NET PRESS
Burundi - Politique.
Les signes des temps que l'ICG n'a pas encore lus.
Bujumbura, le 29 mai 2002 (Net Press). L'ONG "International Crisis Group" vient de publier son nouveau rapport du 24 mai sur le Burundi à un moment particulier de la vie politique burundaise : le gouvernement de transition fait en effet face à une grève s ans précédent des enseignants du secondaire lancée par le syndicat CONAPES, un mouvement suivi par depuis ce 28 mai 2002 par les syndicats SLEB et STEB (dont la majorité des adhérants est constituée par les enseignants du primaire et le personnel de l'administration centrale du ministère de l'éducation nationale).
Pour la première fois depuis 1996, le gouvernement n'a pas su "maîtriser" le mouvement général de grève des enseignants aggravé par la manifestation violente des élèves des établissements publics qui ont obligé les écoles privées à cesser leurs activités, paralysant ainsi la vie scolaire dans tout le pays.
Ce débordement qui amorce la dimension sociale dans la crise burundaise devait retenir l'attention de l'ICG et nuancer sa vision essentiellement ethnique de la crise burundaise. La préoccupation des Burundais n'est pas, contrairement à la logique de l'ICG, le changement des gouverneurs de provinces ou des adminstrateurs des communes ressentis comme pro-tutsi. Les civils burundais, Hutu, Tutsi et Twa, ainsi que les étrangers résidant ou de passage au Burundi, victimes des nombreuses embuscades sur les routes ou des attaques nocturnes, ne perçoivent pas leur sécurité en termes de maintien d'équilibre entre l'armée nationale et les terroristes-génocidaires, comme si l'objectif de toute armée au monde n'était pas de mettre hors d'état de nuire toute organisation criminelle comme le Palipehutu-Fnl et le Cndd-Fdd alliés aux responsables de l'horrible génocide rwandais. Pire, l'ICG préconise la réforme de l'armée en pleine guerre en y intégrant des extrémistes Hutu coupables de plusieurs pogroms au Burundi : une solution propre aux seuls pays-cobayes comme le Burundi, sinon, cela n'existe nulle part ailleurs.
L'ICG est toujours dans la logique de réduire la "puissance" de "l'oligarchie politico-militaire et économique" tutsi alors qu'en réalité, la nouvelle oligarchie burundaise est composée d'"élus" d'Arusha, Hutu et Tutsi, ministres, parlementaires et sénateurs dont les revenus mensuels se chiffrent en termes de centaines de dollars sans compter d'autres avantages connexes, alors que les enseignants et autres fonctionnaires n'ont qu'une moyenne de 30 dollars US le mois et sombrent de plus en plus dans la misère totale. La communauté internationale empire la situation en offrant des millions de FBu comme frais de rapatriement à certains "leaders politiques" et propose en même temps la réduction du nombre et des salaires des pauvres fonctionnaires et militaires, par le truchement de la FMI.
Le plan Marshall n'est visiblement pas pour demain au Burundi. La société burundaise se meurt lentement et évolue en deux principales classes sociales diamétralement opposées : les Hutu et Tutsi richissimes d'un côté, et les Hutu et Tutsi (très) pauvres, d'où la solidarité à la base chez les syndicalistes autour des mêmes revendications et cela au niveau national. Au sommet dans les hautes institutions par contre, c'est l'heure des intrigues propres aux oligarchies, aussi bien au sein du G7 qu'au G10 et cela a été bien relevé par l'ICG.
La bonne répartition des richesses nationales devrait constituer une des priorités pour sortir le pays de la crise actuelle car autrement le pays ne sera plus à l'abri d'une révolution socio-économique qui tôt ou tard imposera un nouvel ordre politique au Burundi.
Burundi - Politique.
Le MRC invite le gouvernement à mettre fin aux massacres et pillages des populations civiles par les "groupes armés" et à engager un véritable dialogue social.
Bujumbura, le 29 mai 2002 (Net Press). Le "mouvement national de résistance pour la réhabilitation du citoyen" (MRC-Rurenzangemero) du colonel Epitace Bayaganakandi vient de rendre publique une déclaration dans laquelle il appelle le gouvernement à "prendre toutes ses responsabilités en vue d'assurer sa mission première : la sécurité des citoyens et de leurs biens". Le MRC regrette que 6 mois après l'installation du gouvernement de transition, l'on soit en présence d'une situation sécuritaire, sociale et économique de tous les dangers puisque les populations civiles sont continuellement massacrées en masse et de façon sélective sur tous les axes routiers du pays. Et d'ajouter que les maigres ressources des populations sont pillées par les "groupes rebelles" au moment où la misère devient de plus en plus généralisée et insoutenable. Le MRC invite le gouvernement à garder l'exercice des libertés publiques et d'engager un véritable dialogue social suivi d'effets, surtout dans le secteur de l'enseignement et partout ailleurs afin de prévenir d'autres situations du genre. Il invite enfin le gouvernement à donner l'exemple de la sérénité en s'interdisant de créer un climat d'animosité par la tentative de mise en cause de certains dirigeants politiques comme bouc-émissaires de la situation actuelle.
Burundi - Enseignement.
Le Conapes dénonce les "manoeuvres dilatoires" du gouvernement face au mouvement de grève des enseignants.
Bujumbura, le 29 mai 2002 (Net Press). Ce 29 mai 2002, les membres du syndicat Conapes en grève depuis le 13 mai 2002 se sont encore une fois rencontrés en assemblée générale au cercle universitaire de Bujumbura pour évaluer l'évolution de leur mouvement de grève et l'attitude du gouvernement face à leurs revendications. Le président de ce syndicat, M. Philbert Ngezahayo, a brossé en quelques mots la situation actuelle du mouvement de grève et les démarches déjà entreprises auprès du vice-président de la République, M. Domitien Ndayizeye, qui préside la commission chargée d'étudier les revendications des enseignants. Dans l'ensemble, les membres du Conapes ont constaté que ce sont des rencontres formelles qui se mènent jusqu'ici, les vraies négociations n'ayant pas encore commencé même si le vice-président de la République a indiqué qu'une solution aux revendications des enseignants sera trouveé au plus tard ce samedi le 1er juin 2002.
Les syndicalistes ont insisté sur la nécessité de bien définir l'ordre du jour des véritables négociations puisque au cours de la rencontre des représentants du Conapes avec le vice-président ce mardi 28 mai 2002, ce dernier avait réparti les revendications des enseignants en deux catégories : celles ayant un caractère statutaire et celles non-statutaires. Pour les enseignants, toute négociation devrait commencer par les revendications statutaires avant d'entamer celles non statutaires. Au cours de cette assemblée générale, les syndicalistes ont constaté qu'il existe une campagne délibérée du pouvoir de démobiliser le mouvement de grève des enseignants. Cela se manifeste par les déclarations de certains responsables politiques qui lient directement les manifestations des élèves à la grève des enseignants. Pendant ce temps, d'autres autorités essaient de faire accréditer la thèse selon laquelle une manipulation politicienne serait derrière le mouvement des enseignants, au moment où d'autres responsables des provinces ne cessent de proférer des menaces à l'endroit des responsables syndicaux dans leurs entités administratives. D'autres manoeuvres du pouvoir, selon toujours les enseignants membres du Conapes, consistent à "désorienter, désorganiser parfois" les représentants des syndicats quant au calendrier des négociations, tout en lançant parfois dans l'opinion des informations selon lesquelles d'autres syndicats se prépareraient à déposer eux aussi des préavis de grève. Les syndicalistes ont constaté que tous ces scénari constituent des manoeuvres dilatoires du gouvernement pour faire perdurer le mouvement et décourager les syndicalistes les moins tenaces. Les enseignants en grève se sont entendus de s'en tenir aux seules informations émanant de leur assemblée générale et de minimiser au maximun toutes les informations venant d'ailleurs. Ils ont également décidé de garder le statu quo et se sont fixés un nouveau rendez-vous pour mercredi prochain.
Burundi - Politique.
Le parti Parena s'en prend aux parlementaires burundais qui "discutent du sexe des anges pendant que leurs enfants sont dans la rue".
Bujumbura, le 29 mai 2002 (Net Press). Le "parti pour le redressement national" (Parena) de l'ancien président Jean-Baptiste Bagaza se montre, dans son dernier bulletin d'informations, particulièrement critique vis-à-vis des membres de l'assemblée nationale de transition et du sénat qui "n'ont pas trouvé plus urgent que de se faire embobiner des journées durant par la vice-présidence de l'AWEPA venue leur faire la leçon de ce qu'ils devraient être et faire, au moment où la guerre fait rage et où toutes les écoles primaires et secondaires du pays sont paralysées". Même s'il fallait ainsi "occuper le temps des députés et des sénateurs grassement payés mais totalement désoeuvrés", il faut reconnaître, ajoute le Parena, que "la plupart de nos députés sont des parents de ces élèves pris en otage par les manifestations des professeurs d'un côté et l'indifférence arrogante réservée à ces derniers par le ministre de l'éducation nationale de l'autre". Le même parti regrette que les députés n'aient à aucun moment, pendant la session d'avril 2002, exprimé la moindre volonté d'interpeller le ministre de l'éducation nationale "alors que le feu couvait depuis 1998", préférant plutôt "s'associer à la politique du pourrissement prônée par le mandat (...) et en laissant ce ministre balayer d'un revers de main les réclamations des enseignants" en prenant pour prétexte la crise politico-économique qui frappe ce pays depuis 9 ans.
Il s'étonne néanmoins de constater que "les effets de la crise s'amenuisent ou se dissipent comme par enchantement lorsque vient le moment de voter les salaires colossaux des membres du gouvernement, de l'assemblée nationale et du sénat ainsi que leurs intendances". Signalons à ce sujet que selon certaines sources généralement bien informées, un sénateur burundais toucherait un million de Fbu alors que le salaire mensuel d'un député, non inclus les jetons de présence, est de 500.000 Fbu. Or, il y a 2 sessions ordinaires chaque année, chacune pouvant facilement durer 2 mois. Quand on sait qu'un jeton équivaut à 20.000 Fbu (ou peut-être 30.000 Fbu, selon d'autres sources), on comprend que nos représentants ont une somme assez confortable en plus du salaire mensuel.
Burundi - Société.
L'insalubrité revient au galop dans la ville de Bujumbura.
Bujumbura, le 29 mai 2002 (Net Press). D'aucuns s'accordent à dire que les media jouent un rôle primordial dans chaque société et que c'est même pour cette raison qu'ils sont qualifiés de 4ème pouvoir, même s'ils sont rarement en odeur de sainteté avec les autorités (cfr les tracasseries de tout genre dont font constamment l'objet les journalistes partout au monde et au Burundi en particulier). Ceci est d'autant plus vrai que la propreté et la salubrité sur la voie publique laissent parfois à désirer quand les média se taisent sur ce qu'ils voient. Plus concrètement, on se rappelle que n'eût été l'intervention des radios privées locales sur le blocage de certaines rues de la capitale, suite à un amoncellement sans précédent de débris et autres immondices (comme au marché de Jabe par exemple), les services techniques municipaux (SETEMU) ne se seraient sans doute jamais donné la peine de se déplacer pour faire ce qui demeure, après tout, leur travail qoutidien. Ils s'étaient en effet très lentement hâtés pour agir puisqu'ils s'étaient accordé un temps plus que suffisant (plus de 2 semaines par exemple pour les détritus situés aux côtés du marché de Jabe).
Certains en sont même venus à regretter la disparition de la célèbre émission télévisée "Twikebuke" qui faisait presque tous les jours de salutaires clins d'oeil aux autorités ou parfois à de simples citoyens qui avaient besoin de se ressaisir. Faut-il que cette émission revienne rapidement ou que d'autres media en prennent le relai ? Beaucoup se posent la question et ont tous tendance à répondre par l'affirmative, d'autant plus qu'une autre facette d'insalubrité a fait aujourd'hui son apparition dans la capitale burundaise : les animaux domestiques (chiens ou chats) qui meurent écrasés par les voitures ou morts naturellement et dont les dépouilles tardent à être évacuées. Ceci est observable depuis 2 jours, par exemple, sur la route macadamisée qui sépare l'hôpital prince régent Charles et le commissariat du district de Bujumbura, juste en face, à la fois, des portes d'entrée des 2 institutions. Le corps du pauvre chien est en pleine décomposition et dégage déjà une odeur vraiment nauséabonde, si bien que pas un seul passant ne pourra s'aventurer sur cette route demain. Il est à se demander si les services chargés de la propreté dans la capitale ne se sont pas encore rendu compte de ce cas alors que cette route est d'une grande affluence. Ce qui est sûr, c'est que si un tel cas était signalé dans un quartier populaire ou dans tout autre zone résidentielle, la dépouille mortelle de cet animal aurait été évacuée (par les habitants du quartier) depuis très longtemps.
Burundi - Détention.
Des Burundais continuent à exiger la "libération immédiate et inconditionnelle" du leader de PA-Amasekanya.
Bujumbura, le 29 mai 2002 (Net Press). Au 27è jour de détention de M. Diomède Rutamucero, des Burundais continuent à réclamer sa "libération immédiate et inconditionnelle". Ce matin, la rédaction a réceptionné deux communiqués émanant de 356 rescapés du génocide des Tutsi résidant à Bwiza-Jabe et à Musaga. Ces rescapés s'insurgent contre le traitement réservé à cet "honnête citoyen qui a failli être lynché par des présumés génocidaires à Mpimba, sous prétexte que c'est lui qui constitue le dernier blocage contre leur élargissement". Ils invitent le procureur général de la République à porter à la connaissance de tout le public les griefs contre M. Rutamucero qui, selon les pétitionnaires, ne "constituent en réalité que des prétextes pour continuer à harceler les rescapés du génocide des Tutsi".
Signalons par ailleurs que le reste de la direction du mouvement PA-Amasekanya ne comprend toujours pas pourquoi M. Rutamucero reste incarcéré, puisque son dossier est "vide". En effet, estime le porte-parole de PA-Amasekanya, même s'il était confirmé que M. Rutamucero s'est rendu coupable d'"injures graves", il n'aurait été condamné qu'au versement d'une amende de 1.000 à 5.000 Fbu ou à une servitude pénale de 8 jours à 2 mois, selon l'article 179 du code de procédure pénale. Pour le reste, tous les autres articles cités pour le poursuivre laissent entendre que PA-Amasekanya est un "mouvement insurrectionnel". Ce qui est "inadmissible", selon M. Gédéon Ntunzwenindavyi, car son mouvement de lutte contre le génocide est plutôt adepte de la non-violence. Il s'est par ailleurs demandé ce que représentent les mouvements Palipehutu-Fnl et Cndd-Fdd qui tuent à longueur de journée d'honnêtes citoyens tout en étant dans les institutions de l'Etat, si PA-Amasekanya est "insurrectionnel". M. Ntunzwenindavyi estime en outre que le génocide des Tutsi n'est pas une "rumeur", au sens où l'entend l'article 428 du code de procédure pénal le comprend.