
|
|
|
|


Réflexion
sur les causes menant le Burundi à la catastrophe et sur la solution pour l'éviter
par l'abbé Philippe Siriba
Prêtre du diocèse de Bujumbura
Professeur
à l'Université du Burundi
Introduction
Un nombre important de causes dont chacune est suffisante par elle seule concourent pour mener le Burundi à la catastrophe. On peut en citer
quelques unes, prises dans beaucoup d'autres.
1. Le maintien au pouvoir d'un régime que 80% des partis politiques
représentant les Batutsi et 88% de ceux qui représentent les Bahutu n'ont pas
élu, faisant ainsi du Burundi un pays où seule la force compte. Le fait que
Frodebu l'accepte à la demande de Nelson Mandela, ne change rien par rapport à
la voie de la force contre celle de la justice et laisse supposer que ce parti y
voit un avantage par rapport à sa politique.
2. Un régionalisme très complexe et plus dangereux que l'ethnisme car des observateurs avisés y découvrent
deux voies par lesquelles la catastrophe peut venir soit une guerre entre une
province et le reste du Burundi soit une guerre entre les Batutsi de la province
et les autres Batutsi, facilitant ainsi la tâche à ceux qui pensent continuer
le génocide.
3. La conspiration internationale contre les Batutsi du Burundi sans défenseur
qui veut à la fois, selon les Accords d'Arusha remettre au pouvoir le parti
Frodebu qui a fait le génocide et obtenir le démantèlement
de l'armée avec pour conséquence la poursuite et l'achèvement du génocide.
Le refus aux Batutsi de jouir de leur droit en choisissant comme Président de
transition un Mututsi et la décision de leur imposer un autre constitue la
poursuite de cette conspiration, compte tenu aussi du fait que Nelson Mandela
"a obtenu la signature de l'Accord par
la force" ([1]).
La possibilité de l'élimination physique du Chef d'Etat que ICG
annonce comme l'une des voies par lesquelles la catastrophe peut venir, une voie
à signaler au même titre que les autres afin que les Barundi en empêche la réalisation.
L'objectif de ce document consiste à inviter nos compatriotes à faire
échec, car ils en sont capables, à la guerre civile généralisée qui selon ICG
est aux portes du Burundi ([2])
en espérant la réalisation du proverbe kirundi "Ibuye
riserutse ntiryica isuka" dont le sens est qu'une pierre visible n'abîme
pas une pioche dont l'équivalent serait "un homme averti en vaut
deux" ou encore celui-ci "Uwushaka
gukira indwara arayirata" (celui qui veut être guéri de sa maladie en
parle).
En conséquence nous parlerons de la maladie qui mine le Burundi, nous
parlerons de questions délicates mais largement connues avec l'unique but que
cette réflexion rendra service à notre pays non seulement en invitant les
Barundi à faire échec à la catastrophe mais encore en indiquant une solution
qui apportera la paix à tout le monde y compris les groupes armés si on a le
courage et la force morale de l'adopter.
La réflexion s'articulera en cinq points : le refus du changement, un régionalisme
teinté du frodebisme, la conspiration internationale contre les Batutsi sans défenseur,
l'éventualité de l'élimination physique du Chef de l'Etat en vue de la
catastrophe et une solution pour en empêcher la réalisation.
1. Le refus du changement
1.1. Rejet de la majorité et
recherche de l'unanimité
Un grand nombre de déclarations à justifier le refus du changement ont
eu lieu en disant que les partis politiques ne sont pas
entendu ou qu'il n'y a pas eu un consensus suffisant.
Lorsque l'on sait que 80% des partis politiques représentant les Batutsi
ont désigné un candidat Mututsi et 88% des partis politiques représentant les
Bahutu en ont désigné aussi, on est obligé de constater que le pouvoir actuel
non seulement il a rejeté la notion de la démocratie du moins celle qui ne le
favorise pas mais encore qu'il est au-delà du parti unique parce que, lorsqu'un
parti unique accepte la pluralité des candidatures, il ne peut plus demander
l'unanimité.
1.2. Prétexte basé sur la
persistance de la guerre
Depuis que l'on a imposé le même Président pour conduire la première
partie de la transition, on accepte de la mettre en application avant l'arrêt
de la guerre. Qu'on ait mis tant de temps et tant d'efforts pour dire au peuple
burundais et à la communauté internationale que la transition n'est pas
possible aussi longtemps qu'il y aura la guerre, qu'on dise maintenant que la
transition est possible sans l'arrêt de la guerre, du moment que c'est le même
pouvoir, cela se passe de commentaires.
Lorsqu'on s'est engagé de cette manière en face du monde, au nom de
l'honneur qu'on se doit à soi-même et à sa fonction, au nom de la parole dite
publiquement on donne sa démission, si on ne le fait pas on écrase
publiquement les valeurs humaines et morales de son pays qu'on place ainsi au
ban des nations.
Si l'on essaie de déterminer les causes qui font durer la guerre on
arrive à deux hypothèses : l'insuffisance de moyens de la part du Gouvernement
et le choix de la persistance de la guerre.
1.2.1. Insuffisance de moyens
La première hypothèse consiste dans le manque de moyens suffisants pour
que l'armée puisse battre les groupes armées. L'hypothèse se heurte à deux
difficultés : la première difficulté réside
dans le constat que le pouvoir actuel est en place depuis cinq ans sans avoir réussi
à obtenir une victoire militaire sur les assaillants. Dans ce cas il y a peu de
chances pour que la guerre cesse suite à la victoire militaire de l'armée sur
les groupes armés dans les 18 mois qui viennent, la seconde difficulté est que
le Burundi serait fortement armé au point qu'il pourrait mener une guerre contre
deux pays voisins pendant deux ans. Dans ce cas la persistance de la guerre
serait la conséquence d'une politique voulue par le pouvoir mais non pas par
l'insuffisance de moyens.
1.2.2. Choix de la persistance de la guerre
1. Les soldats qui subissent de lourdes pertes à cause de la complicité
du pouvoir avec les groupes armés "en viennent à dénoncer ce pouvoir qui
prétend défendre leurs intérêts mais négocie en fait en cachette
avec l'ennemi" ([3]).
On peut prendre l'exemple du Frodebu-aile Nzojibwami Augustin où des
parlementaires sont allés plusieurs fois à Dar-es-Salaam pour rencontre Cossan
Kabura originaire de Bururi, qui était responsable du F.N.L.. La dernière fois
en février 2001 ils lui auraient donné un don de 100.000.000 (cent millions de FBu) ([4]).
2. Des organisations occidentales comme ICG (International Crisis Group
ou un Groupe International des Crises) que l'on pourrait considérer comme un
Super-Service de Renseignements des pays occidentaux, qui semble avoir une
grande influence sur le Conseil de Sécurité, plus puissant et plus efficace
que la CIA des Etats-Unis, ayant une grande capacité de prévoir longtemps à
l'avance des situations qui auront lieu dans un pays donné ou des
bouleversements qu'il compte y créer lui-même à partir des éléments qui y
sont, un Super-Service de Renseignement qui ignore le génocide tout en
soutenant une politique qui le poursuivra, sait que la guerre continue au
Burundi parce qu'elle est rentable pour le régime ([5]).
Concernant la possibilité des bouleversements à effectuer on constate
que Nelson Mandela, le Chef de l'Etat et Domitien Ndayizeye apparaissent comme
étant des exécutants de ICG ([6])
qui annonce aussi que "La guerre civile généralisée est eux
portes du Burundi" ([7])
sans que l'on sache le rôle qu'il leur fait jouer dans cette guerre généralisée.
3. Les groupes armés savent que le pouvoir collabore avec certains
d'entre eux et dénoncent la partialité que le Gouvernement met dans
cette collaboration ([8])
entre deux Banyabururi : le Président de la République et un chef de l'un des
groupes armés Jean-Bosco Ndayikengurukiye.
4. Dans une rencontre qui a eu lieu à Rome, à San Egidio du 27 février
au 10 mars 1997 entre le Gouvernement et CNDD, dans l'annexe I, au point 2
intitulé Agenda de la négociation, le Gouvernement a signé un ordre
chronologique où le cessez-le-feu ne vient qu'à la fin avant les garanties
d'exécution.
L'agenda que le Gouvernement a signé montre que la guerre continuera
pendant la négociation, le cessez-le-feu ne venant qu'après le rétablissement
de l'ordre constitutionnel et institutionnel, la question des forces armées et
celle de la justice etc. La poursuite de la guerre est conforme à l'agenda de
la négociation que le Gouvernement et CNDD ont signé de commun accord en présence
de hautes personnalités venant de l'ONU, de l'OUA, de pays occidentaux et des
pays africains.
5. Les assaillants vivent de la guerre qu'il s'agisse de ceux qui sont
payés par d'autres pays, ceux qui pour vivre vont voler, les dons qu'ils reçoivent
suite à la complicité du pouvoir pour soutenir la guerre et pour empêcher les
groupes armés d'être battus. Lorsqu'on n'est pas capable ou
l'on ne veut pas battre les groupes armés et qu'on leur demande de déposer les
armes sans accepter de partager le pouvoir avec eux, soit on veut tromper la
population, soit on désire la poursuite de la guerre, soit on veut temporiser
afin de donner aux groupes armés le temps de devenir forts pour prendre le
pays. Il paraît donc évident que la guerre continue parce que le pouvoir ne
veut pas qu'elle cesse, car "elle est rentable politiquement pour le régime"
([9]),
peut-être qu'elle l'est économiquement aussi pour ceux qui sont bien placés.
2. Régionalisme teinté de frodebisme
Le régionalisme que le Barundi considèrent également comme une maladie
grave a commencé avec l'avènement de la République et il est dénoncé de façon
générale qui permet à ceux qui le pratiquent et à ceux qui en sont les
victimes de ne pas être distincts, ce fait ayant fortement contribué à le
renforcer de façon connue, avec ostentation.
Le moment que vit le Burundi qui s'achemine vers la catastrophe annoncée
par ICG a obligé des Barundi et des étrangers à le dénoncer nommément en
des termes quelques fois forts car "Uwushaka
gukira indwara arayirata" (celui
qui veut guérir de sa maladie en parle).
Le régionalisme qui va être présenté ici comme une maladie grave qui
peut emporter notre pays prendra uniquement en considération
la pratique sans en étudier la genèse. Afin d'éviter tout équivoque nous
affirmons que tous les ressortissants de la province ne sont pas régionalistes, seule une minorité très agissante parmi
ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui remplissent de hautes fonctions et
ceux qui exercent des fonctions intermédiaires pratiquent le régionalisme,
parfois même avec une ostentation comparable à une provocation.
2.1. Cas éclatants du régionalisme
1. La suppression du parti Uprona et sa réduction au régionalisme par
la création d'une branche, en utilisant la police, est un cas
qui crève les yeux, montrant la détermination à tout ramener à cette
province, une détermination qui a fait dire à ICG : "Bururi : le
pouvoir sinon rien" ([10])
et qui a fait dire à un groupe de trente-deux Barundi de haut rang dont un Evêque
du Gouvernement, un Commandant d'une région militaire etc. "Banyabururi
contre le reste du pays" ([11]).
2. Le démembrement du parti Frodebu pour renforcer le même régionalisme
est également un cas connu, sauf que le véritable parti Frodebu est encore
autorisé à tenir des réunions en tant que parti politique là où le véritable
parti Uprona ne le peut plus.
3. Un autre cas éclatant de régionalisme est la statistique des
responsables indiquées par ICG dans l'Appendice A tableau 1 et dans l'Appendice
B tableau 2. L'Appendice A qui concerne la
gestion des entreprises publiques indique que sur 38 Directions générales,
22 d'entre elles soit 58% sont dirigées par des ressortissants de Bururi.
L'Appendice B tableau 2 intitulé : "Le
régionalisme dans l'armée : le dernier rempart" indique sur 37
militaires ayant une grande responsabilité 26 soit 70% sont de Bururi.
Bien que ce cas soit grave nous considérons que les deux premières sont
plus graves que lui, ils sont directement contre l'unité du pays et montrent la
difficulté d'être avec les autres provinces si on ne dirige pas. Chercher à
tout diriger ou se mettre à part si on ne dirige pas est une maladie très
grave qui emportera le Burundi si elle persiste.
2.2. Côté régionalisme de la
guerre
Un grand nombre de Barundi qu'il s'agisse des soldats ([12])
ou des civiles sont convaincus que cette guerre a un côté régionaliste qu'il
serait difficile à nier puisqu'ils donnent des exemples qui ont existé ou
peut-être qui existent encore.
1. Dès le départ la province de Bururi a été protégée contre le génocide
parce que dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993 des soldats ont été envoyés
dans toutes les communes de la province. Leur présence a découragé ceux qui
auraient fait le génocide qu'ils viennent de Bururi ou qu'ils viennent d'autres
provinces.
2. Le régionalisme se manifeste même dans les groupes armés puisque
Jean-Bosco Ndayikengurukiye a fait éliminer au moins cinq officiers ayant
terminé l'ISCAM que lui-même n'a pas terminé, parce qu'ils ne sont pas de
Bururi ([13]).
3. La rencontre en tête-à-tête entre le Chef de l'Etat et Jean-Bosco
Ndayikengurukiye est considérée par les groupes armés comme un moyen de
favoriser une entente régionaliste aux dépens des intérêts de l'ensemble de
la rébellion ([14]).
Les Barundi portent le même jugement sur cette rencontre car il aurait fallu
lui envoyer une délégation conduite par un Colonel ou un autre mais non pas le
Président de la République du Burundi. La dernière rencontre de Libreville le
17 avril 2001, a même été considérée comme de la collaboration puisque cela
a donné le droit à Jean-Bosco Ndayikengurukiye au déblocage d'une somme qui
attendrait 2 milliards de FBu selon ce que beaucoup de Barundi disent et qui a
été signalé par la RFI.
4. L'infiltration de l'armée du Burundi par des soldats de Jean-Bosco
Ndayikengurukiye est considérée comme du régionalisme. Selon ICG Jean-Bosco
Ndayikengurukiye aurait donné consigne en juillet 2000 aux jeunes combattants
d'entre dans l'armée du Burundi au lieu de le rejoindre au Congo, en prévision
de la réforme des forces armées ([15]).
En réalité l'infiltration de l'armée burundaise est antérieure au mois de
juillet 2000 qu'elle soit profitable à Jean-Bosco Ndayikengurukiye ou à
quelqu'un d'autre.
Nous allons tenter de prévoir ce qui se passera au Burundi à partir de
l'infiltration de l'armée et du régionalisme dans la guerre, car les Batutsi
de Bururi qui ont le pouvoir à des degrés divers, probablement parce qu'ils
sont très occupés par la recherche des intérêts immédiats, semblent ne rien
voir de l'extermination qui ne les épargnera pas non plus, ou oubliant que les
plaintes des Bahutu contre les Batutsi
depuis la naissance de la République les concernent au plus haut point. Ils ont
intérêt à chercher avec les autres Batutsi une solution de survie, leur salut
n'est ni dans le régionalisme teinté du frodebisme au nom, ni dans les Accords
d'Arusha comme on le verra dans la question 3.
Les données chiffrées qui suivent se basent sur trois hypothèses : la
première est un nombre choisi arbitrairement, car l'important n'est pas là, de
40.000 soldats pour les deux armées, la seconde est une estimation selon
laquelle 75% des Bahutu de l'armée du Burundi rejoindront Jean-Bosco
Ndayikengurukiye sans être nécessairement de la même province que lui, le
reste rejoignant F.N.L., la troisième est un régionalisme qui passerait avant
la considération d'être Mututsi invité à chercher une solution de survie avec les
autres Batutsi, en espérant que l'hypothèse ne sera pas confirmée.
Supposons qu'en réformant l'armée on décide qu'il y aura 20.000
assaillants dont 10.000 de FDD et
10.000 de FNL et 20.000
de l'armée du Burundi dont 12.000
Batutsi et 8.000 Bahutu puisque, selon le Patriote N°6, ils représentent 40%
des Forces Armées. Supposons que sur les 12.000
Batutsi il y en ait 7.200 en
provenance des autres provinces et 4.800
en provenance de Bururi.
Dans la première étape les 8.000
Bahutu de l'armée burundaise rejoindront les anciens soldats, par exemple 6.000 pour FDD et 2.000
pour FNL, ce qui donnera à FDD 16.000 soldats contre 12.000 de FNL.
Dans la seconde étape les 4.800 Batutsi de Bururi rejoindront Jean-Bosco
Ndayikengurukiye pour ramener le régionalisme qui comptera 20.800 soldats obéissant
à Jean-Bosco Ndayikengurukiye sans être tous de Bururi, la majorité provenant
d'autres provinces.
Dans la troisième étape FDD et FNL se mettront ensemble obtenant ainsi
32.000 soldats pour combattre 7.200 Batutsi venant
d'autres provinces ils les battront et extermineront les Batutsi appartenant à
d'autres provinces et tueront les Bahutu qui sont contre le génocide.
Dans la quatrième étape, avec ou sans l'accord de Jean-Bosco
Ndayikengurukiye ils extermineront les Batutsi de Bururi, Jean-Bosco deviendra
minoritaire s'il maintient le régionalisme car les Bahutu n'accepteront pas que
le Burundi deviennent une colonie de Bururi. En deux ou en trois ans après la réforme
des Forces Armées le régionalisme fera disparaître les Batutsi y compris ceux
qui l'ont considéré comme la
seule planche de salut.
Ce qui semble n'être qu'une fable arrivera car même la crise
d'aujourd'hui vient du régionalisme dans
la mesure où, sans le soutien des Batutsi et des Bahutu de Bururi au nom
du régionalisme, on n'aurait pas bravé les Batutsi en les empêchant d'user de
leur droit de choisir un Mututsi pour la première partie de la transition.
2.3. Relations entre le régionalisme,
le Frodebu et "l'Uprona"
Qu'il y ait une relation entre les trois tout observateur s'en rend
compte sans qu'il puisse la définir avec exactitude, ce qui leur permet de ne
pas montrer au peuple leur politique et de paraître comme n'ayant rien de
commun entre eux. C'est une relation multiple et complexe que nous tenterons de
déceler pour la mettre au grand jour.
1. Entre les trois il y a une compénétration dont le premier fondement
est le régionalisme parce que d'une part le parti Uprona a été réduit au régionalisme
par la création d'une branche en utilisant la police et en interdisant au véritable
parti Uprona de tenir des réunions en tant que parti politique, d'autre part
une branche du parti Frodebu a été également ramené au régionalisme sans
empêcher le véritable parti Frodebu de reste un parti politique. Pour bien
montrer qu'il s'agit de leur province et que Bururi a des difficultés d'être
avec les autres provinces sans diriger chaque branche a pour responsable
quelqu'un de la province.
2. Le second fondement moins apparent
que le premier mais qui est aussi solide que lui est bâti sur le parti Frodebu
l'assertion étant basée sur les raisons suivantes, la première raison est
l'existence d'une branche appelée le parti Uprona diffère très peu du parti
Frodebu puisqu'il lui est chaque fois associé pour réaliser ensemble une
politique qui facilitera la poursuite du génocide jusqu'à l'extermination
complète de Batutsi et des Bahutu qui sont contre le génocide. "Le parti
Uprona" dont il est question
peut être considéré comme le petit frère du parti Frodebu, la troisième
raison est que le pouvoir est en faveur des deux branches car le démantèlement
du parti Frodebu et la suppression du parti Uprona n'auraient pas pu réussir
sans son accord en vue de la création
des branches frodebistes-régionalistes, ceci implique que le pouvoir est
frodebiste, la quatrième raison du fondement frodebiste des relations entre les
trois est la collaboration du pouvoir avec les groupes armés nés du parti
Frodebu, au moins l'un des deux l'autre ayant la même politique que lui.
3. Le troisième fondement des relations entre les trois est la
recherche de l'impunité et l'amnistie générale c'est-à-dire qu'ils acceptent
qu'on ne juge pas ceux qui ont tué le Président Ndadaye et ceux qui ont fait
le génocide que Bururi n'a pas connu parce qu'on a envoyé des soldats dans
toutes les communes de la province dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993 sans le
faire dans les autres provinces.
Les trois permettent la formation de trois couples : Régionalisme-Frodebu,
Régionalisme-"Uprona" et Frodebu-"Uprona",
dans chaque couple on y trouve autre groupes de relations : Régionalisme-Frodebu, Régionalisme-Régionalisme,
Frodebu-Frodebu, Impunité-Impunité.
1. Le couple Régionalisme-Frodebu
Dans ce coupe on y trouve les quatre groupes de relations :
. Régionalisme-Frodebu
qui sont dans le titre.
. Régionalisme-Régionalisme
à cause de la branche Frodebu ramenée au régionalisme, d'où l'on obtient un
surplus de régionalisme.
. Frodebu-Frodebu
le premier représentant le parti Frodebu, le second représentant la branche
Frodebu.
. Impunité-Impunité
que le régionalisme et Frodebu ont en commun.
2. Le coupe régionalisme-"Uprona"
. Régionalisme-Frodebu
parce que la branche appelée Uprona est semblable à Frodebu auquel elle est
associée en vue de réaliser une politique qui facilitera la poursuite du génocide.
. Régionalisme-Régionalisme
parce que la branche appelée Uprona a été ramenée au régionalisme en
vue de son renforcement.
. Frodebu-Frodebu
le premier signifiant la branche du Frodebu devenue un avec le régionalisme, le
second signifiant la branche Uprona devenu comme le parti Frodebu pour les
raisons déjà indiquées.
. Impunité-Impunité
parce que les deux recherchent l'impunité.
3. Le coupe Frodebu-"Uprona"
. Frodebu-Frodebu
le premier étant le parti Frodebu, le second la branche "Uprona"
devenue le frère du parti Frodebu.
. Frodebu-Régionalisme le
second étant la branche "Uprona" ramenée au régionalisme.
. Régionalisme-Régionalisme
le premier à cause de la branche du Frodebu ramenée au régionalisme, le
second à cause de la branche "Uprona" ramenée au régionalisme car
les deux branches avaient pour but le renforcement du régionalisme.
. Impunié-Impunité
parce que les deux sont en faveur de l'impunité.
La création des deux branches qui ont à la fois la politique du parti
Frodebu et celle du régionalisme permet qu'elles se substituent à eux dans
certains cas pour obtenir les relations Frodebu-Frodebu ou Régionalisme-Régionalisme.
Les trois couples et les quatre
groupes de relations montrent quelles sont les relations entre le régionalisme, le parti Frodebu et le parti "Uprona",
les trois tendent à ne faire qu'un avec trois fondements: le régionalisme, le
frodebisme et l'impunité.
2.4. "La guerre civile généralisée
est aux portes du Burundi ([16])
Avant de tenter de voir ce qui pourrait entraîner une guerre civile généralisée
très proche puisqu'elle est aux portes du Burundi, nous voudrions dire qu'il
faut d'abord prendre au sérieux ce genre de prédictions car cela peut
signifier que l'on prédit ce qu'on a préparé ou ce qu'on a planifié, ensuite
faire le nécessaire pour en empêcher
la réalisation. Concernant ce qui pourrait entraîner une guerre civile généralisée
on peut procéder par hypothèses.
La première hypothèse concerne la guerre entre l'armée du Burundi et
les groupes armés avec les différentes complicités dont ils disposent. Il y a
peu de chances que cette guerre devienne une guerre civile généralisée dans
un avenir proche pour que l'on puisse dire qu'elle est aux portes du Burundi.
Nous en concluons qu'il s'agit d'une autre guerre, que ICG n'avait pas en vue
celle-là.
La seconde hypothèse est une variante de la première dans la mesure où,
selon ce que l'on dit, il y aurait, au moins dans l'une des provinces, un
millier de commandos dans chaque commune, vivant en milieu rural comme les autres, sans signe distinctif, qui attendent le signal de la part des
groupes armés pour commencer une guerre différente de celle que les groupes
armés ont l'habitude de faire. Nous pensons que dans l'immédiat cette hypothèse
ne sera pas confirmée et que la guerre civile généralisée qui est déjà aux
portes du Burundi viendra d'une autre direction.
La troisième hypothèse est une guerre entre une province et le Burundi,
une guerre qui se baserait sur l'idéologie du provincialisme c'est-à-dire basée
sur l'exaltation de la province avec la conviction qu'elle est destinée à
dominer le Burundi. Le rejet de cette domination par les autres Barundi peut
pousser la province à déclencher une guerre qu'elle ne gagnerait d'ailleurs
pas et qui ne semble pas prête à commencer.
La quatrième hypothèse enfin est une guerre entre les Batutsi de la
province et ceux des autres qu'ils ne gagneraient
pas non plus, provocant ainsi
l'extermination des Batutsi par eux-mêmes avec le concours de ceux qui ont fait
le génocide et qui compte le poursuivre.
Il est possible que ICG pensait à cette guerre, il est également
possible qu'elle soit déjà évitée et qu'elle n'est pas à attendre ces
jours-ci, bien qu'il faille rester vigilant car elle peut avoir des contours
inattendus. Ce ne serait pas la première fois des étrangers planifient une
guerre entre les Batutsi pour que ceux qui voudraient les exterminer ne
fournissent pas de grands efforts.
3. Conspiration internationale contre les
Batutsi sans défenseur
3.1. Le fait de la conspiration
Le concept de conspiration utilisé ici a le sens d'une entente dirigée
contre les Batutsi, bien qu'un grand nombre de personnes et de pays peuvent
suivre par ignorance ou parce qu'ils n'osent pas dire ce qui ne plaît pas aux pays développés.
Le premier indicateur de
cette conspiration consiste dans
le fait que les Accords d'Arusha ont été signés par la force ([17])
en présence de hautes personnalités dont les Chefs d'Etat en
provenance de pays occidentaux et de pays africains, des organisations
internationales telles que l'ONU et l'OUA et des personnes exerçant de hautes
fonctions.
Les partis politiques représentants les Batutsi ont exprimé des réserves
dont on a tenu aucun compte parce que beaucoup
d'entre eux se rendaient compte que ces Accords contenaient une politique dirigée
contre les Batutsi.
La promesse de mettre dans le gouvernement de la transition ceux qui ont
signé ces accords n'est que de la poudre aux yeux puisqu'ils ne participeront
pas à l'élaboration de la constitution de transition que seul le parti Frodebu
et son petit frère appelé "Uprona" feront à huit clos ([18]).
Le second indicateur de cette conspiration est qu'on a empêché les
Batutsi d'user de leur droit de désigner un Mututsi pour la première partie de
la transition.
La participation au gouvernement de la part des dirigeants des partis
politiques est à la fois le soutien de l'injustice qu'on a pratiquée à l'égard
des Batutsi et une couverture donnée à la constitution qui sera contre eux
compte tenu de ceux qui la feront et le caractère secret qui l'accompagne, selon
la recommandation de ICG ([19]).
Il est possible que certains responsables des partis politiques
participent au gouvernement au nom du régionalisme en donnant ainsi
l'impression qu'il doit être au-dessus de toute autre considération. Il n'est
d'ailleurs pas étranger à la crise actuelle puisque sans le soutien des
Batutsi et des Bahutu de la province on n'aurait pas bravé les Batutsi d'une
manière aussi méprisante.
3.2. La politique "un homme
- une voix" associée au démantèlement
de l'armée
Selon Suavez "les nuances de démocraties sont pratiquement infinies
jusqu'à aboutir à une démocratie purement formelle si les électeurs ne
votent pas sur des programmes suffisamment clairs et détaillés mais sur
des hommes" ([20]).
Une démocratie doit être égalitaire n'admettant d'autres différences en
dehors de la vertu et du mérite.
Les élections de 1993 ont
bien montré que les électeurs votent sur des hommes sans considérations de la
vertu et du mérite, sans programmes clairs et détaillés. Le retour au vote
populaire de 1993 aggravé par la situation que l'on connaît ne peut pas être
considéré comme une véritable démocratie car il est à craindre que le
peuple, plus sensibilisé qu'on ne le croît sur la question, vote par exemple
pour un Muhutu dont les idées sont proches de celles des groupes armés mais
non pas pour un Muhutu qui est contre le génocide.
Le génocide de 1993 serait devenu l'extermination des Batutsi et la mort
de tous les Bahutu qui le réprouvent si l'armée n'avait pas eu la liberté de
se déplacer pour limiter les dégâts. Comme les Accords d'Arusha ramènent
cette politique pendant que l'on aura enfermé les soldats dans leurs camps après
les avoir réduits à 50%, le restant étant pour les groupes armés que les
soldats venant d'autres pays laisseront faire l'extermination
des Batutsi, avec le concours de la population, ces Accords supposés entre les
Accords pour la paix ont planifié la paix, dans un Burundi où il n'y aura plus
de Batutsi et d'où auront disparu les Bahutu qui sont contre le génocide.
Quant au futur démantèlement
de l'armée nous considérons qu'elle est déjà démantelé
dans la mesure où ceux qui veulent être soldats chez Jean-Bosco
Ndayikengurukiye ont reçu e lui l'autorisation d'entre dans l'armée du Burundi
en attendant qu'elle soit réformée ([21]).
En réalité le démantèlement de l'armée est de loin antérieure à la
demande des Accords et à l'autorisation de Jean-Bosco Ndayikengurukiye sans que
l'on sache à qui elle profitera. On peut même émettre l'hypothèse que la
grande majorité des soldats Bahutu qui selon le Patriote N°6 représenteraient
les 40% de l'armée burundaise y sont entrés dans cet objectif.
Remarquons que même sans les élections comme celles de 1993, les
penseurs des Accords d'Arusha ont demandé aux Présidents des partis politiques représentant les Batutsi de signer par la force ([22])
la poursuite du génocide lorsque l'armée ne pourra pas empêcher l'extermination
qui ne s'est pas réalisée en 1993.
Le fait de mettre l'armée dans une situation où elle n'aura pas la
liberté de secourir une partie de la population laissée à elle seule devant
le peuple soutenu par l'armée des assaillants suffit, même sans les élections,
pour remarquer que les Accords d'Arusha qui recommandent l'assignation à résidence
forcée des soldats ont chois pour le Burundi la paix qui suivra la disparition
des Batutsi et des Bahutu qui les soutiennent.
Au lieu de se laisser aveugler par les intérêts immédiats les Batutsi
devraient comprendre que leur salut est dans une commune recherche d'une
solution permettant de survivre même lorsque la politique internationale est
visiblement contre eux.
4. Eventualité de l'élimination
physique du Chef de l'Etat
La possibilité d'un tel acte a été annoncée par ICG en ces termes :
"Bien que portant une part
de responsabilité dans ce blocage, le Président Buyoya devient la cible idéale
de toutes les rancoeurs et le risque de son élimination
physique devient réelle. Un tel événement serait catastrophique. Il
provoquerait sans aucun doute des règlements de compte entre leaders
politiques, et une violence ethnique incontrôlée" ([23]).
ICG qui connaît le génocide qui a suivi la mort du Président Ndadaye au
Burundi et du Président Havyarimana au Rwanda prévoit qu'il en sera de même
si le Président actuel est assassiné.
La leçon du passé invite à prendre au sérieux cette prédiction car
l'assassinat de Pierre Ngendandumwe qui était Premier Ministre a été annoncé
anticipativement par des radios occidentales parce que des imprévus l'ont empêché
de se réaliser à l'heure que ces pays avaient prévue. La prise au sérieux de
cette prédiction et toutes les autres doit être accompagnée par la volonté
d'en empêcher la réalisation.
En plus du blocage de la situation comme pouvant entraîner son élimination
physique ICG semble lui indiquer, au moins en partie, la mission qu'il devra
accomplir s'il obtient la première moitié
de la transition :
. La nomination de Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye (p.iv)
. "Réunir l'Uprona et le Frodebu à huis clos pour élaborer une
constitution de transition" (p. iv). On remarque le caractère secret de l'élaboration
d'une constitution qui doit guider notre pays sans que les partis politiques
représentant les Batutsi participent à son élaboration.
. Convoquer le Frodebu, le Cndd, le Frolina et le Gouvernement pour
l'ouverture des négociations sur la réforme des forces de sécurité (p. iv).
. Réunir l'Uprona et le Frodebu pour le partage du pouvoir (p. 36).
. "L'exclusion de l'oligarchie de Bururi de toute position
d'accumulation et de captation de la rente internationale. L'acceptation de
Pierre Buyoya comme leader de la transition doit être à ce prix" (p. 36).
La seconde cause pouvant entraîner son élimination physique serait une
mission non accomplie vue comme condition de l'obtention de la transition. Il
est généralement connu que lorsque les étrangers soutiennent quelqu'un ce
n'est jamais à cause de l'amour qu'ils ont pour lui mais c'est pour le service
qu'il rend à leur politique commune.
Lorsque le bénéficiaire échoue pour avoir sous-estimé les difficultés
de la mission à remplir, il risque d'être physiquement éliminé par ceux-là
mêmes qui l'ont soutenu afin que cette mort qui est une sanction puisse réaliser,
totalement ou partiellement, la mission
qu'il n'a pas accomplie.
La mission à remplir porte sur quatre politiques à réaliser, deux que
ICG et les Accords d'Arusha ont en commun : le démantèlement de l'armée et le
pouvoir absolu du Frodebu en l'absence d'un contre-pouvoir qu'était l'armée
nationale, ainsi que deux autres politiques propres
à ICG consistaient dans l'exclusion de l'oligarchie de Bururi comme
condition de la transition ([24])
ainsi que la fin de l'impunité ([25]).
Sur ce point ICG n'est pas conséquent puisqu'il demande une voie de sortie et
des garanties pour éviter au Président et à certains des siens la procédure
judiciaire à l'étranger ([26])
quand il quittera le pouvoir.
La réalisation des quatre politiques au cours de la première partie de
la transition est difficile puisque sa force repose en grande partie sur ceux
que ICG l'invite à exclure et à casser ou à supprimer l'impunité.
Dans ces conditions, il y a peu de chances qu'il réussisse la mission
dans les dix-huit mois qui viennent d'où le risque d'être éliminé
physiquement par ceux qui l'ont protégé, est réel. Ajoutons que ceux qu'il a
la mission d'exclure peuvent en
arriver à l'éliminer physiquement. Espérons que le
Chef de l'Etat se fera protéger plus que d'habitude pour en empêcher la réalisation.
La prédiction faite par ICG ne peut pas faire oublier qu'il a plusieurs
fois demandé pour lui et pour certains parmi les siens
des garanties endossées par le Conseil de Sécurité pour qu'ils ne soient pas
jugés à l'étranger ([27]).
ICG prévoit également que l'actuel Chef de l'Etat pourrait être Président à
vie puisque ce qui le ferait partir du pouvoir "est la dépossession
partielle de la fonction de Chef de l'Etat des moyens de contrôle
politique et de domination" ([28]).
Comme ce qui le ferait partir c'est de donner peu de pouvoir au Chef de
l'Etat et que la constitution à préparer en secret sera élaborée pendant la
première partie de la transition qu'il assure, il n'acceptera pas qu'on donne
peu de pouvoir au Président de la République, par conséquent on peut
s'attendre à ce qu'il soit Président à vie si l'accomplissement de la mission
passe par cette condition.
Si le Président Pierre Buyoya pouvait accepter et inviter les Barundi à
accepter la solution que nous proposons ci-dessous, il pourrait rester Président
à vie et l'histoire le retiendrait comme un grand Chef d'Etat que les Barundi
d'aujourd'hui et ceux des générations à venir béniraient éternellement.
5. Solution évitant la catastrophe
Les accords d'Arusha accompagnés de réserves auxquelles Nelson Mandela
n'a pas prêté attention ne pouvant pas constituer une solution pour notre pays
car ils favorisent une politique qui entraînera la poursuite du génocide,
quelques solutions seront proposées en passant en revue celles qui ne sont pas
possibles, celles qui ne sont pas souhaitables et celle qui est proposée.
5.1. Solutions irréalisables
Trois solutions sont considérées comme irréalisables : le désarmement
des groupes armés, la victoire militaire de l'armée burundaise et le recours
aux soldats étrangers.
1. La première solution vue comme irréalisable est le désarmement des groupes armés par les pays voisins et par la
communauté internationale. Cette solution est irréalisable pour trois raisons
: la République Démocratique du Congo ne les désarme
pas parce qu'elle accuse le Burundi d'occuper une partie de son territoire et
d'exploiter illégalement ses richesses ([29]),
à tel point que si elle le pouvait, elle occuperait le Burundi, la République
de la Tanzanie ne les désarmera pas, au contraire elle les soutient puisqu'elle
les maintient près de la frontière du Burundi, la communauté internationale ne les désarmera pas aussi longtemps que le Gouvernement ne leur a pas
encore donné des garanties conformément aux accords qu'il a signés le 10 mars
1997 à San Egidio.
2. La victoire militaire de l'armée burundaise n'est pas possible
principalement à cause de la collaboration du pouvoir avec les groupes armés
compte tenu aussi de la complicité qu'ils peuvent recevoir de la population.
3. Le recours aux soldats étrangers pour garder la frontière n'est pas
réalisable car ils devraient garder la frontière ouest depuis le lac
Tanganyika jusqu'à la frontière du Rwanda et la frontière Est depuis le lac
Tanganyika jusqu'à la frontière du Rwanda c'est-à-dire le long de la frontière
des provinces Makamba, Rutana, Ruyigi, Cankuzo et Muyinga. A supposer que l'on
parvienne à obtenir le nombre suffisant de soldats étrangers pour garder les
deux frontières leur efficacité contre les groupes armés n'est pas évidente,
on peut même craindre une certaine collaboration avec eux.
5.2. Solutions non-souhaitables
1. La victoire des assaillants, bien que ce sera difficile, semble
possible notamment si l'on tient compte de la complicité du pouvoir
et de l'impression de temporisation puisqu'il n'accepte ni la victoire ni le
partage du pouvoir avec eux, pour qu'ils aient le temps de devenir forts et de
prendre le pays.
2. une guerre continuelle est envisageable puisque selon ICG, elle est
rentable pour le régime qui peut mettre beaucoup de temps avant d'accepter le
partage de pouvoir avec les groupes armés par l'acceptation de la solution ci-dessous en 5.3.3.
3. La recolonisation pourrait être souhaitée par certains Barundi si
c'est l'unique moyen pour obtenir la paix en oubliant
que c'est la dernière des choses car le pays colonisateur peut s'établir définitivement.
5.3. Partage du pouvoir avec les
assaillants
Lorsque l'on envisage le partage du pouvoir avec les assaillants de façon
globale, disons théoriquement, sans analyser la manière dont se fera le
partage, la solution semble facile. Le partage du pouvoir avec les assaillants
ne se limite pas à la nomination
de quelques ministres pris dans les groupes armés, on doit confier une mission
d'assurer la sécurité aux soldats venant de ces groupes. L'analyse des
diverses possibilités de partage aidera à choisir une solution en la comparant
à d'autres.
5.3.1. Fusion des deux armées
5.3.2. Partage des camps militaires et des localités à protéger
La solution consiste à donner des camps militaires aux soldats des
groupes armés en leur indiquant les localités, par exemple des collines ou des
communes dont la population sera exclusivement protégé par eux.
L'inconvénient de cette solution est que, à part quelques exceptions?
les Batutsi résidant dans ces localités ainsi que les Bahutu qui sont contre
le génocide s'en iront d'eux-mêmes avant la prise de possession du camp par
ces soldats parce qu'ils n'auront pas confiance en eux compte tenu du fait que
les soldats venant des assaillants ont fait le génocide ou compte le faire si l'occasion se présente. C'est une solution qui devrait être
écartée comme la précédente.
5.3.3. Partage du territoire et des diverses catégories de la
population
La solution consiste dans un double partage : le territoire et les catégories
de la population, par exemple l'armée du Burundi aurait un territoire contenant
les Batutsi, les Bahutu et les Batwa qui sont contre le génocide, les soldats
venant des assaillants auraient un territoire contenant les Bahutu, les Batwa et
les Batutsi qui choisiront le risque d'être tués au lieu d'aller recevoir une
propriété dans le territoire dont la sécurité est assurée par l'armée du
Burundi. Cette solution peut se réaliser suivant deux modèles: le modèle basé
sur les régions naturelles et le modèle basé sur les provinces : un modèle
pur et un modèle mixte.
1. Si l'on adopte le modèle basé sur les régions naturelles du
Bututsi et du Mugamba, l'armée venant des groupes armés répondrait de la sécurité
dans les autres régions naturelles. Le modèle n'est pas opérationnel parce
que la région naturelle du Mugamba part de la petite forêt
de Bururi jusqu'à la frontière du Rwanda.
2. Si l'on adopte le modèle provincial pur les Batutsi, les Bahutu et
les Batwa qui sont contre le génocide auraient les provinces du centre au sud :
Muramvya, Mwaro et Bururi, le siège devant être Mwaro qui est au centre des
deux autres provinces. Le modèle pure n'est pas indiqué car il ne résout pas
suffisamment le problème.
3. Le modèle provincial mixte demande que l'on ajoute aux provinces de
Muramvya, Mwaro et Bururi la province de Cankuzo et certaines communes
limitrophes comme Mugongomanga, Mukike et Ryansoro ainsi que des commune éloignées
où il y a beaucoup de Batutsi comme Kirundo, Bugabira, etc..
Par contre les communes de Burambi et de Buyengero qui prolongent la région
naturelle des Mirwa seraient rattachées à la partie des Bahutu.
Le Burundi resterait le Burundi avec un Gouvernement national et deux
gouvernements particuliers comme cela existe dans d'autres pays : la Belgique,
le Canada, la Suisse, les Etats-Unis d'Amérique, etc.
Etant donné la prédominance des Batutsi dans la ville de Bujumbura,
cette ville serait en même temps le siège du Gouvernement national et du
Gouvernement des Batutsi, celui des Bahutu ayant son Siège à Gitega ou une
autre ville, de leur choix. Les deux armées devraient garantir à chacun la
liberté de circuler dans tout le pays sans avoir peur d'être tué o d'être dépouillé
de ses biens.
La carte des provinces et des communes en 1990 fait ressortir la partie
qui reviendrait aux Batutsi ainsi qu'aux Bahutu et aux Batwa qui sont contre le
génocide parce qu'elle est entourée par une
ligne unie.
Après avoir passé en revue toutes les solutions, nous pensons que celle-ci est la meilleure pour quatre raisons : la première est
que la solution permet aux groupes armés de diriger au point de vue
territoriale quatre cinquième soit 80% du pays, la seconde est que l'armée du Burundi ne serait pas démantelée,
la troisième est l'arrêt de la guerre, enfin les Batutsi seraient préservés
de la poursuite du génocide qui les menace à travers les Accords d'Arusha et
les recommandations de l'ICG qui veulent à la fois ramener au pouvoir le parti
Frodebu et démanteler l'armée qui avait empêché l'extermination
complète des Batutsi laquelle devient maintenant possible à travers un plan
supposé être les accords de paix que la transition doit mettre en application.
Seule a dernière solution que le pouvoir et beaucoup de Burundi n'envisagent
pas encore peut en empêcher la réalisation et empêcher la catastrophe qui
semble inévitable avec le démantèlement de l'armée.
Au cas où cette solution serait
adoptée les communes de Mutimbuzi et de Gihanga ainsi qu'une partie des
communes Rugazi et Mpanda seraient rattachées à la Mairie de Bujumbura pour
permettre l'enterrement des morts et pour permettre l'agrandissement de la
ville.
Conclusion
La réflexion sur les causes menant le Burundi à la catastrophe et sur
la solution pour l'écarter a
montré les voies par lesquelles elle peut venir et a montré la meilleure
solution pour l'inviter.
Le premier point sur le refus du changement a montré que le pouvoir
actuel en refusant de céder la
place à celui qui avait été soutenu
par 80% des partis politiques représentant les Batutsi sous prétexte
qu'il n'y a pas eu de consensus, il cherche l'unanimité qui est contraire à la
démocratie et use de la force contre la justice.
Concernant la persistance de la guerre comme argument pour refuser le
changement, nous avons montré qu'elle continue parce que le pouvoir le veut car
elle est rentable pour le régime qui, d'ailleurs, collabore avec les groupes
armés. La poursuite de la guerre correspond aux accords que le Gouvernement a
signé avec le CNDD le 10 mars 1997 à Rome dans la communauté de San Egidio
puisqu'il n'a pas encore donné des garanties aux groupes armés.
Dans la deuxième question nous avons montré, après beaucoup d'autres,
en prenant d'abord trois cas très clairs, que le régionalisme mènera le Burundi à la catastrophe. Les deux premiers cas très clairs sont
la suppression du parti Uprona et le démembrement du parti Frodebu
pour obtenir une branche dirigée par quelqu'un de la province. Le troisième
cas très clair est la statistique montrant la province d'origine de ceux qui
occupent des postes de grande responsabilité dans le service public c'est-à-dire
que 70% dans l'armée et 58% dans les autres services viennent de la même
province.
Il a été montré que cette guerre a également un côté régionaliste
constaté aussi par les groupes armés qui réside, soit dans les rencontres du
Chef de l'Etat avec Jean-Bosco Ndayikengurukiye, soit dans
l'aide de 100.000.000 FBu (cent
millions) que Nzojibwami Augustin aurait apportés à Cossan Kabura à
Dar-es-Salaam.
L'analyse des relations entre le régionalisme, le Frodebu et
"l'Uprona" est arrivée à la conclusion
que les relations entre les trois avaient trois fondements : le régionalisme,
le Frodébisme et l'impunité.
La troisième question portant sur la conspiration internationale contre les
Batutsi sans défenseur fait ressortir qu'une certaine politique supposée
apporter la paix aboutirait à la poursuite du génocide si elle était mise en
pratique.
Le quatrième point évoque la prédiction de ICG concernant l'éventualité
de l'élimination physique du
Chef de l'Etat, les raisons qui la provoqueraient, la catastrophe qui peut s'en
suivre, ainsi que la possibilité qu'il soit Président à vie.
Enfin le dernier point après avoir passé en revue des solutions irréalisables
et celles non souhaitables a présenté celle qui si elle était adoptée,
ferait échec à la catastrophe et apporterait la paix à tous les Barundi y
compris les groupes armés.
Nous espérons que cette réflexion faite uniquement pour rendre service
à notre pays dont on prédit une catastrophe imminente aidera à obtenir une
vraie paix pour toutes les catégories de la population burundaise.
Fait
à Bujumbura, le 31 août 2001
Philippe Siriba
Prêtre du diocèse de Bujumbura
Professeur
à l'Université du Burundi

[1] ICG Rapport Afrique N°29 p. 33. Le rapport est intitulé "Burundi : sortir de l'impasse l'urgence d'un nouveau cadre de négociations", 14 mai 2001. Rapport Afrique N° 29 Bruxelles/Nairobi.
[2] ICG Rapport Afrique N°29 p.39.
[3] ICG Rapport Afrique N°29 p.21.
[4] ICG Rapport Afrique N°29 p.9.
[5] ICG Rapport Afrique N°29 p. 20.
[6] ICG Rapport Afrique N°29 p. vi.
[7] ICG Rapport Afrique N°29 p.39.
[8] ICG Rapport Afrique N° 29 p.4 et p.9.
[9] ICG Rapport Afrique N°29 p.20.
[10] ICG Rapport Afrique N°29 p.20.
[11] Scénarios pour le Burundi p. 16.
[12] ICG Rapport Afrique N° 29 p.4 et 8.
[13] ICG Rapport Afrique N° 29 p.8.
[14] ICG Rapport Afrique N° 29 p.7.
[15] ICG Rapport Afrique N°29 p.7
[16] ICG Rapport Afrique N°29 p.39.
[17] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 33.
[18] ICG Rapport Afrique N° 29 p.iv.
[19] ICG Rapport Afrique N° 29 p. iv.
[20] Suavez, T., dictionnaire économique et social p. 131
[21] ICG Rapport Afrique N° 29.7.
[22] ICG Rapport Afrique N° 29 p.33.
[23] ICG Rapport Afrique N° 29 p. ii
[24] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 36.
[25] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 21.
[26] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 35.
[27] ICG Rapport Afrique N° 29 p. iv, 35 et 36.
[28] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 36.
[29] Rapport du Groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et d'autres richesses de la République Démocratique du Congo N°s 25, 55 et 105.
[30] ICG Rapport Afrique N° 29 p. 22.
