RUGAMBA-NET PRESS

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Accord de paix d’Arusha : Les mirages de la paix au Burundi ou la conclusion d’un Accord de tous les dangers.

 

Par  Jean-François SEBATORE

 

L’accord d’Arusha intervenu le 28 août 2000 en Tanzanie consacre les résultats mitigés de deux ans de négociations dont les préliminaires remontent de loin dans le temps, à savoir en 1991 avec les tentatives de négociation entre Buyoya et le Palipehutu avec l’intermédiaire des prélats burundais dont Mgrs Bududira et Ndoricimpa. Dans cette série d’articles que nous commençons ici, nous allons passer en revue cet accord à travers l’analyse de ses articles qui montrent qu’en réalité l’accord d’Aruha n’est pas porteur de paix, si du moins il n’est pas revu et ré- animé d’une autre volonté de paix et non celle qui a prévalu à Arusha. A l’état où il est et connaissant la volonté de ses signataires, c’est un accord de tous les dangers.

INTRODUCTION de l’Accord : Une fausse profession de foi.

A la lecture de l’introduction de l’Accord dit " Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi " signé le 28 août 2000 en Tanzanie, on est frappé par le caractère artificiel de la profession de foi des signataires de cet Accord. Tout est écrit comme si les négociateurs d’Arusha sont des extra-terrestres ou des étrangers qui n’ont aucune référence ou une trace au Burundi. C’est comme ce pays n’existait pas avant Arusha. Tout est tourné vers l’extérieur. On est frappé par l’absence totale de toute référence au Burundi, à son passé, à ses symboles, à son histoire, à sa culture, ...etc. Bref, il n’y a aucun repère nationale comme si le Burundi n’avait pas de civilisation, d’histoire, de culture, de symboles, etc...avant le 28 août 2000. On fait table rase de tout cela pour construire un autre pays. Le Burundi est ici construit ex-nihilo et il n’y que les Barundi pour subir cette nouvelle trouvaille.

D’emblée, le premier "considérant" est une référence tanzanienne : "considérant les séries de pourparlers tenues à Mwanza en 1996 ". Ces pourparlers de Mwanza n’ont été sanctionnés par aucun document écrit et ils regroupaient une partie des organisations se trouvant aujourd’hui à Arusha. Il s’agissait des partis politiques agréés au Burundi et qui avaient négocié et signé la Convention de Gouvernement d’octobre 1994. Les pourparlers de Mwanza étaient une prolongation, une correction et une réorientation de la Convention qui avait connu une sorte de blocage.

Les pourparlers de Mwanza s’étaient bloqués à leur tour parce que, précisément NYERERE avait voulu engager ces pourparlers sur la voie de l’occultation du génocide et de l’absorption du crime de génocide dont les terroristes génocidaires du CNDD, Palipehutu et ses alliés burundais et rwandais étaient responsables. NYERERE voulait entraîner UPRONA à reconnaître que ces organisations génocidaires étaient des mouvements légitimes avec lesquels, il faut négocier. Le président de l’UPRONA, M. Charles MUKASI et son équipe dominée surtout par feu Nicolas MAYUGI,  Alphonse KADEGE, Gabriel SINARINZI, Concilie NIBIGIRA et Frédéric NZABAMPEMA, avaient fortement refusé et rejeté cette offre de NYERERE. C’est dans ce cadre que NYERERE avait échoué et recouru au forcing en convoquant le sommet du 26 juin 1996 qui décida l’intervention des troupes étrangères que le peuple burundais refusa énergiquement à la grande déception du Frodebu et ses satellites qui l’avaient commandée.

La référence à Mwanza est donc une fausse profession de foi car l’esprit qui avait triomphé à Mwanza, n’est pas celui qui est derrière les Accords d’Arusha, à savoir la promotion du génocide dans les moeurs politiques et comme une opinion politique, l’occultation du génocide et la condamnation des victimes de celui-ci, le bradage de la souveraineté nationale et la mise sous-tutelle étrangère du Burundi. A Mwanza, la résistance à la légitimation du génocide avait triomphé avec la détermination de 3 hommes surtout : Charles MUKASI, Nicolas MAYUGI et Alphonse KADEGE. Cependant, ce dernier finira par faire défection avec l’avènement de son grand mentor, M.Pierre BUYOYA II dont son retour aux affaires a réanimé et réhabilité le Frodebu et par là, revigora les satellites armés du Frodebu, à savoir le CNDD et le Palipehutu.

Les autres références à l’extérieur comme : "ayant participé aux négociations tenues à Arusha... ", la déclaration du 21 juin 1998 à Arusha, "exprimant notre profonde appréciation ... " à NYERERE, à MANDELA, aux Etats de la région des grands-lacs et à la communauté internationale, constituent une autre fausse proclamation de foi ou un masochisme déconcertant ou encore un mépris total du peuple burundais qui a souffert des affres de l’embargo. Si le Frodebu et ses alliés du G7 peuvent être satisfaits et être contents de ces références, le G10 ne devrait pas le faire de bon coeur et au contraire, il aurait dû se rappeler que toutes ces personnes et tous ces pays sont de triste mémoire : NYERERE et les pays de la sous-région pour avoir soutenu les terroristes génocidaires et soumis le Burundi à un embargo illégal, illégitime et cruel pendant une longue période, la communauté internationale pour avoir tenté d’asphyxier le peuple burundais depuis 4ans en coupant la coopération; Mandela pour avoir occulté le génocide du Frodebu et ses alliés contre les Batutsi et les Bahutu qui refusent l’idéologie de génocide.

C’est par diplomatie qu’ils ont accepté cela, me dira-t-on. Mais une diplomatie de mauvais goût comme on en voit tous les jours. Hitler avait imposé de tels compliments à son égard par ses victimes parties aux divers accords qu’il avait signés avec elles et qui feront objet de ses attaques quelques temps après. L’Angleterre et l’URSS en savent quelque chose. C’est toujours de fausses proclamations de foi qui guident les accords fondés sur le mensonge et la duplicité comme celui d’Arusha. Le danger se cache derrière de tels faux sentiments accouchés sur du papier froid avec de l’encre bleu qui se transforme en sang des innocents au lendemain de tels Accords. Mais c’est toujours le sang des autres et non des signataires.

"Déterminés à faire abstraction de nos différends ... ". Voilà une autre fausse profession de foi parachutée pour faire plaisir aux nombreuses personnalités du monde réunies à Arusha le 28 Août 2000. Un tel engagement est un slogan vide de sens : comment faire abstraction d’un différend de sang comme celui de génocide ? Le problème burundais est qu’entre les Barundi, il y a un contentieux de sang qu’est le génocide. Il est même imprescriptible et on ne peut pas passer l’éponge sur lui pour la simple raison de vouloir faire abstraction de "nos différends dans toutes leurs manifestations afin de mettre en avant ce que nous avons de commun et qui nous unis.. ".

Un tel engagement et précisément celui de vouloir occulter le génocide et amnistier les génocidaires. Voilà qui cache le danger mortel de la nation burundaise. On ne peut pas continuer à amnistier le génocide selon la volonté de quelques leaders en mal de légitimité. Le Burundi a expérimenté plusieurs amnisties sous Buyoya mais cela n’a pas empêché que d’autres génocides se répètent à des intervalles très rapprochés. Buyoya est allé jusqu’à "gratifier" les génocidaires d’une certaine prime après le génocide de Ntega et Marangara en faisant construire des maisons à ceux qui venaient de commettre le génocide contre les Tutsi. Mais cela n’a pas suffi pour que les génocidaires remettent le glaive. Au contraire, ils ont redoublé d’ardeur car le crime de génocide non puni se banalise et se répète à longueur des années. Ailleurs, face au génocide on développe  le "plus jamais ça".

La considération "conscients que la paix, la stabilité... sont les principales aspirations du peuple burundais" se passe de commentaire car elle est correcte mais l’on peut se demander si les signataires y croient profondément.

Pour le cas suivant :"Réaffirmant notre détermination inébranlable à mettre un terme aux causes profondes de l’état continu de violence, d’effusion de sang, ...qui a plongé le peuple burundais dans la détresse... ", on constate une double contradiction et un double mensonge.

Double contradiction en ce sens que les signataires proclament une réaffirmation de leur détermination alors qu’ils ne l’avaient jamais fait, ou tout au moins manifesté les signes de vouloir l’arrêt des hostilités. Les faits sur terrain contrarient la lettre de l’Accord. C’est également contradictoire car ceux qui s’engagent à mettre fin aux causes de la violence ne sont pas tous des acteurs de la violence, à moins que toutes les parties signataires veulent qu’on les appelle des responsables des actes de violence qu’on observe sur terrain. Si on avait préalablement identifié les acteurs de ces violences, on aurait agi en conséquence sans passer par quatre chemins, c’est-à-dire, condamner et démanteler les groupes responsables des violences de nature génocidaire. Ce sont eux qui provoquent les effusions de sang, l’insécurité, l’instabilité politique, le génocide et l’exclusion.

Double mensonge parce que les signataires disent qu’elles réaffirment leur détermination dite "inébranlable" alors qu’ils ne l’ont jamais affirmé et surtout montré. Ceci est donc un mensonge. "Détermination inébranlable" est un slogan creux. Avant d’entamer les négociations, ils avaient proclamé le 16 Juin 1998 leur engagement à mettre fin aux violences. Dieu seul sait combien ces violences se sont intensifiées depuis cette date. Personne n’a jusqu’à présent évalué les effets de la déclaration du 16 juin 1998. L’accord d’Arusha risque d’être une fausse déclaration de foi de plus qui n’engage personne parce que ce sont les mêmes qui le font avec la même tonalité et la même indifférence avec l’idée derrière la tête que "uwutabeshe ntasumira umwana" dans une indifférence, devenue légendaire, des leaders burundais devant les violences de nature génocidaire.

Le peuple burundais est habitué à de telles déclarations à l’emporte-pièce qui se révèlent être de fausses proclamations de foi. La candeur exprimée à Arusha ne peut tromper que ceux qui ne connaissent pas les "leaders" burundais. Ils mentent comme ils respirent, a dit un observateur d’Arusha. C’est pour cette raison que même le dernier "réaffirmant" n’est qu’un puzzle de plus. Ils réaffirment solennellement un engagement comme si, quand les uns et les autres s’étaient constitués, soit en partis politiques légaux, soit en groupes armés terroristes génocidaires, ils s’étaient concertés pour dire qu’ainsi, ils allaient "construire un ordre politique et un système de gouvernement inspirés des réalités de notre pays et fondés sur les valeurs de justice, de démocratie,... ". C’est pour cette raison que l’introduction de l’Accord d’Arusha est une fausse proclamation de foi et qu’il est difficile de croire à la parole donnée par les signataires d’Arusha. Ce qui présage un danger pour la nation burundaise.

 

JFS.


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