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SUCCÈS RELATIF DU GOUVERNEMENT DE TRANSITION, ESSENTIEL POUR LA PROCHAINE PHASE DU PROCESSUS DE PAIX AU BURUNDI

 

Rapport no: 2001/2 SUR LE BURUNDI

Octobre 2001

Par Jan VAN ECK

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La présente analyse du plus large processus de paix burundais (lequel comprend le processus d’Arusha) est basée sur la participation personnelle et active continue et ainsi que l’interaction avec les acteurs principaux des différents partis politiques d’opposition et militaires burundais. L'auteur est un analyste de conflits, spécialiste sur la question du Burundi et de la région des Grands Lacs. C’est un chercheur affilié à l’Unité d’Études Politiques au sein du 'Centre d’Études Politiques Internationales de l’Université de Pretoria, Afrique du Sud. ________________________________________________________________________

1. Les défis auxquels fait face le nouveau Gouvernement de Transition.

La mise en place d'un nouveau Gouvernement de Transition qui sera basé sur une coalition d’origine très variée prévue pour le 1er novembre est, effectivement, un moment décisif dans l'histoire de la nation du Burundi.

La plupart des questions qui faisaient obstacle à la réunion, dont le dernier délai avait été fixé au 1er novembre, ont été ou sont en train d’être éliminées. L'envoi d'un contingent militaire sud-africain pour assurer la sécurité personnelle (une sorte de 'fonction de garde du corps') des chefs en exil qui reviendront au Burundi pour prendre leurs places dans le nouveau Gouvernement et ses institutions, est pratiquement sûr de se matérialiser avant le 1er novembre. Les lois necessaires pour fournir un cadre légal nécessaire pour le fonctionnement du nouveau Gouvernement, c’est-à-dire, une constitution de Transition, des lois sur l’immunité temporaire, sur le génocide et sur la liberté des activités politiques ont été finalisées, et feront l’objet d’un examen par le Parlement burundais avant la date d’échéance.

Reste à voir, tout d’abord, combien de ces éminents leaders en exil vont en fait retourner au Burundi. Sans leur participation il serait difficile de mettre en place un Gouvernement de Transition qui soit véritablement une coalition d’origine variée. Ensuite, en deuxième lieu, l’ampleur de la résistance visiblement croissante, avant la date du 1er novembre, à la mise en œuvre du Gouvernement Transition de la part de divers groupes d’opposition (essentiellement) Tutsi, pourrait torpiller le processus. Tant qu'ils ne bénéficieront pas du soutien de l'Armée burundaise – ce qui paraît très peu probable en ce moment – le nouveau Gouvernement sera effectivement mis en place.

Un Gouvernement de Transition sans paix véritable.

L’avenir du Burundi dépendra de la réussite ou de l’échec de cette dernière tentative de partage de pouvoir. La mise en place d'un nouveau Gouvernement Transition plus large sans cessez-le-feu, et sans que la fin de la guerre ne soit en vue, n'était pas cependant le genre de résultats auxquels s’attendaient les Burundais des cinq longues années de négociations à Arusha. Il est bizarre et pratiquement sans précédent qu'un accord de 'paix' (l’Accord d'Arusha) et la mise en place d'un nouveau Gouvernement de Transition soient convenus alors que la guerre continue. Le fait que le processus d’Arusha ait manqué d'inclure les deux armées rebelles restera un revers fatal et continuera donc à miner sa légitimité.

Un manque de confiance adéquate. Mis à part la guerre en cours, ce nouveau Gouvernement sera également confronté par le fait que le processus Arusha n'a pas pu favoriser l’instauration d’une confiance mutuelle adéquate. De part et d’autre, on dit déjà que "l'autre côté fera encore ce qu’ils avaient fait en 1993, par exemple ". En disant cela ils sous-entendent, par exemple, que le "Président Buyoya ne voudra pas (de nouveau) quitter le pouvoir après 18 mois" ; que "le candidat Hutu qui prendra la relève, comme Président, après 18 mois (Domitien Ndayizeye) sera (également) assassiné" ; que "le Frodebu voudra en conséquence (encore) entamer une tentative de Génocide contre les Tutsis" ; etc., La seule question semble porter sur celui qui sera le premier à ' mal se comporter'? Ceci constitue, en effet, une base peu solide sur laquelle ériger un nouveau Gouvernement. Le fait que la guerre en cours, associé au caractère ethnique des tueries, reste l’un des obstacles constants à la capacité des partis d’établir davantage de confiance. C'est cette réalité même - un manque de confiance - qui continue donc d’alimenter la résistance au sein d’ une section considérable de la communauté Tutsi.

Le gouvernement se doit d’essayer et de réussir En dépit de tous ces vrais obstacles et défis, le Gouvernement de Transition n'a d’autre choix que d’essayer et de 'réussir'. Toutefois, il ne devrait pas y avoir d’illusions que cela arrivera à 'normaliser' un pays en guerre, un pays où des sections considérables des communautés Hutu et Tutsi manquent d’engagement à l’égard de ce nouveau Gouvernement (basé sur Arusha). Pour que le Gouvernement 'réussisse' dans de pareilles circonstances signifie simplement qu’il est à même de réaliser le maximum (ou le minimum) possible.

La seconde phase du processus de paix commence le 1er novembre Il faut reconnaître, en même temps que la mise en place du Gouvernement de Transition ne fait que mettre un terme à la première phase du processus de paix burundais, (i.e. le processus d’Arusha). Le plus large processus de paix Burundais, c.-à-d. la recherche en cours par les Burundais d’une paix véritable et durable doit se poursuivre. La deuxième phase du processus de paix commencera automatiquement avec la mise en place du Gouvernement de Transition. Durant cette phase ultérieure, des questions fondamentales telles que le cessez-le-feu, la justice, l’impunité et la réconciliation, les réserves à l’égard de l’Accord d’Arusha, la réforme des institutions de l'état, etc. devront faire l’objet de négociations.

2. Le nouveau Gouvernement doit démontrer que les Hutu et les Tutsi peuvent réellement gouverner ensemble.

Dû au fait que tant de tentatives antérieures de coopération et de partage de pouvoir entre les deux camps opposés (essentiellement ethniques) ont echoue, les Burundais ont généralement fini par accepter que leur conflit ne peut être résolu. La Charte d'Unité de 1991, la nouvelle constitution de 1992, les élections de 1993 et la Convention du Gouvernement de 1994 ont échoué de façon déplorable, avec des conséquences désastreuses. Chaque échec a renforcé le sentiment que la direction politique qui représente les Hutu et les Tutsi était incapable ou peu disposée à partager le pouvoir de façon pacifique.

Or, bien que l’actuel 'Gouvernement de Partenariat Interne' qui a gouverné le Burundi depuis 1998 et lequel comprend une proportion égale de représentants des principaux partis Frodebu et Uprona, a mieux fonctionné, il n’a également pas pu mettre fin à la guerre. Il est peu probable que les Burundais seront disposés à essayer une fois de plus à moins que cette dernière tentative n’aboutisse à une paix véritable et durable. Les partis constituant le nouveau Gouvernement de Transition ont donc la lourde responsabilité de veiller ce qu’il réussisse. Ils ont finalement l'occasion de démontrer que les deux côtés peuvent en effet, dans l'intérêt du peuple Burundi, gouverner ensemble dans la paix. S’ils peuvent restaurer le sentiment que les Burundais provenant de camps opposes peuvent réellement coopérer et partager dans un véritable esprit de compromis, ils etabliront les bases sur lesquelles pourra s’ériger un nouveau Burundi. Les deux côtés sont bien conscients des erreurs commises dans le passé. Ils sont donc capables d’empêcher que l’histoire ne se répète- s’ils le souhaitent, bien entendu. S’ils échouent, il n'y aura pas de période supplémentaire de transition de 18 mois. Et - s’ils échouent - les deux côtés assumeront les conséquences. Les Burundais ne méritent pas de nouvel échec.

3. La voie à suivre : ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire.

Ce sera extrêmement facile pour ce nouveau Gouvernement de Transition d’échouer. En effet, c’est ce qu’attendent la plupart des Burundais. Que cela marche ou pas dépendra du comportement : + des partis Burundais qui feront partie du nouveau Gouvernement, + de la Communauté Internationale et + des pays de la sous région. Chaque chef de parti Burundais et parti, aussi bien que la Communauté Internationale et la sous région, a la lourde responsabilité critique de veiller a ce qu’il soit accordé toute les chances de ‘réussir’ face aux circonstances actuelles très difficiles. Eu égard à l'histoire du Processus de Paix d’Arusha il s’agit d’une association entre ces trois composantes.

3.0 Renforcer le noyau modéré dans politique du Burundi - Hutu et Tutsi. Il s’est avéré qu’il existe des éléments au niveau du leadership des deux communautés ethniques aussi bien que des dirigeants potentiels qui n’ont cessé d’essayer de transcender les effets des discordes historiques et qui se sont appliqués à favoriser la mise en place d’une vision commune d’une nouvelle nation burundaise unie. Les gens sont fatigués d'être otages du passé, fatigués de 'la politique du passé' et ils essaient d’aller de l’avant. Alors que certains sont membres des institutions et des partis existants, il y en a d’autres qui ne le sont pas. Certains sont des personnalités bien connues, certains ne le sont pas. Ils proviennent de toutes les tendances politiques et classes de la société burundaise. Tenant compte du fait que le Burundi est resté polarisé au cours de ces dernières annees et que la nature du discours politique au Burundi a été si volatile, compétitive et souvent marqué par l’intolérance, leurs voix ne se fait entendre que rarement. Cela pourrait changer suite à la mise en place d’un plus large nouveau Gouvernement de Transition. Ce ‘noyau modéré’ multi-ethnique 'centre modéré' pourrait jouer un puissant rôle de soutien primordial et positif dans la construction de la nation, ce qui ne peut que renforcer la position de ceux au sein du nouveau Gouvernement qui veulent réellement utiliser ce Gouvernement de Transition pour construire une nouvelle nation Burundaise. Cependant, ceci ne pourra se faire que si les partis constituant le nouveau Gouvernement montrent l'exemple, et que s’ils font preuve d’une réelle volonté et d’une capacité à coopérer de manière constructive au lieu de continuer simplement 'comme avant.'

3.1 La responsabilité des partis Burundais.

Si les partis signataires d’Arusha qui deviendront des partenaires dans le Gouvernement de Transition veulent vraiment que ce nouveau Gouvernement marche/réussisse, ils devraient considérer l'approche suivante - si ils souhaitent vraiment accomplir leurs objectifs. (Cette 'approche devrait s’inspirer du dicton "Rome n'a pas été bâti en un jour'. Aussi, le nouveau Burundi ne le sera pas non plus):

3.1.1 Mettre en application l’esprit et la lettre de l’Accord d’Arusha. En dépit des réserves qui demeurent de la part de beaucoup de partis au sujet de certains aspects de l’Accord d'Arusha, les partis devront démontrer dès le départ qu'ils veulent et qu’ils sont à même d’appliquer la lettre et l’esprit de cet Accord, ce qui est par-dessus le marché le document fondateur du Gouvernement de Transition. Tout sentiment que l'un ou l'autre côté participe à ce nouveau Gouvernement tout simplement dans le but de changer/modifier l'Accord et essaie de promouvoir "leur propre version" de l’accord, conduirait à la paralysie et à la répétition du désastre du Gouvernement de Convention qui a amené le Burundi au bord du désastre. Du fait du caractère même de ce gouvernement de Transition et des nombreuses questions qui sont restées non résolues dans l'Accord d’Arusha, il y aura d’amples occasions pour continuer le processus des négociations dans les jours à venir. Mais avant d'essayer de changer l'Accord - chose qui par sa nature peut semer la discorde - les partis devraient œuvrer en priorité à réaliser au maximum un sens de but commun necessaire.

3.1.2 Les partis qui n'ont pas signé l’Accord 'Arusha et qui ne veulent pas participer au Gouvernement de Transition, devraient être vu comme ‘opposants’. Bien qu’il soit vrai que certains partis, par exemple les mouvements armés et les partis les plus radicaux de la résistance Tutsi tels que l’Accord Cadre', aurait dû être inclus dans l'Accord d’Arusha ainsi que dans le nouveau Gouvernement de Transition ; la réalité est qu’ils ne l’ont pas été . Il est donc extrêmement important que les partis qui constitueront le nouveau Gouvernement, c.-à-d. les deux partis, le G7 (essentiellement Hutu) et le G10 (essentiellement Tutsi), considèrent à la fois les mouvements armés et la résistance Tutsi comme étant leur opposition collective - à ce stade. Le fait que les mouvements armés et la résistance Tutsi considèrent en tout cas le Gouvernement de Transition constitué sur Arusha comme étant leur opposition, ne devrait pas trop compliquer la situation. Cependant si par exemple, Frodebu et Uprona, les deux composantes principales du nouveau Gouvernement, donnaient l’impression de développer respectivement une complicité avec les mouvements armés ou la résistance Tutsi représentée, entre autres, par l'Accord Cadre', cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la survie de ce nouveau Gouvernement. Toute sorte de dualisme résulterait en échec. La première priorité pour les partis qui appartiennent au G7 et au G10, qui constitueront le nouveau gouvernement devrait être le développement d’une complicité mutuelle au sein du Gouvernement. Ce n’est qu’alors qu’il deviendrait possible d’engager et de négocier avec les partis exclus afin de réaliser une paix plus globale et inclusive.

3.1.3 De conséquents efforts devront être fait par le nouveau Gouvernement pour accroître sa représentativité actuelle. Une fois que le Gouvernement de Transition sera mis en place, un nombre de partis et groupes seront encore exclus du consensus national négocié à Arusha. Entre autres: (1) l‘Accord Cadre’: ils représentent plusieurs partis et mouvements (essentiellement) Tutsi et des mouvements qui se sont régulièrement opposés à la fois au processus de négociations d’Arusha ainsi qu’à l'Accord d’Arusha; leur résistance persiste. (2) Cinq partis - le soi-disant G5 - qui appartiennent au groupement G10 (essentiellement Tutsi) : bien qu'ils aient signé l'Accord d’Arusha , ils hésitent encore à faire partie du nouveau Gouvernement; ils ne sont pas d’accord avec la méthode de mise en œuvre, ils prétendent que les réserves qu'ils ont exprimé à l’égard de l'Accord d’Arusha lors de la cérémonie de signature sont en train ‘d’être ignorés', et s’opposent à toutes troupes étrangères qui viendraient au Burundi protéger les dirigeants rentrants d’exil ; le parti Parena (essentiellement Tutsi) et son chef, l’ancien Président Jean-Baptiste Bagaza, en dépit d’avoir signe l’Accord d'Arusha, a également refusé de faire partie de la mise en œuvre de l'Accord jusqu'à ce qu’il y ait un cessez-le-feu. L’ 'Accord Cadre' et le G5/6, qu’ils fassent partie du nouveau Gouvernement ou pas, représentent un obstacle considérable au sein de la plus large communauté Tutsi qui continuera à s'opposer à l'Accord d’Arusha et au nouveau Gouvernement chargé de sa mise en oeuvre. (3) Les deux mouvements armés exclus, le CNDD-FDD et le Palipehutu-FNL qui continuent à faire la guerre: dû au fait qu'ils n'ont pas fait partie du processus d’Arusha et n'ont pas signé l'Accord par conséquent, restent opposés au nouveau Gouvernement; il est essentiel que s’intensifient sans délai des les efforts pouvant favoriser un processus de cessez-le-feu viable entre eux et le nouveau Gouvernement; le fait que le Président Gabonais, Omar Bongo et le Vice-président sud-africain, Jacob Zuma se sont consacrés à ce processus de cessez-le-feu crée une attente que le processus de cessez-le-feu qui sera instauré après le 1er novembre produira des résultats plus concrets que ceux réalisés auparavant; sans la perspective qu'un tel processus conduira tôt ou tard à la fin de la guerre, le processus de paix burundais - et le Gouvernement de Transition - connaîtront une fin brusque; (4) Il faudra prendra des mesures immediates pour engager et impliquer un plus grand pourcentage de la population burundaise et de la société civile, dans le processus; bien qu'ils n’aient pas ete exclus en tant que tels, leur voix n'a pas été réellement bien entendue de façon structurée au cours des cinq années passées de négociations de paix. Le fossé entre la classe politique et le peuple ordinaire du Burundi doit être comblé. Ceci est particulièrement important si on veut vraiment s’assurer des élections générales participatives à la fin de la période de Transition de 36 mois - et si l’on veut éviter une élection basée simplement sur l’appartenance ethnique, on doit accorder une attention particulière au rôle actif et constructif que les Bashingantahe (les sages) continuent de jouer au niveau de la base.

3.1.4 La réforme de l'Armée burundaise et d’autres institutions de l'état est essentielle - mais sa réalisation se doit de tenir compte de certaines sensibilités. L'Accord Arusha présente une occasion pour instituer un processus de réforme où l'Armée burundaise pourra devenir une fois pour toute une institution soutenue par tout les Burundais - Tutsi et Hutu. Le fait que l’armée a été depuis si longtemps utilisée par certains politiciens comme un genre de 'football politique', a eu un impact sérieux, débilitant et discordant sur la société du Burundi en général et sur la classe politique, en particulier. Tandis que le principe de la reforme de l’Armée a été convenu dans le cadre de l’Accord d’Arusha, et que certaines mesures contribuant à la réalisation de ce but ont été définies, ce processus de réforme réussira ou échouera selon la façon dont les partis politiques ‘opposés’ gerent cette reforme. Avant qu'un cessez-le-feu ne soit réalisé (et avant les combattants qui appartiennent aux deux mouvements armés ne soient inclus dans le processus de réforme), le nouveau Gouvernement devrait traiter de cette question avec une sensibilité extrême, par exemple: (1) les partis constituant le nouveau Gouvernement devront demontrer un soutien visible à l’égard de la presente Armée burundaise aussi bien qu’à toute autre Institution de l'État, même avant que le processus de réforme n’ait commencé. À moins que l'Armée burundaise, (qui tout compte fait n’a pas d’autre choix que de continuer à combattre les deux mouvements armés au nom de ce nouveau Gouvernement), ne soit assurée du soutien du Gouvernement tout entier, le processus de réforme ne commencera jamais. Tout sentiment que la mise en place d'une soi-disant Unité de Protection (de 10 000 Burundais, par exemple) est une tentative, soit de marginaliser l'Armée existante ou - même pire – de créer une seconde armée qui soit plus ‘pro-Hutu', serait fatal pour le nouveau Gouvernement; (2) un programme de réforme généralement acceptable devrait être élaboré, c.-à-d. un programme qui, d'un côté, satisfera l'exigence de l'Armée d’une réforme graduelle, et de l’autre, satisfera le besoin des partis essentiellement Hutu des signes visibles de réforme quant à la composition ethnique de l'Armée. (Cela pourrait, par exemple, se faire au travers d’une formation spéciale accordée à une sélection de cadres militaires supérieures provenant d’anciens mouvements rebelles précédents qui font partie du nouveau Gouvernement); (3) tandis que l'Accord d’Arusha stipule que l'Armée burundais réformée, après l’achèvement du processus de réforme, comprendra 50% Hutu et 50% Tutsi, la question de "quels Hutus" devrait constituer les 50% de la composante Hutu n'a pas été abordée. Pour l'instant il y a trois groupes Hutu principaux qui sont qualifiés pour être inclus dans les 50% alloués aux Hutus, i.e.: les Hutus qui comprennent pour l'instant approximativement 30% de l'Armée burundaise (bon nombre d’entre eux s’y sont intégrés après que l'Uprona et le Frodebu aient formé le Gouvernement du Partenariat Interne en 1998); les anciens combattants des trois groupes rebelles qui ont signé l'Accord d’Arusha (CNDD, Palipehutu et Frolina); et - après un cessez-le-feu - les combattants qui appartiennent au CNDD-FDD et au Palipehutu-FNL. Cette question mérite d'être abordé d'urgence si l’on veut éviter un sérieux blocage. Il serait peut etre préférable, dès le départ, de créer une Armée élargie en permettant à tous ces groupes de s’y intégrer. Au fur et à mesure que le processus de réforme se développe, ces effectifs peuvent être progressivement et systématiquement réduits à des niveaux acceptables. Remarque: Il convient, certes, de se rappeler que tout programme de réforme de l'Armée burundaise qui sera négociée entre les partis au sein du Gouvernement devrait prendre en considération l'absence des deux mouvements armés. Aucun processus de réforme définitif ne pourra être finalisé sans leur participation.

3.1.5 Les questions relatives à la Justice, à l’Impunité et à la Réconciliation devront être abordées pour atteindre la réconciliation et pour la rendre possible afin de créer une vision commune. La question de la Justice, de l’Impunité - et de la Réconciliation – devrait être abordée de façon compréhensive si le Burundi veut une paix durable. Il ne s’agit pas d’une question qui n’intéresse que quelques partis politiques (notamment ceux opposés au Gouvernement). C'est une question qui est fondamental pour presque tout Burundais qui a personnellement vécu les horreurs du Burundi au cours des 35 dernieres annees. Les acteurs externes doivent comprendre que le conflit burundais n'est pas simplement une autre guerre civile s’inspirant des besoins d’un peuple opprimé désirant s’extraire de l’inégalité et de l’oppression' (contrairement à ce qui est le cas dans tant d'autres pays en Afrique). L'interpréter de cette façon – si réconfortant que soit une telle analyse simpliste – ne peut qu’engendrer une mauvaise interprétation de la nature du conflit burundais.

La crise au Burundi est due à un héritage sanglant commun. Pendant les trente-cinq années écoulées Hutus et Tutsi se sont livrés à des tueries les plus massives et systématiques imaginables des membres de l’autre groupe ethnique. Ni Hutu ni Tutsi ne peuvent prétendre avoir une moralité supérieure. Les deux côtés se sont comportés de façon atroce en exploitant le fossé ethnique. Massacrer tous les membres d’un foyer (bébés, enfants, mères, pères et grands-parents) simplement parce qu'ils appartiennent à l'autre groupe ethnique - pas parce qu'ils sont individuellement identifiés comme 'activistes’ politiques ou ethniques, est à la fois incompréhensible et non justifiable. Cela s'est passé en 1993. Il en va de même pour les massacres systématiques et sélectifs des membres de l'autre groupe ethnique dû au fait qu'ils ont été considérés comme faisant partie d'une 'classe cultivée' qui pourrait suivre l'exemple rwandais et menacer ainsi le monopole du pouvoir de l'autre côté. Cela s'est passé en 1972. (L'impact qu’a eu l’expérience rwandaise depuis l'indépendance sur les développements au Burundi ne saurait être surestimé). Tel est l’horrible legs sanglant avec lequel doivent composer les deux communautés ethniques. C'est ce passé même qui les hante tous les jours et les empêche de contempler un nouveau futur. C'est cette histoire commune de sang qui a résulté, de part et d’autre, à un manque de confiance profond de l’autre, comme en témoigne la situation actuelle. L’on entend dire sans cesse, "Ils feront encore ce qu’ils ont fait auparavant". Évidemment, cet héritage doit être abordé avec tout le sérieux qui s’impose. Et le nouveau Gouvernement de Transition devra l’aborder d’une façon visible. Les Burundais veulent que la justice soit appliquée à tous les crimes commis depuis l’indépendance. Ils veulent que justice soit rendue parce qu'il paraît que c’est la seule façon de mettre un terme au cycle de violence qui continue avec impunité. Les Burundais auront une grande difficulté à mettre en place une vision commune à moins que les crimes du passé ne soient abordés - par les deux côtés. Le degré de justice (vengeance?) qui sera appliqué dépendra de la capacité des politiciens des deux côtés ethniques à démontrer qu'ils peuvent non seulement partager le pouvoir au sein d’un nouveau Gouvernement de Transition, mais qu'ils peuvent également travailler dans l’unité pour créer une nation burundaise commune. Comme cela s'est passé dans tant d'autres pays, la qualité et la longévité de l'accord politique détermineront le degré de justice nécessaire. Si ce Gouvernement de Transition échoue, la justice se transformera en simple vengeance - et les Burundais continueront à vivre dans le passé.

3.2 La responsabilité de la Communauté Internationale.

Depuis le début du processus de négociations d'Arusha, les partis Burundais se sont vu contraints, dans un premier temps, de signer l’Accord d’Arusha et, dans un deuxième temps, d’accepter le choix du leadership de la Transition et, finalement, et de mettre en place l’Accord d'Arusha et un Gouvernement de Transition (sans cessez-le-feu). Suite à la pression intense faite par la communauté internationale et les pays de la sous région, les partis burundais s’y sont pliés – a contre cœur. Mais en dépit du fait qu’ils ont franchi ces étapes difficiles; en dépit du fait qu’ils continuent à négocier (alors que l'opposition au processus de négociations ne faisait que s’accroître au niveau interne), ni les partis burundais en négociation ni le peuple du Burundi n’en ont obtenu des 'récompenses’ ou des 'avantages’. Au contraire, même lorsqu’ils étaient disposés à négocier, la sous région a imposé un embargo paralysant sur le pays et tout son peuple. Une économie déjà ravagée par la guerre a été davantage paralysée – ayant pour conséquence l’aggravation de la pauvreté et de la souffrance. (Les investisseurs chassés par l'embargo ne sont toujours pas revenus). Il n’y donc pas de quoi s’étonner que les Burundais se posent la question de l’utilité d’avoir négocié l’Accord d’Arusha et d’installer maintenant un Gouvernement de Transition. Ce processus de paix n’a fait qu’aggraver la souffrance: la guerre en cours, la mort, la destruction, la corruption et la pauvreté.

Et l’avenir (sous un nouveau Gouvernement de Transition) ne présente aucune indication d’améliorations éventuelles, disent-ils.

La communauté internationale n'a d’autres choix que de générer des 'avantages’. Si la Communauté Internationale veut vraiment que ce Gouvernement de Transition réussisse, elle devra immédiatement, visiblement et concrètement démontrer son soutien pour cette nouvelle et courageuse tentative de créer un nouveau Gouvernement de Transition basé sur le principe du partage du pouvoir.

Cela suppose un soutien financier immédiat dont les bénéficiaires seraient les Burundais. Ayant, jusqu’à présent dépensé plus de 10 millions de $ US sur le Processus d’Arusha, cela reviendrait à gaspiller un énorme investissement si le nouveau Gouvernement de Transition n’est pas doté de moyens susceptibles de lui permettre de réaliser des résultats concrets. Tandis que les bailleurs de fonds internationaux ont promis plus de 400 millions de $ US en aide au Burundi pendant la Conférence des Bailleurs de Fond de Paris en décembre de l'année dernière, presque aucune portion de cette somme n'est arrivée au Burundi, jusqu’à présent. Pour la Communauté Internationale de modifier les normes et de refuser de débourser "jusqu'à ce qu’il y ait un cessez-le-feu durable" serait totalement dévastateur et irait à l’encontre du but escompté. Tout le monde sait que cela prendra encore longtemps pour qu’un processus de cessez-le-feu ne parvienne à mettre un terme à la guerre. Entre-temps, le nouveau Gouvernement doit gouverner et créer un degré maximal de stabilité possible. Si la Communauté Internationale refuse au nouveau Gouvernement de Transition cette aide (financière) dont il a tant besoin, ce nouveau Gouvernement n’aura pas de chances de réussir.

La responsabilité qui incombe aux pays de la sous région.

Alors qu’il est compréhensible que les pays de la sous région ont un intérêt très spécifique dans la résolution du conflit par les Burundais eux-mêmes (le conflit a un effet négatif sur eux, en fin de compte), ils devraient s'abstenir immédiatement d'essayer d'imposer "leurs solutions et programmes préférés " sur les partis burundais. Si nous voulons permettre aux pays de notre continent africain de trouver des solutions durables à leurs crises, les politiciens et les peuples de ces pays (par exemple le Burundi) doivent être dotés de moyens pour trouver leurs propres solutions uniques réalisables. Tout ce dont on a besoin, c’est que les partis burundais essayent de trouver une solution qu’ ils croient pouvoir marcher et avec laquelle ils pourront vivre. Si les partis burundais sont à même de vivre avec leur solution quels pays oserait dire non? La pratique régionale actuelle consistant à prendre parti dans le conflit, à s’ingérer et à promouvoir des solutions non locales aussi bien que des solutions du type 'gagnant-perdant', devrait être résistée à tout prix. Peut-être que l'intérêt national des pays voisins, devrait moins compter que la paix au Burundi?

 

Le 24 octobre 2001

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