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Bujumbura-Burundi.


Burundi - Politique.

Une manifestation de PA-Amasekanya sème la panique dans les rangs des députés du G7 à Kigobe.

Bujumbura, le 2 mai 2002 (Net Press). Il était 9h 30 quand une centaine de membres du mouvement PA-Amasekanya (des jeunes hommes, des filles et même des femmes mûres) ont surgi à Kigobe de nulle part pour manifester leur farouche opposition à l'accord d'Arusha et au vote des lois sur "l'immunité provisoire des leaders politiques rentrant d'exil". Il portaient 2 grandes baderoles où on pouvait lire : "Non à l'auto-amnistie des terroristes génocidaires du Frodebu-Cndd-Fdd, Palipehutu-Fnl et leurs alliés", "le génocide des Tutsi est une réalité au Burundi".

Sur de nombreuses autres petites banderoles était inscrit notamment ceci : "le crime de génocide est imprescriptible et inamnistiable", "le Burundi doit prendre exemple sur le reste du monde, les Etats-Unis, la France et la sous-région dans la lutte contre le terrorisme et le génocide", "le parlement actuel du Burundi est une honte pour le pays", ... Tout en marchant, les manifestants ont entonné des chansons condamnant le parti Frodebu et fustigeant l'accord d'Arusha. Ils ont été bloqués par les forces de l'ordre qui leur ont empêché d'entrer dans les enceintes du palais de Kigobe où c'était plutôt la débandade dans les rangs du G7. Le député du RPB (rassemblement du peuple burundais, faisant partie intégrante du G7), M. Philippe Nzobonariba a tenté de justifier la réaction des siens en expliquant à notre reporter qu'il est "normal que nous ayons peur et que nous fuyions, car cela m'a rappelé personnellement le jour où, en 1995, le président de notre parti, Ernest Kabushemeye, a été tué en pleine journée à Bujumbura". Bref, lui et ses amis ont tout de suite pensé que l'époque de l'"akajagari" (pagaille, désordre, ...) était revenue et "il fallait donc prendre ses dispositions".

Même si le député Nzobonariba pense que les manifestants de ce matin sont "un petit groupe manipulé par des parlementaires qui ont peur que la vérité sur la question du génocide n'éclate au grand jour", cela n'a pas empêché que la quasi-totalité des "élus" du G7 se mettent d'urgence en réunion extraordinaire pour analyser la nouvelle donne et affiner leur stratégie pour faire passer la fameuse loi sur "l'immunité provisoire". En effet, il s'est avéré impossible de dégager un consensus sur ce projet de loi fort controversé au sein des 12 commissions parlementaires que compte l'assemblée nationale de transition, ce qui explique pourquoi ce projet de loi n'a pas pu être étudié en plénière ce matin. "L'analyse et vote" de la loi sur l'immunité provisoire ont été repoussés à la toute dernière journée de la session en cours, c'est-à-dire demain 3 mai 2002.

Pour sa part, un député tutsi interrogé a indiqué que les manifestants "ont tout a fait raison, car l'analyse ou le vote de ce projet de loi constitue franchement de la provocation". C'est "vraiment indécent", a-t-il dit.

Contacté au téléphone après cette manifestation, le président de PA-Amasekanya, M. Diomède Rutamucero, a déclaré de son côté que son mouvement tenait aussi à rappeler qu'il est "plus que décidé à résister par tous les moyens à l'accord impie d'Arusha qui accorde tous les privilèges aux terroristes-génocidaires au lieu de les traduire en justice pour leurs nombreux crimes, qui se poursuivent par ailleurs". S'il le faut, a-t-il ajouté, on prendra même les armes le moment venu.

A Bujumbura, on s'attend à ce que la journée de demain soit très chaude à Kigobe.

Notons que 6 jeunes gens, pris pour des membres de PA-Amasekanya, ont été arrêtés par la PSP (police de sécurité publique) tout près du palais des congrès de Kigobe. Nous apprenons enfin que le domicile du président de ce mouvement était encerclé cet après-midi par la gendarmerie (la BSR, précisément). M. Rutamucero aurait refusé d'être arrêté sans mandat d'amener ou d'arrêt.

Burundi - Société - Politique.

Un militant du Frodebu ne saurait être un "mushingantahe", estime la population de Ngozi.

Bujumbura, le 2 mai 2002 (Net Press). C'est ce qu'on a appris ce matin dans la grande salle des congrès de Kigobe, de la bouche d'un député du Frodebu proche de l'ancien vice-président de l'assemblée nationale sous le régime du partenariat, Augustin Nzojibwami.

On sait qu'une brouille s'est installée entre Nzojibwami et ses amis d'une part, et le reste du Frodebu de l'autre, mais cela n'implique pas que le député évoqué plus haut puisse inventer de toutes pièces une histoire pareille. Il a soutenu, en prenant pour témoin un autre député originaire de Ngozi qui était monté sur sa colline natale le week-end dernier, que les habitants d'une commune de Ngozi ont refusé d'investir "mushingantahe" (sage, notable), son administrateur communal du nom de Basogota, passé sous peu au parti Frodebu en espérant, selon la même source, d'être nommé sénateur. La même population aurait expliqué qu'un militant du Frodebu ne peut pas être un "mushingantahe". Le député en question a ironisé en faisant remarquer que le jeune administrateur communal n'avait pas à trop rougir, car après tout "Agathon Rwasa (chef du Palipehutu-Fnl) n'a-t-il pas dit qu'il abattra tous ceux qui auront été investis bashingantahe"?

Rappelons à ce sujet que Pierre Nkurunziza (chef de l'une des 2 branches du Cndd-Fdd) a, au cours de l'émission "Imvo n'imvano" de la BBC de samedi le 20 avril 2002, refusé d'être qualifié de "mushingantahe", promettant même de revenir sur ce concept le jour où son mouvement sera au pouvoir.

Burundi - Politique.

"L'accord d'Arusha a introduit et légitimé la criminalité au coeur de l'Etat", selon un politologue burundais.

Bujumbura, le 2 mai 2002 (Net Press). Ce matin, l'observatoire de l'action gouvernementale (OAG) a procédé une étude intitulée "L'analyse critique de l'Accord d'Arusha". L'auteur de l'étude, le politologue et professeur d'université Julien Nimubona, a à cette occasion fait observer que les signataires ont soigneusement cherché de préserver leurs intérêts, ce qui était "finalement le grand enjeu de la participation à ces négociations". Et d'ajouter que le processus d'Arusha a introduit et légitimé la criminalité au coeur de l'Etat. "Il criminalisé l'Etat en ouvrant grandement les portes à cette criminalisation et a légitimé le recours à la violence comme instrument de lutte politique efficace", a expliqué le professeur Nimubona. Un bon accord devrait, selon lui, être précédé par un préalable : un mécanisme judiciaire consistant à disqualifier du champ des négociations et de la gestion des institutions le crime et ses auteurs. Et d'ajouter que cette erreur peut conduire à la "libérianisation" du Burundi en amenant les citoyens de ce pays à répondre par la contestatation violente à ceux qui ont utilisé la violence pour prendre le pouvoir.

Parlant de la paix et la réconciliation nationale, le professeur Nimubona a indiqué que "la crise ne pourra être contenue que si les politiques du G7 envoient des signes très forts à l'endroit de l'opinion nationale et internationale en faveur de la paix", avant d'ajouter que "toute tergiversation sera interpretée comme une duplicité ou une connivence des partis du G7 avec les rebelles".

Burundi - Société.

La promulgation du code de succession risque de créer d'autres tensions sociales, déclarent les participants à un atelier de réflexion organisé par le projet "Plaidoyer".

Bujumbura, le 2 mai 2002 (Net Press). La promulgation du code de succession risque de créer d'autres tensions sociales, ont estimé les participants à l'atelier récemment organisé par le projet "Plaidoyer" appuyé par le FNUAP (fonds des Nations-Unies pour la population). Cet atelier avait comme ordre du jour la validation des avant-projets de loi portant sur les libéralités, les régimes matrimoniaux et les successions au Burundi. Il s'est tenu à l'hôtel Novotel en date du 30 avril 2002, où le document préparé par l'association des femmes juristes a fait objet d'un débat au cours duquel certains participants ont carrément déclaré qu'il faut , sans plus ni moins, l'adhésion immédiate de la société burundaise à ce texte. D'après eux en effet, le débat est largement dépassé, le Burundi étant signataire des textes internationaux qui condamnent la discrimination selon le genre. Mais aussi certaines dispositions de l'accord d'Arusha prévoit ce genre de lois.

Par contre, d'autres participants ont indiqué que cette loi va certainement bouleverser la société et ne fera que surcharger les cours et tribunaux nationaux. Un dernier intervenant a demandé si en réalité les femmes burundaises de confession musulmane n'ont pas été tenues en laisse par le nouveau projet de loi, étant donné que l'Islam prévoit d'autres dispositions en la matière. A ce sujet, il lui a été répondu que le Burundi est un pays laïc, raison pour laquelle chaque femme musulmane est libre de se conformer à la loi burundaise ou coranique.