pénal International sur le Rwanda à Arusha (TPIR). Depuis lors, nous avons écouté sur RADIO BANESHA FM les ténors du Frodebu exigeant que le Rwanda fournisse des noms et des preuves. N’eut été la gravité des faits, on se serait surpris entrain de rire.

Je ne crois pas une seconde que le Frobebu ne sait pas réellement la procédure judiciaire dans ce cas d’espèce. Si les preuves existent et que le suspect génocidaire se trouve en dehors du territoire rwandais, le Rwanda les transmet au TPIR , celui-ci demande à son tour au pays abritant le dit suspect de coopérer, c’est plus simple que cela.

Je voudrais m’interroger ici sur l’impact que l’information aura dans notre pays. Au sein de notre gouvernement se côtoient tous les partis burundais (à l’exception du Parena) et le Frodebu y joue les premiers rôles, il n’est pas exclu que l’un où l’autre membre de ce dernier ait prêté main forte au génocide de 1994 au Rwanda. On le saura un jour, l’histoire est têtue. Au-delà des suspects, il y a des complices qu’il faudra punir un jour ou l’autre et qui ne sont pas nécessairement membres du Frodebu.

Pour revenir aux révélations du jour, les dirigeants du Frodebu qui veulent des preuves n’ont qu’à bien se tenir. A l’heure actuelle, partout où l’on passe, que ce soit dans les airs, sur mer ou sous terre, on laisse toujours des traces.

Après la création des milices du Frodebu, le trafic d’armes entre le Rwanda de Habyarimana et le CNDD de Nyangoma se faisait au grand jour. Ce réseau a d’ailleurs été évoqué lors du procès de Bruxelles. Cela me rappelle spontanément un dignitaire burundais qui a été attrapé (par la MINUAR ?) avec une cargaison d’armes dans sa jeep, il occupait alors de hautes fonctions au Burundi. Cette personne ne doit pas être aujourd’hui tranquille, ça ne m’étonnerait pas qu’il est de ceux qui cherchent ardemment l’immunité provisoire à la burundaise. L’histoire révélera un jour son nom.

Les suspects me diront que je suis à côté de la plaque, puisque je relate les faits qui remontent en 1993 et ne concernent donc pas les révélations du jour, ils veulent des noms et des preuves. Je n’en ai pas mais je ne dissipe pas leur inquiétude pour autant.

Les membres du Frodebu ont de quoi avoir peur et je les comprends. Croyez-moi ! En 1994, des personnalités burundaises, flaqués de passeports diplomatiques, faisaient les navettes entre le Rwanda et le Burundi au pire moment du génocide rwandais.

Parmi ceux-là, il y avait un haut responsable burundais qui dirigeait la SOSUMO. Voilà quelqu’un qui faisait partie du cercle restreint, bien connu, formé à l’école de Habyarimana. Par la suite, il a été prouvé que ce génocidaire encadrait personnellement les milices Interahamwe. Il a été pendu publiquement en 1996. Qui peut jurer que ses amis n’étaient au courant des ses activités au Rwanda ? N’a-t-il pas révélé ses complices du Burundi avant la pendaison. On le saura.

Les camps de réfugiés rwandais qui étaient installés à Ngozi, Kirundo et ailleurs, ont certainement livré leurs secrets. Dans ces camps se côtoyaient, outre les véritables réfugiés (peu nombreux), les Interahamwe et les Ex-Far qui étaient grassement nourris par la communauté internationale (via les ONG). Quelles étaient les relations entre les autorités burundaises, les faux réfugiés et les différentes ONG ?

Pour rappel (les burundais oublient très vite), notez au passage, qu’à côté de ces camps se trouvaient les camps de déplacés burundais qui avaient comme seule ration les attaques nocturnes des ces génocidaires. Quel triste dénouement !

On n’oubliera pas, même si les temps changent (les hommes aussi), la bravoure du Colonel Twagiramungu qui était alors Gouverneur de Ngozi. Ce colonel a pu dénouer cette situation qui était devenue intenable. Depuis lors, Ngozi est devenue la région la plus paisible du Burundi.

Mr Twagiramungu s’est par la suite accommodé, trop facilement à mon avis, avec la vision qui n’était pas la sienne au départ, c’est dommage. Se rappelle-il des pancartes que les jeunes burundais brandissaient à Bujumbura pour le réclamer en sauveur ? Il n’est d’ailleurs pas le seul colonel à avoir changé depuis août 1996, d’autres se reconnaîtront . Grandeur et décadence, enfin, passons.

Négationnisme burundais.

Les rescapés du génocide espèrent que notre voisin du Nord les aidera à traquer leurs bourreaux, puisque nos dirigeants ne font rien en ce sens. Les négociateurs du G8 devraient avoir honte !

Tout le monde le constatera avec moi, notre Président, malgré son instabilité notoire dans son orientation politique, reste très constant dans sa vision sur la question de génocide. Et pour exemple : en 1988, deux communes frontalières du Rwanda (Ntega et Marangara) ont été vidées de tutsis sous impulsion de Habyarimana et du Paripehutu, il a amnistié les auteurs avant qu’ils n’aient été jugés. Saisissez bien.

A son retour au pouvoir en 1996, il avait promis de lutter avec la dernière énergie contre le génocide. Il a vite oublié sa promesse et s’est envolé à Arusha pour négocier je ne sais quoi, en tout cas pas la paix, puisque les massacres sélectives ont continué pendant les négociations et après la signature des accords. Le génocide est avant tout une idéologie, on ne se lasse pas de le répéter, mais à qui ? A quelqu’un qui répète inlassablement ceci :« INTIBAGIRA NTIBANA » CANKE NGO « AGAPFUYE KABAZWA IVU », sous d’autres cieux, on dit ceci : « Pardonner mais pas oublier » ou encore « Justice d’abord, amnistie après ».

Pour revenir aux négociateurs du G8, force est de constater qu’ils n’ont négocié que pour eux, ils en sont d’ailleurs conscients, parce qu’ils n’ont jamais rendu une seule visite de réconfort aux déplacés. Que dire lorsqu’ on voit des réunions des partis qui se tiennent, juste pour démettre leur Président afin que certains puissent se positionner au mieux avant l’arrivée du gouvernement de transition.

Au risque de choquer plus d’un, j’ai l’impression que le temps que les partis ont passé à Arusha a servi à élever le statut de génocidaires burundais, d’abord à celui des bandes armées, ensuite au rang des combattants armés. La nuance est de taille. Franchement parlant, que dire d’autre puisque les rescapés sont toujours dans des camps de déplacés, puisque les massacres sélectives se font au grand jour et les génocidaires s’en réclament ouvertement.

Le G10 n’a fait mieux que de nous proposer un gouvernement de transition avec des membres flanqués d’immunité provisoire, une façon de protéger (pour des raisons inavouées) le G7 dont certains membres auraient trempé dans le génocide au Rwanda et au Burundi. Qui peut encore espérer que ces suspects seront jugés un jour. Excusez-moi, ce sont des histoires qu’il faut raconter à vos grands-mères !

Dans le temps, nos grands-pères nous disaient ceci : « Si tu es chef de famille et que le guerre éclate, vas au front et s’il le faut, meurs là-bas au lieu d’être tué devant ta femme et tes enfants. Si par malheur les ennemis te trouvent à la maison, implores-les pour que tu sois tué le premier ». Est-ce que nos dirigeants se battent-ils aujourd’hui pour l’avenir de leurs enfants ?

Ma réponse est négative, ils se battent pour eux mêmes et pour des motifs sans lendemain. Que dire de cette personne qui nie le génocide de 1993 alors que sa mère a été enterrée vivante tout simplement parce qu’elle était tutsie, que sa région entièrement vidée de tutsis ? Peut-on dire qu’il représente valablement le G10 ?

Celui qui me lit pourrait croire que je milite pour la non-participation du G8 au gouvernement de transition.

A la lumière de ce qui s’est passé depuis 1988, il serait extrêmement dangereux de laisser Mr Buyoya dicter ce qu’il veut, comme il l’a toujours fait. Il n’hésiterait pas un instant à répéter sciemment les mêmes erreurs et, cette fois-ci au nom du G8. Il ne serait d’ailleurs pas étranger au morcellement des partis, pour y dénicher enfin des hommes de bas étage, à qu’il pourrait inculquer à volonté sa propre vision, celle qui nous a mené là où nous sommes aujourd’hui.

Il faut entrer au gouvernement parce qu’il n’y a pas d’autres voix. Buyoya a verrouillé partout et par tous les moyens : la corruption des forces qui empêchent les manifestations de rue et l’emprisonnement des opposants politiques et ceux de la société civile n’étant que les moyens les plus visibles.

Honnêtement, Buyoya est un bon stratège : conscient de son immense impopularité, il ne laissera jamais les gens descendre dans la rue . La fuite honteuse de Ntibantunganya dans une ambassade étrangère lui aura appris bien des choses. Il se dit qu’il ne doit rien qu’à l’armée qui l’a aidé à se hisser là où il est, par la force des Coups d’Etat.

La descente de quelques bataillons dans la rue pour répéter le même schéma s’est soldée par leur renvoi à la colline, tant pis pour le peuple, qui comptait pourtant sur leur protection. Pendant ce temps, des milliers de FDD, Interahamwe, Ex-Far entrent massivement au Burundi pour s’y installer de façon durable.

D’aucuns disent que ces forces négatives veulent conquérir une partie du territoire pour de bon, afin qu’il puisse négocier en position de force. Ils viennent au grand jour, passent à 4 km d’un camp militaire, à pied s’il vous plaît ! Avez-vous bien compris ?

Les forces qui comptent

Le Parena et le MRC (qui vient de naître) pourraient canaliser les profondes aspirations des burundais qui se reconnaissent en G8. Pour cela, ils devront batailler ferme pour vaincre d’abord leurs propres sentiments de frustration.

Je l’ai déjà dit ailleurs, le Parena me paraît arrogant sans que l’on sache trop pourquoi. Le nombre et la qualité de ses membres semblent le griser un peu. Il oublie que le pays ne va pas bientôt aux élections et que ces deux atouts devraient servir plutôt à nous débarrasser des maux inqualifiables qui rongent notre pays. Pour cela, il a besoin de toutes les forces, y compris celles qu’il ne cesse de dénigrer à chacune de ses sorties.

J’ai l’impression que le Parena s’acharne à se détruire lui-même, c’est très étonnant de la part d’un parti qui avait porté tant d’espoirs pour des millions de Burundais. Je me rappelle, non sans fierté, des meetings de son Président qui réconfortaient plus d’une personne. Puis-je lui rappeler le mot sorti un jour de sa bouche : « Timba ». Mr Bagaza devrait méditer profondément sur ce mot et prendre le chemin de retour. Au Burundi, Il ne sera plus menacé que ces milliers de burundais qui empruntent nos routes peu sûres.

Connaissant personnellement la rigueur et la sagesse de Bagaza, je n’ose pas croire il ne sache plus disséquer aujourd’hui le paysage politique burundais après cinq ans d’exil. Ou il reçoit des rapports truffés de mensonges, ou il ne fait plus confiance à personne, ce qui serait fatal pour son parti.

Pourquoi s’acharne-il à envoyer des gens dans la rue ? Pourquoi ne rentre-il pas pour être au devant de la scène politique ? A la moindre mauvaise humeur de l’armée, le pouvoir se rabat aveuglément sur les parenistes, en attendant les véritables coupables. Pourquoi veut-il tant martyriser ses membres ? Telles sont quelques questions que Mr Bagaza devrait se poser, à l’abri de ses courtisans, qui lui envoient des informations savamment distillées.

S’il s’engage à rentrer, ses sympathisants lui pardonneront de quelques errements de parcours et mauvaises appréciations de sa part lors des négociations d’Arusha. Tout compte fait, on oublie pas facilement la période de 1976-1987 et celle de 1994-1996 !

Je me permets de reproduire ci-après une phrase qui me paraît opportune à l’adresse du Parena. Elle est tirée du document de l’Ambassadeur Frédéric Ndayegamiye, publié dans in-Burundi.net :

« Abandonnez les positions figées et belliqueuses de « si ce n’est pas moi, tout doit s’écrouler ». Un humble conseil : posez vos conditions et préparez-vous à entrer dans les institutions de transition »!

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