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Réflexion sur les causes menant le Burundi à la catastrophe et sur la solution pour l'éviter  

 par l'abbé Philippe Siriba

Prêtre du diocèse de Bujumbura  et

Professeur à l'Université du Burundi  

 

Introduction

              La situation dans laquelle se trouve le Burundi depuis le 21 octobre 1993 est allée en se dégradant de façon visible et prévisible jusqu'aujourd'hui où l'espoir de retrouver la paix est à un niveau très bas, à tel point que des organisations et des groupes de réflexion annoncent une catastrophe imminente que des prêtres et des laïcs ont annoncée il y a environ sept ans.  

            Un nombre important de causes dont chacune est suffisante par elle seule concourent pour mener le Burundi à la catastrophe. On peut en citer quelques unes, prises dans beaucoup d'autres.  

1. Le maintien au pouvoir d'un régime que 80% des partis politiques représentant les Batutsi et 88% de ceux qui représentent les Bahutu n'ont pas élu, faisant ainsi du Burundi un pays où seule la force compte. Le fait que Frodebu l'accepte à la demande de Nelson Mandela, ne change rien par rapport à la voie de la force contre celle de la justice et laisse supposer que ce parti y voit un avantage par rapport à sa politique.  

2. Un régionalisme très complexe et plus dangereux que l'ethnisme car des observateurs avisés y découvrent deux voies par lesquelles la catastrophe peut venir soit une guerre entre une province et le reste du Burundi soit une guerre entre les Batutsi de la province et les autres Batutsi, facilitant ainsi la tâche à ceux qui pensent continuer le génocide.  

3. La conspiration internationale contre les Batutsi du Burundi sans défenseur qui veut à la fois, selon les Accords d'Arusha remettre au pouvoir le parti Frodebu qui a fait le génocide et obtenir le démantèlement de l'armée avec pour conséquence la poursuite et l'achèvement du génocide. Le refus aux Batutsi de jouir de leur droit en choisissant comme Président de transition un Mututsi et la décision de leur imposer un autre constitue la poursuite de cette conspiration, compte tenu aussi du fait que Nelson Mandela "a obtenu la signature de l'Accord par la force" ([1]).  

La possibilité de l'élimination physique du Chef d'Etat que ICG annonce comme l'une des voies par lesquelles la catastrophe peut venir, une voie à signaler au même titre que les autres afin que les Barundi en empêche la réalisation.  

            L'objectif de ce document consiste à inviter nos compatriotes à faire échec, car ils en sont capables, à la guerre civile généralisée qui selon ICG est aux portes du Burundi ([2]) en espérant la réalisation du proverbe kirundi "Ibuye riserutse ntiryica isuka" dont le sens est qu'une pierre visible n'abîme pas une pioche dont l'équivalent serait "un homme averti en vaut deux" ou encore celui-ci "Uwushaka gukira indwara arayirata" (celui qui veut être guéri de sa maladie en parle).  

            En conséquence nous parlerons de la maladie qui mine le Burundi, nous parlerons de questions délicates mais largement connues avec l'unique but que cette réflexion rendra service à notre pays non seulement en invitant les Barundi à faire échec à la catastrophe mais encore en indiquant une solution qui apportera la paix à tout le monde y compris les groupes armés si on a le courage et la force morale de l'adopter.  

            La réflexion s'articulera en cinq points : le refus du changement, un régionalisme teinté du frodebisme, la conspiration internationale contre les Batutsi sans défenseur, l'éventualité de l'élimination physique du Chef de l'Etat en vue de la catastrophe et une solution pour en empêcher la réalisation.  

1. Le refus du changement

              Les négociations d'Arusha auxquelles un grand nombre de Barundi n'ont jamais cru parce qu'elles étaient généralement orientées vers le retour en force du parti qui a fait le génocide, ont donné' un grand espoir au peuple burundais parce qu'on lui a faire croire qu'elles apporteraient la paix qui devait passer par une politique différente de celle qu'il voit depuis le 21 octobre 1993. Le refus du changement pour divers prétextes, qui s'ajoute à une pauvreté inégalée jusqu'ici a forcé le pays à se résigner et à attendre anxieusement la suite.  

1.1. Rejet de la majorité et recherche de l'unanimité  

            Un grand nombre de déclarations à justifier le refus du changement ont eu lieu en disant que les partis politiques ne sont pas entendu ou qu'il n'y a pas eu un consensus suffisant.  

            Lorsque l'on sait que 80% des partis politiques représentant les Batutsi ont désigné un candidat Mututsi et 88% des partis politiques représentant les Bahutu en ont désigné aussi, on est obligé de constater que le pouvoir actuel non seulement il a rejeté la notion de la démocratie du moins celle qui ne le favorise pas mais encore qu'il est au-delà du parti unique parce que, lorsqu'un parti unique accepte la pluralité des candidatures, il ne peut plus demander l'unanimité.  

1.2. Prétexte basé sur la persistance de la guerre

              Le manque de paix dû à la poursuite de la guerre par les groupes armés a été considéré comme une cause majeure pour que ceux qui détiennent le pouvoir rejettent la mise en application de la transition par le candidat des Batutsi.  

            Depuis que l'on a imposé le même Président pour conduire la première partie de la transition, on accepte de la mettre en application avant l'arrêt de la guerre. Qu'on ait mis tant de temps et tant d'efforts pour dire au peuple burundais et à la communauté internationale que la transition n'est pas possible aussi longtemps qu'il y aura la guerre, qu'on dise maintenant que la transition est possible sans l'arrêt de la guerre, du moment que c'est le même pouvoir, cela se passe de commentaires.            

            Lorsqu'on s'est engagé de cette manière en face du monde, au nom de l'honneur qu'on se doit à soi-même et à sa fonction, au nom de la parole dite publiquement on donne sa démission, si on ne le fait pas on écrase publiquement les valeurs humaines et morales de son pays qu'on place ainsi au ban des nations.  

            Si l'on essaie de déterminer les causes qui font durer la guerre on arrive à deux hypothèses : l'insuffisance de moyens de la part du Gouvernement et le choix de la persistance de la guerre.  

1.2.1. Insuffisance de moyens  

            La première hypothèse consiste dans le manque de moyens suffisants pour que l'armée puisse battre les groupes armées. L'hypothèse se heurte à deux difficultés : la première difficulté réside dans le constat que le pouvoir actuel est en place depuis cinq ans sans avoir réussi à obtenir une victoire militaire sur les assaillants. Dans ce cas il y a peu de chances pour que la guerre cesse suite à la victoire militaire de l'armée sur les groupes armés dans les 18 mois qui viennent, la seconde difficulté est que le Burundi serait fortement armé au point qu'il pourrait mener une guerre contre deux pays voisins pendant deux ans. Dans ce cas la persistance de la guerre serait la conséquence d'une politique voulue par le pouvoir mais non pas par l'insuffisance de moyens.  

1.2.2. Choix de la persistance de la guerre

              Le peuple burundais se demande depuis longtemps la cause de la persistance de la guerre dans un pays réputé avoir une armée forte. Il sait que dans certains cas la population collabore avec les assaillants, mais il reste convaincu que le pouvoir collabore avec eux depuis le début jusqu'aujourd'hui et que par conséquent il l'entretien au lieu de la faire cesser. A côté de cette conviction généralisée concernant la complicité du pouvoir avec les groupes armés on peut citer quelques cas.  

1. Les soldats qui subissent de lourdes pertes à cause de la complicité du pouvoir avec les groupes armés "en viennent à dénoncer ce pouvoir qui prétend défendre leurs intérêts mais négocie en fait en cachette avec l'ennemi" ([3]). On peut prendre l'exemple du Frodebu-aile Nzojibwami Augustin où des parlementaires sont allés plusieurs fois à Dar-es-Salaam pour rencontre Cossan Kabura originaire de Bururi, qui était responsable du F.N.L.. La dernière fois en février 2001 ils lui auraient donné un don de 100.000.000 (cent millions de FBu) ([4]).  

2. Des organisations occidentales comme ICG (International Crisis Group ou un Groupe International des Crises) que l'on pourrait considérer comme un Super-Service de Renseignements des pays occidentaux, qui semble avoir une grande influence sur le Conseil de Sécurité, plus puissant et plus efficace que la CIA des Etats-Unis, ayant une grande capacité de prévoir longtemps à l'avance des situations qui auront lieu dans un pays donné ou des bouleversements qu'il compte y créer lui-même à partir des éléments qui y sont, un Super-Service de Renseignement qui ignore le génocide tout en soutenant une politique qui le poursuivra, sait que la guerre continue au Burundi parce qu'elle est rentable pour le régime ([5]).  

Concernant la possibilité des bouleversements à effectuer on constate que Nelson Mandela, le Chef de l'Etat et Domitien Ndayizeye apparaissent comme étant des exécutants de ICG ([6]) qui annonce aussi que "La guerre civile généralisée est eux portes du Burundi" ([7]) sans que l'on sache le rôle qu'il leur fait jouer dans cette guerre généralisée.  

3. Les groupes armés savent que le pouvoir collabore avec certains d'entre eux et dénoncent la partialité que le Gouvernement met dans cette collaboration ([8]) entre deux Banyabururi : le Président de la République et un chef de l'un des groupes armés Jean-Bosco Ndayikengurukiye.  

4. Dans une rencontre qui a eu lieu à Rome, à San Egidio du 27 février au 10 mars 1997 entre le Gouvernement et CNDD, dans l'annexe I, au point 2 intitulé Agenda de la négociation, le Gouvernement a signé un ordre chronologique où le cessez-le-feu ne vient qu'à la fin avant les garanties d'exécution.  

L'agenda que le Gouvernement a signé montre que la guerre continuera pendant la négociation, le cessez-le-feu ne venant qu'après le rétablissement de l'ordre constitutionnel et institutionnel, la question des forces armées et celle de la justice etc. La poursuite de la guerre est conforme à l'agenda de la négociation que le Gouvernement et CNDD ont signé de commun accord en présence de hautes personnalités venant de l'ONU, de l'OUA, de pays occidentaux et des pays africains.  

5. Les assaillants vivent de la guerre qu'il s'agisse de ceux qui sont payés par d'autres pays, ceux qui pour vivre vont voler, les dons qu'ils reçoivent suite à la complicité du pouvoir pour soutenir la guerre et pour empêcher les groupes armés d'être battus. Lorsqu'on n'est pas capable ou l'on ne veut pas battre les groupes armés et qu'on leur demande de déposer les armes sans accepter de partager le pouvoir avec eux, soit on veut tromper la population, soit on désire la poursuite de la guerre, soit on veut temporiser afin de donner aux groupes armés le temps de devenir forts pour prendre le pays. Il paraît donc évident que la guerre continue parce que le pouvoir ne veut pas qu'elle cesse, car "elle est rentable politiquement pour le régime" ([9]), peut-être qu'elle l'est économiquement aussi pour ceux qui sont bien placés.  

2. Régionalisme teinté de frodebisme

              Parmi les maladies qui minent le Burundi l'attention a été focalisée sur l'ethnisme probablement parce qu'il a commencé très tôt après l'indépendance et parce que ses conséquences comme la suppression des vies humaines est impossible à cacher.  

            Le régionalisme que le Barundi considèrent également comme une maladie grave a commencé avec l'avènement de la République et il est dénoncé de façon générale qui permet à ceux qui le pratiquent et à ceux qui en sont les victimes de ne pas être distincts, ce fait ayant fortement contribué à le renforcer de façon connue, avec ostentation.  

            Le moment que vit le Burundi qui s'achemine vers la catastrophe annoncée par ICG a obligé des Barundi et des étrangers à le dénoncer nommément en des termes quelques fois forts car "Uwushaka gukira indwara arayirata" (celui qui veut guérir de sa maladie en parle).  

            Le régionalisme qui va être présenté ici comme une maladie grave qui peut emporter notre pays prendra uniquement en considération la pratique sans en étudier la genèse. Afin d'éviter tout équivoque nous affirmons que tous les ressortissants de la province ne sont pas régionalistes, seule une minorité très agissante parmi ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui remplissent de hautes fonctions et ceux qui exercent des fonctions intermédiaires pratiquent le régionalisme, parfois même avec une ostentation comparable à une provocation.  

2.1. Cas éclatants du régionalisme

              En parlant de cas éclatants nous voulons parler de ceux dont on n'a même pas pris la précaution de les cacher parce qu'on y arrivait pas, ce sont des cas sans complexité que tout le monde peut remarquer parce qu'ils s'étalent au grand jour dont voici trois exemples.  

1. La suppression du parti Uprona et sa réduction au régionalisme par la création d'une branche, en utilisant la police, est un cas qui crève les yeux, montrant la détermination à tout ramener à cette province, une détermination qui a fait dire à ICG : "Bururi : le pouvoir sinon rien" ([10]) et qui a fait dire à un groupe de trente-deux Barundi de haut rang dont un Evêque du Gouvernement, un Commandant d'une région militaire etc. "Banyabururi contre le reste du pays" ([11]).  

2. Le démembrement du parti Frodebu pour renforcer le même régionalisme est également un cas connu, sauf que le véritable parti Frodebu est encore autorisé à tenir des réunions en tant que parti politique là où le véritable parti Uprona ne le peut plus.  

3. Un autre cas éclatant de régionalisme est la statistique des responsables indiquées par ICG dans l'Appendice A tableau 1 et dans l'Appendice B tableau 2. L'Appendice A qui concerne la gestion des entreprises publiques indique que sur 38 Directions générales, 22 d'entre elles soit 58% sont dirigées par des ressortissants de Bururi. L'Appendice B tableau 2 intitulé : "Le régionalisme dans l'armée : le dernier rempart" indique sur 37 militaires ayant une grande responsabilité 26 soit 70% sont de Bururi.  

            Bien que ce cas soit grave nous considérons que les deux premières sont plus graves que lui, ils sont directement contre l'unité du pays et montrent la difficulté d'être avec les autres provinces si on ne dirige pas. Chercher à tout diriger ou se mettre à part si on ne dirige pas est une maladie très grave qui emportera le Burundi si elle persiste.  

2.2. Côté régionalisme de la guerre  

            Un grand nombre de Barundi qu'il s'agisse des soldats ([12]) ou des civiles sont convaincus que cette guerre a un côté régionaliste qu'il serait difficile à nier puisqu'ils donnent des exemples qui ont existé ou peut-être qui existent encore.  

1. Dès le départ la province de Bururi a été protégée contre le génocide parce que dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993 des soldats ont été envoyés dans toutes les communes de la province. Leur présence a découragé ceux qui auraient fait le génocide qu'ils viennent de Bururi ou qu'ils viennent d'autres provinces.  

2. Le régionalisme se manifeste même dans les groupes armés puisque Jean-Bosco Ndayikengurukiye a fait éliminer au moins cinq officiers ayant terminé l'ISCAM que lui-même n'a pas terminé, parce qu'ils ne sont pas de Bururi ([13]).  

3. La rencontre en tête-à-tête entre le Chef de l'Etat et Jean-Bosco Ndayikengurukiye est considérée par les groupes armés comme un moyen de favoriser une entente régionaliste aux dépens des intérêts de l'ensemble de la rébellion ([14]). Les Barundi portent le même jugement sur cette rencontre car il aurait fallu lui envoyer une délégation conduite par un Colonel ou un autre mais non pas le Président de la République du Burundi. La dernière rencontre de Libreville le 17 avril 2001, a même été considérée comme de la collaboration puisque cela a donné le droit à Jean-Bosco Ndayikengurukiye au déblocage d'une somme qui attendrait 2 milliards de FBu selon ce que beaucoup de Barundi disent et qui a été signalé par la RFI.  

4. L'infiltration de l'armée du Burundi par des soldats de Jean-Bosco Ndayikengurukiye est considérée comme du régionalisme. Selon ICG Jean-Bosco Ndayikengurukiye aurait donné consigne en juillet 2000 aux jeunes combattants d'entre dans l'armée du Burundi au lieu de le rejoindre au Congo, en prévision de la réforme des forces armées ([15]). En réalité l'infiltration de l'armée burundaise est antérieure au mois de juillet 2000 qu'elle soit profitable à Jean-Bosco Ndayikengurukiye ou à quelqu'un d'autre.  

            Nous allons tenter de prévoir ce qui se passera au Burundi à partir de l'infiltration de l'armée et du régionalisme dans la guerre, car les Batutsi de Bururi qui ont le pouvoir à des degrés divers, probablement parce qu'ils sont très occupés par la recherche des intérêts immédiats, semblent ne rien voir de l'extermination qui ne les épargnera pas non plus, ou oubliant que les plaintes des Bahutu contre les Batutsi depuis la naissance de la République les concernent au plus haut point. Ils ont intérêt à chercher avec les autres Batutsi une solution de survie, leur salut n'est ni dans le régionalisme teinté du frodebisme au nom, ni dans les Accords d'Arusha comme on le verra dans la question 3.  

            Les données chiffrées qui suivent se basent sur trois hypothèses : la première est un nombre choisi arbitrairement, car l'important n'est pas là, de 40.000 soldats pour les deux armées, la seconde est une estimation selon laquelle 75% des Bahutu de l'armée du Burundi rejoindront Jean-Bosco Ndayikengurukiye sans être nécessairement de la même province que lui, le reste rejoignant F.N.L., la troisième est un régionalisme qui passerait avant la considération d'être Mututsi invité à chercher une solution de survie avec les autres Batutsi, en espérant que l'hypothèse ne sera pas confirmée.  

            Supposons qu'en réformant l'armée on décide qu'il y aura 20.000 assaillants dont 10.000 de FDD et 10.000 de FNL et 20.000 de l'armée du Burundi dont 12.000 Batutsi et 8.000 Bahutu puisque, selon le Patriote N°6, ils représentent 40% des Forces Armées. Supposons que sur les 12.000 Batutsi il y en ait 7.200 en provenance des autres provinces et 4.800 en provenance de Bururi.

            Dans la première étape les 8.000 Bahutu de l'armée burundaise rejoindront les anciens soldats, par exemple 6.000 pour FDD et 2.000 pour FNL, ce qui donnera à FDD 16.000 soldats contre 12.000 de FNL.  

            Dans la seconde étape les 4.800 Batutsi de Bururi rejoindront Jean-Bosco Ndayikengurukiye pour ramener le régionalisme qui comptera 20.800 soldats obéissant à Jean-Bosco Ndayikengurukiye sans être tous de Bururi, la majorité provenant d'autres provinces.  

            Dans la troisième étape FDD et FNL se mettront ensemble obtenant ainsi 32.000 soldats pour combattre 7.200 Batutsi venant d'autres provinces ils les battront et extermineront les Batutsi appartenant à d'autres provinces et tueront les Bahutu qui sont contre le génocide.  

            Dans la quatrième étape, avec ou sans l'accord de Jean-Bosco Ndayikengurukiye ils extermineront les Batutsi de Bururi, Jean-Bosco deviendra minoritaire s'il maintient le régionalisme car les Bahutu n'accepteront pas que le Burundi deviennent une colonie de Bururi. En deux ou en trois ans après la réforme des Forces Armées le régionalisme fera disparaître les Batutsi y compris ceux qui l'ont considéré comme la seule planche de salut.  

            Ce qui semble n'être qu'une fable arrivera car même la crise d'aujourd'hui vient du régionalisme dans la mesure où, sans le soutien des Batutsi et des Bahutu de Bururi au nom du régionalisme, on n'aurait pas bravé les Batutsi en les empêchant d'user de leur droit de choisir un Mututsi pour la première partie de la transition.  

2.3. Relations entre le régionalisme, le Frodebu et "l'Uprona"  

            Qu'il y ait une relation entre les trois tout observateur s'en rend compte sans qu'il puisse la définir avec exactitude, ce qui leur permet de ne pas montrer au peuple leur politique et de paraître comme n'ayant rien de commun entre eux. C'est une relation multiple et complexe que nous tenterons de déceler pour la mettre au grand jour.  

1. Entre les trois il y a une compénétration dont le premier fondement est le régionalisme parce que d'une part le parti Uprona a été réduit au régionalisme par la création d'une branche en utilisant la police et en interdisant au véritable parti Uprona de tenir des réunions en tant que parti politique, d'autre part une branche du parti Frodebu a été également ramené au régionalisme sans empêcher le véritable parti Frodebu de reste un parti politique. Pour bien montrer qu'il s'agit de leur province et que Bururi a des difficultés d'être avec les autres provinces sans diriger chaque branche a pour responsable quelqu'un de la province.  

2. Le second fondement moins  apparent que le premier mais qui est aussi solide que lui est bâti sur le parti Frodebu l'assertion étant basée sur les raisons suivantes, la première raison est l'existence d'une branche appelée le parti Uprona diffère très peu du parti Frodebu puisqu'il lui est chaque fois associé pour réaliser ensemble une politique qui facilitera la poursuite du génocide jusqu'à l'extermination complète de Batutsi et des Bahutu qui sont contre le génocide. "Le parti Uprona" dont il est question peut être considéré comme le petit frère du parti Frodebu, la troisième raison est que le pouvoir est en faveur des deux branches car le démantèlement du parti Frodebu et la suppression du parti Uprona n'auraient pas pu réussir sans son accord en vue de la création des branches frodebistes-régionalistes, ceci implique que le pouvoir est frodebiste, la quatrième raison du fondement frodebiste des relations entre les trois est la collaboration du pouvoir avec les groupes armés nés du parti Frodebu, au moins l'un des deux l'autre ayant la même politique que lui.  

3. Le troisième fondement des relations entre les trois est la recherche de l'impunité et l'amnistie générale c'est-à-dire qu'ils acceptent qu'on ne juge pas ceux qui ont tué le Président Ndadaye et ceux qui ont fait le génocide que Bururi n'a pas connu parce qu'on a envoyé des soldats dans toutes les communes de la province dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993 sans le faire dans les autres provinces.  

Les trois permettent la formation de trois couples : Régionalisme-Frodebu, Régionalisme-"Uprona" et Frodebu-"Uprona", dans chaque couple on y trouve autre groupes de relations : Régionalisme-Frodebu, Régionalisme-Régionalisme, Frodebu-Frodebu, Impunité-Impunité.  

1. Le couple Régionalisme-Frodebu

Dans ce coupe on y trouve les quatre groupes de relations :  

. Régionalisme-Frodebu qui sont dans le titre.  

. Régionalisme-Régionalisme à cause de la branche Frodebu ramenée au régionalisme, d'où l'on obtient un surplus de régionalisme.  

. Frodebu-Frodebu le premier représentant le parti Frodebu, le second représentant la branche Frodebu. 

. Impunité-Impunité que le régionalisme et Frodebu ont en commun. 

2. Le coupe régionalisme-"Uprona"

. Régionalisme-Frodebu parce que la branche appelée Uprona est semblable à Frodebu auquel elle est associée en vue de réaliser une politique qui facilitera la poursuite du génocide.  

. Régionalisme-Régionalisme parce que la branche appelée Uprona a été ramenée au régionalisme en vue de son renforcement.

. Frodebu-Frodebu le premier signifiant la branche du Frodebu devenue un avec le régionalisme, le second signifiant la branche Uprona devenu comme le parti Frodebu pour les raisons déjà indiquées.  

. Impunité-Impunité parce que les deux recherchent l'impunité.  

3. Le coupe Frodebu-"Uprona"

. Frodebu-Frodebu le premier étant le parti Frodebu, le second la branche "Uprona" devenue le frère du parti Frodebu.  

. Frodebu-Régionalisme le second étant la branche "Uprona" ramenée au régionalisme.  

. Régionalisme-Régionalisme le premier à cause de la branche du Frodebu ramenée au régionalisme, le second à cause de la branche "Uprona" ramenée au régionalisme car les deux branches avaient pour but le renforcement du régionalisme.  

. Impunié-Impunité parce que les deux sont en faveur de l'impunité.

            La création des deux branches qui ont à la fois la politique du parti Frodebu et celle du régionalisme permet qu'elles se substituent à eux dans certains cas pour obtenir les relations Frodebu-Frodebu ou Régionalisme-Régionalisme.  

            Les trois couples et les quatre groupes de relations montrent quelles sont les relations entre le régionalisme, le parti Frodebu et le parti "Uprona", les trois tendent à ne faire qu'un avec trois fondements: le régionalisme, le frodebisme et l'impunité.  

2.4. "La guerre civile généralisée est aux portes du Burundi ([16])  

            Avant de tenter de voir ce qui pourrait entraîner une guerre civile généralisée très proche puisqu'elle est aux portes du Burundi, nous voudrions dire qu'il faut d'abord prendre au sérieux ce genre de prédictions car cela peut signifier que l'on prédit ce qu'on a préparé ou ce qu'on a planifié, ensuite faire le nécessaire pour en empêcher la réalisation. Concernant ce qui pourrait entraîner une guerre civile généralisée on peut procéder par hypothèses.  

            La première hypothèse concerne la guerre entre l'armée du Burundi et les groupes armés avec les différentes complicités dont ils disposent. Il y a peu de chances que cette guerre devienne une guerre civile généralisée dans un avenir proche pour que l'on puisse dire qu'elle est aux portes du Burundi. Nous en concluons qu'il s'agit d'une autre guerre, que ICG n'avait pas en vue celle-là.  

            La seconde hypothèse est une variante de la première dans la mesure où, selon ce que l'on dit, il y aurait, au moins dans l'une des provinces, un millier de commandos dans chaque commune, vivant en milieu rural comme les autres, sans signe distinctif, qui attendent le signal de la part des groupes armés pour commencer une guerre différente de celle que les groupes armés ont l'habitude de faire. Nous pensons que dans l'immédiat cette hypothèse ne sera pas confirmée et que la guerre civile généralisée qui est déjà aux portes du Burundi viendra d'une autre direction.  

            La troisième hypothèse est une guerre entre une province et le Burundi, une guerre qui se baserait sur l'idéologie du provincialisme c'est-à-dire basée sur l'exaltation de la province avec la conviction qu'elle est destinée à dominer le Burundi. Le rejet de cette domination par les autres Barundi peut pousser la province à déclencher une guerre qu'elle ne gagnerait d'ailleurs pas et qui ne semble pas prête à commencer.  

            La quatrième hypothèse enfin est une guerre entre les Batutsi de la province et ceux des autres qu'ils ne gagneraient  pas non plus, provocant  ainsi l'extermination des Batutsi par eux-mêmes avec le concours de ceux qui ont fait le génocide et qui compte le poursuivre.            

            Il est possible que ICG pensait à cette guerre, il est également possible qu'elle soit déjà évitée et qu'elle n'est pas à attendre ces jours-ci, bien qu'il faille rester vigilant car elle peut avoir des contours inattendus. Ce ne serait pas la première fois des étrangers planifient une guerre entre les Batutsi pour que ceux qui voudraient les exterminer ne fournissent pas de grands efforts.  

3. Conspiration internationale contre les Batutsi sans défenseur

3.1. Le fait de la conspiration  

            Le concept de conspiration utilisé ici a le sens d'une entente dirigée contre les Batutsi, bien qu'un grand nombre de personnes et de pays peuvent suivre par ignorance ou parce qu'ils n'osent pas dire ce qui ne plaît pas aux pays développés.  

            Le premier indicateur de cette conspiration consiste dans le fait que les Accords d'Arusha ont été signés par la force ([17]) en présence de hautes personnalités dont les Chefs d'Etat en provenance de pays occidentaux et de pays africains, des organisations internationales telles que l'ONU et l'OUA et des personnes exerçant de hautes fonctions.  

            Les partis politiques représentants les Batutsi ont exprimé des réserves dont on a tenu aucun compte parce que beaucoup d'entre eux se rendaient compte que ces Accords contenaient une politique dirigée contre les Batutsi.            

            La promesse de mettre dans le gouvernement de la transition ceux qui ont signé ces accords n'est que de la poudre aux yeux puisqu'ils ne participeront pas à l'élaboration de la constitution de transition que seul le parti Frodebu et son petit frère appelé "Uprona" feront à huit clos ([18]). 

            Le second indicateur de cette conspiration est qu'on a empêché les Batutsi d'user de leur droit de désigner un Mututsi pour la première partie de la transition.  

            La participation au gouvernement de la part des dirigeants des partis politiques est à la fois le soutien de l'injustice qu'on a pratiquée à l'égard des Batutsi et une couverture donnée à la constitution qui sera contre eux compte tenu de ceux qui la feront et le caractère secret qui l'accompagne, selon la recommandation de ICG ([19]).  

            Il est possible que certains responsables des partis politiques participent au gouvernement au nom du régionalisme en donnant ainsi l'impression qu'il doit être au-dessus de toute autre considération. Il n'est d'ailleurs pas étranger à la crise actuelle puisque sans le soutien des Batutsi et des Bahutu de la province on n'aurait pas bravé les Batutsi d'une manière aussi méprisante.  

3.2. La politique "un homme - une voix" associée au démantèlement de l'armée

              La politique concernant ce qu'on appelle un homme - une voix qu'on rencontre dans la démocratie occidentale ne convient pas à tous les pays car elle demande que le peuple soit mûr pour bien s'en servir.  

            Selon Suavez "les nuances de démocraties sont pratiquement infinies jusqu'à aboutir à une démocratie purement formelle si les électeurs ne votent pas sur des programmes suffisamment clairs et détaillés mais sur des hommes" ([20]). Une démocratie doit être égalitaire n'admettant d'autres différences en dehors de la vertu et du mérite.  

            Les élections de 1993 ont bien montré que les électeurs votent sur des hommes sans considérations de la vertu et du mérite, sans programmes clairs et détaillés. Le retour au vote populaire de 1993 aggravé par la situation que l'on connaît ne peut pas être considéré comme une véritable démocratie car il est à craindre que le peuple, plus sensibilisé qu'on ne le croît sur la question, vote par exemple pour un Muhutu dont les idées sont proches de celles des groupes armés mais non pas pour un Muhutu qui est contre le génocide. 

            Le génocide de 1993 serait devenu l'extermination des Batutsi et la mort de tous les Bahutu qui le réprouvent si l'armée n'avait pas eu la liberté de se déplacer pour limiter les dégâts. Comme les Accords d'Arusha ramènent cette politique pendant que l'on aura enfermé les soldats dans leurs camps après les avoir réduits à 50%, le restant étant pour les groupes armés que les soldats venant d'autres pays laisseront faire l'extermination des Batutsi, avec le concours de la population, ces Accords supposés entre les Accords pour la paix ont planifié la paix, dans un Burundi où il n'y aura plus de Batutsi et d'où auront disparu les Bahutu qui sont contre le génocide.  

            Quant au futur démantèlement de l'armée nous considérons qu'elle est déjà démantelé dans la mesure où ceux qui veulent être soldats chez Jean-Bosco Ndayikengurukiye ont reçu e lui l'autorisation d'entre dans l'armée du Burundi en attendant qu'elle soit réformée ([21]).  

            En réalité le démantèlement de l'armée est de loin antérieure à la demande des Accords et à l'autorisation de Jean-Bosco Ndayikengurukiye sans que l'on sache à qui elle profitera. On peut même émettre l'hypothèse que la grande majorité des soldats Bahutu qui selon le Patriote N°6 représenteraient les 40% de l'armée burundaise y sont entrés dans cet objectif.  

            Remarquons que même sans les élections comme celles de 1993, les penseurs des Accords d'Arusha ont demandé aux Présidents des partis politiques représentant les Batutsi de signer par la force ([22]) la poursuite du génocide lorsque l'armée ne pourra pas empêcher l'extermination qui ne s'est pas réalisée en 1993.  

            Le fait de mettre l'armée dans une situation où elle n'aura pas la liberté de secourir une partie de la population laissée à elle seule devant le peuple soutenu par l'armée des assaillants suffit, même sans les élections, pour remarquer que les Accords d'Arusha qui recommandent l'assignation à résidence forcée des soldats ont chois pour le Burundi la paix qui suivra la disparition des Batutsi et des Bahutu qui les soutiennent.            

            Au lieu de se laisser aveugler par les intérêts immédiats les Batutsi devraient comprendre que leur salut est dans une commune recherche d'une solution permettant de survivre même lorsque la politique internationale est visiblement contre eux.  

4. Eventualité de l'élimination physique du Chef de l'Etat  

            La possibilité d'un tel acte a été annoncée par ICG en ces termes : "Bien que portant une part de responsabilité dans ce blocage, le Président Buyoya devient la cible idéale de toutes les rancoeurs et le risque de son élimination physique devient réelle. Un tel événement serait catastrophique. Il provoquerait sans aucun doute des règlements de compte entre leaders politiques, et une violence ethnique incontrôlée" ([23]). ICG qui connaît le génocide qui a suivi la mort du Président Ndadaye au Burundi et du Président Havyarimana au Rwanda prévoit qu'il en sera de même si le Président actuel est assassiné.  

            La leçon du passé invite à prendre au sérieux cette prédiction car l'assassinat de Pierre Ngendandumwe qui était Premier Ministre a été annoncé anticipativement par des radios occidentales parce que des imprévus l'ont empêché de se réaliser à l'heure que ces pays avaient prévue. La prise au sérieux de cette prédiction et toutes les autres doit être accompagnée par la volonté d'en empêcher la réalisation.  

            En plus du blocage de la situation comme pouvant entraîner son élimination physique ICG semble lui indiquer, au moins en partie, la mission qu'il devra accomplir s'il obtient la première moitié de la transition :  

. La nomination de Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye (p.iv)

. "Réunir l'Uprona et le Frodebu à huis clos pour élaborer une constitution de transition" (p. iv). On remarque le caractère secret de l'élaboration d'une constitution qui doit guider notre pays sans que les partis politiques représentant les Batutsi participent à son élaboration.  

. Convoquer le Frodebu, le Cndd, le Frolina et le Gouvernement pour l'ouverture des négociations sur la réforme des forces de sécurité (p. iv).  

. Réunir l'Uprona et le Frodebu pour le partage du pouvoir (p. 36).  

. "L'exclusion de l'oligarchie de Bururi de toute position d'accumulation et de captation de la rente internationale. L'acceptation de Pierre Buyoya comme leader de la transition doit être à ce prix" (p. 36).  

            La seconde cause pouvant entraîner son élimination physique serait une mission non accomplie vue comme condition de l'obtention de la transition. Il est généralement connu que lorsque les étrangers soutiennent quelqu'un ce n'est jamais à cause de l'amour qu'ils ont pour lui mais c'est pour le service qu'il rend à leur politique commune.  

            Lorsque le bénéficiaire échoue pour avoir sous-estimé les difficultés de la mission à remplir, il risque d'être physiquement éliminé par ceux-là mêmes qui l'ont soutenu afin que cette mort qui est une sanction puisse réaliser, totalement ou partiellement, la mission qu'il n'a pas accomplie.  

            La mission à remplir porte sur quatre politiques à réaliser, deux que ICG et les Accords d'Arusha ont en commun : le démantèlement de l'armée et le pouvoir absolu du Frodebu en l'absence d'un contre-pouvoir qu'était l'armée nationale, ainsi que deux autres politiques propres à ICG consistaient dans l'exclusion de l'oligarchie de Bururi comme condition de la transition ([24]) ainsi que la fin de l'impunité ([25]). Sur ce point ICG n'est pas conséquent puisqu'il demande une voie de sortie et des garanties pour éviter au Président et à certains des siens la procédure judiciaire à l'étranger ([26]) quand il quittera le pouvoir.  

            La réalisation des quatre politiques au cours de la première partie de la transition est difficile puisque sa force repose en grande partie sur ceux que ICG l'invite à exclure et à casser ou à supprimer l'impunité.  

            Dans ces conditions, il y a peu de chances qu'il réussisse la mission dans les dix-huit mois qui viennent d'où le risque d'être éliminé physiquement par ceux qui l'ont protégé, est réel. Ajoutons que ceux qu'il a la mission  d'exclure peuvent en arriver à l'éliminer physiquement. Espérons que le Chef de l'Etat se fera protéger plus que d'habitude pour en empêcher la réalisation.  

            La prédiction faite par ICG ne peut pas faire oublier qu'il a plusieurs fois demandé pour lui et pour certains parmi les siens des garanties endossées par le Conseil de Sécurité pour qu'ils ne soient pas jugés à l'étranger ([27]). ICG prévoit également que l'actuel Chef de l'Etat pourrait être Président à vie puisque ce qui le ferait partir du pouvoir "est la dépossession partielle de la fonction de Chef de l'Etat des moyens de contrôle politique et de domination" ([28]).  

            Comme ce qui le ferait partir c'est de donner peu de pouvoir au Chef de l'Etat et que la constitution à préparer en secret sera élaborée pendant la première partie de la transition qu'il assure, il n'acceptera pas qu'on donne peu de pouvoir au Président de la République, par conséquent on peut s'attendre à ce qu'il soit Président à vie si l'accomplissement de la mission passe par cette condition.  

            Si le Président Pierre Buyoya pouvait accepter et inviter les Barundi à accepter la solution que nous proposons ci-dessous, il pourrait rester Président à vie et l'histoire le retiendrait comme un grand Chef d'Etat que les Barundi d'aujourd'hui et ceux des générations à venir béniraient éternellement.  

5. Solution évitant la catastrophe  

            Les accords d'Arusha accompagnés de réserves auxquelles Nelson Mandela n'a pas prêté attention ne pouvant pas constituer une solution pour notre pays car ils favorisent une politique qui entraînera la poursuite du génocide, quelques solutions seront proposées en passant en revue celles qui ne sont pas possibles, celles qui ne sont pas souhaitables et celle qui est proposée.  

5.1. Solutions irréalisables  

            Trois solutions sont considérées comme irréalisables : le désarmement des groupes armés, la victoire militaire de l'armée burundaise et le recours aux soldats étrangers.  

1. La première solution vue comme irréalisable est le désarmement des groupes armés par les pays voisins et par la communauté internationale. Cette solution est irréalisable pour trois raisons : la République Démocratique du Congo ne les désarme pas parce qu'elle accuse le Burundi d'occuper une partie de son territoire et d'exploiter illégalement ses richesses ([29]), à tel point que si elle le pouvait, elle occuperait le Burundi, la République de la Tanzanie ne les désarmera pas, au contraire elle les soutient puisqu'elle les maintient près de la frontière du Burundi, la communauté internationale ne les désarmera pas aussi longtemps que le Gouvernement ne leur a pas encore donné des garanties conformément aux accords qu'il a signés le 10 mars 1997 à San Egidio.  

2. La victoire militaire de l'armée burundaise n'est pas possible principalement à cause de la collaboration du pouvoir avec les groupes armés compte tenu aussi de la complicité qu'ils peuvent recevoir de la population.  

3. Le recours aux soldats étrangers pour garder la frontière n'est pas réalisable car ils devraient garder la frontière ouest depuis le lac Tanganyika jusqu'à la frontière du Rwanda et la frontière Est depuis le lac Tanganyika jusqu'à la frontière du Rwanda c'est-à-dire le long de la frontière des provinces Makamba, Rutana, Ruyigi, Cankuzo et Muyinga. A supposer que l'on parvienne à obtenir le nombre suffisant de soldats étrangers pour garder les deux frontières leur efficacité contre les groupes armés n'est pas évidente, on peut même craindre une certaine collaboration avec eux.  

5.2. Solutions non-souhaitables

              Désireux de retrouver la paix et constatant qu'elle semble s'éloigner de plus en plus un grand nombre de Barundi en arrivent à envisager plusieurs solutions y compris celle qui ne sont pas souhaitables comme celles qui suivent.  

1. La victoire des assaillants, bien que ce sera difficile, semble possible notamment si l'on tient compte de la complicité du pouvoir et de l'impression de temporisation puisqu'il n'accepte ni la victoire ni le partage du pouvoir avec eux, pour qu'ils aient le temps de devenir forts et de prendre le pays.  

2. une guerre continuelle est envisageable puisque selon ICG, elle est rentable pour le régime qui peut mettre beaucoup de temps avant d'accepter le partage de pouvoir avec les groupes armés par l'acceptation de la solution ci-dessous en 5.3.3.  

3. La recolonisation pourrait être souhaitée par certains Barundi si c'est l'unique moyen pour obtenir la paix en oubliant que c'est la dernière des choses car le pays colonisateur peut s'établir définitivement.  

5.3. Partage du pouvoir avec les assaillants

            Lorsque l'on envisage le partage du pouvoir avec les assaillants de façon globale, disons théoriquement, sans analyser la manière dont se fera le partage, la solution semble facile. Le partage du pouvoir avec les assaillants ne se limite pas à la nomination de quelques ministres pris dans les groupes armés, on doit confier une mission d'assurer la sécurité aux soldats venant de ces groupes. L'analyse des diverses possibilités de partage aidera à choisir une solution en la comparant à d'autres.  

5.3.1. Fusion des deux armées

              Cette solution qui s'offre spontanément à l'esprit, la seule qu'on envisage jusqu'ici ne satisfait ni les soldats venant de l'armée du Burundi ni ceux qui viennent des groupes armés parce qu'ils risquent de s'entre-tuer habilement de sorte que les assassinats soient attribués à des accidents ou à l'ennemi s'ils sont en guerre. La fusion des deux armées est si rejetée que selon ICG le pouvoir en arrive à rassurer les soldats que l'Accord d'Arusha ne sera pas appliqué à la réforme de l'armée et de la justice ([30]), par conséquent c'est une solution à écarter.  

5.3.2. Partage des camps militaires et des localités à protéger 

            La solution consiste à donner des camps militaires aux soldats des groupes armés en leur indiquant les localités, par exemple des collines ou des communes dont la population sera exclusivement protégé par eux.  

            L'inconvénient de cette solution est que, à part quelques exceptions? les Batutsi résidant dans ces localités ainsi que les Bahutu qui sont contre le génocide s'en iront d'eux-mêmes avant la prise de possession du camp par ces soldats parce qu'ils n'auront pas confiance en eux compte tenu du fait que les soldats venant des assaillants ont fait le génocide ou compte le faire si l'occasion se présente. C'est une solution qui devrait être écartée comme la précédente.            

5.3.3. Partage du territoire et des diverses catégories de la population  

            La solution consiste dans un double partage : le territoire et les catégories de la population, par exemple l'armée du Burundi aurait un territoire contenant les Batutsi, les Bahutu et les Batwa qui sont contre le génocide, les soldats venant des assaillants auraient un territoire contenant les Bahutu, les Batwa et les Batutsi qui choisiront le risque d'être tués au lieu d'aller recevoir une propriété dans le territoire dont la sécurité est assurée par l'armée du Burundi. Cette solution peut se réaliser suivant deux modèles: le modèle basé sur les régions naturelles et le modèle basé sur les provinces : un modèle pur et un modèle mixte.  

1. Si l'on adopte le modèle basé sur les régions naturelles du Bututsi et du Mugamba, l'armée venant des groupes armés répondrait de la sécurité dans les autres régions naturelles. Le modèle n'est pas opérationnel parce que la région naturelle du Mugamba part de la petite forêt de Bururi jusqu'à la frontière du Rwanda.  

2. Si l'on adopte le modèle provincial pur les Batutsi, les Bahutu et les Batwa qui sont contre le génocide auraient les provinces du centre au sud : Muramvya, Mwaro et Bururi, le siège devant être Mwaro qui est au centre des deux autres provinces. Le modèle pure n'est pas indiqué car il ne résout pas suffisamment le problème.  

3. Le modèle provincial mixte demande que l'on ajoute aux provinces de Muramvya, Mwaro et Bururi la province de Cankuzo et certaines communes limitrophes comme Mugongomanga, Mukike et Ryansoro ainsi que des commune éloignées où il y a beaucoup de Batutsi comme Kirundo, Bugabira, etc.. Par contre les communes de Burambi et de Buyengero qui prolongent la région naturelle des Mirwa seraient rattachées à la partie des Bahutu.  

            Le Burundi resterait le Burundi avec un Gouvernement national et deux gouvernements particuliers comme cela existe dans d'autres pays : la Belgique, le Canada, la Suisse, les Etats-Unis d'Amérique, etc.  

            Etant donné la prédominance des Batutsi dans la ville de Bujumbura, cette ville serait en même temps le siège du Gouvernement national et du Gouvernement des Batutsi, celui des Bahutu ayant son Siège à Gitega ou une autre ville, de leur choix. Les deux armées devraient garantir à chacun la liberté de circuler dans tout le pays sans avoir peur d'être tué o d'être dépouillé de ses biens.  

            La carte des provinces et des communes en 1990 fait ressortir la partie qui reviendrait aux Batutsi ainsi qu'aux Bahutu et aux Batwa qui sont contre le génocide parce qu'elle est entourée par une ligne unie.  

            Après avoir passé en revue toutes les solutions, nous pensons que celle-ci est la meilleure pour quatre raisons : la première est que la solution permet aux groupes armés de diriger au point de vue territoriale quatre cinquième soit 80% du pays, la seconde est que l'armée du Burundi ne serait pas démantelée, la troisième est l'arrêt de la guerre, enfin les Batutsi seraient préservés de la poursuite du génocide qui les menace à travers les Accords d'Arusha et les recommandations de l'ICG qui veulent à la fois ramener au pouvoir le parti Frodebu et démanteler l'armée qui avait empêché l'extermination complète des Batutsi laquelle devient maintenant possible à travers un plan supposé être les accords de paix que la transition doit mettre en application. Seule a dernière solution que le pouvoir et beaucoup de Burundi n'envisagent pas encore peut en empêcher la réalisation et empêcher la catastrophe qui semble inévitable avec le démantèlement de l'armée.  

            Au cas où cette solution  serait adoptée les communes de Mutimbuzi et de Gihanga ainsi qu'une partie des communes Rugazi et Mpanda seraient rattachées à la Mairie de Bujumbura pour permettre l'enterrement des morts et pour permettre l'agrandissement de la ville.  

Conclusion    

            La réflexion sur les causes menant le Burundi à la catastrophe et sur la solution pour l'écarter a montré les voies par lesquelles elle peut venir et a montré la meilleure solution pour l'inviter.

            Le premier point sur le refus du changement a montré que le pouvoir actuel en refusant de céder la place à celui qui avait été soutenu par 80% des partis politiques représentant les Batutsi sous prétexte qu'il n'y a pas eu de consensus, il cherche l'unanimité qui est contraire à la démocratie et use de la force contre la justice.  

            Concernant la persistance de la guerre comme argument pour refuser le changement, nous avons montré qu'elle continue parce que le pouvoir le veut car elle est rentable pour le régime qui, d'ailleurs, collabore avec les groupes armés. La poursuite de la guerre correspond aux accords que le Gouvernement a signé avec le CNDD le 10 mars 1997 à Rome dans la communauté de San Egidio puisqu'il n'a pas encore donné des garanties aux groupes armés.  

            Dans la deuxième question nous avons montré, après beaucoup d'autres, en prenant d'abord trois cas très clairs, que le régionalisme mènera le Burundi à la catastrophe. Les deux premiers cas très clairs sont la suppression du parti Uprona et le démembrement du parti Frodebu pour obtenir une branche dirigée par quelqu'un de la province. Le troisième cas très clair est la statistique montrant la province d'origine de ceux qui occupent des postes de grande responsabilité dans le service public c'est-à-dire que 70% dans l'armée et 58% dans les autres services viennent de la même province.  

            Il a été montré que cette guerre a également un côté régionaliste constaté aussi par les groupes armés qui réside, soit dans les rencontres du Chef de l'Etat avec Jean-Bosco Ndayikengurukiye, soit dans l'aide de 100.000.000 FBu (cent millions) que Nzojibwami Augustin aurait apportés à Cossan Kabura à Dar-es-Salaam.  

            L'analyse des relations entre le régionalisme, le Frodebu et "l'Uprona" est arrivée à la conclusion que les relations entre les trois avaient trois fondements : le régionalisme, le Frodébisme et l'impunité.  

            La troisième question portant sur la conspiration internationale contre les Batutsi sans défenseur fait ressortir qu'une certaine politique supposée apporter la paix aboutirait à la poursuite du génocide si elle était mise en pratique.  

            Le quatrième point évoque la prédiction de ICG concernant l'éventualité de l'élimination physique du Chef de l'Etat, les raisons qui la provoqueraient, la catastrophe qui peut s'en suivre, ainsi que la possibilité qu'il soit Président à vie.  

            Enfin le dernier point après avoir passé en revue des solutions irréalisables et celles non souhaitables a présenté celle qui si elle était adoptée, ferait échec à la catastrophe et apporterait la paix à tous les Barundi y compris les groupes armés.  

            Nous espérons que cette réflexion faite uniquement pour rendre service à notre pays dont on prédit une catastrophe imminente aidera à obtenir une vraie paix pour toutes les catégories de la population burundaise.  

Fait à Bujumbura, le 31 août 2001

Philippe Siriba

Prêtre du diocèse de Bujumbura

Professeur à l'Université du Burundi  

[1] ICG Rapport Afrique N°29 p. 33. Le rapport est intitulé "Burundi : sortir de l'impasse l'urgence d'un nouveau cadre de négociations", 14 mai 2001. Rapport Afrique N° 29 Bruxelles/Nairobi.

[2] ICG Rapport Afrique N°29 p.39.

[3] ICG Rapport Afrique N°29 p.21.

[4] ICG Rapport Afrique N°29 p.9.

[5] ICG Rapport Afrique N°29 p. 20.

[6] ICG Rapport Afrique N°29 p. vi.

[7] ICG Rapport Afrique N°29 p.39.

[8] ICG Rapport Afrique N° 29 p.4 et p.9.

[9] ICG Rapport Afrique N°29 p.20.

[10] ICG Rapport Afrique N°29 p.20.

[11] Scénarios pour le Burundi p. 16.

[12] ICG Rapport Afrique N° 29 p.4 et 8.

[13] ICG Rapport Afrique N° 29 p.8.

[14] ICG Rapport Afrique N° 29 p.7.

[15] ICG Rapport Afrique N°29 p.7

[16] ICG Rapport Afrique N°29 p.39.

[17] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 33.

[18] ICG Rapport Afrique N° 29 p.iv.

[19] ICG Rapport Afrique N° 29 p. iv.

[20] Suavez, T., dictionnaire économique et social p. 131

[21] ICG Rapport Afrique N° 29.7.

[22] ICG Rapport Afrique N° 29 p.33.

[23] ICG Rapport Afrique N° 29 p. ii

[24] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 36.

[25] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 21.

[26] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 35.

[27] ICG Rapport Afrique N° 29 p. iv, 35 et 36.

[28] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 36.

[29] Rapport du Groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et d'autres richesses de la République Démocratique du Congo N°s 25, 55 et 105.

[30] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 22.

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