http://www.cbinf.com/netpress.bi
Arusha et Lusaka: deux processus antinomiques au détriment du Burundi
par Zénon Siboniyo
Le sommet des chefs d’Etat africains intervenant dans le processus de paix en RDC prévu au départ mardi 13 février 2001 a été reporté pour jeudi 15 février 2001. Il s’agit des chefs d’Etat de l’Angola, du Rwanda, du Zimbabwe, de l’Uganda, de la Namibie (les 5 pays disposant officiellement des troupes en RDC), de la Zambie, de la Tanzanie, du Kenya et de l’Afrique du Sud. De tous ces pays qui se réuniront à Lusaka, on remarque comme toujours un pays absent alors qu’il est mille et une fois intéressé par le processus de Lusaka, à savoir le Burundi. Celui-ci est embourbé dans son propre processus à Arusha qui est un processus antinomique au processus de Lusaka. Ce dernier conçoit la paix au Congo sur une base régionale en incluant tous les pays qui disposent des forces se battant au Congo, mais aussi tous les pays producteurs des terroristes génocidaires en coalition en Afrique des Grands Lacs. Mais le Burundi, pays à la fois producteur des génocidaires et disposant doublement des troupes au Congo ne participera pas audit sommet.
Le Burundi dispose des troupes militaires au Congo et celles-ci constituent le maillon essentiel de la lutte contre les terroristes génocidaires burundais, congolais et rwandais coalisés derrière le gouvernement de Kinshasa avec les troupes zimbabwéennes et angolaises. L’isolement du Burundi dans ce processus de Lusaka constitue une source d’échec des accords de Lusaka, mais aussi de ceux d’Arusha car ces deux accords sont antinomiques. Malgré la volonté exprimée par les accords de Lusaka de neutraliser et chasser la coalition terroriste génocidaire du Congo, les succès seront minimes, car la coalition trouvera refuge au Burundi sous la protection des accords d’Arusha qui leur accordent l’amnistie et les places dans les institutions nationales du Burundi. Buyoya a déjà volé au secours de du CNDD-FDD avec l’entremise de feu Kabila et la bénédiction française à Libreville.
Absence inexplicable et inexpliquée du Burundi aux accords de Lusaka
Penser l’application des accords de Lusaka sans le Burundi est une chimère. Le Burundi et le Rwanda sont les deux pays les plus intéressés par ce qui se passe au Congo. Ignorer le Burundi est donc passer à côté de la recherche de la paix. Sans le Burundi, le Rwanda ne peut pas être signalé à Pueto ou à Pepa. C’est donc de l’hypocrisie qui se joue à Lusaka comme à Arusha. Dans les deux cas, les problèmes réels sont cyniquement escamotés. Le Burundi doublement présent au Congo est exclus d’Arusha alors qu’un pays aussi éloigné que le Kenya est bien engagé à Lusaka et fait valoir sa position.
Le Burundi se contente du rabaissant rôle de participer aux sommets sur le Congo en rôdant dans les couloirs des hôtels abritant les sommets. Et pourtant les troupes burundaises sont au Congo depuis la première guerre de libération du Zaïre et la deuxième guerre contre Kabila. Le même Burundi dispose de ses terroristes génocidaires au même titre que le Rwanda au Congo et qui luttent au côté des Kabila. Ce sont ces terroristes génocidaires que les accords de Lusaka veulent sanctionner et extraire du Congo parce qu’ils sont contre l’espèce humaine par leurs actes génocidaires contre les Tutsi; ce sont également les mêmes génocidaires que les accords d’Arusha béatifient et honorent pour qu’ils rentrent au Burundi faire la loi.
Le Burundi, dindon de la farce régionale, est le seul pays qui s’apitoie au futur sort des terroristes génocidaires (burundais et rwandais) qui ont élu domicile au pays des Kabila, la terre de prédilection de la coalition génocidaire anti-tutsi des Grands Lacs. Le gouvernement Buyoya a volé au secours de ces génocidaires en essayant de trouver ensemble avec Ndayikengurukiye une solution aux problèmes des hommes de ce dernier. Les accords de Lusaka qui prévoient le châtiment contre les terroristes génocidaires se trouvant sur le sol congolais et qui destabilisent le Burundi et le Rwanda, connaît pas! Cela est inexplicable au Burundi car les Barundi attendaient impatiemment l’application des accords de Lusaka qui, seuls, mettent en exergue le châtiment des terroristes génocidaires. Les accords burundais d’Aruha resteront non viables si ceux de Lusaka les ignorent. La coalition génocidaire de la sous-région va trouver confort au Burundi où ils vont être indistinctement intégrés dans l’armée et la police burundaises pour mieux parachever le génocide au Burundi et ailleurs. L’accord d’Arusha ne prévoit rien en ce qui concerne la séparation des terroristes rwandais de leurs frères d’armes de génocide burundais. Les deux ayant signé un pacte d’action commune et ayant lié leur sort par un combat commun contre l’espèce des Tutsi de la sous-région.
Alors, par quelle magie M. Buyoya va séparer les ex-FAR et les Interahamwe rwandais des troupes du CNDD-FDD? Les négociations entre Buyoya et son partenaire Ndayikengurukiye aboutiront au retrait des FDD et de leurs frères rwandais de la RDC pour trouver gloire au Burundi en dépit des crimes de génocide dont ils sont responsables. Malheur aux rescapés du génocide au Burundi. Et au Rwanda, pourquoi pas! En effet, nous rappellent Françoise Bouchet Saulnier et Frédéric Laffont: « tant que la frontière n’a pas été rétablie... entre le monde des humains et celui de la boucherie, l’existence d’un rescapé ne vaut plus que celle d’un rat ». Bonjour les dégâts! Le gouvernement burundais sera parvenu à soustraire la coalition génocidaire régionale du châtiment prévu par les accords de Lusaka et le Burundi sera l’empire de ceux-ci.
Pourquoi cette promptitude de Buyoya à voler au secours du CNDD-FDD?
Rien ne peut expliquer la promptitude de Buyoya à voler au secours du CNDD-FDD. Cette promptitude ne répond ni à une logique de stratégie militaire, ni à une logique politique ou diplomatique. Sur le plan militaire, Buyoya a volé au secours de Ndayikengurukiye au lendemain de la débandade des terroristes génocidaires à Tenga. Pourquoi? C’était aussi au lendemain de la débandade à Pepa et Pueto au sud-est de la RDC. Pourquoi?
Sur le plan politique intérieur, le geste a été posé au moment où les signataires des accords d’Arusha sont de plus en plus intransigeants et exigent à visage découvert le départ de Buyoya estimé avoir lamentablement échoué sur toute la ligne. C’est pour eux une autre manoeuvre dilatoire pour retarder son départ. Ils pensent que c’est aussi une façon d’échapper aux accords d’Arusha en instituant un autre cadre de négociation en dehors de celui d’Arusha qui, de plus en plus met en minorité Buyoya et les siens. Pourquoi tout cela? Est-ce que cela est vrai? A chacun de juger.
Sur le plan diplomatique, la négociation entre Buyoya et Ndayikengurukiye sous la médiation de feu Kabila est intervenue au moment où Kabila affichait sa côte de popularité la plus basse au Congo, dans le monde entier et auprès de ses amis venus à son secours. C’était déjà un homme diplomatiquement mort et le geste de Buyoya pouvait le sortir de son enlisement et de l’effritement de son image. C’était trop tard. Pourquoi?
La promptitude de Buyoya en volant au secours des forces du mal vomies par l’humanité, à savoir la coalition génocidaire hébergée en RDC, est déroutante. N’ayant pas sollicité au départ à participer aux négociations de Lusaka pour mieux combattre ceux qui, objectivement, devraient être ses ennemis, à savoir le CNDD, il a surpris tout le monde. CNDD-FDD, mon amour! Il n’y a que cela qui puisse expliquer les élans d’âme de M. Buyoya; c’est-à-dire sa logique classique de pactiser avec les génocidaires depuis 1988 (génocide amnistié contre les Tutsi à Ntega et Marangara en 1988, massacres impunis de Tutsi à Bubanza et Cibitoke par le Palipehutu en 1991, le génocide commencé depuis 1993 à aujourd’hui: Buyoya est revenu en 1996 pour voler au secours du Frodebu dont la reconnaissance du génocide perpétré par lui contre les Tutsi était en voie d’être reconnu par le Conseil de Sécurité de l’ONU et depuis son retour, on ne parlera plus de génocide).
La rencontre Buyoya Ndayikengurukiye à la veille de l’assassinat de Kabila est également un signe que Buyoya a une courte vision diplomatique sur la géopolitique régionale des Grands Lacs. Le choix de la rencontre lui-même est fort révélateur de l’incapacité du gouvernement d’avoir une vision élevée de l’intérêt national et il a contribué davantage à isoler le Burundi vis-à-vis de ses partenaires de la sous-région. Choisir la médiation d’un Kabila à la veille de sa mort et surtout au moment où cet homme était devenu l’homme le plus antipathique aux yeux du monde entier et du peuple congolais lui-même, est aussi signe que le cerveau de la diplomatie burundaise est ratatiné par le poids de ses incohérences et incongruités. Il n’y a que Buyoya pour le faire.
Voilà qu’aujourd’hui, Kabila-fils parait être le joyau de la géopolitique régionale, l’adulé du pays de l’Oncle Sam, convoité par le pays de Léopold II et embarrassant pour le pays tuteur des génocidaires des grands Lacs tout qui cherche toujours à avoir la bienséance à Kinshasa. Buyoya qui s’est fait parler à Libreville est encore une fois la dindon de la farce régionale. Malgré ses élans d’âme à Libreville, rien a changé quant à son statut aux accords de Lusaka. Il va à nouveau se faire représenter par ses hommes qui vont roder à Lusaka dans les coulisses d’hôtels lors du sommet sur le Congo. Dans tout cela, c’est encore une fois le Burundi qui est tourné en dérision car il a des dirigeants sans poigne et sans vision politique comme le disait Mandela à Arusha, parlant de la classe politique burundaise. Celle-ci l’a applaudi au lieu de le récuser.
Ndayikengurukiye peut aujourd’hui monter les enchères alors qu’avec les accords d’Arusha, on permettait déjà d’isoler ces terroristes génocidaires et de leur appliquer un embargo conformément à ces accords. On remarque que le gouvernement de Buyoya n’est pas pressé à revendiquer l’application de cet embargo, au contraire il se bouscule chez Ndayikengurukiye pour lui montrer comment échapper au courroux de l’embargo prévu par les accords d’Arusha et de l’application des accords d’Arusha.
En définitive, Buyoya vient de refuser l’occasion unique de faire jonction entre les processus de Lusaka et d’Arusha. Les terroristes génocidaires ayant refusé l’offre de négocier, même si le président de l’assemblée nationale a voulu faire croire qu’ils sont prêts à négocier, il était grand temps qu’on leur impose l’embargo et que les Etats de la sous-région et la communauté internationale représentée à Arusha aident à démanteler ces forces génocidaires à l’instar des accords de Lusaka. Voilà donc que le gouvernement de Bujumbura vole à leur secours. Au prochain sommet régional ( au tour du 28 février 2001) sur le Burundi, on ne parlera pas d’embargo, puisque Buyoya a fait le premier pas (un échec en somme) en direction de Ndayikengurukiye. Ce sera comme hier: l’initiative de rencontrer le CNDD a empêché au conseil de sécurité de l’ONU à appliquer les résolutions de la commission inernationale d’enquête (voir le rapport S/1996/682) de constituer un tribunal pénal pour le Burundi ou d’étendre la mission de celui sur le Rwanda au Burundi. Le Conseil de sécurité l’avait jugé inutile, arguant que cela n’était pas possible puisque le gouvernement était en négociation avec ses génocidaires. De même on ne pourra pas invoquer l’embargo contre les terroristes génocidaires car, on dira qu’ils sont déjà en négociation. Ce n’est pas donc Buyoya qui dira le contraire. Aux Barundi de continuer à mourir!
Les processus d’Arusha et de Lusaka viennent de manquer l’occasion de se rallier à cause de Buyoya et viennent de s’éloigner davantage pour consacrer leur antinomie. Une fois de plus, Buyoya vient de sauver les génocidaires qui étaient sur le point d’être sanctionnés avec l’application de l’accord de Lusaka. La coalition régionale des génocidaires échappent au filet lui tendu par l’application des accords de Lusaka et tous vont trouver leur eldorado au Burundi où ils vont être amnistiés par l’autre accord d’Arusha et domineront les institutions du pays au grand mépris du peuple burundais, de la mémoire des victimes de leur génocide et des rescapés de celui-ci.
Zénon Siboniyo