NET PRESS

Burundi - Fête du travail.
Le 1er mai 2001: une fête de travail célébrée sans éclat.
Bujumbura, le 1er mai 2001, (Net Press). La fête internationale du travail a été célébrée à Bujumbura dans le calme mais sans éclat. Les fonctionnaires de l'Etat et du secteur privé, les ouvriers et les travailleurs du secteur informel étaient au rendez-vous comme à l'accoutumée. Le défilé classique a commencé à 10h 20' avec un retard de 20 minutes sur le programme et après l'arrivée au stade Prince Louis Rwagasore du chef de l'Etat. On remarquait l'absence du président de l'assemblée nationale, M. Léonce Ngendakumana, du 1er vice-président de la République, M. Frédéric Bamvuginyumvira, qui se trouvaient tous les deux à Nairobi pour rencontrer leurs amis de l'exil.
Au stade Prince Louis Rwagasore, la "marche-manifestation" qui rappelle l'ère du parti unique et de la gloire du communisme s'est déroulée sans vivacité et donnait l'impression que les travailleurs défilant n'avaient aucune conviction syndicale. Pas de pancartes pour traduire les préoccupations propres des travailleurs syndiqués et tout se passait comme si les travailleurs burundais étaient complètement satisfaits de leurs conditions. Presque toutes les pancartes qu'ils exhibaient, indiquaient juste leurs origines professionnelles et elles étaient les mêmes que celles que l'on a vues sous les républiques qui se sont succédées, comme si le Burundi n'avait avancé d'aucun iota. Mais pour un observateur avisé, l'allure de la "marche-manifestation" était elle même l'expression absolue du désenchantement des travailleurs sans ambitions et acculées à la passivité, à la résignation, voire à la fatalité dans un contexte que les politiciens manipulent à leur guise.
Rappelons à ce sujet que les salaires sont dépreciés du jour au lendemain depuis 8 ans alors que les prix ne cessent de grimper. Alors que la rémunération mensuelle d'un cadre de la fonction publique était l'équivalent de plus de US$ 150 il y a cinq ans, cette rémunération touche aujourd'hui le fond de sa chute avec moins de US$ 30. Un scandale en somme qui rappelle la descente aux enfers de l'ex-Zaïre.
L'insécurité embrase tout le pays même si les fonctionnaires de la capitale essaient de faire comme si cela était une histoire lointaine, après l'escalade de violence du mois de février 2001. Les forces négatives (CNDD-FDD, FNL et leurs alliés ex-FAR, INTERAHAMWE et ex-FAZ) s'amassent à leur porte et la classe politique pro-hutu met au point la dernière batterie pour offrir aux travailleurs le cadeau issu des tractations de Nairobi assaisonné de la violence des forces susmentionnées qui ont fait du Burundi leur sanctuaire. La communauté internationale quant à elle observe un silence inquiétant sur le sort du Burundi dans ce contexte. les Rwandais et les Ougandais se désengagent de la RDC, les accords de Lusaka prévoient le désarmement des forces négatives mais, ni le facilitateur, ni la communauté internationale qui l'a mandaté pour piloter le processus de paix au Burundi ne disent aucun mot sur la destination de ces forces du mal, qui pourtant, entrent par milliers au Burundi, dernier lieu de leur retranchement pour mieux relancer la machine à tuer.
Le travailleur burundais se résigne et ne sait même plus la signification de la fête du 1er mai. Il est représenté par son employeur ou par des syndicalistes de pacotille, comme le faisait remarquer un membre de la direction de la centrale syndicale COSYBU. Celui-ci a indiqué que même le discours du représentant syndical des travailleurs, M. Anicet Niyongabo a été au préalable censuré par le gouvernement qui a eu le soin d'exiger la lecture et la correction de la dernière copie du discours. La COSYBU est représentée par un syndicaliste contesté par les siens et soutenu par l'association des employeurs (AEB) et par le gouvernement. L'autre centrale syndicale,CSB, est la carricature elle-même d'une centrale syndicale. Sa direction est présidée par des employeurs dont Vincent Kubwimana qui la dirige depuis plus d'une décennie sans que les syndicalistes de la CSB, s'il y en a encore, sachent le délai de son mandat. Son discours est moins syndicaliste que celui du ministre de la fonction publique (confère son intervention ce matin au micro de Gérard Mfuranzima de la RTNB).
En définitive, la journée du 1er mai 2001 a été l'expression passive de l'apathie du fonctionnaire burundais. Même si la fête s'est déroulée dans les vieilles moules du parti unique (une camionnette équipée de lance-voix de la mairie a sillonné tous les quartiers de Bujumbura pour appeler la population urbaine à répondre massivement au rendez-vous) pour glorifier le père de la Nation comme on le faisait dans l'Afrique des barroudeurs en kaki des année 1960-1970, l'éclat n'était pas de mise au stade prince Louis Rwagasore.
Même le maire de la ville de Bujumbura qui avait l'art subtil et inégalé de créer l'éclat artificiel par le revêtement à la chaux des rues de la ville et par son discours, n'a pas été aujourd'hui à la hauteur pour "agiter les foules". Peut être que lui-même a réalisé qu'à l'impossible nul n'est tenu : on ne forge pas le sourire d'un agonisant, le travailleur burundais en est là.
Burundi - Fête du travail.
Le président Buyoya invite les parties signataires de l'accord d'Arusha à s'associer au gouvernement actuel pour chercher une "autre manière de mettre sur pied les institutions de transition" ...
Bujumbura, le 1er mai 2001 (Net Press). A l'occasion de la fête internationale du travail et des travailleurs, le chef de l'Etat, M. Pierre Buyoya, a réaffirmé dans son discours de circonstance, sa position selon laquelle il est impossible de mettre sur pied les institutions de transition avant la signature du cessez-le-feu. Pour lui, ils se trompent beaucoup ceux qui disent que le renvoi du gouvernement actuel, de l'assemblée nationale et de toutes les autres institutions actuelles est imminent, de même que "ceux qui pensent que Mandela donnera un ordre pareil". En effet, selon le président Buyoya, nulle part au monde où il y a eu des conflits armés semblables à celui du Burundi, les institutions de transition ne sont intervenues avant le cessez-le-feu. Il a ajouté qu'"il est évident que beaucoup de signataires de l'accord d'Arusha veulent entrer au gouvernement" et que lui n'y voit aucun inconvénient. Néanmoins, a-t-il poursuivi, il est inadmissible qu'il y ait des gens qui veulent mettre sur pied les institutions de transition en excluant ceux qui ont beaucoup contribuer à la signature de l'accord.
Il a indiqué qu'il n'est pas l'obstacle à la mise en place de ces institutions et a déclaré que "les Burundais ont la chance d'être dirigés par un président qui n'a pas peur de quitter le pouvoir", puisqu'il l'avait quitté une première fois en 1993 pour revenir en 1996. Pour le président Buyoya donc, pas question de quitter le pouvoir. Selon lui, les parties signataires devraient plutôt approcher le gouvernement actuel pour envisager ensemble la mise en place d'un gouvernement n'excluant personne et qui tiendrait lieu de gouvernement de transition.
Dans un tout autre registre, M. Buyoya a reconnu que les Burundais continuent à s'appauvrir davantage. Néanmoins, a-t-il indiqué, la sécurité doit rester la priorité N°1 de tout un chacun. C'est pour cette raison qu'il a invité les Burundais à serrer la ceinture et surtout à ne pas être étonnés lorsque seront prises certaines mesures visant à rendre disponibles pour les forces de l'ordre les moyens nécessaires pour combattre l'ennemi. Il a cité l'exemple de l'augmentation de prix de certains produits (comme la cigarette), l'argent correspondant à cette augmentation devrant être versé au ministère de la défense nationale.
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