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Arrêtons
le défaitisme ambiant et changeons le cours des événements
Qu’est-ce
que c’est curieux de voir qu’au moment où le Burundi connaît peut-être
les pires heures de son histoire ce que le Burundi compte d’intelligentsia se
mue dans un silence
complet alors que c’est précisément maintenant que notre pays devrait
percevoir les dividendes de ses efforts d’investissement dans l’éducation?
Certes les élites burundaises n’ont jamais pu s’imposer, depuis octobre
1993, par la richesse de leurs idées créatrices de nouvelles perspectives. Et
pour cause, elles se sont laissées dépasser par des hommes politiques d’une
rare médiocrité qui les instrumentalisent à volonté; elles ont laissé la
champ libre à toute une kyrielle d’organisations locales et internationales
plus ou moins manipulées par la mafia locale
entretenue par le pouvoir politique au service d’intérêts occultes,
un pouvoir qui ne survit que grâce à la corruption et à notre manque de
courage. C’est ainsi que les réflexions et les recommandations de
l’International Crisis Group (ICG) sont devenues purement et simplement la référence
quant au devenir de notre patrie.
Je
me propose, dans les lignes qui suivent, de diagnostiquer nos faiblesses, celles
du camp tutsi, et de proposer des voies qui permettraient, à mes yeux, de
gommer nos lacunes et de reprendre l’initiative afin de construire un pays
harmonieux, où l’individu passe avant le groupe et où, par conséquent tous
les citoyens ont les mêmes droits. Je parlerai uniquement du camp tutsi car
j’ai la conviction qu’il a trop laissé l’initiative au camp hutu et ses
conseillers (qui se recrutent partout, y compris à la présidence de la République).
Or, cela consacre une fausse victoire de ce camp. Ce qui ne peut que conduire à
une confrontation encore plus violente. Il faut que le camp tutsi reprenne
l’initiative de construire le Burundi en faisant des propositions réellement
révolutionnaires. Lui seul est en effet capable de le faire sans risque de
grosses casses.
1. Echec (ou volonté délibérée de ne pas ) de rassembler les
partis d’obédience tutsi
Je
ne m’attarderai pas sur une rengaine trop bien connue, et absolument
opportune, d’accuser le pouvoir Buyoya dans l’éclatement des partis
politiques d’obédience tutsi (et même hutu dans une moindre mesure même si
dans ce dernier cas il faut faire attention car les dissensions ne sont
qu’apparentes au niveau du Frodebu). Je m’attarderai davantage sur les
raisons de
l’incapacité des Tutsi à refuser le jeu de Buyoya qu’ils savent de toutes
les façons acquis au camp hutu (et cela sans préjudice à ses origines
ethniques même si je suis sans ignorer qu’une lumière sur ces dernières ne
serait pas mal venue - mais où sont donc passés ses propagandistes?).
Je
ne tergiverserai pas une seconde puisque je ne cherche pas à plaire dans mes
analyses, quitte peut-être à en choquer plus d’un, mais à présenter les
choses telles que je les vois: le Parena a une responsabilité immense de part
sa capacité de mobilisation et du crédit dont il a pu bénéficier depuis son
agrément. Puisqu’il est difficile et même dangereux de tout balayer du
revers de la main et de repartir à zéro (les adversaires ne sont pas censés
vous attendre!), le mieux, à mon avis, est d’essayer de rendre plus efficaces
les instruments politiques à notre disposition. Le Parena, malgré de désagréables
péripéties et un manque d’inspiration trop criant aujourd’hui, constitue
potentiellement une solution imparable. A condition de s’en doter les moyens.
Il
se pose dès lors la question de savoir pourquoi le Parena n’a jamais su
rassembler les autres partis
d’obédience tutsi qui, malgré une évidente tendance à la vie facile
et partant à l’instabilité dans les prises de position, ont tout de même le
coeur qui bat du même côté que lui? N’avons-nous pas vu tous ces partis
tutsi, à la veille de la signature des accords d’Arusha, se regrouper tous
derrière le président du Parena ? N’avions-nous pas vu auparavant, les
mêmes partis tutsi tenter de s’allier avant que le même président du Parena
ne casse l’alliance sans ménagement (l’ancien G8 fut cassé par le président
du Parena dans une déclaration où il définissait unilatéralement ce que
signifiait le G8)? Pourquoi le Parena n’a-t-il jamais voulu se positionner en
leader des partis tutsi? Voilà la première chose à corriger.
C’est
que, voyez-vous mes amis, même si les présidents, et rarement les membres, de
ces autres partis tutsi remettent en question le leadership du Parena, ce
n’est pas qu’ils ignorent qu’ils ne font pas le poids face à ce parti.
C’est tout simplement que le Parena s’y prend trop mal en ne les traitant
pas avec égards. Ce sont de petits partis sans membres? Et alors? Ce sont eux
qui sont là et quoi que vous fassiez vous devrez compter avec eux. Puisqu’ils
ne cachent pas qu’ils pensent comme vous, pourquoi ne pas les amener à rester
avec vous en cultivant consciemment et ouvertement de bonnes relations avec eux?
Le
Parena, en rejetant de fait les accords d’Arusha, devrait comprendre que ceux
qui ne sont jamais allés à Arusha sont véritablement les seuls qui sortent
indemnes politiquement de ce piège appelé négociations d’Arusha. La
modestie et même la crédibilité devraient commander à ce parti de reconnaître
ce fait et d’axer sa campagne de communication sur la reconnaissance de ses
erreurs dans les options. Ce n’est pas grave de se tromper, même si au départ
on y prend
quand même quelques claques. Mais c’est très malsain de ne pas reconnaître
qu’on a commis des erreurs et qu’on est prêt à corriger le tir et, éventuellement
d’en payer le prix.
C’est
véritablement l’obsession du Parena de faire cavalier seul qui coûte au camp
tutsi la plupart des déboires. C’est notamment ce qui nous vaut encore le
système Buyoya aujourd’hui. Mais le Parena a les moyens de se ressaisir, et
partant tout le camp tutsi. Il faut que j’insiste sur la capacité du Parena
à conclure des alliances et de se présenter en véritable moteur du
changement. Vous êtes tous témoins des élans de sympathie manifestés à
l’endroit de ce parti partout dans le pays quand il pose des actes héroïques
mais le plus grand indicateur de sa force est paradoxalement le désespoir
qu’il suscite quand il faiblit (Anac, signature des accords d’Arusha et plus
récemment encore, San Egidio...).
2.
Nous avons les moyens de nous ressaisir
Je
l’ai déjà souligné plus haut, le camp tutsi ne peut s’en tirer qu’en
acceptant de faire front ensemble. Mon point de vue est que le Parena pourrait
être le fer de lance de ce front. Mais le Parena, dans ses structures
actuelles, ne peut pas prétendre à une telle fonction. Pire, je dirais même
que dans sa structuration actuelle, le Parena est véritablement un frein.
Ce
parti doit entreprendre, de lui-même, une réflexion approfondie quant à ses
choix structurels et stratégiques. Il doit accepter d’être un parti moderne.
J’envisagerais, pour ce faire, une redéfinition claire des rôles de ses
organes notamment le comité exécutif et le président.
Tout
analyste lucide sait que la principale force du Parena et, hélas, sa principale
faiblesse curieusement, c’est son président. La personnalité de Bagaza écrase
tout le parti et nous sommes face à un parti qui fonctionne quasiment comme à
l’époque des “leaders bien aimés”. Le
Parena doit vite réfléchir aux prérogatives du président et notamment
limiter son pouvoir discrétionnaire. Se poser la question serait déjà un
événement… Le comité exécutif doit se charger de la tâche de
modernisation du parti en acceptant de se renforcer par des éléments plus
mobiles et en prenant encore plus d’initiatives impliquant une gestion décentralisée
d’un parti ayant atteint les limites critiques de la croissance.
Le
Parena doit recourir davantage aux ressources humaines abondantes et qui ne
demandent qu’à être sollicitées pour se doter de structures efficaces. Le
comité exécutif doit se charger de mener cette réflexion.
Peut-il
d’ailleurs en être autrement quand on sait que ce parti a commis pas mal
d’erreurs qui ne sont pour le plus souvent des cas que des erreurs d’appréciation
de son président? Trop de militants de ce parti ont trop fait confiance au président
Bagaza. Ce dernier, s’il est aussi lucide qu’on le dit, devrait comprendre
qu’on ne peut pas survivre à tant d’erreurs et que pour ne pas trop
s’user, il devrait faire appel à la réflexion de tout son parti, qui est
tout de même extrêmement bien doté à ce niveau.
La
grandeur et la classe du président Bagaza peuvent le faire entrer dans
l’histoire s’il participe à doter son parti d’une structure pérenne; une
structure où un homme, fut-il
le plus doué, ne peut se permettre de tout organiser tout seul. Sortir
de la clandestinité, et reconnaître que cette dernière est un non-sens,
serait une solution. Le Parena doit canaliser les structures parallèles qui
ne font qu’embêter les bonnes initiatives en installant inutilement la
suspicion.
Les
dirigeants actuels de ce partis doivent prendre conscience de tous ces dangers
qui guettent leur parti et la communauté tutsi dans son ensemble qui tiennent
à l’usure due à tant d’années de résistance dans un environnement épuisant
sur tous les points de vue et doivent donc accepter d’ouvrir la direction du
parti aux éléments les plus lucides qu’ils côtoient tous les jours. Il
n’y a pas d’autre solution qu’à travers un Parena se renouvelant de
l’intérieur et donnant à chacun
le respect dû à son engagement dans la résistance. Nous devrions ainsi voir un parti avec une direction plus jeune encadrée
(ou mieux, conseillée) par les fondateurs du parti.
Espérons
que tout ceci saura tomber dans des oreilles attentives et vous verrez avec moi
que nous aurons un parti réellement fort. Sa première mission est d’arriver
à rassembler autant que faire se peut, ceux pour qui il se bat et pour cela, même
ceux dont les méthodes ne lui plaisent pas doivent être approchés.
Je
suis sûr qu’il y a d’autres moyens pour le camp tutsi de se tirer du
mauvais pas actuel. Mais le moyen que j’envisage me paraît plus rapide et
moins risqué.
Je
suis prêt à détailler la plupart des idées développées ou effleurées ici.
Mais pour ne pas fatiguer les lecteurs, je m’en arrête ici dans l’espoir
d’avoir suscité un débat constructif.
Noah
Turabe.
