NET PRESS
Burundi - Travail.
Quand la fête des travailleurs devient celle des employeurs.
Bujumbura, le 1er mai 2002 (Net Press). Ce mercredi 1er mai 2002, au Burundi comme partout ailleurs dans le monde, c'était la fête du travail et des travailleurs. Au Burundi par contre, on aurait plutôt dit que cette fête était celle des (seuls) employeurs, alors que les travailleurs se sont déplacés (presque) par contrainte, un peu comme on se rend au service. Après tout, dans la plupart des services étatiques, para-étatiques et parfois privés, les présences des travailleurs sont relevées.
On aura aussi noté un fait inédit ce 1er mai 2002 : pour la première fois, le représentant des travailleurs n'a pas eu droit à la parole et c'est le discours de circonstance du chef de l'Etat qui a directement suivi le mot d'introduction du maire de la capitale.
Cette fête intervient alors que les employeurs avaient lancé depuis plusieurs jours, et notamment à travers les média de l'Etat, une "campagne de mobilisation pour l'augmentation de la production et la lutte contre la pauvreté".
Aujourd'hui comme les années antérieures, les discours officiels sont intervenus au moment où le gros des travailleurs avait déjà quitté le stade prince Louis Rwagasore où avaient eu lieu les cérémonies et où il ne restait pratiquement plus que ceux qui étaient assis dans les tribunes et donc, essentiellement des employeurs et non des travailleurs.
A l'origine, il était prévu sur le programme officiel que le vice-président de la COSYBU (centrale syndicale la plus représentative au Burundi), M. Tharcisse Gahungu parle au nom des travailleurs, en l'absence du président de cette centrale syndicale, le Dr. Pierre-Claver Hajayandi, aujourd'hui en "congé syndical". Mais tout a été chambardé à la dernière minute et le représentant des travailleurs a donc été empêché de prendre la parole.
Pourtant, dernièrement il y avait eu "réunification du mouvement syndical burundais" et il était désormais permis de penser qu'il n'y a qu'une seule direction officiellement reconnue à la tête de la COSYBU, en l'occurrence celle incarnée par le Dr. Hajayandi, contrairement aux années antérieures où le pouvoir reconnaissait M. Anicet Niyongabo qui n'avait pourtant aucune organisation syndicale derrière lui.
On aura noté qu'avant de parler de la fête du jour, le chef de l'Etat est longuement revenu sur le processus d'Arusha. La priorité est, selon lui, la mise en application de l'accord issu de ce processus, le cessez-le-feu et la lutte contre la pauvreté. Il a indiqué que son gouvernement de transition étant très jeune, l'heure d'appréciation de son action n'a pas encore sonné. Il a invité tous les signataires à aider pour la mise en application de l'accord et ne pas se contenter uniquement de critiquer le gouvernement.
Selon le président Buyoya, de l'espoir pointe à l'horizon concernant le dossier du cessez-le-feu, malgré la lenteur des négociations car "c'est un travail de longue haleine".
Concernant la lutte contre la pauvreté, le chef de l'Etat a déclaré que le gouvernement est en négociations ardues avec les institutions de Bretton Woods, qui, a-t-il reconnu, posent des conditions difficiles pour la reprise de leur assistance. Au moment où les travailleurs burundais s'attendaient à une augmentation de salaires, aussi minime soit-elle, le président Buyoya a déclaré que le FMI exige plutôt qu'il y ait réduction des salaires (déjà largement insuffisants et versés avec retard).
En attendant la conclusion de ces négociations, les Burundais sont invités à être plus imaginatifs pour leur auto-promotion. Pour cela, il faut changer de mentalité et reprendre par exemple le système de "gong unique", a martelé le chef de l'Etat. Et d'ajouter que les Burundais, en particulier les habitants de la capitale devraient songer avant tout à réduire les fêtes.
Notons en passant que l'heure n'est pas du tout à la fête pour la majorité des travailleurs burundais et s'ils s'étaient déplacés nombreux (par contrainte), le coeur n'y était pas. En effet, pour le Burundais moyen, la priorité c'est la survie quotidienne. "Nous pensons constamment à la manière dont nous pourrons miraculeusement joindre les deux bouts du mois (si ce n'est pas de la journée) au moment où le gouvernement affirme n'avoir aucun sou pour les augmentations salariales alors que nous voyons bien qu'il n'y a aucune rigueur bugdétaire dans la gestion des fonds publics et donc du contribuable", a confié à notre reporter un défilant rencontré sur le boulevard de l'indépendance. Il a illustré ses propos en parlant des "nombreux voyages à l'étranger des hommes et femmes qui nous dirigent aujourd'hui". Il n'est pas certain que ces voyages nous rapportent beaucoup, s'ils ne servent pas uniquement à sécher un peu plus les caisses (déjà vides) de l'Etat, a-t-il conclu, visiblement très dépité.
Burundi - Anniversaire.
La date du 29 avril célébrée par les Burundais de l'intérieur et de l'extérieur du pays.
Bujumbura, le 1er mai 2002 (Net Press). Ce 29 avril 2002, les Burundais de l'intérieur et de la diaspora ont commémoré le déclenchement de la tragédie de 1972. A côté de l'Accord-cadre, la communauté Ganwa avait choisi de se retrouver au "Consulat" après une messe célébrée à la cathédrale Regina Mundi en la mémoire du dernier roi du Burundi, Ntare V (Charles Ndizeye) tué le 29 avril 1972.
Sa mort a été d'autant plus pathétique, selon un communiqué de cette communauté, que le jeune roi (à peine 25 ans), a été ramené par la force, de Kampala (Ouganda) pour être conduit à Gitega et exécuté sommairement le 29 avril 1972. Dans son allocution de circonstance, M. Fidèle Biha, a fait savoir que les Baganwa exigent que toute la lumière soit faite sur les circonstances de la mort du roi Ntare V et que les responsabilités soient établies. Ils exigent en outre que l'endroit où le roi Ntare V a été enterré soit identifié et réclament enfin que le Burundi donne au dernier roi du Burundi une sépulture digne d'un chef d'Etat.
De leur côté, les membres et sympathisants de l'association de lutte contre le génocide au Burundi, section Canada, auxquels s'étaient associés les membres de la communauté burundaise résidant à Montréal et dans ses environs, ont organisé à Montréal en date du 27 avril 2002 une conférence-débat sur le thème : "Le Génocide des Tutsis en 1972 : une réalité mal connue".
Il est à noter qu'une forte délégation de la communauté rwandaise établie à Montréal s'était jointe à leurs amis burundais à cette occasion.
Les participants à cette conférence ont formulé quelques recommandations pour rompre avec le cycle des génocides au Burundi. Selon eux, il faut à tout prix combattre l'institutionnalisation de l'impunité au Burundi, refuser les lois "qui couvrent les forfaits de génocide" et juger, sans distinction, les responsables des crimes qui ont endeuillé le Burundi depuis 1965 à ce jour.
Ils recommandent aussi de "refuser tout système politique basé sur le racisme et la haine ethniques", "casser toutes les organisations génocidaires au Burundi et dans la sous-région" et "combattre les slogans négationnistes, révisionnistes et autres discours d'endormissement".
Notons enfin que de leur côté, les Hutu ou ultra-hutu et leurs sympathisants ont organisé en Europe et en Amérique du Nord, en plus des messes en la mémoire de leurs disparus, des conférences publiques où il était plutôt question de démontrer qu'en 1972, il y a eu un génocide anti-hutu au Burundi, en oubliant volontairement qu'en date du 29 avril 1972, pas un seul Hutu n'a été tué. C'est plutôt des milliers de civils tutsi qui ont été exterminés principalement au Sud du pays, avant que le pouvoir ne réprime la rébellion hutu. C'est cette répression que les Hutu appellent génocide.
Burundi - Media.
Les professionnels des media burundais se préparent à célébrer avec faste la journée internationale de la liberté de la presse.
Bujumbura, le 1er mai 2002 (Net Press). Les journalistes burundais se préparent activement à se joindre au reste du monde pour célébrer avec faste la journée internationale de la liberté de la presse le 3 mai prochain. C'est ce qu'a confié à la rédaction le président de l'association burundaise des journalistes (ABJ), M. Augustin Kabayabaya. Il a indiqué que le thème retenu pour cette année est : "solidarité des professionnels des media face aux entraves de la liberté de la presse". Pour les journées du 3 au 4 mai 2002, il est prévu des exposés sur le thème : "tous ensemble pour une presse libre", chaque fois au siège de la Maison de la Presse. Les activités de cette semaine pour la liberté de la presse se clôtureront par une marche pacifique en date du 5 mai 2002 qui réunira tous les professionnels des media.
Malgré toutes ces cérémonies, le président de l'ABJ a déploré l'absence de la liberté de la presse au Burundi, raison pour laquelle tout le monde est interpellé pour qu'il puisse y avoir une information de qualité grâce à la liberté d'expression. "La liberté de la presse est bafouée par les pouvoirs publics qui tentent d'intervenir dans les media pour censurer ce qui est gênant ou compromettant", a amèrement constaté M. Kabayabaya. Or, quand le journaliste s'exprime par sa plume ou son micro, c'est pour l'intérêt du public. Il a invité les journalistes à corriger de leur côté "certaines erreurs professionnelles". Ainsi, ils doivent éviter de parler pour un groupe quelconque ou de se faire acheter en vue de servir l'intérêt de toute la population.