NET PRESS

Burundi - Anniversaire.
40ème anniversaire de l'indépendance : rien à se gargariser, au contraire.
Bujumbura, le 30 juin 2002 (Net Press). La célébration du 40ème anniversaire est pour demain le 1er juillet 2002. La fête s'est préparée comme à l'accoutumée mais avec un éclat timide. Cela tranche singulièrement avec, par exemple, la célébration du 20è anniversaire en 1982. Un coup de chaux sur les grandes artères et quelques drapeaux aux couleurs nationales et de l'unité qui sont arborés par quelques commerçants de la capitale sont les seuls signes qui rappellent l'événement de demain. Les habitants de la capitale paraissent indifférents et s'interrogent même sur la nécessité d'organiser des cérémonies qui occasionnent des dépenses "de plus".
En effet, ce 40è anniversaire correspond au faîte du désespoir de beaucoup de Burundais. Ces morts partout : sur les routes, aux champs, à l'hôpital, au lieu de travail, etc. Tout cela avec les institutions issues de l'accord d'Arusha qui ont promis la paix aux Burundais une fois mises en place. Très peu de Burundais ressentent encore la valeur de cet événement pourtant capital pour ceux qui étaient là il y a quarante ans.
Cette date a symbolisé le recouvrement de l'indépendance perdue au traité de Kiganda en 1903. Par contre, le 1er juillet 2002 qu'on célèbre demain symbolise en réalité la commémoration de la perte de l'indépendance pour la 2ème fois et marquera pour la première fois le défilé des troupes burundaises devant des institutions qu'elles ne protègent plus et qui sont protégées par des troupes étrangères, en l'occurrence sud-africaines. Comme au traité de Kiganda, le pouvoir de Bujumbura se met sous la botte d'une puissance étrangère.
En effet, à Kiganda, Mwezi Gisabo, la mort dans l'âme, a accepté la protection des institutions par des troupes étrangères, et plus précisément allemandes (pour être encore plus précis, les Allemands lui ont donné un poste d'"Askaris" : Africains combattants aux côtés des Allemands). Il l'a fait malgré lui et après avoir héroïquement résisté. 3 Demain, l'évenément sera célébré par les élus d'Arusha sous la haute protection des forces sud-africaines dans une conjoncture marquée par la paupérisation des salariés de la fonction publique, les enseignants étant en grève depuis plus d'un mois, alors que les dignitaires, ministres, parlementaires, sénateurs et autres hauts fonctionnaires de Etat sont par contre de loin plus nantis.
A la messe dominicale de ce 30 juin 2002, l'évêque Ngoyagoye a prononcé l'homélie en restant collé aux textes et sermons liturgiques du jour sans beaucoup s'étendre sur l'événement de demain. Néanmoins, il a fait mention d'une comparaison du temps des rois d'Israël avec le pouvoir actuel en parlant de l'absence de vertu chez ces rois comme chez les dirigeants actuels qui sont mûs par la cupidité (amaronko) en s'éloignant de Dieu comme les rois d'Israël de 700 avant Jésus-Christ.
Ce clin d'oeil devrait servir de leçon aux hommes politiques burundais qui devraient en principe et logiquement penser d'abord à défendre l'intérêt général avant les causes individuelles en garantissant la sécurité physique et matérielle aux citoyens avant tout car ni les Sud-africains qui gardent les dignitaires, ni les revenus de ces derniers ne rassurent point les milliers de Burundais affamés et exposés quotidiennement aux actes terroristes de certains "partenaires " dans le processus de paix.
Burundi - Politique.
Retour triomphal au pays de l'ancien président Jean-Baptiste Bagaza.
Bujumbura, le 30 juin 2002 (Net Press). C'est ce samedi 29 juin 2002 qu'est arrivé à l'aéroport international de Bujumbura vers 14h le colonel Jean-Baptiste Bagaza, président du parti Parena et ancien président de la République de 1976 à 1987, qui a ainsi mis fin à son exil de 4 ans à Kampala (Ouganda).
A sa descente d'avion (un appareil d'Ethiopian Airlines), l'ancien président a été accueilli par sa famille ainsi que 2 soldats sud-africains blancs qui font partie de ceux qui assureront désormais sa garde rapprochée. Il a été longuement et chaleureusement salué et acclamé par une foule immense qui avait fait le déplacement jusqu'à l'aéroport malgré les entraves des forces de l'ordre qui avaient interdit le transport des sympathisants du Parena par bus ou minibus. Seules les voitures particulières étaient autorisées à se rendre à l'aéroport qui était bien quadrillé par la gendarmerie nationale.
De même, très peu de journalistes ont été autorisés à poser des questions à l'ancien chef de l'Etat au salon d'honneur comme cela est d'habitude. Il est à noter que beaucoup de jeunes ont tenu le trajet du centre-ville à l'aéroport à pieds plutôt que de baisser les bras devant l'interdiction leur faite de monter à bord des bus disponibilisés. L'ancien chef de l'Etat s'est dit très content de refouler la terre de ses ancêtres et s'est déclaré impatient d'apporter sa contribution à la construction de la paix.
Les proches et les inconditionnels de l'ex-président de la République se sont ensuite retrouvés à Kiriri pour souhaiter la bienvenue au colonel Bagaza dans une ambiance plutôt familiale. Là aussi, la gendarmerie s'était discrètement déployée à l'extérieur de la parcelle et sur toute l'avenue, alors que l'intérieur était gardé par des soldats sud-africains, auxquels on avait associé quelques jeunes civils burundais.
Après un bref mot de bienvenue prononcé par un oncle à l'ancien président de la République, le numéro 1 du Parena s'est dit très heureux de revoir son pays et les siens, et en a infiniment remercié le Bon Dieu et tout le peuple burundais, particulièrement ceux qui ont contribué à ce retour. Il a terminé son propos en indiquant que ce n'est pas le moment des grands discours, lequel devrait intervenir le week-end suivant à l'occasion du prochain congrès national de son parti.
A noter enfin que la quasi-totalité des anciens dignitaires sous le régime Bagaza avaient fait le déplacement jusqu'à Kiriri. Mais l'ancien ministre de l'intérieur sous le président Micombero, M. Rwuri, aura été le seul pour lequel le colonel Bagaza s'est levé pour le saluer. Pourtant, à l'époque où Bagaza était aux affaires, le courant ne passait pas entre les 2 hommes. Il avait même relégué l'ancien ministre à sa colline natale qu'il n'était plus autorisé à quitter. Mais aujourd'hui, ils semblent s'être réconciliés au point qu'ils se sont donné l'accolade.
Les sympathisants du Parena n'ont pas du tout apprécié que la télévision nationale n'ait montré aucune image de toutes ces cérémonies. Décidément, la RTNB a opté pour la censure ou, à la limite, une couverture minimale des événements produits par les hommes politiques Tutsi, toutes catégories confondues, alors qu'elle fait des choux gras ceux des politiciens Hutu, entend-on ici et là dans la capitale. On se rappelle que lors de l'assemblée constituante du "MRC-Rurenzangemero", la direction de ce medium public avait invoqué des raisons "techniques" pour ne pas couvrir cet événement. Il en est de même des événements de l'Accord-Cadre (AC Génocide, Uprona non-négociateur, ...) qui sont chaque fois tout simplement ignorés.
Burundi - Politique.
Le Frodebu célèbre le 9è anniversaire de sa victoire de 1993.
Bujumbura, le 30 juin 2002 (Net Press) . Le parti Frodebu et ses alliés des "forces de changement démocratique" (PP, RPB, PL) ont célébré ce samedi 29 juin 2002 le 9è anniversaire de leur double victoire électorale du 1er et du 29 juin 1993. Les cérémonies ont débuté par une conférence de presse du président du Frodebu, le Dr. Jean Minani, à l'hôtel Source du Nil, avec une heure et 30 minutes de retard sur le programme initial. En effet, cette conférence qui avait l'air d'être publique et non de presse (on aurait même cru qu'il s'agissait d'un meeting électoral) et où les présidents des 3 partis alliés brillaient par leur absence, a commencé à 11h 30 alors qu'elle était annoncé pour 10h.
Après un très bref mot liminaire, lu en tout et pour tout pendant environ 5 minutes, le Dr. Minani a invité les quelques journalistes présents dans la salle à poser leurs questions. Il lui a été notamment demandé pourquoi cet anniversaire était qualifié par le Frodebu de 9è anniversaire de la victoire de la démocratie, et plus précisément si le Frodebu = démocratie. Un autre confrère a voulu savoir sur quoi le Frodebu et ses alliés se sont basés pour dire qu'il s'agissait d'une victoire de la démocratie, vu les conditions dans lesquelles vivent les Burundais.
Le Dr. Jean Minani a eu à répondre à beaucoup d'autres questions comme celles-ci : "Selon vous, qu'est-ce qui est primordial entre la démocratie et la paix?", "Que faites-vous au niveau de l'assemblée nationale pour résoudre la crise de l'enseignement?", "Certains vous accusent aujourd'hui, vous personnellement et d'autres leaders du Frodebu, d'avoir trempé dans une tentative d'assassinat du chef du Palipehutu-Fnl; qu'en est-il au juste?", "Que faites-vous pour dénoncer le comportement des groupes rebelles quand ils s'infiltrent massivement au sein de la population et qu'ils en font du bouclier humain? Cela crée des problèmes surtout quand il y a riposte de l'armée; ne pensez-vous pas qu'il faille dénoncer ce genre de comportement pour sauver la vie de milliers de civils comme dans Bujumbura rural par exemple?"
A cette dernière question, le président du Frodebu a failli s'énerver en déclarant que "la diabolisation ne passe plus" et en estimant qu'il s'agissait d'une question piège, avant de répondre plus ou moins correctement après quelques explications données par le journaliste auteur de la question jugée "embarrassante" par M. Minani. Il a notamment déclaré que "cela est bien entendu condamnable".
Sur d'autres questions, le conférencier a reconnu que le Frodebu n'est pas synonyme de la démocratie, mais qu'il a beaucoup contribué à son avènement. Il a ajouté qu'il connaît parfaitement les conditions dans lesquelles vivent les Barundi, raison pour laquelle le bilan de ces 9 années passées ne saurait être qualifié de positif. Mais cela est surtout aux "embûches" dressées par les "ennemis de la démocratie", devait ajouter M. Minani qui considère qu'il ne saurait y avoir de paix durable sans démocratie, tout comme il n'y a pas de démocratie sans paix. Les 2 sont complémentaires, a-t-il encore expliqué.
Concernant les rumeurs persistantes sur sa présumée implication dans une tentative d'assassinat du chef du Palipehut-Fnl, le président du Frodebu a déclaré que "le monde entier sait que je n'y trouverais aucun compte" avant de faire remarquer que de toute façon, cela ne résoudrait aucun problème, ce mouvement étant capable de se trouver un "autre leader peut-être plus intransigeant qu'Agathon Rwasa". Pour lui, si ces accusations viennent du Palipehutu-Fnl lui-même, il faut alors comprendre que ce mouvement diabolise le Frodebu pour recruter au sein de ce parti : "ce sont des concurrents et des rivaux sur le terrain politique où les éventuels liens de sang entre les uns et les autres ne veulent plus rien dire. Nous-mêmes, nous avons procédé de même pour recruter au sein de l'Uprona".
A propos enfin de la crise actuelle de l'enseignement, le conférencier a invité les syndicalistes à comprendre que le gouvernement a fait ce qu'il a pu. "Le contexte actuel ne permet pas au gouvernement de satisfaire toutes les revendications mais les 2 parties doivent continuer le dialogue pour trouver une issue heureuse et rapide à cette crise", a conclu M. Minani.
Burundi - Afrique du Sud.
Le nouveau commandant du contingent sud-africain au Burundi offre un "lunch" aux journalistes.
Bujumbura, le 30 juin 2002 (Net Press). Avec un look typiquement "british", le colonel W.A. Vrey est un homme charmant. D'une taille majestueuse et très à l'aise avec les professionnels des media, on avait l'impression ce samedi 29 juin 2002 dans les enceintes de l'ex-palais du 1er novembre, de se trouver en compagnie d'un confrère ou peut-être d'un ami.
Pour lui, il n'est pas question que les militaires sud-africains présents au Burundi donnent l'impression d'être un îlot à part, très éloigné des réalités de la société burundaise. Les journalistes constituent donc à ses yeux une sorte de pont entre le contingent qu'il commande et la population. "Il faut que vous et nous sachions ce que font les uns et les autres", a-t-il déclaré dans son mot de remerciement.
Interrogé sur la véritable mission du contingent sud-africain au Burundi, le colonel Vrey a été très clair : assurer la protection des leaders politiques rentrés d'exil et, plus tard, superviser l'intégration des "rebelles" au sein de l'armée régulière. C'est également au cours de cette visite que les journalistes ont entendu le colonel Vrey des "congratulations" très chaleureuses et très appuyées au désormais ex-colonel Célestin Ndayisaba alias "Kibadashi", qui l'appelait au téléphone pour lui annoncer sa promotion au grade de général de brigade. Rappelons que c'est cet officier qui, à l'Etat-Major Général des forces armées burundaises, est chargé de l'encadrement du contingent sud-africain.
Enfin, coupe du monde oblige, le commandant en second du contingent sud-africain (un Noir jovial, massif et amoureux du ballon rond) a indiqué que l'équipe nationale de football de son pays, les fameux "Bafana-Bafana" viendront livrer un match contre l'équipe nationale "Intamba" senior dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2004 qui aura lieu en Tunisie.
Notons qu'au moment de prendre congé de ses invités, le colonel Vrey a informé ses hôtes qu'un défilé des militaires sud-africain présents au Burundi est prévu le samedi 6 juillet 2002 (jour anniversaire de la fête nationale en Afrique du Sud) et qu'il serait très heureux de les accueillir de nouveau à cette occasion.
