NET PRESS

Burundi - Anniversaire.
Le parti Uprona souffle les 41 bougies de sa victoire la mort dans l'âme.
Bujumbura, le 17 septembre 2002 (Net Press). Le parti du prince Louis Rwagasore, qui a conduit le pays à l'indépendance, fête ses 41 ans de victoire ce 18 septembre 2002. Ce parti est divisé aujourd'hui en deux ailes rivales : l'une, qualifiée de dure, pilotée par M. Charles Mukasi et l'autre pro-gouvernementale présidée par le ministre Luc Rukingama. Ces deux tendances vont célébrer séparément cette victoire.
M. Mukasi envisage des cérémonies de dépôt de gerbes de fleurs suivies d'une réception et d'un message de circonstance. Comme cette journée tombe en semaine, M. Charles Mukasi trouve pertinent de la combiner avec celle du 13 octobre 2002, date-mémoire de l'assassinat du prince Louis Rwagasore. Selon toujours M. Mukasi, ce message va axer sur le fait que l'idéologie génocidaire qui semble prédominer aujourd'hui avait été décriée par les Barundi, il y a 40 ans. Et pourtant, a renchéri le président de l'Uprona non-négociateur, les gens à l'époque étaient moins instruits et avec moins de civilités mais ont quand même dénoncé ces idées qui tuent. Ceci veut dire, a-t-il conclu, que nous marchons à reculons au lieu de progresser.
La rédaction a essayé de contacter le président de l'Uprona négociateur mais en vain puisque celui-ci se trouve en mission à l'étranger. Le secrétaire permanent de cette tendance, M. Joseph Sinabwiteye, a indiqué à la rédaction que ce parti va essayer de rassembler quelques militants pour le dépôt des fleurs car la fête tombe en semaine et que les grandes festivités seront organisées un de ces week-end. Pourtant, le parti Uprona (unité pour le progrès national) tel que conçu par le prince Rwagasore se voulait rassembleur du peuple burundais dans le but de développer le pays et ses fils. Il fut créé en 1959 aux côtés d'une vingtaine d'autres partis dont les principaux étaient le parti démocrate chrétien (PDC), le parti démocrate rural (PDR) et le parti du peuple (PP). La plupart de ces derniers s'érigèrent en front commun contre l'Uprona et contre l'indépendance immédiate.
A cause de sa popularité, le prince Louis Rwagasore sera malmené par le colonisateur si bien que lors des élections communales de 1960, il a perdu, car celles-ci avaient été organisées au moment où le prince Rwagasore était en prison à Bururi, au Sud du pays tandis que les autres leaders de ce parti étaient en exil ou intimidés. L'ONU a fini par contester ces élections et a décidé d'en organiser d'autres plus tard. Ce n'est qu'au cours des élections législatives au suffrage universel du 18 septembre 1961 que l'Uprona a décroché une victoire écrasante de 625.000 voix contre 13.500 pour le front commun, soit plus de 80% des voix exprimées. Sur 64 sièges disponibles à l'assemblée nationale, l'Uprona en rafla 58. Le prince Rwagasore fut assassiné en octobre 1961 mais le chemin de l'indépendance était déjà tout tracé.
Le prince Rwagasore ne trouva pas de successeur valable, ce qui entraîna des chicanes interminables au sein de son parti et de tout le pays. De 1961 à 1966, le parti connaîtra une instabilité politique et des divisions graves qui ont entraîné le pays dans une situation critique. Le parti a alors connu des tendances politiques comparables à celles d'aujourd'hui puisqu'il y avait les groupes Monrovia et Casablanca alors qu'aujourd'hui on a deux ailes qui se distinguent par des options politiques et idéologiques diamétralement opposées, notamment en matière de traitement de la question du génocide et des négociations avec les groupes terroristes génocidaires. La crise au sein de l'Uprona a atteint son point culminant quand aux élections de 1965, les uns y ont vu une victoire des Hutu et non de ce parti. Ce qui a amené le roi à choisir un premier ministre dans un camp "neutre", celui des Baganwa (le prince Léopold Biha). Les ultra-hutu n'ont pas digéré cela et ont tenté un coup d'Etat doublé de massacres des Tutsi à Muramvya. Le coup d'Etat qui échoua, fut réprimé et l'Uprona en sortit très diminué.
Quand Micombero renversa en 1966 la monarchie, il a en même temps récupéré l'Uprona qu'il utilisera comme instrument du pouvoir en se faisant passer pour un "libérateur du peuple murundi". Il mit de l'ordre dans le parti tout en lui retirant l'âme que lui avait forgée le prince Rwagasore. A la fin de son règne en 1976, son successeur, Jean-Baptiste Bagaza ne trouva mieux que de se servir de ce parti qu'il qualifiait de "parti rénové". Il en devint lui-même président en 1979 et en fit son meilleur instrument avec un certain Emile Mworoha comme secrétaire général. Le chef de l'Etat d'alors oeuvra à renier les symboles mêmes de ce parti en commençant par ignorer la place de son fondateur dans les annales de l'histoire. Même si sous le règne de Bagaza, l'Uprona avait retrouvé les structures modernes d'un parti fonctionnel à l'instar de tous les grands partis du temps des partis uniques en Afrique, on ne saurait ne pas dire que l'esprit de Rwagasore le hantait.
Buyoya intervint en 1987 et fait la même chose : il renversa Bagaza, récupéra le parti Uprona et en fit lui aussi un instrument de son pouvoir. L'Uprona devint alors un parti de toutes les contradictions en regroupant des courants idéologiques contradictoires. Buyoya fera même organiser en 1990 un congrès dit "élargi" à toutes ces tendances, y compris les membres du Palipehutu. A telle enseigne que certains observateurs ont dit que ce parti était devenu fourre-tout. Il ira aux élections en ordre dispersé si bien que certains de ses grands tenors ont refusé de figurer sur les listes bloquées aux législatives de 1993 au moment où d'autres portaient la casquette de ce parti le jour et celle de son rival Frodebu la nuit. Ces contradictions seront sanctionnées par la victoire à plate-couture du Frodebu sur l'Uprona en juin 1993. Les militants de ce parti dressés à gober les contradictions ont crié au scandale en parlant d'élections ethnisées. Pourtant, cela ne devrait pas en être autrement puisqu'on ne récolté que ce qu'on a semé.
Après cette humiliante défaite, l'Uprona ne s'en est jamais remis. Ce parti n'a jamais tenu un congrès, ne fut-ce que pour évaluer l'aventure électorale de juin 1993. Son candidat Buyoya s'en est même éloigné depuis ce jour pour revenir en 1996 sous la casquette militaire en se déclarant envoyé par "les forces armées nationales et les forces vives de la Nation" alors qu'il avait été littéralement battu aux élections de 1993.
Même aujourd'hui, il s'en réclame occasionnellement quand il est question de rappeler qu'il est issu des partis tutsi du G10 dont il est délégué dans la gestion de la 1ère transition. Face à lui se trouve son farouche opposant, M. Charles Mukasi, leader de l'autre aile de l'Uprona qui se veut être le gardien de l'héritage de Rwagasore. C'est la 1ère fois dans l'histoire du pays que l'Uprona - une aile, du moins, s'il faut être dans l'ère du temps - se déclare opposé au gouvernement alors que ce parti avait été depuis la mort de Rwagasore l'instrument de tous les régimes qui se sont succédés de Muhirwa à Buyoya en passant par les autres premiers ministres de la monarchie. C'est dans ce contexte qu'intervient le 41ème anniversaire de la victoire historique du 18 septembre 1961.
Burundi - Négociations.
Les négociations sur le cessez-le-feu devraient reprendre le 19 septembre 2002, selon la médiation.
Pretoria, le 17 septembre 2002 (Net Press). C'est ce qu'on apprend de source proche de la médiation sud-africaine. Pendant ce temps, la délégation du Cndd-Fdd, tendance Pierre Nkurunziza, présente à Dar-es-Salaam depuis le 14 septembre 2002, tourne les pouces et se plaint de l'absence sur les lieux de la médiation sud-africaine. Seule, affirme un communiqué émanant de ce mouvement, l'équipe tanzanienne de la facilitation "fait tout son possible, notamment en matière de sécurité" des négociateurs. On apprend d'autre part que la délégation du Palipehutu-Fnl d'Alain Mugabarabona était attendue dans la capitale économique tanzanienne ce 17 septembre 2002, en provenance d'Afrique du Sud où elle vient de boucler plusieurs jours de consultations avec le vice-président sud-africain, M. Jacob Zuma, et son équipe. On notera en outre que le mouvement de Pierre Nkurunziza continue à exiger que le gouvernement de transition endosse "toutes les responsabilités" de l'assassinat de Melchior Ndadaye, qui a constitué, selon le même mouvement, le point de départ de la guerre en cours, qui a de forts relents génocidaires d'après tous les observateurs objectifs. De son côté, ce mouvement se dit prêt à assumer les actes commis par ses membres et sympathisants depuis octobre 1993 pour "protéger la démocratie en danger".
Le gouvernement burundais a rejeté cette proposition en indiquant que chacun, dans le putsch d'octobre 1993, doit répondre personnellement de ses éventuels actes et qu'il est hors de question que les membres du cabinet actuel assument collectivement. Si ce mouvement persiste dans cette logique, dit-on dans les milieux gouvernementaux, ça devrait être une fois de plus le blocage dans ces négociations, comme le mois passé. A signaler enfin que le même mouvement fulmine à l'idée d'entendre que le Burundi vient de bénéficier d'un crédit de 54 millions de dollars. Il prétend en effet, dans un communiqué circulant sur le web, que cet argent ne servira qu'à acheter des armes et des munitions. Sa colère devrait aller crescendo quand il apprendra que les institutions de Bretton Woods (banque mondiale et FMI) s'apprêtent à entrer dans le programme "post-conflit", dès octobre prochain, en octroyant plus d'aide à ce pays pour sa reconstruction.
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