NET PRESS

Burundi - Sécurité.
Affaire Taba : des têtes commencent à tomber à l'armée.
Gitega, le 3 octobre 2002 (Net Press). Deux militaires viennent d'être incarcérés à la prison centrale de Gitega. Le major Budigoma a été arrêté ce 2 octobre 2002 dans l'après-midi. Il était commandant en second du 4è bataillon de Ngozi. Comme chef d'accusation, il est écrit sur son mandat d'arrêt : meurtre. Ce matin, le lieutenant Ngendakuriyo a été à son tour arrêté. Les proches du major Budigoma estiment que celui-ci n'est qu'un bouc-émissaire dans cette affaire, car sa compagnie n'était même pas sur le lieu du crime puisqu'elle poursuivait les terroristes-génocidaires en province Ruyigi. Il avait eu une mission de la 2è région militaire en se dirigeant vers Ruyigi. L'emprisonnement du major Budigoma intervient après une forte pression des partis hutu. C'est la première fois que des officiers sont incarcérés à la suite des opérations de l'armée. Manifestement, l'affaire de Taba a été surtout le résultat de l'absence de l'administration territoriale sur le terrain, si du moins on se réfère au recoupement des informations recueillies sur place.
Depuis le 12 juillet 2002, les terroristes-génocidaires avaient investi la commune Taba et l'administration, que ce soit au niveau de la colline, de la commune, de la province, voire du ministère de l'intérieur, était parfaitement au courant de la présence de ces criminels. Ces derniers étaient même parvenus à avoir des adeptes parmi la population locale qui, à leur tour, n'avaient rien ménagé pour participer activement à la rébellion : renseignement, logistique, entraînements militaires, etc. L'administration ne pouvait pas ne pas le savoir. En juillet 2002, le ministre de la défense nationale, le général Cyrille Ndayirukiye, avait épinglé la complicité de certains politiciens du G7. Le porte-parole de l'armée avait relayé le message et le ministre de l'intérieur fait de même. Les militaires qui ont opéré à Taba ont certainement agi dans ce sens, de même que ceux qui ont détruit un centre d'instruction de la "rébellion" à Kirehe (Rutegama) où plusieurs dizaines de jeunes de la contrée qui avaient rallié les terroristes-génocidaires ont été tués.
Dans la hiérarchie militaire, la chaîne de commandement affiche un hiatus difficile à couvrir. Le major Budigoma était en mission à Taba, ainsi que le dit sa famille, où opéraient plusieurs compagnies. En outre, il avait eu des instructions et les communications radio marchaient très bien, apprend-on de sources concordantes. Les proches du major se demandent comment est-ce que la hiérarchie militaire n'a pas su ce qui se passait alors qu'elle continuait à donner des instructions aux soldats qui étaient sur le terrain.
L'opinion publique tutsi est médusée par l'empressement avec lequel la justice fonctionne pour le cas des victimes hutu de Taba alors que le régime Buyoya n'a jamais engagé de poursuites judiciaires contre les responsables des divers massacres de Tutsi. Et de citer l'exemple de Bugendana où plus de 500 Tutsi ont été tués par des éléments du Cndd qui a même revendiqué l'acte. A Buta, ce fut la même chose : plus de 40 jeunes petits séminaristes ont été massacrés par les terroristes-génocidaires. L'organe de presse qu'animait alors l'actuel ministre de la communication du gouvernement Buyoya, M. Albert Mbonerane, dira que les jeunes séminaristes de Buta étaient des étudiants en service militaire.
Ce mouvement en a plutôt tiré une légitimité et l'entrée au gouvernement, estime la même opinion. Il n'y a jamais eu de poursuites à ce sujet alors que l'évêque de Bururi, Mgr Bernard Bududira, avait saisi le parquet de Bururi pour que soient traduits en justice les auteurs de ce massacre du 30 avril 1997. Rappelons à ce propos que l'archevêque de Gitega, Mgr Simon Ntamwana, avait pour sa part, très énergiquement condamné l'armée nationale sur les ondes des chaînes de radio internationales pour le cas des victimes hutu de Taba. Le massacre de Muzye est là aussi pour montrer que la justice est à sens unique, déplore l'opinion tutsi. Alors que le gouvernement sait très bien qui a tué l'ex-directeur général de la SOSUMO, feu Alexis Rwagatore, et ses compagnons, il n'a jamais été engagé de poursuites judiciaires. Le massacre de l'équipe de handball de l'ISCAM en 2000 par les terroristes-génocidaires sur la RN7 n'a pas non plus été d'enquête, pas de dossiers et donc pas de résultats.
Toutefois, on doit constater que beaucoup de Hutu ont été tués à plusieurs reprises par le passé sans que le pouvoir engage des enquêtes. Ainsi, on dénombre de nombreux cas en province de Bujumbura rural, à Rukaramu notamment en décembre 1998, et qui ne font pas l'objet d'aucune enquête. On peut également rappeler la longue liste de victimes hutu qui avaient été publiée en 2000 par "Burundi Bureau", et où le principal accusé était le gouvernement Buyoya.
Bref, l'affaire Taba fait l'objet de spéculations qui, d'après les observateurs, sont le résultat de l'impunité. Dans une démocratie saine, quand il y a faute chez les militaires après des opérations quelque part sur le terrain, ce sont les ministres de la défense et de l'intérieur qui devraient démissionner avant qu'on engage toute enquête. De même, estime-t-on dans les milieux des rescapés du génocide des Tutsi, les représentants du Cndd et du Palipehutu ne devraient pas occuper de hautes fonctions avant que les enquêtes sur Bugendana, Buta, Rukaramu et autres pogroms n'établissent les responsabilités.
Burundi - Sécurité.
Un député regrette le retard pris par la publication du rapport d'enquête parlementaire sur Taba.
Bujumbura, le 3 octobre 2002 (Net Press). Après l'enquête faite du 21 au 23 septembre 2002 par 8 parlementaires sur les tueries d'Itaba, un député qui faisait partie de l'équipe, Mme Rose Hakizimana indique que les enquêtes menées auprès de l'administration locale et militaire prouvent que ces autorités avaient bel et bien prévenu la population de cette contrée de se mettre à l'abri. Consigne qui a été observée par beaucoup d'habitants de la zone. Ces autorités ont également déclaré que le 9 septembre 2002, les forces de l'ordre ont pourchassé les "rebelles" qui ont tiré sur elles alors que la population avait nié, la main sur le coeur, leur présence. Mme Hakizimana souligne que les autorités ont fait remarquer que ceux qui ont péri à Itaba avaient préféré rester aux côtés des "rebelles" et avaient même déclaré qu'ils sont mieux protégés. Elle ajoute que parmi les 173 victimes, 62 ne sont pas originaires de ces collines. Elle indique également que ces députés ont récolté d'autres témoignages notamment ceux de 6 rescapés qui étaient hospitalisés à Gitega et parmi lesquels se trouvaient deux jeunes garçons, un des chefs de colline et un enfant de 5 ans. Et d'ajouter que ces jeunes garçons avaient visiblement "gobé" ce qu'ils devaient dire pour accuser les militaires d'avoir commis ce massacre.
Selon elle, ces jeunes garçons ne parlaient pas en tant que témoins oculaires mais comme membres des "groupes rebelles". D'autres ont confirmé qu'ils n'habitent pas sur les collines des victimes et qu'ils étaient venus y faire du commerce de la bière locale dans cette zone où la plupart des habitants avaient fui. Elle regrette que les mauvais enseignements soient propagés jusque même dans les milieux des jeunes enfants. Mme Hakizimana indique que les enquêtes menées prouvent que 173 personnes tuées à Itaba n'ont pas respecté les consignes de l'administration et ont fait confiance aux "rebelles" qui les ont induits en erreur. Elle regrette que certaines autorités qui sont de connivence avec les "rebelles" continuent à faire des déclarations contraires à la réalité sur les stations locales et étrangères, et que ce rapport ne soit pas encore rendu public à cause des spéculations de certains députés.
Burundi - Sécurité.
Les autorités invitent les habitants de la capitale à redoubler de vigilance, face aux menaces d'attaques des terroristes-génocidaires.
Bujumbura, le 3 octobre 2002 (Net Press). Depuis plusieurs jours, des rumeurs d'attaques des terroristes-génocidaires contre la capitale en pleine journée circulent à Bujumbura. Le maire de la ville, M. Pontien Niyongabo, a reconnu avoir eu vent de telles rumeurs selon lesquelles les terroristes-génocidaires projetteraient d'attaquer à la grenade aux heures de pointe (midi par exemple) les grands axes de la capitale, en même temps. Pour le maire Niyongabo, c'est clair que le but poursuivi par les auteurs de telles attaques n'est autre que "la volonté de saboter le processus de négociations en cours sur le cessez-le-feu". Il a ajouté que d'autres phénomènes observés ces derniers temps entrent parfaitement dans le cadre de ce "projet macabre". Il s'agit notamment des enseignements subversifs (invitant par exemple les étudiants hutu à abandonner momentanément leurs études et la population hutu à fuir l'administration et les forces de l'ordre, "parce que la victoire est proche") ou de la double attaque au mortier contre les zones Kinama et Kamenge dans la soirée de ce 2 octobre 2002.
Pour toutes ces raisons, le maire de la ville de Bujumbura a invité la population de la capitale à ne pas avoir peur, mais plutôt à redoubler de vigilance pour faire face à toute éventualité. De son côté, le porte-parole de l'armée nationale, le colonel Augustin Nzabampema, a déclaré que les forces de l'ordre ont pris toutes les dispositions pour faire face à la situation. Il a ajouté que de telles attaques "peuvent entrer dans le cadre du possible, tout comme ça peut être de la désinformation ou de l'intoxication". Selon le colonel Nzabampema, même si cela peut se révéler être une "guerre psychologique", la population urbaine doit redoubler de vigilance. Il a conclu en faisant observer que de telles attaques seraient suicidaires pour ceux qui voudraient les perpétrer, raison pour laquelle ceux-ci "y penseront au moins par 2 fois, avant de s'aventurer".
