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BURUNDI - GENOCIDE
LA PAIX TOUJOURS
DEMENTIE PAR LE SANG.
Par J.-F. SEBATORE.
27 élèves-officiers massacrés, 7 civils tués, des blessés : un bilan sombre d'un crime contre l'humanité parmi tant d'autres qui plonge en émoi les victimes désignées du génocide et qui laisse indifférente une certaine classe politique burundaise occupée à négocier ou à marchander à Arusha l'avenir d'un Burundi qui ne se reconnaît plus et dans lequel, de plus en plus, personne ne se reconnaît. Où est le gouvernement ? Où sont ceux qui négocient la paix ?
Alors que la presse nationale privée et les média internationaux dénoncent le crime commis par les terroristes-génocidaires du CNDD et du PALIPEHUTU sur la route nationale n°7 (RN7) en commune Kanyosha entre 18h30 et 19h00 contre les joueurs de l'équipe de handball de l'ISCAM (Institut Supérieur des Cadres Militaires), les négociateurs d'Arusha et de Pretoria poursuivent les négociations au moment où les leurs sont décimés. Le gouvernement burundais n'a manifesté à la nouvelle aucun signe d'indignation à la suite de ce crime contre l'humanité.
Alors qu'ailleurs, les gouvernements se précipitent sur les lieux des drames en cas de catastrophes moins graves que le carnage de la RN7, qu'ils adressent des messages de solidarité aux familles des victimes, au Burundi, c'est de façon évasive qu'on fait cela. Les familles des victimes pleurent les leurs dans leur retranchement en solitaire avec seulement l'appui des amis et des proches. Pour le gouvernement, la vie continue comme si de rien n'était. Les victimes n'ont pas bénéficié d'une heure ou d'une minute de deuil national. Les victimes désignées du génocide se résignent et attendent avec angoisse leur tour. Mais au même moment, on leur dit que la paix est proche avec l'accord de paix attendu le 28 août 2000. Dans d'autres circonstances, pour la mort d'un député hors-la-loi abattu, le Gouvernement, l'Assemblée Nationale, .... se mobilisent pour condamner et exiger des enquêtes tous azimuts. Mais pour les 34 victimes du 6 août 2000, c'est comme si elles étaient naturellement condamnées à sort pareil.
Le pogrom commis contre l'équipe de handball de l'ISCAM par le CNDD et le PALIPEHUTU en coalition avec les génocidaires rwandais des ex-FAR et les miliciens Interahamwe nous pousse à nous interroger sur la nécessité des négociations d'Arusha, sur l'accord de paix et les crimes qui se perpètrent , sur les négociateurs et sur le génocide qui est au centre du drame burundais. Cela nous amène à constater que la paix est piégée et qu'elle est pour longtemps et constamment démentie par le sang.
La nécessité des négociations d'Arusha : un alibi pour mieux parachever le génocide.
Les groupes terroristes-génocidaires et leurs collègues en négociation cherchent-ils la même paix ? Si cela est vrai, on est en droit de se demander quel genre de paix et pour qui elle est cherchée. Depuis qu'on négocie à Arusha, chaque round, et Dieu seul sait combien ils sont nombreux, est précédé et accompagné par une escalade de violences qui emportent des centaines, voire des milliers de paisibles citoyens comme ces jeunes joueurs qui venaient de livrer un match de handball à Bururi. Ils n'étaient pas sur le front et voyageaient avec plusieurs civils.
A quoi servent les négociations du moment que depuis plus de deux ans qu'elles durent, les populations civiles sont tuées par des terroristes-génocidaires ultra-hutu pour le simple fait qu'elles sont Tutsi ou assimilées ? La réponse est donnée par l'organisation la plus ultra-hutu, à savoir le PALIPEHUTU. Un porte-parole de ce mouvement terroriste-génocidaire a fait savoir vendredi 4 août 2000 sur les ondes de la BBC : "La paix est encore loin au Burundi. Qu'on cesse de mentir aux Burundais".
Ce porte-parole, M. Alain Mugabarabona, qui s'est présenté comme conseiller politique et militaire du chef du PALIPEHUTU et résidant en Hollande sait de quoi il parle. Il sait bien que les négociations ne servent à rien parce que le programme des organisations terroristes-génocidaires est d'en découdre avec les Tutsi. Ils estiment que la paix est impossible aussi longtemps qu'il y aura au Burundi la moindre trace d'un Tutsi. Le PALIPEHUTU et ses alliés n'ont pas de programme politique ou de projet de société en dehors de l'extermination des Batutsi et ceux qui leur sont assimilés. Le sang des innocents qui coule toujours sur la route, à la maison, à l'école, à l'Eglise est là et constitue un démenti éloquent de la paix attendue d'Arusha.
L'accord de paix attendue d'Arusha ou la négation de la paix.
Des civils meurent toujours mais ceux qui vont à Arusha se félicitent du pas franchi sur la voie de la paix. Ils brandissent l'imminence des accords mais au fur et à mesure qu'on approche la date butoir, la paix est démentie par le sang. Le projet de paix a déjà montré ses limites mais aussi qu'il ouvre une voie de plus à la route d'achèvement du génocide. Les ultra-hutu entendent capitaliser cet accord qui leur permet d'accéder à leur amnistie. Le cas des centaines de civils tués dans la province de Ruyigi ces dernières semaines et le carnage contre l'équipe de handball de l'ISCAM et leurs supporters devraient désillusionner ceux qui rêvent encore que l'accord de paix signifie le début de la paix.
Encore une fois, c'est M. Alain
Mugabarabona, conseiller militaire et politique du PALIPEHUTU qui interpelle
ces rêveurs en ces termes :
"Qu'ils signent ou ne signent pas l'accord, nous,
nous avons notre programme. Ce qui se dit ou se fait à Arusha,
nous n'en savons rien".
La réponse est sans appel. Le programme du PALIPEHUTU
et de ses alliés ne s'est jamais démenti. Il s'agit d'exterminer
tous les Tutsi et tous ceux qui leur sont assimilés. L'extermination
de l'équipe de handball de l'ISCAM et de leurs supporters est inscrite
dans ce programme qui a été rigoureusement respecté
et exécuté depuis août 1988 à Ntega et à
Marangara. C'est ce même programme qui sera toujours suivi après
Arusha comme le confirme ce conseiller du PALIPEHUTU. La paix sera
toujours démentie par le sang comme il en a été ce
dimanche 6 août 2000. Les négociateurs d'Arusha sont à
côté du problème de fond qu'est le génocide
contre les Batutsi et tous ceux qui leur sont assimilés.
La seule raison d'être d'Arusha est dénoncer le génocide et promouvoir le "Plus jamais ça".
Les négociateurs d'Arusha se prélassent dans l'accessoire au moment où la seule raison d'être d'Arusha est de dénoncer le génocide et sa pratique, identifier les génocidaires et leurs réseaux, détruire et démanteler toutes les organisations génocidaires et leurs réseaux ainsi que promouvoir le "plus jamais". Le camp des ultra-hutu l'ont bien compris et s'attellent à fausser les cartes en s'activant à occulter le génocide. C'est lui qui les gène le plus parce qu'il est encore inachevé. Seul un accord aux allures du projet du 17 juillet 2000 est à même de les tirer d'affaire et de les aider à poursuivre leurs ambitions et les mener à bon port, c'est-à-dire à exterminer tous les Tutsi et tous ceux qui leur sont assimilés. Les récentes tueries à Ruyigi, Bujumbura rural et surtout l'extermination de l'équipe de handball de l'ISCAM et ses supporters sont là pour nous montrer ce que sera le Burundi si le projet d'accord du 17 juillet est signé à l'état oû il se trouve.
Le dernier sursaut du camp tutsi qui vient d'avoir lieu est le dernier rempart pour corriger le dérapage d'Arusha. Si le nouveau G10 formé le 7 août 2000 venait à refaire faire le projet d'accord et qu'il parvient à le faire adopter de manière à ce que le génocide soit dénoncé, que les génocidaires et leurs alliés soient identifiés et que le projet mette en avant "le plus jamais ça", alors il sera possible de croire à la paix. Sinon la paix sera toujours démentie par le sang.
En définitive, la paix est toujours
démentie par le sang avec des tueries comme celles du 6 août
2000 sur la RN7. Ce crime est un crime contre l'humanité et le gouvernement
burundais devrait engager une enquête comme il l'a fait à
Muzye avec le massacre de quelques fonctionnaires onusiens en octobre 1999.
Il devrait réserver la même promptitude à cette enquête
comme il l'a fait aussi pour les enquêtes sur l'assassinat du député
Gisabwamana ou sur la mort des gens en commune Rutovu. On ne doit pas tout
attendre d'Arusha; les victimes désignées du génocide
doivent s'imposer et élever le ton pour exiger la sanction du crime
de génocide. Ils doivent avoir à coeur qu'il faut faire face
à cette dure réalité quotidienne de la mort tragique
toujours aux aguets. La paix dont on parle à Arusha sera toujours
démentie par la réalité des faits, à savoir
le sang des innocents. Aux victimes désignées d'ouvrir les
yeux et de faire arrêter cette escalade car Arusha et ses financiers
ne souffrent pas quand le sang coule sur nos routes, dans les ménages,
à l'église, à l'école, à l'hôpital,
... etc. La survie des victimes désignées du génocide
dépendra d'elles-mêmes et non d'Arusha : celui-ci sera toujours
démenti par le sang des innocents.