NET PRESS

Burundi-putsch
Les politiciens burundais commencent à réagir, après l'échec de la tentative de coup d'Etat du 18 avril 2001.
Bujumbura, le 19 avril 2001 (Net Press). Dans l'après-midi de ce 18 avril 2001, un groupe de militaires a failli renverser les institutions dirigées par le major Pierre Buyoya. Ainsi, ce dernier a failli partir comme son prédécesseur Jean-Baptise Bagaza qu'il a renversé et renvoyé en 1987 alors que ce dernier était en déplacement au Canada pour participer à un sommet de la francophonie. Les mutins de ce 18 avril 2001 avaient même réussi à gagner la sympathie des étudiants de l'institut supérieur des cadres militaires (ISCAM), a-t-on appris ce matin. Ceux-ci ont essayé de prendre le contrôle, la nuit dernière, de la banque centrale du pays (BRB), alors que d'autres tentaient d'appuyer leurs collègues mutins à la radio télévision nationale qui était déjà encerclée par les forces loyalistes. Le ministre de la Défense, le colonel Cyrille Ndayirukiye, a dû suspendre son repos médical pour venir lui-même superviser la réddition des mutins. Des négociations ont alors commencé entre le ministre et le jeune lieutenant Gaston Ntakarutimana. Elles auront duré jusqu'à 2 heures du matin, a-t-on appris de sources militaires. Les mutins se sont alors rendus et selon des sources proches de l'armée, ils sont détenus dans les cachots d'une des polices de la capitale. Les enquêtes ont déjà commencé. Dès la déclaration du lieutenant Gaston Ntakarutimana, la population de la capitale n'a manifesté aucune inquiétude comme en 1996 quand l'armée a renversé Sylvestre Ntibantunganya.
Au niveau des réactions officielles des responsables politiques, M. Philippe Nzobonariba du RPB s'est dit surpris par trois choses : la rapidité des attaques contre l'assemblée nationale à l'instar de celles enregistrées en juillet 1996, la facilité d'entrée à la RTNB comme si elle n'était pas gardée ainsi que la facilité de retrait de ce lieu. Il a indiqué qu'il a confiance que tous les Burundais voient aujourd'hui que la solution à la crise burundaise se trouve dans les négociations d'Arusha. Pour sa part, M. Luc Rukingama, président de l'Uprona négociateur, a indiqué à notre rédaction qu'il faut mener une enquête profonde et sérieuse pour savoir ce qui s'est bien passé. En effet, selon lui, à voir la légèreté avec laquelle ces événements se sont passés, il est difficile d'en deviner les tenants et les aboutissants. Il considère qu'il s'agissait d'une action dirigée contre le processus de paix et destinée à destabiliser les relations diplomatiques entre le Burundi, l'ONU et les ressortissants des pays participant actuellement à Bujumbura à des travaux sur la sécurité en Afrique Centrale. A la question de savoir si le pouvoir en place n'aurait pas lui-même fomenté ce coup pour ensuite traquer ses opposants, le président de l'Uprona négociateur a indiqué que les détracteurs du régime actuel commencent déjà à propager cette version mais qu'au regard de la mutinerie, ces militaires étaient opposés à la population et au gouvernement.
Le Dr. Rugambarara du G8 a commencé par condamner ce coup car lui et ses amis politiques attendent les résultats d'Arusha. Le G8 condamne donc toute prise ou maintien au pouvoir par la force. C'est aussi le cas, a-t-il précisé, du gouvernement qui a sollicité l'appui de l'armée pour son maintien au pouvoir. Le Dr. Rugambarara n'exclut pas qu'il peut s'agir d'un faux coup fomenté par le pouvoir en place pour poursuivre les opposants. Et d'ailleurs, a-t-il poursuivi, la chasse à l'homme a commencé avec son emprisonnement. Que les gens ne s'étonnent pas si des choses se passent de cette manière, a-t-il martelé.Le Dr. Rugambarara a profité de cette occasion pour féliciter les forces de l'ordre qui ont pu déjouer ce coup. Il a demandé à l'armée de respecter les hommes politiques dans le cadre d'Arusha.
Le Parena condamne les méthodes irrégulières utilisées par ces putschistes mais comprend l'idée qu'ils ont avancée concernant la représentativité à Arusha. Cependant, précise le Parena, cette méthode n'est pas moins irrégulière que celle empruntée par M. Buyoya en 1996 et ce parti a eu l'occasion de la condamner elle aussi. Sinon, la représentativité, d'après le porte-parole du Parena, M. Zenon Nimubona, est un problème réel qui ne peut trouver de solution qu'à travers une conférence nationale souveraine où tout le monde sera représenté. Par ailleurs, a ajouté M. Nimubona, les victimes de la rébellion actuelle sont des tutsi, et non le gouvernement. Il ne peut donc prétendre négocier au nom des victimes au moment où il n'est pas ciblé par la rébellion.
De son côté, M. Charles Mukasi, président de l'Uprona de l'opposition a émis deux hypothèses. La première est que ce serait un coup monté par le pouvoir car les mutins n'ont jamais cherché à occuper les places stratégiques comme les banques, la Regideso (société de distribution d'eau et d'électricité), ... Dans ce cas, M. Mukasi redoute la persécution des opposants au régime en place. La deuxième hypothèse est que cela peut être effectivement une tentative de coup d'Etat dirigé contre le major Buyoya. Dans ce cas, même si le coup a échoué, M. Mukasi trouve que le message était évident. Venant de l'armée, il trouve que c'est plus intéressant car cette fois-ci, on ne dira plus que l'armée a le même langage que le pouvoir en place.
Pour le Frodebu-Minani, beaucoup de gens souhaitent le changement mais "il ne faut pas passer par des voies suicidaires comme le putsch". Revenant sur les faits, un dirigeant de ce parti a indiqué qu'il est très curieux de savoir celui qui est derrière cette "mise en scène". Enfin, pour le PL proche du pouvoir, il a indiqué dans une déclaration qu'il a "suivi dans la stupeur et la consternation les événements de ce mercredi 18 avril 2001". Ce parti condamne les responsables de cette "aventure" tout en fustigeant les "politiciens qui s'emploient à diviser l'armée en période de guerre". Le Parti Libéral, tendance Ntidendereza, félicite lui aussi les forces de l'ordre qui ont fait échec à cette tentative de putsch tout en évitant l'effusion de sang. Ce parti déclare enfin soutenir la poursuite des négociations déjà amorcées à Libreville avec les groupes armés en vue de la conclusion d'un cessez-le-feu.
Burundi - Processus de paix.
L'ambassadeur Dinka anime une conférence de presse en tant que président de la commission de suivi de l'Accord d'Arusha.
Bujumbura, le 19 avril 2001 (Net Press). Le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies dans la région des grands-lacs, l'Ethiopien Berhanu Dinka a animé ce matin au centre d'information des Nations-Unies de Bujumbura sa première conférence de presse en tant que président de la commission de suivi de l'accord d'Arusha (CSA). Dans son mot liminaire, il est longuement revenu sur les missions assignées à la CSA par l'accord du 28 août 2000. Il a souligné que rien ne sera possible pour l'avancement du processus tant que les 2 principales questions encore en suspens (cessez-le-feu et les institutions de transition) n'auront pas trouvé une solution adéquate. Il a indiqué que le travail de la CSA avance très normalement puisque celle-ci a déjà adopté le calendrier de ses activités et a choisi son comité exécutif. La CSA dont la prochaine réunion devrait se tenir à la mi-mai doit prochainement se rapatrier à Bujumbura, selon son président. Il a précisé néanmoins que certains membres de cette commission ne sont pas encore prêts à venir travailler à Bujumbura. A propos de la mise en application de l'accord, l'ambassadeur Dinka a déclaré qu'indépendamment des 2 questions encore en suspens, les points sur lesquels les signataires ont abouti à un consensus doivent être mis en application.
Dans l'ensemble, l'ambassadeur Dinka qui, semble-t-il, n'est pas très bavard, n'a pas comblé la grande soif d'information qu'avait la presse burundaise, puisqu'à presque toutes les questions, il répondait par des pirouettes. Il a pratiquement refusé de répondre aux questions d'actualité comme la tentative de putsch ou la polémique entre le pouvoir et l'opposition sur la question qui devrait être résolue en premier lieu entre la mise en place des institutions de transition et le cessez-le-feu.
Burundi - Sécurité.
Des terroristes-génocidaires s'amassent de nouveau à la frontière tanzano-burundaise.
Kigoma, le 19 avril 2001 (Net Press). Des sources tanzaniennes de Kigoma font état de beaucoup d'incursions de terroristes-génocidaires amassés dans la province Kibondo, région de Kigoma en Tanzanie. Ils sont surtout signalés tout près de la province burundaise de Ruyigi. Selon ces sources, ils prépareraient des attaques contre le Burundi. Elles ajoutent que ces terroristes-génocidaires sont ravitaillés en vivres par des camions en provenance de la Tanzanie. Et de préciser que les armes et munitions leur sont régulièrement apportés par des avions. Ces terroristes-génocidaires seraient venus en renfort à leurs frères d'armes en situation difficile au centre du pays. Cela commence à inquiéter la population de la province Ruyigi qui commence à fuir. La présence massive de terroristes-génocidaires est aussi confirmée par des sources burundaises à la frontière dans la province Ruyigi. Quant à la sécurité à l'intérieur de Ruyigi, des incursions des terroristes-génocidaires depuis Gitega y sont signalées depuis vendredi 13 avril 2001. Suite à l'habituelle hostilité de la population de Ruyigi, les terroristes-génociaires ont dû battre en retraite après avoir brûlé un centre de santé de la zone Biyogwa, commune Butaganzwa. Selon les mêmes sources, des combats ont opposé hier matin les forces de l'ordre aux terroristes-génocidaires sur les collines Ntane et Burenza de la même zone. Dans la soirée de ce 18 avril 2001, une camionnette Hilux a été complètement abîmée par une attaque à la roquette qui fait huit morts dont le pasteur Kamondo des églises pentecôtistes de Ruyigi et Cankuzo, son fils Nsabiyumva et 6 autres personnes dont un étudiant de l'université du Burundi, M. Gilbert Ciza et deux autres personnes non identifiées.
Rappelons que la Tanzanie est une terre de prédilection des "forces négatives" dont celles chassées de la RD Congo et qui y trouvent accueil et réapprovisionnement en armes et en munitions grâce à la complicité du gouvernement tanzanien. Le gouvernement burundais ne fait aucune pression sur ce pays pour qu'il cesse de soutenir les forces négatives ou terroristes génocidaires qui ont déjà massacré plus de 200. 000 civils au Burundi depuis octobre 1993.
